Saveurs d’exil. Anne-Solenne Hatte, France, 2025, 71 minutes.
Un film familial, mais aussi un film historique. Un film sur l’exil, le déracinement et un film culinaire qui parle beaucoup de cuisine et de repas, de repas de famille bien sûr. Un film donc particulièrement complexe, mais qui nous propose une sorte de puzzle mélangeant toutes les entrées et il faut dire que le résultat est particulièrement réussi.
La famille est celle de la cinéaste, une famille nombreuse, exilée à Paris depuis le Vietnam, à la chute de Saïgon et la défaite des États-Unis dans une guerre qui reste encore bien présente dans les esprits des Occidentaux, même s’ils n’y ont pas participé. Cette famille se réunit à l’occasion de fêtes familiales lors de grands repas où tous apprécient la cuisine de la grand-mère, véritable chef d’orchestre de ces réunions et en même temps trait d’union familial. Pouvoir réunir autour d’elle et de ses plats traditionnels les anciens et les plus jeunes, ceux qui, comme la réalisatrice, n’ont pas connu le Vietnam.

La dimension historique revoie à la fin de la guerre au Vietnam et la fuite de Saïgon, mais aussi un retour sur la guerre elle-même, vu non pas dans la jungle ou les rizières, mais dans les sphères du pouvoir. A Saïgon, le grand-père dont on utilise ici les archives, était un proche du président du Vietnam du sud, allié des États Unis. Les archives familiales vont alors nous permettre de faire le lien entre l’histoire familiale et l’histoire tout court, celle qu’on a l’habitude de désigner par l’expression grande histoire.
La cuisine, les recettes traditionnelles que la grand-mère s’efforce de transmettre à ses petits-enfants est en quelque sorte, un trait d’union entre les dimensions historiques, un lien entre les membres de la famille bien sûr, et une entrée la plus pertinente pour aborder la vie en exil avec son sentiment de nostalgie d’un côté et la volonté de préserver un ensemble de traditions que le temps menace d’oubli.

Grâce à la cuisine, en ouvrant des restaurants par exemple, beaucoup d’exilés vietnamiens se sont bien intégrés en France. Le film nous aide à mieux comprendre pourquoi et comment.
