P COMME PHOTOGRAPHIE – Lisetta Carmi.

Lisetta Carmi, une âme en chemin. Daniele Segre, 2010, 54 minutes.

Une vielle dame tout de blanc vêtue. Nous la suivons dans la rue, des rues bordées de maisons blanches. Vue de dos, elle semble avoir du mal à monter les escaliers qui mènent chez elle.  Un appartement où elle va nous recevoir en toute simplicité.

Cette vieille femme, c’est Lisetta Carmi, une célèbre photographe italienne, dont Daniele Segre nous propose le portrait. Un portrait tout simple, sans commentaire, sans avis de spécialistes, sans analyse d’autres photographes, sans témoignage de proche ou de membre de la famille. Juste la parole de Lisetta, filmée chez elle, seule avec la caméra. Et ses œuvres quand même. Ses photographies célèbres, celles qui ont fait sa renommée et son importance artistique, équivalente pourrait-on dire à celle de Cartier-Bresson, le seul photographe que Lisetta citera dans le film. Une référence à n’en pas douter.

Face à la caméra, seule chez elle, Lisetta Carmi évoque sa vie et sa carrière de photographe. Elle ne répond pas à des questions. Elle parle d’elle spontanément, directement, en suivant un fil chronologique invisible. Une parole entrecoupée seulement de quelque plan d’arbres ou de vues de la nature. Et quelques portraits posés, de son visage. Un visage si expressif.

Lisetta parle d’abord de son enfance, de ses parents. De famille juive, elle va fuir le fascisme de Mussolini en Suisse. Une répression qui la marquera durablement.

Puis elle évoque successivement les différentes étapes de sa carrière de photographe. En Italie bien sûr, mais aussi au Venezuela, où elle filme beaucoup les enfants. Les enfants et les pauvres sont visiblement les personnages qu’elle photographie le plus. Elle raconte les conditions de réalisations de ses séries les plus connues. Les dockers dans le port de Gênes par exemple. Un hommage au travail. Puis les travestis (comme elle les appelle) et dont le livre qu’elle leur consacre fait scandale. Elle raconte d’ailleurs avec beaucoup d’humour comment elle allait dans les librairies de Milan le demander. Toutes en possédaient au moins un exemplaire, mais caché sous le comptoir !

Elle s’attarde longuement sur les portraits de Erza Pound qu’elle a réalisé lors d’une visite éclaire chez lui, alors qu’il était malade. Des portraits qui révèlent tout de l’âme du poète.

Dès les premiers plans, le film était placé sous la présence de Bach, dont Lisetta interprète au piano le Clavier bien tempéré.  Il s’achèvera sur le son d’une clochette dans le premier âshram construit en Europe. Lisetta a abandonné la photographie. Elle parcourt une autre voie spirituelle.

Le film de Segre est parfaitement en phase avec l’œuvre de Carmi. Il montre clairement comment la photographie peut manifester un « amour immense de l’humanité ».

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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