W COMME WISEMAN (l’œuvre)

Voici une tentative de donner une vue d’ensemble de l’œuvre cinématographique de Frederick Wiseman, en regroupant ses films par grandes catégories, même si l’exercice est quelque peu formel ! Un tel cinéaste ne se laisse pas si facilement enfermer dans des classifications.

L’œuvre de Wiseman, une œuvre touffue, variée, presque pléthorique, mais qui recèle quand même une grande unité. D’ailleurs, plusieurs films peuvent aborder le même sujet, parfois à deux ou trois dizaines d’années d’écart. Domine l’approche des grandes institutions publiques, avec le souci de rendre compte du fonctionnement de la démocratie américaine. Il semble cependant que dans la dernière décennie, le cinéaste s’oriente de plus en plus vers des organismes culturels et artistiques. Au total, un regard posé sur le monde contemporain dans ses multiples facettes. Un regard personnel, original.

Le système éducatif. En 1968, dans High School, il filme à Philadelphie un lycée à la pédagogie plutôt traditionnelle. En 1994, High School II montre les évolutions fondamentales du système remplaçant une discipline autoritaire par une responsabilisation de plus en plus grande des élèves. L’université publique de Berkeley en Californie (At Berkeley, 2013) fait l’objet d’un film réalisé à un moment clé de son histoire, celui de la réduction des crédits publics pour cause de néolibéralisme. C’est l’avenir même d’un enseignement supérieur gratuit, et donc ouvert à tous, qui est ainsi remis en cause.

L’ordre public et le système policier et juridique de répression. Dans Law and Order, (1969), il filme un commissariat à Kansas City. Il montre la violence quotidienne mais aussi celle des policiers blancs sur les Noirs. Le tribunal pour mineurs est par contre une institution dont Wiseman montre l’efficacité (Juvenile Court, 1973). Domestic Violence II (2003) est consacré au traitement judiciaire de la violence conjugale et familiale dont il avait suivi les manifestations dans le premier film (Domestic Violence I) portant ce titre en filmant les femmes victimes de violence hébergées dans un foyer en Floride.

L’armée. Basing training (1971) aborde le service militaire et Manœuvre (1979) l’entraînement militaire sur la base de Fort Polk en Louisiane. Enfin, en 1987, il filme la base Vandenberg en Californie où est situé le siège de commandement de l’armée de l’air et le fameux « bouton rouge » qui peut déclencher l’arme nucléaire (Missile).

Le système de santé. Il est abordé sous différentes formes. Le fonctionnement d’un hôpital (Hospital, 1970), un service de prise en charge des malades en fin de vie à l’hôpital Beth Israël de Boston (Near Death, 1989). En 1986, il consacre quatre films au handicap : Blind (les aveugles), Deaf (les sourds), Multihandicaped et Adjustement and Work (adaptation et emploi). Chaque fois, c’est la réalité de la maladie et de la souffrance humaine qui est au cœur du film. Comme bien sûr dans le premier film de Weiseman, Titicut follies.

Les problèmes sociaux. Welfare en 1975 aborde le système d’aide sociale et Public housing (1997) celui du logement dans une banlieue de Chicago.

Les animaux. Le laboratoire de Yecker où de savants étudient la sexualité des singes et pratiquent des expériences sur les animaux (Primate, 1974). Dans Meat (1976), on suit les bovins de leur élevage jusqu’à l’abattoir. On peut aussi considérer que des films comme Racetrack (1985) sur un champ de course et Zoo (1992) concernent aussi les animaux vus cette fois sous l’angle des distractions humaines.

La mode et la consommation. Model (1980) avec les mannequins de l’agence Zoli , et The Store (1983), les magasins Neiman-Marcus à Dallas, temple du luxe et de l’argent.

La vie culturelle et artistique. En 1995, Weiseman s’intéresse une première fois à la danse en filmant l’American Ballet Theater (Ballet), puis en 2009 il filme le ballet de l’Opéra de Paris (La Danse). En France, il a réalisé deux autres films dans le domaine culturel, La Comédie-Française ou l’amour joué (1996) pour le théâtre et Crazy Horse (2011). En 2014, son film National Gallery sur le musée londonien est présenté au Festival de Cannes, hors compétition. Le dernier en date, Ex Libris (2017) est consacré à The New York Public Library, un haut lieu de la culture.

Enfin, on peut citer des films qui ne rentrent pas vraiment dans une catégorie particulière, Central Park (1989), Aspen (1990), une station de ski, Belfast, Maine, une station touristique de la côte Est, Boxing Gym (2010), une salle de boxe à Austin au Texas. Quant à In jackson Heights (2016) il nous plonge dans un quartier de New York, en dehors de Manhattan.

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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