Italie animée.

Interdit aux chiens et aux Italiens. Alain Ughetto, Italie-France, 2021, 70 minutes. Documentaire animé.

Dans le palmarès- officieux – des documentaires animés, aux côtés de Valse avec Bachir d’Ari Folman, de Le Voyage de Monsieur Crulic d’Anca Diaman, Buñuel après l’âge d’or de Salvador Simó, Chris the Swiss d’Anja Kofmel, ou encore le récent Flee de Jonas Poher Rasmussen, il faut maintenant ajouter le film de Alain Ughetto, Interdit aux chiens et aux Italiens. Une réussite plastique qui fera date.

Ici l’animation se fait en stop motion, avec de petites figurines qui n’ont pas l’air en patte à modeler, dans des décors le plus souvent de montagne enneigée. Des images plutôt irréelles donc, mais dans lesquelles intervient quelquefois la main du réalisateur, une main bien réelle, qui vient interférer avec les petits personnages artificiels. Façon d’inscrire le procédé d’animation dans le film lui-même. Clin d’œil dont le cinéaste n’abuse nullement, évitant ainsi de tomber dans le stéréotype.

L’animation reste fluide de bout en bout. Avec quelques gags – la vache jouet qui perd sa tête, ou les longues glissades sur ce qui n’est pas une piste de ski – qui se doivent d’être répétitifs pour finir par passer inaperçus ce qui consacre leur efficacité. Les personnages sont certes rendus attachant par le récit de leur vie, mais leur physionomie – leurs yeux toujours curieux et leurs gestes qui tournent aux tics (s’essuyer le nez d’un revers de manche) – a une épaisseur réaliste non négligeable.

Le film retrace l’épopée d’une famille italienne de paysans pauvres issue d’une petite ville au pied du mont Viso. Nous la suivons depuis le début du XX° siècle, au fil des naissances, fréquentes, et des enterrements causés par des accidents mais aussi par les guerres. Il s’agit en fait de la famille du réalisateur lui-même qui évoque de façon très précise la figure de son grand-père et de sa grand-mère. Il leur suffit de traverser les Alpes pour se retrouver immigrés en France où ils seront même naturalisés. Ce qui n’empêche nullement les insultes racistes – « macaroni » – et les discriminations. A l’enfant qui demande ce que signifie cet écriteau placardé à la porte d’un restaurant et servant de titre au film, le père répond non sans humour : ils ont peur que les chiens mordent les Italiens.

Le film est donc un hommage familial, au courage et à la ténacité de ces Italiens durs au travail, au sens de la famille particulièrement élevé. Ils traversent les désastres du siècle et les tragédies familiales avec la même constance, payant leur écot au curé ou au petit fasciste du coin avec la même distance, une résignation factice puisqu’ils n’en pensent pas moins. Au niveau de ces prises de position politiques, le film est d’une brulante actualité.

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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