P COMME PORTRAITS – « les Braves »

Les Braves, Alain Cavalier, 2008, 90 minutes.

C’est quasiment une mini-série de trois films qui peuvent être vus séparément. Mais, bien sûr, ils ont une très forte unité. Il s’agit de trois récits, portant chacun sur un acte de bravoure individuel, raconté par son auteur. Des actes qui se déroulent dans des situations extrêmes, dans une guerre, la Deuxième Guerre mondiale pour les deux premiers, la guerre d’Algérie pour le dernier. Des actes qui font de leurs auteurs des héros, même si Cavalier n’emploie pas le terme. Des actes qui de toute façon marquent toute une vie, même s’ils n’ont pas à proprement parlé changé le cours de l’histoire, du moins à eux tous seuls. Mais l’histoire n’est-elle pas faite au fond de l’accumulation de tels actes ?

Pour filmer ces « Braves », Cavalier utilise un dispositif extrêmement simple, réduisant au maximum les risques de dispersion, ou de distraction, par rapport à l’essentiel, la parole du conteur. Il place sa caméra face à eux, cadrés tous les trois de la même façon, en plan poitrine. Il donne le signal de départ, dit quels mots hors champ à la fin du récit, mais n’intervient surtout pas pendant tout le cours du récit. On a donc à l’écran un plan séquence fixe, qui va se terminer de lui-même à la fin du temps imparti, 30 minutes. Car, bien sûr, il y a une préparation préalable importante, qui permet que le film ait lieu. S’il ne s’agit pas d’une interview, ni même d’un entretien, celui-ci a eu lieu cependant hors champ. Le conteur n’improvise pas, ce qui ne veut pas dire qu’il récite un texte. Il sait de quoi il va parler. Il sait ce qu’il va dire, et il le dit presque sans hésitations. Il lui suffit d’avoir focalisé sa mémoire sur les événements qu’il a vécu pour pouvoir les rapporter, les réactualiser par la parole. Et cela n’est possible que parce qu’il s’agit d’événements fondamentaux dans leur vie, d’événements qui révèlent de façon éclatante ce qu’ils ont été et ce qu’ils sont encore, plusieurs dizaines d’années après les avoir vécus.

braves 1

Raymond Lévy, Michel Alliot et Jean Widhoff, sont les trois Braves que nous présentent Alain Cavalier. Le premier explique comment il a accompli à 19 ans des actes de résistances en organisant un réseau de passage en zone libre, ce qui lui valut d’être arrêté et déporté. Le deuxième narre son évasion du train de déportés dans lequel il était enfermé. Le troisième raconte comment, lieutenant dans l’armée française en Algérie, il s’est insurgé contre un officier supérieur qui pratiquait la torture. Les trois récits sont extrêmement précis, comme si aucun détail n’avait été oublié. Les faits s’enchaînent dans un déroulement rigoureux, inexorable. Pourtant, ces acteurs ne sont aucunement des pions, jouets de forces qui feraient d’eux de simples exécutants. Conscients du danger qu’ils encourent, leurs actions sont l’expression d’une liberté fondamentale, que rien ni personne ne pourra leur enlever, ni même restreindre. En ce sens, Les Braves est fondamentalement un film existentialiste.

« Un homme âgé qui raconte son enfance de brave », selon la formule de Cavalier. Un film de souvenirs donc, pour que l’inacceptable ne soit pas oublié. Un film simple, mais qui colore L’Histoire d’une lumière éblouissante. Rarement, le cinéma aura été à ce point fondamental.

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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