A COMME AI WEIWEI

Ai Wei Wei : never sorry, Alison Klayman. Etats Unis, 2012,  90 minutes.

            Ai Wei Wei est sans doute l’artiste chinois contemporain le plus connu en occident, certainement le plus médiatisé. Ce qui est dû, en grande partie, à ses positions politiques, son engagement dans la contestation du régime autoritaire de Pékin qui essaiera par tous les moyens de le faire taire. Son travail artistique est indissociable de sa lutte pour la liberté d’expression, et pour la liberté tout court.

            Le film de Alison Klayman présente conjointement l’artiste, le dissident et l’homme dans sa vie personnelle et familiale. Un portrait qui se veut complet, intime, au plus près des réalités humaines mais en inscrivant toujours la dimension individuelle dans le contexte politique de la Chine actuelle.

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            L’artiste est difficile à cerner tant son œuvre est protéiforme et diversifiée. On le connait tour à tour architecte, sculpteur, photographe, auteur de performances et d’installations, artiste numérique. Ses photos où il dresse en premier plan un doigt d’honneur devant les monuments célèbres du monde entier (la tour Eiffel ou l’assemblée nationale à Paris, la Maison blanche, la porte de la Paix céleste, place Tian’anmen, entre autres) l’ont rendu célèbre et sont caractéristiques de son esprit provocateur. Le film présente plusieurs de ses expositions ou installations célèbres : l’installation de 9000 sacs d’écoliers placés sur la façade de la Maison de l’Art de Munich en souvenir des enfants victimes du tremblement de terre de 2008 ; Sunflower Seeds, à la Tate Modern de Londres, présente  plusieurs millions de graines de tournesol en porcelaine peintes à la main et constituant un clin d’œil ironique de la métaphore de Mao Zedong selon laquelle le peuple chinois doit se tourner vers lui comme les tournesols vers le soleil. Il expose dans les grandes manifestations d’art contemporain, de la biennale de Venise à Documenta à Cassel et au Jeu de Paume de Paris.

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                Ses positions politiques dénonçant la corruption et le manque de démocratie lui ont valu bien des ennuis. Ayant très tôt compris la puissance d’Internet, il intervient régulièrement sur Twitter et crée un blog vite célèbre mais qui sera désactivé par les autorités. Le film insiste sur les tracasseries administratives qu’il subit et qui se transforment en intimidations et condamnations arbitraires. En 2011, il est condamné à une forte amende pour fraude fiscale et détenu en prison pendant 81 jours. Depuis il est en liberté conditionnelle et ne peut quitter Pékin sans autorisation.

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                L’homme que présente le film est un personnage attachant, essentiellement par le courage politique qui le caractérise. La cinéaste a pu le filmer dans l’intimité de sa vie privée, avec sa jeune femme et son enfant. S’il est devenu un symbole de la lutte pour les droits de l’homme en Chine, si beaucoup de jeunes artistes reconnaissent son influence sur l’évolution de l’art, il reste une personnalité plus complexe que l’image parfois caricaturale qu’ont pu donner de lui les médias et les réseaux sociaux. C’est le mérite du film de lui redonner une véritable dimension humaine.

Le film a obtenu le prix spécial du jury au festival Sundance 2012.

 

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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