W COMME WUHAN

 A river Runs, Turns, Erases, Replaces. Shengze Zhu, Etat-Unis, 2021, 87 minutes.

Le Cinéma du réel, Festival international du film documentaire, ne s’est jamais donné comme objectif de dresser un état des lieux de la production mondial, ni même nationale, de documentaires. C’est un festival qui s’est plutôt souvent tourné vers la découverte, sélectionnant des films surprenants, originaux, nouveaux dans leur forme. Des films qu’on pourrait presque qualifier d’expérimentaux, si ce terme n’état pas si vague. Des films en tout cas qui surprennent et donc qui ne laissent pas indifférents. Des films qui sont souvent le résultat du choix d’un dispositif unique, poussé jusqu’à la systématisation, que ce soit au niveau de l’image ou de la bande son, ou plus exactement de la combinaison des deux.

Un exemple : A river runs, turns, erases, replaces de Shengze Zhu, ce film tourné à Wuhan, ville chinoise mondialement connue comme ayant été le berceau du coronavirus à l’origine de la pandémie de Covid-19.

Le film est fait de plans fixes, souvent longs, presque immobiles, c’est-à-dire sans mouvement de caméra, mais aussi avec peu de mouvement interne, ou alors des mouvements lents comme les bateaux qui se déplacent sur le fleuve.

Le fleuve, c’est le Yangtsé, omniprésent, filmé depuis la berge en plans larges, laissant deviner, en arrière-plan sur l’autre rive, les nouveaux immeubles à travers un brouillard persistant. Des plans qui sont souvent de légères plongées, comme l’ouverture du film montrant un carrefour dans la ville (la seule fois où on n’est pas à proximité du fleuve) où les rares passants s’immobilisent un instant en entendant une sirène. Par la suite des vues en contre-plongées montrent à plusieurs reprises les piliers d’un pont en construction où quelques ouvriers travaillent au même rythme lent du fleuve lui-même.

Les habitants de la ville sont filmés presque comme des éléments du décor, que ce soit les quelques nageurs dans le fleuve, ou ces couples âgés qui dansent sans grand entrain, ou ceux qui semblent attendre l’arrivée d’un bateau. Ils sont toujours filmés de loin, les gros plans étant proscrit du film.

Mais la présence des habitants de Wuhan prend une autre forme, dramatique celle-là. Des textes de lettres s’affichent sur l’écran. Des lettres écrites par des membres de leur famille à ces parents – une grand-mère, un père, un frère…- victimes du virus. Des hommages émouvants.

Un film silencieux. Pas de dialogue, pas de voix off, pas de prise de parole. Seulement des bruits de contexte en arrière-plan, comme s’ils étaient enregistrés loin de leur source. Nous sommes tous concernés par ce qui s’est passé à Wuhan. Mais nous sommes si loin de la ville.

Cinéma du réel, Paris, 2021.

C COMME CHINE – Travail en France

Jour après jour. Bai Long, 2020, 26 minutes

Jour après jour, a la particularité d’être réalisé par un jeune cinéaste chinois venu en France apprendre le cinéma (master de réalisation documentaire à Lussas, son film étant produit par Ardèche images association). Un film qui s’intéresse aux conditions de travail en France d’immigrées chinoises, en l’occurrence deux femmes, deux sœurs, qui effectuent des travaux de couture.

Le film n’est pas réalisé dans un atelier, mais dans un appartement, un petit appartement, deux pièces tout au plus, dont on peut imaginer qu’il se situe dans le chinatown parisien. Un appartement passablement encombré par les textiles et les machines à coudre dont on entend le bruit pratiquement tout au long du film. C’est que les deux sœurs travaillent sans s’interrompre, jour et nuit presque. Elles ne s’arrêtent de coudre que pour manger. Dormir un peu quand même aussi, à ce qu’elles disent. Mais nous ne les voyons que coudre et manger, parfois debout à côté de leurs machines. Une cuisine vite faite, des pâtes surtout. Il n’y a que l’adolescent de la maison qui prend le temps de confectionner une cuisine un peu plus élaborée. Mais les plans qui lui sont consacrés ne servent que de plans de coupe au filmage du travail de couture.

Le même film pourrait très bien être réalisé en Chine. On retrouverait les mêmes conditions de travail, la même pression exercée par un patron invisible mais omniprésent, la même hantise de respecter les délais, le même enferment entre les quatre murs d’une pièce où il n’est presque pas possible de se déplacer à cause des tas de tissus entassés sur le sol.  Ces conditions de travail on les avait déjà vues en particulier dans le film de Wang Bing, Argent amer. Il s’agissait alors d’immigrées de l’intérieur, des filles de la campagne venus en ville pour gagner un peu d’argent. Celles qui sont venues en France, vivent et travaillent comme si elles étaient restées en Chine.

Ce film de 26 minutes pourrait très bien devenir un long métrage par l’ajout, par exemple, d’entretiens ou de confidences faites par les protagonistes sur leur arrivée en France et leur vision de la vie occidentale. Mais l’intérêt du format court c’est de se concentrer sur une problématique unique, les conditions de travail en l’occurrence. On assiste bien à un aspect des relations entre les deux sœurs, mais il s’agit uniquement de celles qui concernent précisément le travail, l’une étant en quelque sorte d’apprentie de l’autre. Des relations de maître à élèves qui ne s’embarrassent pas d’affectivité, l’apprentie étant systématiquement rabrouée lorsqu’elle se trompe, ce qui arrive presque systématiquement.

Ces femmes qui ne parlent que mandarin travaillent comme elles travaillerait en Chine. Tout comme elles mangent comme en Chine. Sortent-elles de leur appartement lieu de travail ? Apparemment, le problème de l’intégration à la société européenne ne se pose pas pour elles.

Festival Filmer le travail 2021, Poitiers.

A COMME ABECEDAIRE – Delphine Deloget

Afrique

Andrée Greffrath, une enfance en Afrique coloniale

Amour

Pilou, un homosexuel entre deux guerres

Chine

L’homme qui cherchait son fils

Colonialisme

Andrée Greffrath, une enfance en Afrique coloniale

Doubs

Andrée Kuentzmann, en attendant la Libération

Droits humains

Voyage en barbarie

No London Today

Egypte

Voyage en barbarie

Esclavage

Voyage en barbarie

Famille

L’homme qui cherchait son fils

Andrée Greffrath, une enfance en Afrique coloniale

Andrée Kuentzmann, en attendant la Libération

Guerre

Andrée Kuentzmann, en attendant la Libération

Homosexualité

Pilou, un homosexuel entre deux guerres

Kidnappage

L’homme qui cherchait son fils

Libération

Andrée Kuentzmann, en attendant la Libération

Migration       

No London Today

Obsession

L’homme qui cherchait son fils

Paternité

L’homme qui cherchait son fils

Paris

Pilou, un homosexuel entre deux guerres

Photographie

Andrée Greffrath, une enfance en Afrique coloniale

Andrée Kuentzmann, en attendant la Libération

Pilou, un homosexuel entre deux guerres

Portrait

L’homme qui cherchait son fils

Andrée Greffrath, une enfance en Afrique coloniale

Pilou, un homosexuel entre deux guerres

Réfugiés

No London Today

Sénégal

Andrée Greffrath, une enfance en Afrique coloniale

Sexe

Pilou, un homosexuel entre deux guerres

Torture

Voyage en barbarie

Travestis

Pilou, un homosexuel entre deux guerres

Violence

Voyage en barbarie

O COMME OBSESSION

L’homme qui cherchait son fils. Delphine Deloget, Stéphane Correa, 2020, 76 minutes.

Le film d’une obsession. Une obsession infinie, dévorante, folle. Une obsession omniprésente dans la vie de Wu, cet ouvrier chinois dont le fils a été enlevé lorsqu’il avait 10 mois. Il y a 10 ans de cela. Depuis Wu n’a de cesse de partir à la recherche de ce fils perdu, dont il n’a à l’évidence pas fait le deuil.

Un film portrait. Le portrait très intime de cet homme, ce père, rongé par son obsession. Une obsession qui le conduit inexorablement à sa perte.

Lorsque le film commence, Wu consulte un enquêteur qui exécute un portrait de cet enfant de 10 ans dont personne ne sait ce qu’il est devenu, en s’appuyant sur une supposée ressemblance avec son père. Le ton est donné : ce bébé disparu est devenu un enfant fantasmé, presque imaginaire. Et cela donne inévitablement une dimension fictionnelle au film. Que sait-on de Wu ? Il est marié et a un deuxième fils qui d’ailleurs pose pas mal de problèmes d’éducation, surtout à sa mère. Le père lui est souvent absent, pour cause de recherche de son premier fils.

Comment subvient-il à ses besoins matériels ? Au début du film il travail sur un chantier. Mais depuis six mois il n’a touché aucun salaire. Il envisage alors une action contre le patron, déployant une banderole à l’entrée du chantier réclamant son argent. Tout cela donne une dimension sociale au film. En Chine, les ouvriers n’ont bien peu de protection contre les abus patronaux.

Mais cette piste est rapidement abandonnée. Wu part sur les routes avec son vélo aménagé en une sorte de remorque où il peut dormir. Il affiche là où il peut des photos de son fils disparu. Puis il se rend à la sortie des écoles, interroge les élèves. Il a revêtu une combinaison de Spiderman. Il ne passe pas inaperçu.

Les cinéastes filment Wu au plus près, des gros plans de son visage, notamment dans un col, en hiver, il peine de plus en plus à pousser son vélo. On lit la souffrance sur son visage, la désillusion aussi. Mais surtout le désespoir. Lancé dans cette quête sans fin, se rend-il compte de l’absurdité de son entreprise ? Une recherche désespérée à laquelle il ne sait pas mettre fin, malgré les supplications de sa femme. Cette recherche est visiblement devenue pour lui une façon de fuir la vie, de fuir ses responsabilités familiales, de fruit les conflits de travail. S’il croise sur son chemin quelques amis, il ne quitte pas pour autant la solitude.

Se déroulant en Chine, le film pourrait avoir un petit côté exotique. Il n’en est rien. La souffrance de Wu de la perte de son enfant a plutôt une dimension universelle.

Fipadoc Biarritz, 2021.

A COMME ABECEDAIRE – Antoine Boutet.

Trois films, trois surprises, trois étonnements, trois fascinations.

Barrage

Zone of Initial Dilution

Caverne

Le Plein Pays

Chanson

Le Plein Pays

Chantier

Sud Eau Nord Déplacer

Zone of Initial Dilution

Chine

Sud Eau Nord Déplacer

Zone of Initial Dilution

Désert

Sud Eau Nord Déplacer

Eau

Sud Eau Nord Déplacer

Zone of Initial Dilution

Fleuve

Sud Eau Nord Déplacer

Gravure

Le Plein Pays

Paysage

Sud Eau Nord Déplacer

Zone of Initial Dilution

Pollution

Zone of Initial Dilution

Portrait

Le Plein Pays

Radio

Le Plein Pays

Solitude

Le Plein Pays

Transfert

Sud Eau Nord Déplacer

C COMME CUISINE – Chinoise.

Ayi, Marine Ottogalli, Aël Théry, France, 2020, 69 minutes.

Le portrait d’une femme. Une femme chinoise. Un nom commun pour toute identité : Ayi. Originaire de la campagne, elle est venue en ville pour travailler, gagner un peu d’argent pour survivre. Cela fait 16 ans qu’elle travaille et vit à Shanghai. Côté argent, elle ne s’en sort pas trop mal. Sans rouler sur l’or pour autant. Mais assez pour subvenir à ses besoins. Le film insiste sur ses qualités. Travailleuse, elle ne rechigne jamais au travail. Généreuse, elle offre souvent à manger à ceux qui sont plus pauvres qu’elle. Sociable, dans le quartier elle a ses amies, qu’elle aide autant qu’elle peut. Bref un personnage positif, attachant, mais que le film n’érige pas pour autant en superwoman. Dans une séquence entretien, elle raconte sa vie, son mariage, la mort de son mari, ses enfants, à qui elle voulait faire faire des études. Mais le fils n’en fait qu’à sa tête. Un souci pour elle. Malgré tout, elle ne se plaint jamais. La vie du peuple chinois ne serait-elle que résignation ?

Le portrait d’une ville, une mégalopole. Shanghai. Mais pas la Shanghai moderne, celle des gratte-ciels et des appartements rutilants. Plutôt les quartiers anciens, pauvres, pas toujours très salubres. Des quartiers voués à la destruction. Pour laisser la place à des centres commerciaux ou des immeubles de bureau. Le sort des habitants expulsés ne semble pas vraiment préoccuper les autorités. Beaucoup d’ailleurs ne veulent pas partir. Pas par attachement à leur rue. Plutôt parce qu’ils ne savent pas où aller. De toute façon ils n’ont pas les moyens nécessaires. Le film montre une réunion, dans la rue, de ces habitants à l’avenir incertain. Ce qu’ils demandent avant tout, c’est le respect de leurs droits. Mais ont-ils vraiment confiance en L’État à ce niveau ?

Le portrait d’un métier. Cuisinière. Préparer des plats pour les vendre dans la rue, sur une petite charrette à bras, que Ayi cache dans la ruelle où elle vit, à l’arrivée de la police municipale. Car, comme son quartier, son activité laborieuse est menacée. Et la police peut aller jusqu’à confisquer son outil de travail. Jusqu’à présent Ayi a échappé au pire. Mais elle a dû payer des amandes. Quelle soit ancienne dans le métier ne change rien. La cuisine, elle s’y applique avec beaucoup de savoir-faire et d’habileté. Les gros plans sur les woks où elle fait sauter légumes et viandes mettent systématiquement l’eau à la bouche des spectateurs ! Ce n’est pourtant pas de la gastronomie. Mais cette cuisine simple, destinée d’abord à nourrir peut quand même stimuler les papilles grâce à ses parfums et épices.

Nous sommes bien loin de la Chine éternelle. Nous sommes bien loin de la Chine devenue capitaliste qui avance à marche forcée vers la modernité, en exhibant ses forces de l’ordre qui font des exercices dans la rue. Nous sommes bien loin aussi de la révolution culturelle. Dans un plan qui ne manque pas d’humour un des voisins désargentés de Ayi chante un couplet de l’International et crie « Vive le Président Mao ». Il n’y a que lui que ça fait rire.

Festival Jean Rouch 2020.

N COMME NOËL – Chine.

Merry Christman Yiwu. Mladen Kovačević, Suède, Serbie, Allemagne, France, Belgique, Qatar, 2019, 94 minutes.

Noël est aussi fêtée en Chine. Mais beaucoup de chinois – pour ne pas dire tous – se demandent bien ce que l’on fête ce jour-là.

Noël c’est aussi du commerce. En Chine comme ailleurs. En Chine plus qu’ailleurs sans doute. Du moins pour tous les produits de décoration, des boules pour les sapins aux bonnets de père Noël. Un domaine où le made in China excelle.

Produire tous ces objets, plus ou moins lumineux mais toujours décorés de paillettes, c’est la spécialité d’une ville, Yiwu, dans laquelle existent 600 usines, ou ateliers, spécialisés dans cette production. Un moyen de s’enrichie pour de nombreuses familles. Une bonne illustration du fonctionnement de la Chine moderne au temps de la mondialisation.

Le film de Mladen Kovačević nous plonge dans ces ateliers, au cœur de ce travail qui semble plutôt artisanal mais qui donne quand même des productions à grande échelle. Ce sont surtout des jeunes filles, qui dessinent, peignent, découpent, cousent, emballent. Le travail est évidemment répétitif, et laisse le temps de bavarder, de parler de sa famille et de ses amours. Les patrons se soucient surtout de pouvoir expédier les commandes à temps. La majorité pour l’étranger. Mais le marché intérieur existe aussi. Surprenant n’est-ce pas ?

En dehors de cette vision du travail dans les ateliers, le film nous amène aussi dans les familles chinoises. On discute beaucoup au cours des repas. De l’avenir, surtout celui des usines. De l’école pour les plus petits. Des amours des adolescents. Le père fait souvent la cuisine et la vaisselle. Une vision moderne de la vie familiale.

Le film se termine par un long panoramique, en plongée sur le port de la ville, où s’entassent, à perte de vue, les containers prêts à être embarqués à destination du monde entier.

Les boules de Noël, une autre façon pour la Chine d’envahir le monde.

Escales documentaire, La Rochelle, 2020.

A COMME ABECEDAIRE – Marie Voignier

Afrique

NA China

Tinselwood

L’Hypothèse du Mokélé-Mbembé

Agriculture

Le Bruit du canon

Allemagne

Hinterland

Art

Au travail

Bretagne

Au travail

Le Bruit du canon

Chine

NA China

Commerce

NA China

Censure

Tourisme international

Corée du nord

Tourisme international

Dictature

Tourisme international

Expédition

L’Hypothèse du Mokélé-Mbembé

Exposition

Au travail

Entreprise

Au travail

Femme

NA China

Forêt

Tinselwood

Histoire

Hinterland

Légende

L’Hypothèse du Mokélé-Mbembé

Loisirs

Hinterland

Mondialisation

NA China

Mythe

L’Hypothèse du Mokélé-Mbembé

Nature

Tinselwood

Oiseaux

Le Bruit du canon

Parc tropical

Hinterland

Rennes

Le Bruit du canon

Travail

Tinselwood

Au travail

Tourisme

Tourisme international

Lire M COMME MOKELE-MBEMBE

et C COMME CHINE – commerce

B COMME BIO-FILMOGRAPHIE – Jean-Michel CARRÉ.

1967 / 70    Etudes de Médecine abandonnées pour le cinéma

1969 / 72    Etudes à l’IDHEC / Diplômes de réalisation et de prise de vue

1975           Création de la société de production Films Grain De Sable

RÉALISATIONS CINÉMATOGRAPHIQUES ET AUDIOVISUELLES

2020           TIBET, QUELLE VÉRITÉ ? (Doc 90′ et 2X52′, Arte – RTBF…)

2019           ROYAL DE LUXE  (Doc 52′ – France 5  – Radio Canada…)

2018           2°, LES DESSOUS DE LA GUERRE CLIMATIQUE (Doc 70′ – Films du Siècle – France 5…)

2017           CHINE, UN MILLION D’ARTISTES (Doc 52′ – Arte – VRT)

2016           POUTINE, LE NOUVEL EMPIRE  (Doc 90’ –France 2 – RTBF – TSR – SVT) Nominé au   FIGRA (Festival International du grand reportage et du documentaire)…et version actualisée en  2018.

2014                    POUTINE… POUR TOUJOURS ? (Doc 90’ – France 2 – RTBF – TSR – Al Jazeera…)

                   Sélectionné au FIGRA 2014, à L’IDFA 2014, au GÖTEBORG Film Festival 2015, au

                   THESSALONIKI DocumentaryFestival 2015…

2013           CHINE, LE NOUVEL EMPIRE (Doc 3×60’ et 2h50  – Arte / RTBF / MDR…)

                   – Sélection documentaire international FIPA 2013

                   – Nominé du Grand Prix du documentaire de la Télévision française 2013, Prix du Sénat

                   – Sélection Festival International d’Histoire de Pessac 2013

2012           UKRAINE,  DE LA DÉMOCRATIE AU CHAOS (Doc 80’ – Planète / MDR /Al Jazeera         English) coréalisé avec Jill Emery

Prix du Jury, Figra 2013,

– Grand Prix Focals Awards de Londres 2013Cuba

2011                     GRANDIR À PETITS PAS (Doc 52’ – France 5) La Maison verte

2010           SEXE, AMOUR ET HANDICAP (Doc 80’ – France 2 / TSR)

                   Grand Prix du Festival International de la santé de Liège 2011

2009           LES TRAVAILLEU®SES DU SEXE (Doc-85’ –co-production France 2 / RTBF / Simple production) Sortie salles octobre 2009

Film ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE : LES ALTERNATIFS

MAI 68 ET LE PSU

2007            LE SYSTÈME POUTINE (Doc-90’ – co-production France 2 / NDR (Allemagne) / RTBF (Belgique) / TSR (Suisse) / SVT (Suède) / RADIO Canada / SBS (Australie) / STB (Ukraine) / Planète).

                            – Grand Prix 2008 du Festival Italia des Télévisions Internationales

                   – Grand Prix 2008 du meilleur programme télévisuel 2007 CBNewMedias

Prix Spécial du jury, Festival International de Berlin – Europa 2007

Prix du public et Prix du montage, Festival International Figra 2008.

Sélectionné pour les Emmy Awards, New-York 2008.

Sortie Cinéma en Grande-Bretagne 2008 en association avec le Festival de Sheffield

2006            J’AI très MAL AU TRAVAIL (Doc-90’ – CANAL + / INA/ RTBF)

Sortie en salles le 31 octobre 2007.

2004            KOURSK, UN SOUS-MARIN EN EAUX TROUBLES (Doc- 90’ – France 2 /  RTBF Belgique / Radio Canada / Sundance Channel (USA)

                   – Prix spécial du Jury, Festival International de Grenade 2007

                   – Grand Prix du Festival FIGRA 2005

2003                    DRÔLE DE GENRE (fiction tv -90’ – La Sept ARTE)

                            J’AI MAL AU TRAVAIL (Doc-90’)- INRS

                            LES COULISSES DU FAR WEST (Doc-52’- Equidia)

2002                    ALICE LA MALICE (film cinéma – fiction co-production franco-russe -90’– )

– Prix du public Festival International Bulgaria 2003

2001                    TOWER OPERA (Doc – 52’)

– Nomination au 7 d’Or 2003

2000                    SUR LE FIL DU REFUGE  (Doc-90’-La Sept ARTE)

                            LES BATISSEURS D’ESPOIR (Doc-3×26’- la Cinquième)

  1. CHARBONS ARDENTS  (Doc -90’- La Sept ARTE – Grand Format/ Sortie cinéma)

– Grand Prix du Festival International Del Populi Florence 2000

SOUS LE CHARBON LES BRAISES (Doc – 52’ – La Cinquième)

                  BEAUCOUP, PASSIONNEMENT, A LA FOLIE  (Doc -70’- A2)

                   QUESTION DE CLASSE(S)  (Doc -85’- Théma La Sept ARTE)

                            PORTRAIT D’UNE GÉNÉRATION POUR L’AN 2000  (45 x 13’ – La Cinquième)

                            – Nomination aux 7 d’Or 99

1998           HISTOIRE D’ENFANCE  (Doc –52’- La Cinquième)

                   RECITS DE LA JEUNESSE : LES VALEURS  (Doc –52’- La Cinquième) 

                   LA SAISON DU COBAYE (Doc –52’- ACT 4 / FR2)

                   LES AGRÉGÉS DE PHILOSOPHIE DANS LES ENTREPRISES (10×8’)

1996 / 97    RÉCITS DE LA JEUNESSE: Travail, Famille, etc…  (Doc  -3×52’- FR2)

                   HONG-KONG / HANOÏ : Retour de camps  (Doc -52’- Planète)

                   VIETNAM : LES  ENFANTS  DE LA PAIX  (Doc -52’- FR3)

1996           UN COUPLE PEU ORDINAIRE  (Doc-52’ – FR2)

                   LA NOUVELLE VIE DE BÉNÉDICTE  (Doc – 52’-TF1)             

                   L’étrange Noêl d’Antonio (Fiction -26’- La 5ème )

1995           LES CLIENTS  DES  PROSTITUÉES (Doc -52’- FR2)

– Sélectionné au Prix Futura 1995 – Berlin

                   VISIBLEMENT, JE VOUS AIME  (Canal +/Fiction-Long métrage / Sortie 01/96)

                   avec Denis LAVANT

                   – Prix Coup de Cœur – Festival de Cannes SACD 1995

                   – Sélection Cannes 1995 « Cinéma en France »

                   – Grand Prix du Jury – Festival International du film d’Amiens

                   LES MATONNES  (Les surveillantes) (Doc -52’- Planète)

                   LES ENFANTS DES  PROSTITUÉES  (Doc -52’- TF1)

1994           LES TROTTOIRS DE PARIS (Doc-55’-TF1)

                   – Prix du Comité Français pour l’Audiovisuel – Sénat 1995

                   L’ENFER D’UNE MERE  (Doc -52’- TF1)

1993           DON’T DISTURB (Court métrage de fiction -13’)

                   Avec Jean-Claude DREYFUS

                   GALERES DE FEMMES  (Doc – long métrage cinéma-90’)

                   LA MÉDECINE EN MILIEU CARCÉRAL (3X10’)

1992           PRIERE DE RÉINSÉRER (Doc -58’- TF1)

                   – Nomination aux 7 d’Or 1993

– Nomination aux Emmy Awards de New York 1992

                   LES ENFANTS DES PRISONS  (Doc -52’- FR2)

                   – Festival Input 1993

                   LES POUSSINS DE LA GOUTTE D’OR  (Doc -52’- La Sept)

                   – Prix de la Fondation pour l’Enfance 1994

1991           FEMMES de FLEURY (Doc -58’- TF1)

                   – Prix du Festival International des Télévisions ONDAS 1991 Barcelone

                   VIVE LA LIBERTÉ (Doc -26’-)

                   CITE SWING  (Court métrage-13’-) pour les CEMEA

                   ÉCRIRE CONTRE L’OUBLI  produit et diffusé

                   pour le 30ème anniversaire d’Amnesty International

1990           L’ILE ROUGE (Doc -52’- La Sept)

                   – Prix du Jury du Festival de la Fête – Nice 1991

                   LAURENCE (Film -26’-)

                  – Nominé au FIPA d’Or 1991

1989           LES PETITS CHAPERONS ROUGES (Court métrage -13’-)avec Edith Scob, Pierre Rafus

                   ECLATS DE NUIT (Court métrage) la Coupole

                   LA MAISON DES ENFANTS (Court métrage à Louveciennes)

                   SOUFFLER N’EST PAS JOUER (Doc -18’-)

1988           FAUTEURS D’EAUX TROUBLES (Doc -26’-)

                   Avec le Musée des Sciences et des Techniques de la Villette

                   FILM DE PRESENTATION DU MUSEE DES SCIENCES DE LA VILLETTE

1987           LES DOSSIERS DU BISTROT (émissions en direct-6 x 2h10-)

1984           ON N’EST PAS DES MINUS (Doc -50’-)

1981           VOTRE ENFANT M’INTÉRESSE (Long métrage -90’- Sortie octobre 1981)

1978          ALERTEZ LES BÉBÉS ! (Long métrage -90’- Sortie octobre 1978)

                   – Prix du Festival du Cinéma du Réel, Beaubourg 1978

                   – Prix du Public, Festival International de Trouville 1978

1975 / 77    L’ENFANT PRISONNIER (Court métrage -26’-)

                   – Grand Prix du Festival du Film Francophone, New Orléans1977

                   – Prix de l’Office de la Création Cinématographique 1976

                   – Nominé aux Césars du court-métrage 1977

1973           LIBERTÉ JEAN (Film de promotion IDHEC)

                   – Grand Prix du Festival International de Belfort 1973

                   – Grand Prix de la Cinémathèque Française 1973

1971 / 72    LE GHETTO EXPÉRIMENTAL (Doc -90’- Sortie fév 1995))

                   – Prix du Jeune Cinéma, Festival de Bruxelles 1974

                   – Prix Spécial du Jury, Festival International, Thonon-les-Bains 1974

1968           Lauréat de la bourse FEU VERT POUR L’AVENTURE

                   Réalisation d’un documentaire sur Cuba. Interdit d’antenne en Octobre 1968

1966           LIBÉREZ LE VIETNAM ! (Court métrage collectif réalisé au Lycée Paul Lapie de Courbevoie)

Bibliographie

1999  CHARBONS ARDENTS, CONSTRUCTION D’UNE UTOPIE / Ed. Serpent à plumes-Arte

  • POUTINE, LE PARRAIN DE TOUTES LES RUSSIES /Ed. Saint-Simon

2009  LA GUERRE DU GAZ / Ed. du Rocher, avec Roumiana Ougartchinska

2010  LES TRAVAILLEU(R)SES DU SEXE et fières de l’être / Editions du Seuil  

A COMME ABECEDAIRE – Jean-Michel Carré.

Une œuvre extrêmement variée, de Poutine à Dolto en passant par la Chine et Fleury-Mérogis. Des films toujours engagés, du côté des femmes, des prostitué.e.s, des enfants…

Amour

Un couple peu ordinaire

Armée

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Art

Royal de Luxe

Chine, un million d’artistes

Autisme

Beaucoup, passionnément, à la folie

Censure

Chine, un million d’artistes

Chine

Chine, un million d’artistes

Chine, le nouvel empire – De l’humiliation à la domination

Hong Kong-Hanoï : retour de camps

Chômage

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Cinéma

Beaucoup, passionnément, à la folie

Dolto

Grandir à petits pas

Drogue

La Nouvelle vie de Bénédicte

L’Enfer d’une mère

Les Trottoirs de Paris

Femmes de Fleury

Ecole

Une question de classe(s)

On n’est pas des minus

Education

Votre enfant m’intéresse

Alertez les bébés

Elections

Poutine pour toujours ?

Enfance

Grandir à petits pas

Une question de classe(s)

Les Enfants de la paix

Histoire d’enfance – 1720-1905

Les Enfants des prostituées

Les Poussins de la Goutte d’or

Les Enfants des prisons

Alertez les bébés

Enseignement

Le Ghetto expérimental

Entreprise

J’ai très mal au travail

Exclusion

Les Bâtisseurs d’espoir

Sur le fil du refuge

Famille

Histoire d’enfance – 1720-1905

Travail, famille, etc. Récits de la jeunesse 2 – Famille

Les Enfants des prostituées

Les Enfants des prisons

Femme

Les Travailleu®ses du sexe – (et fières de l’être)

La Nouvelle vie de Bénédicte

Les Enfants des prostituées

L’Enfer d’une mère

Les Matonnes

Galères de femmes

Les Trottoirs de Paris

Femmes de Fleury, prière de réinsérer

Femmes de Fleury

Laurence

Halles

La Mémoire au couteau

Handicap

Sexe, Amour et Handicap

Histoire

Histoire d’enfance – 1720-1905

Jeunesse

Travail, famille, etc. Récits de la jeunesse 1 – Travail

Maison verte

Grandir à petits pas

Mémoire

La Mémoire au couteau

Migration

Hong Kong-Hanoï : retour de camps

Mineurs

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Charbons ardents

Mondialisation

Chine, le nouvel empire – De l’humiliation à la domination

J’ai très mal au travail

Nucléaire

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Opéra

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Paris

Les Poussins de la Goutte d’or

La Mémoire au couteau

Pauvreté

Les Bâtisseurs d’espoir

Pays de Galles

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Charbons ardents

Pédagogie

Une question de classe(s)

On n’est pas des minus

Votre enfant m’intéresse

Alertez les bébés

Politique

Poutine, le nouvel empire

Poutine pour toujours ?

Le Système Poutine

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Portrait

Royal de Luxe

Le Système Poutine

Précarité

Sur le fil du refuge

Prison

Les Matonnes

Galères de femmes

Femmes de Fleury, prière de réinsérer

Les Enfants des prisons

Femmes de Fleury

Laurence

Prostitution

Les Travailleu(r)ses du sexe – (et fières de l’être)

La Nouvelle vie de Bénédicte

Un couple peu ordinaire

Les Clients des prostituées

Les Enfants des prostituées

L’Enfer d’une mère

Les Trottoirs de Paris

Laurence

Psychanalyse

Grandir à petits pas

Psychiatrie

Beaucoup, passionnément, à la folie

Poutine

Poutine, le nouvel empire

Poutine pour toujours ?

Le Système Poutine

Réinsertion

Galères de femmes

Femmes de Fleury, prière de réinsérer

Russie

Poutine, le nouvel empire

Poutine pour toujours ?

Le Système Poutine

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Sexualité

Sexe, Amour et Handicap

Les Travailleu(r)ses du sexe – (et fières de l’être)

Sida

Les Clients des prostituées

L’Enfer d’une mère

Spectacle

Royal de Luxe

L’Île rouge

Sport

Les Poussins de la Goutte d’or

Travail

J’ai très mal au travail

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Sur le fil du refuge

Charbons ardents

Travail, famille, etc. Récits de la jeunesse 1 – Travail

Les Matonnes

Travailleurs sociaux

Les Bâtisseurs d’espoir

Sur le fil du refuge

Université

Le Ghetto expérimental

Vietnam

Les Enfants de la paix

Hong Kong-Hanoï : retour de camps

H COMME HONG KONG – Manifestations.

Outcry and whisper. Wen Hai, Jingyan Zeng, Trish McAdam, Hong Kong-Chine, 2020, 100 minutes

Le mouvement des parapluies. D’autres manifestations aussi. Pour réclamer la démocratie. Plus de liberté, plus de droits. Des cortèges d’ouvrières réclamants dans leurs slogans le respect de leur droit. Le paiement de leurs allocations qui leur sont dues. Des ouvrières déterminées, combatives. Que la répression n’intimide pas. Les arrestations ne les découragent pas non plus. Et même si elles perdent leur travail, elles ne veulent pas renoncer à obtenir gain de cause.

Outcry and whisper, traite son sujet de bien des manières différentes, des plus traditionnelles – des entretiens – aux plus inventives, à la limite du fantastique – des animations 3D – en passant par des séquences de pure captation du réel comme le filmage d’une ouvrière au travail dans une usine de textile.

Les entretiens nous mettent en présence de plusieurs ouvrières, cadrées toutes de la même façon – en plan fixe et en légère contre-plongée. Elles évoquent avec beaucoup de détails leurs action, les manifestations, la répression, les risques qu’elles prennent de perdre leur travail. Mais elles affirment avec force leurs droits. Elles se sentent dans leur droit. Elles sont déterminées à ne rien céder.

Parmi ces femmes, l’une d’entre elles occupe une place particulière dans le film. Une jeune étudiante qui veut continuer ses études à Hong Kong – elle fait une thèse sur les formes d’activisme social en Chine. Elle n’est d’ailleurs pas filmée de la même façon que les autres. Elle fait face à la caméra de son ordinateur – l’image est alors de taille réduite sur l’écran – et parle à un interlocuteur invisible. Mais il est clair que le plus souvent elle s’adresse au spectateur du film. Nous la voyons aussi dans son appartement, s’occupant de sa petite fille ou dans les rues lorsqu’elle la conduit à l’école. Un filmage beaucoup plus intime et donc vivant que les autres entretiens, plus centrés eux sur le travail des femmes et leurs revendications.

Mais si ces entretiens avec ces femmes occupent la majorité du temps du film, ils sont loin d’en épuiser la richesse visuelle. Le filmage des affrontements des manifestants du mouvement des parapluies avec les forces de l’ordre est sans doute destiné à devenir une pièce d’anthologie, par son cadrage stupéfiant – en plongée, nous dominons les casques des policiers arrachant violemment les toiles des parapluies des manifestants au corps à corps avec eux. Et par la musique au rythme soutenu et répétitif qui en fait une quasi chorégraphie qui nous plonge dans une autre dimension.

Il est difficile de citer toutes les trouvailles originales qui jalonnent ce film à nul autre pareil. On se souviendra pourtant des contre-plongées verticales sur les immeubles de la ville entre lesquelles la chute d’une silhouette sombre suffit à évoquer la série de suicide qui eut lieu alors à Hong Kong.

Des animations, soit dessinées soit en images de synthèse, viennent par moment rompre l’unité des images filmiques. Des photos aussi de la jeune étudiante, sur lesquelles sont ajoutées des traces de peinture, ont une véritable dimension artistique.

L’art contemporain est d’ailleurs présent dans le film, sous la forme de deux performances. La première en pré-générique dans laquelle l’artiste, filmé en gros plan, se fait des entailles sur son visage avec une lame de rasoir, les lignes de sang dessinant un étrange masque de souffrance contenue. La deuxième est la réalisation dans une rue d’une longue ligne de peinture réalisée avec la tête de l’artiste recouverte de bandage. La performance de termine par la mise en feu de cette ligne. De quoi bousculer le public présent et les spectateurs du film.

Et puis il y a le filmage de l’ouvrière au travail, une séquence d’une plasticité étonnante due uniquement aux machines sur lesquelles s’affaire la femme masquée. Ses gestes répétitifs – elle dépose des bobines de fil blanc dans les alvéoles de la machine devant elle – composent également une chorégraphie étonnante, une version moderne des Temps Moderne de Chaplin. Cette séquence de l’usine se termine d’ailleurs par une autre référence : un plan où les ouvriers quittant l’usine se dirige vers la caméra.

 Au total, ce film est une ode aux combats des femmes, à leur volonté de résistance et de contestation des injustices dont elles sont victimes.

Visions du réel 2020.

C COMME CHINE -Commerce.

Na China.  Marie Voignier, France, China, Cameroon, 2020, 71 minutes

Le commerce entre la Chine et l’Afrique. Il est bien connu que la Chine est en train d’envahir l’Afrique. Pour écouler son énorme production. Des produits pas toujours de grande qualité. Surtout du textile, des vêtements. Des objets de marque sans marque. La mode à bas prix.

Mais ce commerce est-il toujours à sens unique ? C’est tout l’intérêt, et l’originalité, du film de Marie Voignier de nous montrer l’arrivée et l’activité commerciale de l’Afrique en Chine. Une activité qui n’a pas la même échelle. Ni les mêmes méthodes.

Nous suivons dans le film quatre Africaines originaires du Cameron. Elles sont installées à Canton et travaillant dans le textile, elles sont venues ici pour acheter de quoi alimenter leurs boutiques là-bas.  Ou bien elles viennent s’installer en créant un salon de coiffure par exemple. Et essayer de lancer la mode des tresses.

La presque totalité du film se passe dans des boutiques chinoises de vêtement ou dans des entrepôts où l’on conditionne les achats en gros pour les expédier. Les boutiques sont de véritables cavernes d’Ali Baba. On s’y perdrait facilement au milieu de tant de tissus, de robes et autres pantalons. Le tout bien sûr particulièrement coloré. Nos Africaines explorent, commentent, jugent de la qualité (pas toujours satisfaisante). Et elles discutent les prix. La vendeuse chinoise consent parfois des rabais. Mais le marchandage aboutit le plus souvent à un accord. Au Cameron une partie de la clientèle – la plus fortunée – attend des produits de bonne qualité, alors que les chinois importent surtout du bas de gamme, bon marchais.

Nos Africaines sont particulièrement à l’aise dans leurs négociations. Bien sûr elles ont à subir – et à contourner – les tracasseries administratives. Surtout pour ouvrir une boutique. L’obtention des visas est aussi une préoccupation. Mais elles manient l’argent avec une grand habileté. Il n’y a pas que les chinois qui ont le sens du commerce.

Le monde du textile en Chine avait déjà été filmé par des documentaristes, mais plutôt au niveau de la fabrication, les petits ateliers où les ouvriers passent la journée à la machine à coudre, ou les grandes structures où le travail est à la chaine. Des travailleurs souvent venus de campagnes lointaines en espérant gagner le plus d’argent possible par ce travail aliénant. Dans cette perspective, on reverra avec intérêt Argent amer de Wang Bing ou Le dernier train de Lixin Fan, parmi bien d’autres.

Na China a pour lui d’être tourné en Chine par une cinéaste française, avec pour personnages principaux des Africaines.

Visions du réel 2020.

F COMME FAMILLE – Chinoise

F COMME FAMILLE – Chinoise

The Choice, Gu Xue, Chine, 2019, 66 minutes.

La cinquième tante (une classification familiale typique et incompréhensible pour nous) est à l’hôpital, en fin de vie – les expressions utilisées alors varient, de « mourante » au plus neutre « en réanimation ». Sa famille se réunit – est réunie – pour examiner la situation. Et prendre des décisions. Enfin, essayer d’en prendre. Par exemple, faut-il la laisser à l’hôpital ou la ramener à la maison ?

Et puis il y a la perspective de sa mort. Dont on évite de parler ouvertement. Même si on évoque rapidement la question des funérailles.

Le film de Gu Xue est constitué d’un seul plan, avec le même cadrage des membres de la famille installés face à la caméra. Il n’y a sans doute pas beaucoup de recul dans la pièce et l’ensemble des présents ne rentre pas en même temps dans le cadre. La caméra va donc effectuer de lents panos sur la gauche, puis sur la droite. Des mouvements si lents qu’on a l’impression que l’image reste immobile. De même pour les quelques entrées et sorties dans le cadre. Celle qui arrive en retard et qu’il faut installer parmi ceux qui sont assis presque en ligne. Ou bien des enfants qui ne font que passer et qu’on ne cherche pas à retenir dans cette réunion familiale qui ne les concerne pas.

Cette réunion est-elle improvisée ? Le neveu qui s’instaure dès le début en leader propose des règles d’organisation, un ordre de prise de parole et surtout insiste sur la nécessité d’écouter celui ou celle qui parle jusqu’au bout, sans le couper. Des règles qui auront bien du mal à être strictement respectées. Mais d’une façon globale, on peut dire que les moments où tous parlent en même temps sont rares. En définitive, ceux qui ont quelque chose à dire ont la possibilité de s’exprimer, même si le temps de prise de parole est assez inégal. Les plus jeunes parlent avec plus de spontanéité, ont plus de facilité d’élocution, et en profitent. Ici, les personnes âgées n’incarnent pas particulièrement la sagesse.

Les hommes surtout évoquent les déclarations des médecins qu’ils ont pu recueillir et essaient d’en faire des arguments. Les avis exprimés restent néanmoins contradictoires. L’unanimité est loin de se réaliser, surtout lorsqu’interviennent les problèmes d’argent. Il y a sans doute trop de différences de situations et de revenus entre les membres de la famille pour qu’un accord soit possible. Le film se termine sur le départ successif des présents. Ils n’étaient là peut-être que par obligation. De toute façon certains n’avaient même pas enlevé leur manteau.

The Choice est un film qui oscille entre deux problématiques : les relations familiales et les relations à la mort. Cette dernière apparaît clairement comme le catalyseur des différences au sein de la famille. Celle qui est mourante, dont on n’évoque jamais la vie passée, ni la personnalité, est déjà effacée du cercle des vivants, comme elle est hors champ dans le film. Ce conseil de famille n’aura été au fond qu’une parenthèse dans la vie de chacun, une concertation de pure forme.

Il existe un autre film montrant la réunion d’une famille autour d’un de ces membres en fin de vie : Mrs Fang de Wang Bing. S’il s’agit dans les deux cas d’un huis clos, il y a entre les deux une différence fondamentale. C’est que dans le film de Wang Bing, nous sommes dans la chambre de la mourante et celle-ci est bien présente et on s’occupe d’elle. Rien de tel dans The Choice, puisque la tante est à l’hôpital et que son retour à la maison pose problème. Par opposition à une réunion de famille de pure convention, Wang Bing lui, nous montre comment la mort fait partie, réellement, de la vie familiale, c’est-à-dire de la vie tout court.

Cinéma du réel 2020

P COMME PAYSAGE.

Paysages manufacturés, Jennifer Baichwal et Edward Burtynsky, Canada, 2006, 86 minutes.

Ce film nous montre le travail entrepris par le photographe canadien Edward Burtynsky pour nous faire prendre conscience des effets de l’industrialisation sur les paysages naturels. Que l’homme déforme la nature n’est pas une idée nouvelle. Cependant, le regard porté par Burtynsky sur la chine contemporaine et son développement à outrance a une résonance particulièrement angoissante. Jusqu’où irons-nous ? Comment vivrons les générations futures ? Au milieu des déchets industriels qu’on n’arrive plus à éliminer ? Dans d’immenses mégalopoles où le seul espace subsistant entre des tours toujours plus hautes ne semble occupé que par les échangeurs autoroutiers ? Burtynsky ne propose pas de solution. Il regarde et il nous montre ce qu’il a vu. Ses images, grand format, ont une beauté plastique évidente. N’empêche, elles font froid dans le dos…

            Le film nous montre donc Burtynsky au travail, choisissant des sites impressionnants, s’interrogeant sur la lumière, sur la place de l’appareil de prise de vue. Souvent il donne ses polaroids aux personnes qu’il photographie ou qui vivent dans les lieux de ses photos. Le film le montre aussi au Canada, où il tient des conférences illustrées par son travail. On visite même une de ses expos, la caméra se faufilant parmi les visiteurs pour découvrir furtivement ses grands formats. Mais son œuvre photographique, le film la montre abondamment, opérant des passages entre l’image filmique et l’image photographique de la même scène avec une précision remarquable. Le film lui donne aussi la parole : ses commentaires sont sobres, réduits à l’essentiel. Les images elles, fixes ou animées, sont particulièrement éloquentes.

            Le film débute, en avant générique, par un long et extraordinaire travelling de plus de quatre minutes dans une de ces usines (ou peut-être devrait-on dire ateliers) d’assemblage d’objets manufacturés que nous avons tous, un jour ou l’autre, acheté dans un de nos hypermarchés. Des rangées de postes de travail défilent sous nos yeux, interminablement. Et c’est cette vision inépuisable qui rend le mieux l’immensité du lieu. L’image n’en finit pas de se renouveler, identique à elle-même. Par moment le travelling s’accélère, comme si la cinéaste était impatiente d’en finir, d’arriver à un terme dont on finit par croire qu’il n’existe pas vraiment. On pense au fameux travelling de Week End de Godard ! Sauf qu’ici tout semble « clean ». Il n’y a pas de bruit assourdissant comme la représentation traditionnelle de l’usine pourrait nous le laisser penser. Les ouvriers semblent bien calmes, bien propres sur eux dans leurs blousons jaunes. Bien sûr, ce n’est qu’une illusion. Et quand dans une séquence ultérieure on s’approche d’eux, quand on les regarde de près dans leur travail, on comprend l’ennui particulièrement inhumain que représente la répétition incessante de ces petits gestes. Non, décidément, le travail en usine, même si on n’a plus vraiment affaire à une chaîne classique, ne laisse pas beaucoup d’initiative et de responsabilité aux ouvriers ! D’ailleurs une autre séquence tout à fait extraordinaire nous montre ces mêmes ouvriers, totalement résignés et passifs, subissant sans broncher les reproches d’un « petit chef » au sujet de la qualité de leur travail ! En rang par quatre, bien alignés, tout de jaune vêtus dans un environnement où les murs des bâtiments sont eux aussi du même jaune, on dirait presque qu’ils posent pour la photo ! Le plus terrible, c’est qu’on ne peut déceler le moindre froncement de sourcils chez ces hommes et ces femmes à qui le film tente, un moment, de donner la parole. La seule chose qu’ils semblent capables, ou autorisés, de dire, c’est le nombre d’années qu’ils ont déjà passé dans ce travail. Mais le gros plan sur le visage, ou les mains, de la travailleuse, comme l’a dit depuis longtemps le proverbe chinois, vaut nettement plus que 10 000 mots !

La Chine n’est certes pas le seul pays où notre planète soit défigurée, mais il semble que là-bas, le désastre écologique avance à grand pas. Preuve, le fameux barrage des Trois Gorges, dans la vallée du Yangtsé, le plus grand du monde comme disent aujourd’hui les Chinois reprenant à leur compte la phraséologie américaine ! Si l’on renvoie au film de Jia Zhang Ke, Still life, on a alors une intéressante possibilité de confronter documentaire et fiction en définissant les moyens propres dont usent l’un et l’autre.

Preuve aussi, la « visite » de Shanghai qui termine le film. Les gratte-ciel new-yorkais en particulier ont longtemps séduit les photographes, amateurs ou professionnels. Ici il est difficile de parler de séduction. Au rythme des constructions et des destructions qui les précèdent, le travail de Burtynsky a déjà valeur historique. Les habitations anciennes, traditionnelles, existeront-elles encore longtemps ? Les séquences filmées en usine nous montraient des hommes et des femmes réduits quasiment à une fonction de décor. Ici il n’y a plus personne, que des tours et des voitures sur les autoroutes. Et s’il reste une vieille dame qui n’a pas voulu quitter son appartement promis comme le reste à la démolition, on sait bien que la loi du « progrès » finira, très vite, par s’imposer.

            Ce film est un remarquable support de réflexion sur les problèmes de pollution, d’écologie et de développement durable. C’est d’ailleurs dans ce sens qu’il est projeté dans des réunions-débats organisées sur ces thèmes par des municipalités ou des associations comme Les Amis de la terre ou Greenpeace. Il peut aussi devenir un très bon outil de formation sur les images, permettant de comparer la puissance évocatrice de la photographie et du cinéma et surtout d’engager une analyse concrète de la fonction d’éveilleur de conscience qu’elles peuvent avoir. Si de telles images sont tout à fait indispensables, pour ne pas laisser penser que ce qui se passe la-bas, très loin, en Chine, ne nous concerne pas vraiment, on ne peut s’empêcher de penser aussi qu’elles ont peu de chance, à elles seules, de changer le cours des choses.

T COMME THÉÂTRE D’OMBRE.

Un film en images : Ombres chinoises, Yi Cui, Chine-Canada, 2016, 80 minutes.

Le théâtre d’ombre de Huan par une troupe ambulante. Une tradition bien vivante.

Les spectacles « modernes » , son et lumière, « grand spectacle » dont la propagande n’est pas absente.

Une opposition qui résume bien la Chine contemporaine.

C COMME CHINE – Filmographie

Des films réalisés en Chine par les cinéastes Chinois bien sûr, mais aussi par des Français ou des Européens qui proposent souvent une vision originale du pays et de sa culture. Mais ce sont les transformations, économiques surtout, qui attirent le plus les documentaristes. D’un côté les usines abandonnées réduites à l’état de ruine ; de l’autre les immenses buildings des grandes villes et le trafic automobile incessant. Sans oublier les problèmes d’environnement et les projets « pharaoniques » détruisant les paysages. Reste le peuple chinois, bien souvent laissé pour compte de la « croissance ». Les images de la misère sont alors particulièrement révoltantes.

Comme pour toutes les filmographies proposées dans le blog, il n’y a rien ici d’exhaustif !

 24 City, Jia Zhang-Ke.

Le film est réalisé à Chengdu. Il prend comme objet l’histoire d’une usine « modèle », l’usine 420, une usine d’armement qui a donc joué un rôle stratégique dans la politique militaire et internationale du pays. Cette usine est appelée à disparaître pour être remplacée par un complexe immobilier de luxe dénommé 24 City.

Ai Weiwei, never sorry, Alison Klayman.

Ai Weiwei est sans doute l’artiste chinois contemporain le plus connu en Occident, certainement le plus médiatisé, ce qui est dû, en grande partie, à ses positions politiques et à son engagement dans la contestation du régime autoritaire de Pékin qui essaiera par tous les moyens de le faire taire. Son travail artistique est indissociable de sa lutte pour la liberté d’expression, et pour la liberté tout court.

 À l’ouest des rails, Wang Bing.

Un long voyage au cœur d’une tragédie industrielle. Un voyage en train, comme l’annonce le titre. Des trains qui circulent lentement, ce qui impose au film de ne pas avoir peur de la lenteur et de la durée. La caméra est le plus souvent placée à l’avant de la machine et avale littéralement les rails qui défilent devant elle. De longs travellings, interminables. Il s’agit de faire appréhender au spectateur l’absurdité de ce voyage sans fin, et l’angoisse qu’il peut susciter. Beaucoup de ces séquences sont filmées de nuit, en hiver. Le sombre domine. La désolation est générale.

Les âmes mortes, Wang Bing.

Les « camps de travail » visant la rééducation des « droitiers » c’est-à-dire tous les opposants, de près ou de loin, au régime maoïste, et cela bien avant la révolution culturelle, même si celle-ci fut le somment de cette pratique. Des camps de travail qui étaient vite devenus des camps de la mort.

 L’Argent du charbon, Wang Bing.

Wang Bing ne filme pas les mines de charbon réputées comme étant les plus dangereuses du monde, le travail des mineurs, les risques qu’ils courent et l’exploitation dont ils sont l’objet. Il prend en compte une autre dimension de la politique énergétique chinoise, le transport du charbon depuis les mines du Shanxi jusqu’au port de Tianjin. Une route du charbon tout aussi meurtrière que les mines elles-mêmes. Une route de tous les trafics imaginables.

La bonne éducation, Gu Yu.

Le portrait d’une adolescente chinoise. Une écolière, comme il doit y en avoir une multitude en Chine. En Chine et ailleurs. Mais la dimension portrait du film s’efface très vite au profit de l’appréhension de la réalité chinoise. D’une certaine réalité chinoise. Le lycée surpeuplé. Les séances de lecture collective à haute voix dans une cacophonie totale. Et puis, surtout, dans les quelques plans où Peipei, l’adolescente, revient chez sa grand-mère, la Chine de la campagne. Bien loin des buildings de Shanghai. Bien loin du développement de la richesse qui profite à certains. Loin de tout en fait. Une plongée dans cette Chine ancestrale, que rien décidément n’a pu faire bouger, ni la révolution maoïste, ni le boum capitaliste.

Changjiang. A yangtze landscape,  Xu Xin.

Un long voyage en Chine. Une traversée du pays en remontant le cours du Yangtsé depuis le port de Shanghai jusqu’au Tibet, aux sources du fleuve. Des milliers de kilomètres.

La Chine, Chung Kuo,  Michelanchelo Antonioni.

En 1972, nous sommes en plein cœur de la révolution culturelle maoïste. Le projet du film semble avoir été initié par Chou En-lai qui devait y voir une occasion de développer les relations avec l’Occident. Il entre en contact avec la RAI, la télévision italienne, qui sollicite Antonioni alors sans projet et l’envoie en Chine. Le problème pour le cinéaste est alors de ne pas se limiter à filmer ce que les autorités chinoises veulent bien lui montrer comme devant faire partie du film. Il doit donc résister pour gagner une certaine liberté, filmant beaucoup, ce qui à l’arrivée donnera un film de plus de trois heures.

Chine, le nouvel empire, Jean-Michel Carré.

La Chine s’est réveillée. Jamais dans l’histoire économique, une nation n’avait connu une telle croissance sur une période aussi longue.

Comment Yukong déplaça les montagnes, Joris Ivens et Marceline Loridan.

Joris Ivens et Marceline Loridan résident en Chine de1971 à 1975. Ils  y réalisent une série de 12 films d’inégales longueurs et situés dans différentes régions du pays, de Pékin à la campagne chinoise. 12 films pour montrer la Chine d’après la révolution culturelle, ou plus exactement, pour montrer la vie des chinois, du peuple chinois. En quoi cette vie est-elle nouvelle ? En quoi elle a changée ?

Crime et chatiment, Zhao Liang.

La vie quotidienne de la police en Chine ? Pas dans les grandes métropoles en pleine expansion. Ce serait un tout autre film. Mais dans une région rurale, montagneuse, un poste frontière avec la Corée. Une région défavorisée, très pauvre, où il semble que la neige ne fond jamais. C’est là que Zhao Liang place sa caméra et film au jour le jour la vie et les activités professionnelles de ces jeunes soldats qui ont tous l’air de débutants. Ils doivent vite apprendre le métier, la discipline et le respect de la loi, qu’il faut appliquer en toutes circonstances. Les relations de camaraderie, voire d’amitié qu’ils peuvent avoir entre eux, et même avec les officiers, les aident à supporter la solitude, l’éloignement de leur famille, la routine aussi. Ici, les affaires qu’il faut régler sont plutôt terre à terre. Il y a bien un meurtre annoncé, mais leur tâche se limite à placarder un peu partout des avis de recherche. Pour le reste ils ont affaire à une population qui pour survivre est parfois obligée de franchir les limites de la stricte légalité

Derniers jours à Shibati, Hendrick Dusollier.

La disparition d’un vieux quartier pauvre d’une grande ville chinoise (Chongqing), quartier voué à la destruction prochaine. Le cinéaste circule dans ce labyrinthe de ruelles étroites au risque de s’y perdre et filme les personnes qu’il y croise.

 Le dernier train, Lixin Fan.

Chaque année, au nouvel an chinois, des millions de paysans qui ont quitté leur campagne pour aller travailler dans des usines, dans des villes souvent éloignées de plus de 2000 km, retournent pour une semaine chez eux, pour revoir leur famille. Ces voyages sont une sorte de course d’obstacles des plus harassantes. Une succession de galères à affronter avec persévérance. Car il n’est pas question de renoncer. Cette semaine du nouvel an est la seule où les ouvriers des usines ont des congés. La seule occasion de revoir ceux qu’ils ont quitté, pour certains, depuis bien longtemps.

 Dimanche à Pékin, Chris Marker

Marker filme Pékin un dimanche et entièrement en extérieur. Il parcourt les rues, les places, les différents quartiers de la ville, des plus populaires aux plus modernes. Il organise son film comme le déroulement d’une journée, débutant dans les brumes du petit matin, le commentaire énonçant ensuite les différents moments filmés. Un dimanche comme les autres sans doute, où le cinéaste ne rencontre pas d’ouvriers au travail, mais plutôt des chinoises et des chinois dans des activités de loisirs, des activités physiques surtout, comme la gymnastique.

Enfants bananes, Cheng Xiaoxing.

Jaunes à l’extérieur et blancs à l’intérieur ! Ils ont entre 10 et 20 ans, ils sont Français, d’origine chinoise.

Existence isolée (Du zi cun zai ; lone existence),  Sha Qing.

Une ville quelque part en Chine. Peu importe où. Des messages en première personne qui s’inscrivent sur l’écran. Il y est question de la vie, du sens de la vie, pratiquement vide en dehors des quelques occupations quotidiennes qui tiennent de la routine. Une Chambre plusieurs fois montrée, vide ou avec la présence furtive de la silhouette d’un homme. Des images de la ville, des rues, des gens, les immeubles d’en face avec des fenêtres éclairées la nuit.

Fengming. Chronique d’une femme chinoise, Wang Bing.

         Une femme qui se retrouve épouse d’un « droitier », donc « droitière » elle-même et pour cela est envoyée comme lui dans un camp. Elle en reviendra, mais lui non. Devant la caméra de Wang Bing, elle décrit avec force détails, l’humiliation de l’accusation,  la faim dans le camp, la mort de son mari et ses souffrances interminables

Une histoire de vent, Joris Ivens et Marceline Loridan.

Agé de 90 ans, c’est en Chine que le « Hollandais volant » ira réaliser son dernier film.

L’Homme sans nom, Wang Bing

Nous pouvons énumérer les actions que l’homme sans nom accomplit : il marche beaucoup, cuisine, mange, dort, bèche la terre, cultive des légumes, ramasse du crottin sur la route. Nous pouvons repérer l’écoulement des saisons : l’hiver enneigé, le printemps verdissant, l’été orageux et l’automne venteux. Nous pouvons déterminer le degré de misère dans laquelle il vit à partir des objets qu’il manipule, des vêtements dont il se couvre, du trou qui lui sert d’habitation. Nous pouvons repérer le nombre important de plans où la caméra suit l’homme vu de dos dans ses déplacements et les opposer aux plans fixes où nous le voyons de face, dans sa « grotte », pendant ses repas. Mais nous ne pouvons traduire en mots l’intensité qui se dégage des images de cet homme, seul à l’écran pendant tout un film, dont la vie n’est accompagnée que par les bruits de sa respiration et de sa toux ou celui de ses pas sur les chemins.

 Mrs Fang, Wang Bing.

Elle est allongée sur son lit. Elle ne parle pas. Elle bouge très peu. Sa bouche reste ouverte. Reconnaît-elle ceux qui l’entourent ? Sait-elle où elle est ? Une fois on essaie de l’assoir. Mais le plus souvent elle reste allongée. En off on entend les commentaires de ceux qui sont présents dans la pièce. Sur sa posture, sur l’évolution de la maladie, les signes visibles. On s’interroge : « dort-elle ? »

Ombres chinoises, Yi Cui

Un art traditionnel qui fait la joie des habitants des campagnes et des montagnes. En ville de grands festivals offrent des spectacles grandioses d’une tout autre teneur.

Paysages manufacturés, Jennifer Baichwal

Ce film nous montre le travail entrepris par le photographe canadien Edward Burtynsky pour nous faire prendre conscience des effets de l’industrialisation sur les paysages naturels. Que l’homme déforme la nature n’est pas une idée nouvelle. Cependant, le regard porté par Burtynsky sur la chine contemporaine et son développement à outrance a une résonance particulièrement angoissante. Jusqu’où irons-nous ? Comment vivrons les générations futures ? Au milieu des déchets industriels qu’on n’arrive plus à éliminer ? Dans d’immenses mégalopoles où le seul espace subsistant entre des tours toujours plus hautes ne semble occupé que par les échangeurs autoroutiers ?

 Paper Airplane , Zhao Liang

Un avion en papier, ça peut voler très haut, mais il ne vole jamais longtemps. Il finit toujours par tomber. Et il ne vole qu’une seule fois. « Quel prix il paie pour cette seule chance de voler ». Sur son lit d’hôpital, un des jeunes drogués que suit Zhao Liang propose ce titre pour le film. Une métaphore particulièrement parlante de l’expérience de la drogue.

 Pétition, la cour des plaignants, Zhao Liang

La Chine pauvre, la Chine des déshérités, des chinois qui souffrent, qui n’ont plus rien, suite à des démêlés avec l’administration ou la police. Plus rien sauf leur dignité, leur honneur et leurs droits. Ils sont persuadés d’avoir la loi pour eux. Alors ils ne se laissent pas faire, ils se révoltent. Ils se mettent à pétitionner.

Plastic China, Jiu-Liang Wang.

Du plastique. Des torrents de plastique. Des montagnes de plastique. Les déchets plastiques du monde entier affluent en Chine. Par bateaux entiers. Et d’énormes camions les acheminent dans les campagnes. Dans de petits villages, où des familles essaient de gagner un peu d’argent en les recyclant.

 La Pluie et le beau temps, Ariane Doublet

La mondialisation, le mot n’est pas prononcé dans le film. Pourtant, il ne s’agit que de cela. La Normandie et la Chine réunis par un fil de lin. Les normands le font pousser. Les chinois l’achètent pour le transformer. Une situation commerciale à première vue surprenante, complexe, qui valait bien un film.

Ta’ang, un peuple en exil entre Chine et Birmanie, Wang Bing

         La guerre, nous ne la voyons pas dans le film, mais nous l’entendons, plus ou moins lointaine. Nous en sentons la présence constante dans la longue fuite en avant, dans la question de la nourriture sans cesse posée (les sacs de riz qu’il faut porter), dans l’inquiétude et l’angoisse, qui ressort souvent des longues discussions la nuit autour d’un feu de bois, ou à la lueur d’une simple bougie, lorsqu’il est difficile de dormir. Ces fuyards que montre le film, ce sont surtout des femmes et des enfants, beaucoup d’enfants. Les plus grands portent les plus petits sur leur dos et les femmes ont aussi visiblement une grande habitude d’être ainsi chargées. Il y a peu de pleurs, peu de cris, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de souffrances. Mais ici, la guerre on n’y peut rien. Alors tout autant être résigné

Les Trois sœurs du Yunnan, Wang Bing.

Le film est tourné dans un village situé à 3 200 mètres sur les hauts plateaux du Yunnan, dans les contreforts de l’Himalaya. Un village pauvre, très pauvre, subsistant essentiellement de l’élevage de quelques moutons ou autres cochons. C’est dans une de ces habitations que nous allons faire connaissance de trois enfants, trois filles de 10, 6 et 4 ans. Nous allons suivre pendant tout le film leur vie quotidienne et surtout celle de l’aînée, Yinging, qui doit jouer le rôle de mère de famille, puisqu’au début du film elles sont seules, livrées à elles-mêmes, le père étant parti travailler à la ville.

 Useless, Jia Zhang-Ke.

Les vêtements bon marché « made in China » ont envahi le monde. Grâce notamment aux délocalisations d’entreprise européennes qui ont trouvé en chine une main d’œuvre moins couteuse. Du coup, le textile haut de gamme a suivi. L’empire du milieu s’est ouvert à la mode en même temps qu’à l’économie de marché.

Voyage en occident, Jill Coulon.

         Des touristes chinois en voyage en France et en Europe. Le choc de deux regards. Notre regard à nous, Français et Européens, sur les touristes chinois qui visitent notre pays ; celui que ces mêmes chinois portent sur nous, Européens et Français. Une confrontation toujours riche de sens, mêlant stéréotypes et vérités éternelles, non sans humour.

We the workers,  Huang Wenhai.

Un film sur les ouvriers en Chine, leur vie, leur travail, leurs difficultés, leurs luttes. Un film qui montre leur situation dans ce pays « communiste » qui s’est converti à l’économie de marché. Une situation qui n’a pas l’air d’être très différente de celle des ouvriers du monde capitaliste.

T COMME TRAIN – Chine

Le dernier train, Lixin Fan, France, 2009, 87 minutes

Chaque année, au nouvel an chinois, des millions de paysans qui ont quitté leur campagne pour aller travailler dans des usines, dans des villes souvent éloignées de plus de 2000 km, retournent pour une semaine chez eux, pour revoir leur famille. Imaginez la foule dans les gares. Dans les trains. Non ce n’est pas imaginable ! La cohue, les bousculades, tout cela est sans commune mesure avec ce que nous pouvons connaître au plus fort des heures de pointes ou des départs en vacances dans nos gares. Ces voyages sont une sorte de course d’obstacles des plus harassantes. Une succession de galères à affronter avec persévérance. Car il n’est pas question de renoncer. Cette semaine du nouvel an est la seule où les ouvriers des usines ont des congés. La seule occasion de revoir ceux qu’ils ont quitté, pour certains, depuis bien longtemps.

D’abord il faut pouvoir se procurer des billets, c’est-à-dire attendre devant des guichets qui immanquablement finissent par annoncer qu’il n’y a plus de billes à vendre. Puis il faut attendre dans la gare, avec les autres, parmi les autres. D’où dans le film ces vues en plongées sur cette foule filmée par un interminable panoramique qui semble ne jamais pouvoir atteindre sa limite. Et quand le train est à quai, alors là il faut se précipiter, jouer des coudes (l’expression est quand même bien faible), se hisser dans le wagon, trouver une place, essayer de caser ses bagages – de gros sacs encombrants – et attendre le départ. Le voyage est souvent long. Tout le monde fini par s’endormir. Du moins, ceux qui ont une place assise.

Le film va suivre tout au long de ce voyage un couple d’ouvriers qu’on découvre dans un de ces ateliers de couture où sont fabriqués les jeans et autres vêtements made in china qui vont inonder l’occident. Un travail des plus répétitifs, ce que rend parfaitement un filmage insistant sur le tissu passant dans la machine à coudre. Après le train, ils devront prendre un bateau et un bus pour finir par arriver dans la ferme où ils retrouveront leurs enfants qui sont restés avec leurs grands-parents.

Les problèmes de voyage passent alors au second plan. C’est la vie de cette famille dispersée, réunies une seule semaine par an, qui va devenir le centre d’intérêt du cinéaste.

Leur ainée est une fille, adolescente qui aura 18 ans à la fin du film, et qui ne rêve que de partir à la ville, fuir la campagne et l’école qui est un véritable enfer pour elle. Le conflit avec les parents est inévitable, eux qui  regrettent tant de ne pas avoir fait d’études et qui voient dans la réussite scolaire le seul moyen d’améliorer les conditions de vie. Cela aboutira à une véritable bagarre où la fille n’hésite pas à rendre les coups de son père. La mère finira, elle, par accepter la volonté de sa fille que nous retrouverons en ville dans un nouvel emploi de serveuses dans une boite de nuit.

Le film offre de magnifiques vues sur les paysages chinois (la campagne luxuriante ou les montagnes enneigées) traversés par les trains. Mais c’est surtout les scènes de foule dans les gares qui peuvent nous impressionner. Une épreuve que tous ces «migrants » de l’intérieur semblent affronter sans broncher. Sauf qu’on entend quand même cette phrase de l’un d’eux : « la vie n’a plus de sens ». Une vision plutôt pessimiste de l’orientation capitaliste de la Chine contemporaine.

P COMME PLASTIQUE

Plastic China, Jiu-Liang Wang, Chine, 2017, 86 minutes.

Du plastique. Des torrents de plastique. Des montagnes de plastique. Les déchets plastiques du monde entier affluent en Chine. Par bateaux entiers. Et d’énormes camions les acheminent dans les campagnes. Dans de petits villages, où des familles essaient de gagner un peu d’argent en les recyclant.

Le film suit en fait deux familles, le patron et l’ouvrier. Le premier pense pouvoir s’enrichir – relativement quand même, son rêve est de pouvoir s’acheter une voiture neuve. Et de pouvoir inscrire son fils à l’école. Ce qui n’est pas possible pour la fille ainée du second par manque d’argent. Car ici l’école est payante et ce n’est pas avec le maigre salaire quotidien que cela sera possible.

Plastic China, c’est le film de la catastrophe écologique que représentent les déchets plastiques. Mais ici personne ne parle de préservation de l’environnement. Encore moins de l’avenir de la planète. Recycler le plastique, dans une petite machine tout ce qu’il y a d’artisanal, permet de vivre. C’est ça l’essentiel. Même si ce travail, dans la chaleur et la fumée, est particulièrement fatiguant. Mais que faire d’autre ? Alors le plastique peut tout envahir, jusqu’aux pièces d’habitation. Enfin, ce qui en tient lieu, tant la misère est criante. Mais les enfants jouent dans le plastique. Ils aident les parents à trier. Ce qui leur permet parfois de faire quelques découvertes intéressantes, des jouets ou des ballons de baudruche.

Nous passons donc sans cesse d’une famille à l’autre, dans leur intimité avec leurs enfants et dans le travail où c’est la position de dépendance de l’ouvrier face à son patron qui est surtout mise en évidence. Et puis le réalisateur se centre de plus en plus au fur et à mesure du déroulement du temps sur Yi-Jie, la fille ainée de l’ouvrier, qui devient en quelque sorte le personnage central du film. Les gros plans sur son visage triste sont particulièrement émouvants. Son rêve d’aller à l’école lui est refusé par manque d’argent. Alors, elle essaie malgré tout d’apprendre à lire par elle-même. A partir de feuilles ou de cahiers trouvés dans les déchets.

La dernière partie du film nous éloigne un peu des villages où le plastique est acheminé et nous montre une face moderne de la chine. La visite au salon de l’automobile  met en scène le rêve du luxe. Et la visite à Pékin nous montre que le culte de Mao n’a pas disparu. Mais ce voyage touristique n’est possible que pour le patron. L’ouvrier lui voudrait bien regagner sa campagne d’origine. Mais pour cela il faudrait avoir l’argent pour payer le train ou le bus.

A COMME ABÉCÉDAIRE – Wang Bing

Les admirateurs – nombreux – de cette œuvre protéiforme (et encore inachevée) reconnaitront les films qui sont, à chaque mot, évoqués.

Camions

Des rotations incessantes pour transporter le charbon.

 

Camp de travail

Très vite devenus des camps de la mort.

 

Censure

Ses films contestataires sont bien évidemment interdits par le régime chinois.

 

Cheminots

Que l’on rencontre aux arrêts du train.

 

Chine

Le pays de la démesure. Dont il faut inlassablement dénoncer les dérives et les crimes.

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Enfants

Trois sœurs quasiment abandonnées à elles-mêmes, dans une région si peu hospitalière.

 

Exil

Lorsqu’il n’y a pas d’autre solution que fuir la guerre. Fuir, sans savoir où aller, en emportant le minimum.

 

Fiction

Une seule fiction jusqu’à ce jour : Le Fossé.

 

Folie

Pour se débarrasser des opposants, les accuser de folie.

 

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Guerre

Les fusillades et les obus tout proches constituent une bande son angoissante.

 

Industrie

La plus traditionnelle est sinistrée. Comme dans bien d’autres régions du monde. Laissant derrière elle des carcasses d’usines abandonnées. Et des ouvriers sans travail.

 

Jeunesse

Ils quittent leur village pour aller travailler à la ville, la tête pleine de rêves. Pourront-ils les réaliser ?

 

Mines de charbon

Les plus dangereuses du monde. Mais l’exploitation doit continuer. Économie oblige.

 

Mort

Vécue sereinement, puisqu’elle est inéluctable.

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Neige

Plus grise que blanche. Elle recouvre tout, les rails et les bas-côtés. Jusque sur la caméra.

 

Nom

Existe-t-on lorsqu’on n’a pas de nom ? Anonymat absolu. Le cinéaste et sa caméra n’existent pas.

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Révolution culturelle

Ils s’y sont engagés avec ferveur avant d’en devenir les victimes.

 

Textile

Il a envahi le monde, mais à quel prix pour ceux qui travaillent dans ces petits ateliers où aucune sécurité ne leur est assurée.

 

Train

Il continue sa route, rectiligne, s’enfonçant interminablement dans la profondeur de champ. Venant de nulle part, on ne saura jamais où il va.

 

Usines

Désaffectées ou en voie de l’être. Le feu des hauts-fourneaux. Le désespoir des ouvriers. Les licenciements.

 

Villages.

Perdus dans la montagne. Les conditions de vie y sont particulièrement difficiles.

C COMME CHINE – Enfance

Les Trois sœurs du Yunnan, Wang Bing, France-Hong Kong, 2012, 153 minutes

Le film est tourné dans un village situé à 3 200 mètres sur les hauts plateaux du Yunnan, dans les contreforts de l’Himalaya. Un village pauvre, très pauvre, subsistant essentiellement de l’élevage de quelques moutons ou autres cochons. C’est dans une de ces habitations que nous allons faire connaissance de trois enfants, trois filles de 10, 6 et 4 ans. Nous allons suivre pendant tout le film leur vie quotidienne et surtout celle de l’aînée, Yinging, qui doit jouer le rôle de mère de famille, puisqu’au début du film elles sont seules, livrées à elles-mêmes, le père étant parti travailler à la ville.

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À 10 ans, Yinging est-elle encore une enfant ? Dans la première séquence du film, elle prépare le feu, à même le sol, ses deux sœurs jouent à côté d’elle, se disputent et elle doit essayer de consoler la plus petite. On n’a l’impression tout au long du film qu’elle ne rit jamais, même pas un sourire. Les tâches ménagères qu’elle doit effectuer se répètent inlassablement. De jour comme de nuit, ces séquences d’intérieur sont sombres, peu éclairées, même si un rayon de soleil semble tomber du ciel. Dehors, elle part garder les cochons sur de maigres prés à côté du village, ou bien elle aide le grand-père à rentrer les moutons dans ce qui leur sert d’étable. Des actions lentes, méthodiques, que Wang Bing filme sans mesurer la longueur des plans. Le film est l’exact opposé du film d’action qui vise à créer un rythme. Ici, c’est la durée qui compte. Un filmage qui demande au spectateur autant de patience, et de persévérance, que Yinging en met à cueillir de petites pommes de pins sur des arbustes rabougris.

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Le sujet du film est-il la misère de ces villageois isolés dans leur montagne, oubliés de tous ? Le père revenu un temps au village conduit ses filles à la ville voisine. Yinging va à l’école. De retour, elle s’efforcera de faire quelques devoirs sur un cahier à moitié déchiré qu’elle pliera cependant avec soin lorsqu’elle devra faire un peu de ménage et préparer le repas. Mais si la misère est omniprésente, Wang Bing filme aussi la persévérance de cette enfant, sa résistance face à des conditions matérielles de vie qu’on a du mal à croire réelle. Et pourtant…

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Sans ajouter le moindre commentaire, sans porter le moindre jugement, Wang Bing nous montrer une face de la Chine qu’on aurait tendance à oublier, tant il est tentant d’y filmer l’explosion des villes et le déferlement de biens de consommations dont quelques-uns peuvent jouir. Le cinéma de Wang Bing nous apprend à savoir ouvrir les yeux.

Sur le film lire aussi I COMME INCIPIT – Wang Bing

https://dicodoc.blog/2016/06/24/i-comme-incipit/