C COMME CINEMA AFRICAIN

En attendant le troisième Prophète de Mustafaa Saitque, 2017, 51 minutes.

Connaissons-nous vraiment le cinéma africain ? Pas suffisamment sans doute. C’est pourquoi le film de Mustafaa Saitque, Le Prophète, est particulièrement bien venu.

En fait de prophète, ils sont deux, Ousmane Sembène et Djibril Diop Manbéty. Deux figures en grande partie antagonistes mais dont on peut dire aussi qu’elles se complètent. Deux grandes figures en tout cas du cinéma sénégalais, qui en ont fait la renommée et dont la notoriété a largement dépassé les frontières de leur pays et même de leur continent. Le film est donc d’abord un hommage à ces deux « prophètes ». Il convoque pour cela tous ceux qui comptent aujourd’hui dans le monde du cinéma africain, des réalisateurs, des producteurs, des enseignants, des critiques et des cinéphiles. Tous évoquent avec admiration le travail de Sembène et de Manbéty. Nous percevons ainsi clairement ce qui a fait leur originalité, en dégageant les grands principes de leur travail, leur ancrage dans la réalité africaine et sa culture, la recherche incessante d’un langage spécifique pour ne pas se contenter de reproduire les schémas américains ou européens. Le film leur donne aussi la parole, le plus souvent sous forme de citations, d’extraits de leurs écrits et de leurs déclarations, présentée sur fond noir dans la moitié gauche de l’écran en vis-à-vis avec une photo. Et puis, et ce n’est pas le moins intéressant,  il nous est proposé des extraits de leurs films principaux, Le Mandat – le premier film tourné dans une langue africaine – ou Camp de Thiaroye pour Sembène. Mais ce sont les films de Mambéty qui sont les plus présents, Touki Bouki, Hyennes et surtout La Petite vendeuse de soleil. Il est vrai que ce dernier en particulier ne déçoit jamais ses spectateurs et il serait bien venu qu’il soit à nouveau diffusé sur nos écrans, remasterisé comme il se doit.

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Mais l’enquête de Mustafaa Saitque ne se limite pas à ces deux cinéastes, si importants soient-ils. Le film pose aussi dans sa seconde partie la question de la jeune génération, ces jeunes cinéastes (les femmes sont nombreuses) qui ont pu étudier le cinéma en dehors de l’Afrique et qui, sans renier leur héritage culturel, sont ouverts aux influences mondiales. Si l’on retient aussi l’évocation de la formation dans le domaine du cinéma  que développe par exemple Ciné-banlieue au Sénégal, et l’existence d’une critique professionnelle, on pourra dire que l’enquête est complète et atteint son objectif de faire connaître la situation complexe du cinéma africain.

Reste le problème du public. Il n’existe plus de salles de cinéma au Sénégal. Mais il existe de jeunes cinéastes qui ne renoncent pas. Qui tournent sans arrêt, même si leurs films ne sont pas encore distribués, parce que c’est leur raison de vivre. Tant que cet amour du cinéma existera, l’optimisme sera permis.

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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