COMMENT ETES-VOUS DEVENUE MONTEUSE – et cinéaste

Marielle Issartel, Coréalisatrice de Histoire d’A.

Je suis principalement chef-monteuse, mais j’aime bien circuler dans d’autres domaines. J’aime alterner le travail en groupe et le travail solitaire, celui où je transmets mon expérience et celui où je plonge dans des domaines dont j’ignore tout. Biographie : Une des grandes chances de ma vie est d’avoir passé mes années de collège à l’École Decroly alors que je détestais l’école et devenais ombrageuse. Là-bas, confiance en soi, créativité et solidarité étaient les valeurs qui m’ont permis d’enjamber le lycée avec désinvolture et de passer le bac philo de justesse, plus motivée par la lutte pour l’indépendance de l’Algérie et le comité antifasciste du lycée. Ensuite, avec un petit groupe d’amis piliers de la Cinémathèque française nous avons créé le ciné-club Zéro de Conduite, le plus couru de la capitale parce que nous y passions des péplums, des séries Z, des court-métrages expérimentaux, des films de jeunes cinématographies étrangères, ce que les ciné-clubs de l’époque ne faisaient pas. Nous étions très doués pour le bénévolat, et chez moi ça perdure. Les années 60 étaient la grande époque de la contre-culture américaine et française, Paris était très excitant : on y trouvait l’avant-garde cinématographique new-yorkaise, le Living Theater, les happenings, le théatre panique, la poésie sonore… Je vivais de petits jobs pénibles mais il me fallait un métier dans le cinéma. Après avoir tenté d’être scripte j’ai compris que le montage était bien plus proche de mes goûts et c’est à nouveau une grande chance : avoir pu exercer pendant des décennies un métier que j’aime. À l’époque il m’a fallu deux ans pour entrer dans une salle de montage ! J’ai mis le pied dans la porte en 1966 comme stagiaire puis aussitôt suis passée assistante-monteuse de plusieurs long-métrages dont L’Écume des Jours, qui m’a permis de rencontrer Charles Belmont en 1967, lequel est devenu mon compagnon. En parallèle, j’ai monté une dizaine de courts-métrages puis en 1971 un premier long-métrage (RAK de Charles Belmont), une consécration à l’époque où l’assistanat pouvait durer dix ans, voire toujours. Depuis lors, j’ai travaillé comme chef- monteuse dans tous les domaines du cinéma et de la télévision : longs-métrages, courts, documentaires, téléfilms, reportages et magazines, films publicitaires, films institutionnels, films expérimentaux. J’aimais circuler dans des univers variés, où des fidélités et des amitiés se sont fondées. Depuis les années 90, l’hégémonie du montage numérique a techniquement spécialisé les monteurs dans un domaine. Je me suis retrouvée sans l’avoir vraiment décidé monteuse de films d’auteurs, long-métrages, documentaires et téléfilms unitaires. Intéressant certes, mais fragile. Charles Belmont m’a donc donné ma première chance de monter un long-métrage toute jeune et par la suite j’ai monté tous ses films avec beaucoup d’intérêt et de plaisir. Il m’a embarquée dans la réalisation commune d’Histoires d’A, à l’origine un petit document didactique de démonstration d’un avortement par aspiration, petit film qui est devenu un long-métrage interdit et organisateur que nous avons porté ensemble une bonne année en France et à l’étranger. Il m’a aussi offert d’écrire avec lui des scénarios. Un seul sera tourné, Pour Clémence, mais plusieurs travaillés longuement sur des sujets divers et passionnants. J’ai aussi co-écrit et coréalisé un documentaire avec David Delrieux, l’un de mes fidèles réalisateurs. Il faudrait plusieurs colonnes pour écrire une courte biographie car les thèmes se développent parallèlement même si la personne est une. Colonne militantisme, on rembobine : Après l’Algérie, ma vie militante a repris avec intensité dans les Comités Vietnam de base en 1966, puis dans La Cause du Peuple en 68, ensuite dans un petit groupe mao travaillant auprès des immigrés, jusqu’avant Histoires d’A où j’avais commencé à virer féministe. Avec ce film se sont réunies avec bonheur mes vies professionnelle, militante et amoureuse ; et aussi amicale parce que nombre d’amis se retrouvaient dans le Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception, le MLAC. Fin des années 70 et début 80 j’ai rejoint le groupe de femmes Collectif du 6 octobre visant à pérenniser la loi Veil sur l’avortement et qui a continué à se réunir jusqu’à l’élection de François Mitterrand qu’il a soutenue. Pendant la guerre civile de la décennie 90 en Algérie j’ai soutenu un temps un groupe de femmes algériennes, mais à part cela je me suis bornée à manifester souvent et pour nombre de causes. Vers la fin des années 90-début 2000 j’ai animé la « commission formation » de l’UGS, le syndicat des scénaristes, assez libertaire dans son fonctionnement, ce qui me convenait. Pendant toutes ces années, j’ai aussi enseigné ou fait de la formation entre autres à l’IDHEC puis à la FEMIS, à Paris VIII, au Conservatoire européen de l’écriture audiovisuelle. J’ai écrit quelques livres, édité chez Jacques Damase un Goya de Buñuel, et je suis fière d’avoir écrit avec ma sœur ostéopathe L’Ostéopathie exactement qui encore maintenant détermine des vocations, à ce qu’on me dit. Je me suis lancée dans l’édition des DVD des films de Charles Belmont, avec parfois une restauration comme film de patrimoine. J’ai collaboré à un ou plusieurs postes à ces films, et je réalise les suppléments.

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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