C COMME CHEVRES.

Les Chèvres de ma mère. Sophie Audier. France, 2013, 97 minutes.

         La mère de la cinéaste, Maguy, va prendre sa retraite. Toute sa vie, elle a élevé des chèvres et fait des fromages, « en dehors des normes » précise-t-elle. Prendre sa retraite, cela signifie pour elle trouver repreneur à son exploitation et surtout se séparer de ses chèvres, de ses chères chèvres qu’elle aime tant.

         Le film montre toutes les difficultés de cette cessation d’activité. Les chèvres, pour Maguy, c’est toute sa vie. Il lui a fallu une bonne dizaine d’années pour constituer un troupeau à son idée. Maintenant elle connaît parfaitement chaque animal. Elle s’en occupe toute la journée, elle les soigne, les aide à mettre bas, elle leur donne du foin en hiver et les conduit à la prairie dès le printemps. Elle nourrit au biberon les jeunes chevreaux et c’est la mort dans l’âme qu’elle en vend certains destinés à la boucherie. Une vie simple, naturelle. La technique de fabrication des fromages qu’elle utilise ne pose pas de problème. Mais le travail est dur et si la cinéaste n’interroge pas vraiment sa mère sur les raisons qui la pousse à arrêter son activité on sent bien qu’il arrive nécessairement un moment où il faut bien le faire. Son petit-fils, dit Maguy n’aura peut-être pas la possibilité lui de prendre une retraite. Alors, pour elle, c’est dans l’ordre des choses d’en profiter. Même si le montant de sa pension est un peu ridicule, « pour une vie de travail ».

Maguy a de la chance, elle a trouvé une repreneuse pour acheter ses chèvres et reprendre l’exploitation, Anne-Sophie, jeune diplômée en agriculture, passionnée par le métier, ou du moins par l’idée qu’elle se fait d’un métier qu’elle ne connaît pas vraiment. Elle va le découvrir avec Maguy, apprendre à faire du fromage, aider à la naissance des chevreaux. Mais le film ne se limite pas à cette « initiation ». Il rend compte surtout des difficultés de la transmission Difficultés affectives pour Maguy ; difficultés financières et administratives pour Anne-Sophie. Le film montre cette dernière aux prises avec tous les rouages du monde agricole. Elle découvre pas à pas les contraintes qu’elle doit affronter, l’obtention de l’aide à l’installation, d’un permis de construire pour sa nouvelle laiterie, et ainsi de suite. Rien n’est facile pour elle. Mais il ne lui faut pas se décourager, même si par moment elle doute quand même un peu. Est-elle vraiment faite pour ce métier.

         Les chèvres de ma mère, dès son titre, indique sa dimension personnelle. C’est le récit de la vie d’une femme, filmé avec amour, qui vise à nous la rendre sympathique et attachante. Un film intimiste donc, même s’il nous montre l’évolution des paysages au fil des saisons et les interventions de multiples conseillers. Cette vie est sans doute simplifiée. Le film ne vise pas à rentrer vraiment dans tous ses détails. Après tout, il est réalisé par la fille de l’intéressée et cette fille ne cherche pas à mettre en avant sa propre vie. Elle ne traite pas de sa relation avec sa mère. Comment devient-on cinéaste lorsque l’on a une mère qui élève des chèvres ? A la fin du film, elle consacre quelques plans à son propre fils, un enfant qui commence à marcher et à parler et à qui sa grand-mère présente ses chèvres. Lui ne vivra sans doute pas dans les mêmes conditions. A moins que…plus tard.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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