MIGRATION – Animation.

Flee. Jonas Poher Rasmussen, Danemark, France, Suède, Norvège • 2021 • 90 minutes.

Les films d’animation documentaire, surtout s’il s’agit de long métrage, sont plutôt rares dans la production mondiale, ce qui ne peut que susciter notre curiosité. Depuis l’inoubliable Valse avec Bachir (Ari Folman 2008 ) nous pouvons nous souvenir, entre autres, du Voyage de Monsieur Crulic (Anca Damian  2011) ou de  Buñuel après l’âge d’or (Salvador Simó 2019) . Des sujets souvent graves. Avec Flee, c’est le voyage d’un enfant afghan, Amin, depuis Kaboul jusqu’au Danemark, avec d’interminables haltes en Russie, qui nous est raconté par l’adulte que l’enfant est devenu. Une migration parfaitement réussie, puisque cet enfant est devenu un chercheur reconnu faisant des conférences aux Etats-Unis, ce qui n’enlève rien à la souffrance qui a été la sienne tout au long de ces années d’incertitude et d’errance.

L’originalité du film réside dans la mise en scène du récit de cette aventure migratoire. Amin livre pour la première fois ses souvenirs dans un dispositif qui rappelle la, psychanalyse, bien que rien n’indique qu’il s’agisse d’une thérapie. On est plutôt dans le cadre de la relation qu’il entretien avec le cinéaste. Il est allongé sur le dos, filmé en plongée verticale, dans un cadrage serré, presque un gros plan du visage sur fond de tissu coloré. Nous sommes tout près de lui. Impossible de ne pas partager sa tristesse ; ses peurs et ses angoisses, sa solitude aussi. Un récit qui s’interrompt souvent pour revenir à ce présent où Amin a sans doute trouvé une certaine sérénité, voire même le bonheur. Mais à quel prix !

Le récit d’Amin se centre sur ses relations familiales. Le père a été arrêté par la police du régime pro soviétique et Amin ne le reverra pas. La mère est objet de vénération et vieillissante elle deviendra un lourd fardeau dans la fuite hors de la Russie. La Russie où domine la corruption de la police. Les frères et les sœurs sont dispersé.e.s dans le monde , mais gardent jusqu’au bout l’esprit d’entraide dans la famille. Amin avoue son attirance pour les hommes qui le pousse tout jeune à porter les robes de ses sœurs. Maintenant, il songe s’installer dans une grande maison avec son compagnon et même se marier avec lui. Une vie enfin devenue stable et disons banale, mais qui reste hantée par des fantômes. A son arrivée au Danemark, Amin a dû dire que toute sa famille a été tuée pour pouvoir obtenir un statut de réfugié.

L’animation du film comporte une grande variété de dessins et notamment de couleurs. Un cinéma qui cultive avec bonheur le sens de la nuance. Et l’on en vient à penser que le recours à des personnages « vivants » ne pourrait certainement pas susciter autant d’émotion.

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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