P COMME PROJECTION.

Projections, Dorine Brun et Julien Meunier, 2017, 45 minutes.

Des films hors-champ, mais avec son off (musique, bruitage, dialogues), c’est encore du cinéma. C’est du moins ce que nous propose Projections, de Dorine Brun et Julien Meunier. Car le cinéma c’est aussi des spectateurs, et ce sont justement les spectateurs que ce film a choisi de nous montrer, pendant le déroulement du film. Des spectateurs filmés donc plein cadre, en gros plans, des visages attentifs, qui regardent cet écran que nous ne voyons pas, qui regardent ces films que nous ne pouvons qu’imaginer. Filmer les spectateurs ce cinéma pendant la projection du film, une idée somme toute originale.

Ces spectateurs que nous montre Projections, qui sont-ils ? A vrai dire il ne s’agit pas vraiment de spectateurs lambda, pris au hasard dans une salle de cinéma. Nous sommes en fait dans un festival, Cinéma du réel, qui se tient tous les ans au Centre Pompidou à Paris, lors de l’édition de 2017, la 39° édition de ce festival consacré au cinéma documentaire. Et les spectateurs filmés font partie du jury « jeune » de ce festival. Cela implique bien sûr des conditions de visionnage bien particulières. D’abord ces jeunes vont devoir assister à pas mal de projections, quatre par jour en moyenne, pendant toute la durée du festival, à savoir plus d’une semaine. Ils vont devoir regarder des films qu’ils n’ont pas choisis. Et puis ils vont devoir décerner, collectivement, un prix. Ce qui implique discussions, confrontations, argumentations. Ils vont devoir soutenir leur point de vue. Composer avec celui des autres. Tout  cela doit être fascinant à suivre. Mais le film ne prend pas en compte cette dimension, pourtant essentielle, de l’expérience de jury. Une expérience à n’en pas douter passionnante. Et qui nous apprendrait beaucoup sur la relation de jeunes spectateurs au cinéma, en particulier documentaire.

projections 7

En dehors des séances nous retrouvons bien les jeunes membres du jury chez eux, discutant avec un ami ou un parent de cette expérience unique et des films qu’ils ont vus dans la journée. Bien sûr, il leur est difficile de prendre du recul et de se situer au niveau de l’analyse. Mais on pouvait attendre qu’ils expriment au moins leur ressenti, autrement qu’en mentionnant l’ennui suscité par un film qui semble-t-il n’a pas fait l’unanimité dans la salle. De l’expérience de jury, il en ressort surtout la dimension marathon, donc épuisante. D’où un plan insistant sur un jeune spectateur endormi !

projections 6

Les membres du jury jeune de cette 39° édition du festival Cinéma du réel on aimerait mieux les connaître. Pas forcément rentrer dans leur intimité ou découvrir leur vie personnelle. Mais pénétrer un peu plus dans leur vécu de spectateur de cinéma, pendant le festival et en dehors du festival. Sont-ils déjà des cinéphiles ? Deviendront-ils des cinéphiles ? Et que restera-t-il de cette expérience de cinéma intensif ? Des documentaires. Rien que des documentaires. Venus du monde entier. Une expérience qui ne doit sûrement pas laisser indifférent.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s