I COMME ITALIE – Idroscalo di Ostia.

Punta Sacra. Francesca Mazzoleni, Italie, 2020, 98 minutes.

Idroscalo, un quartier situé à l’embouchure du Tibre, tout près de Rome, entre le fleuve et la mer. Au milieu de l’eau donc. Une eau partout présente, surtout quand il pleut. Un petit quartier, mais si riche en histoires et en personnages surprenants – et inoubliables.

Un quartier populaire qui fait l’objet de bien des convoitises et des spéculations. Un port de plaisance a été construit à proximité. Une bonne partie des maisons ont été détruites. Celles qui restent n’entendent pas subir le même sort. Résistance et mobilisation. Les natifs du coin n’envisagent en aucun cas de pouvoir vivre ailleurs.

Le film s’attache plus particulièrement à une femme, figue incontestable du quartier, Franca, et à sa famille. Surtout ses petites filles, des adolescentes plaines de joie de vivre, dont nous suivons les jeux, mais aussi les moments de pause dans le flot incessant de la vie, des moments de réflexion, d’échange entre amies, pour se tourner sur son passé mais surtout se projeter, un tant soit peu, dans l’avenir.

A ce portrait familial s’ajoute un portrait de toute une communauté, dont la vie humble mais truculente a fait la joie de bien des cinéastes et de tant de cinéphiles. Une communauté de comédie italienne, filmée avec tous les ingrédients du genre. Et ce n’est pas triste. Même si le dramatique affleure plus souvent qu’on ne le souhaiterait

Et on en redemande. Ces grandes réunions familiales – et amicales- où tout le monde parle à la fois, et où les discussions animées finissent presque toujours en dispute. Mais on parle aussi de façon sérieuse de problèmes sérieux. L’avenir du quartier et la façon de se défendre contre les requins des finances à l’affut. Mais on sait aussi évoquer les situations nationales et internationales. La personnalité de Pasolini fait problème mais Franca sait défendre son œuvre. « Je suis Victor Jara » déclare-t-on en dénonçant la dictature chilienne. Les adultes parlent beaucoup de politique, de la situation de la gauche et du parti communiste. Le sujet est particulièrement chaud, on s’en serait douté. Les adolescentes elles parlent de garçons bien sûr, mais aussi de leur foi religieuse, ou plutôt de leurs raisons de s’éloigner de la religion.

Et puis il faut préparer les fêtes, ce sont des moments si importants pour tous. Noël bien sûr, mais surtout le carnaval. Car ici, on sait s’amuser. Pour oublier les vicissitudes de la vie. Mais aussi pour ces moments où on se sent si bien ensemble.

Le film est organisé en chapitres, sept au total, dont les titres, simples, s’inscrivent sur de magnifiques images prises par des drones. De La Mer à Fête, en passant par Noël, Père, Mère, Enfants, et Foi. On pourrait presque parler de cosmogonie. Pourquoi le monde n’aurait-il pas pris naissance dans l’embouchure du Tibre.

C’est sans doute ce que nous dit le dernier plan du film. Ce long travelling qui survole, au ras de l’eau, le cours du Tibre au moment où il se jette dans la mer, où il en vient à se confondre avec la mer. Une vision de l’Infini.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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