Vie de famille à Téhéran

Toutes mes sœurs. Massoud Bakhshi, Iran-Autriche, 2025, 78 minutes.

Un film venu d’Iran est toujours à accueillir avec attention. Tant il est clair qu’il est souvent le fruit d’un acte de cœur.

De Massoud Bakhshi nus connaissons surtout ses films de fiction, Une Famille responsable (2012) et Yalda, La nuit du pardon (2020). Concernant le documentaire, il n’avait réalisé jusqu’à présent que des courts métrages.

Toutes mes sœurs est un film de famille. Le cinéaste filme ses nièces pendant quelques 18 années, depuis leur petite enfance jusqu’à leur entrée dans l’âge adulte, en passant par l’adolescence. Façon de rendre compte de la croissance et de l’éducation familiale, mais aussi du poids des traditions dans la société iranienne.

À ce survol s’ajoute un effet miroir. Le cinéaste installe un dispositif réflexif : il diffuse à ses nièces devenues adultes les images qu’il a réalisées de leur enfance et de leur adolescence. Elles doivent alors pouvoir réagir. Et commenter ces traces du passé. Mais le plus souvent, elle se contente de rire, car bien sûr, se revoir petite suscite inévitablement ce genre de réaction. Mais de commentaires bien peu en réalité. L’intérêt du film ne réside pas là. Même si le dispositif utilisé était riche de promesses.

Si intérêt il y a dans ce filmage d’une histoire familiale féminine, c’est plutôt dans le regard d’un homme porté sur des petites filles, et leur perspective d’avenir. Devenir grande, c’est entrer à l’école. Ce qui implique de revêtir l’uniforme et surtout le voile. Rejetteront-elles celui-ci à l’adolescence. L’évocation du mouvement Femme Vie Liberté et bien rapide. Mais l’opposition entre les revendications de la jeunesse et le respect des lois traditionnelles, incarnées surtout par la grand-mère, est bien au centre de la vie familiale. Le film l’aborde avec une certaine retenue, sans doute pour ne pas provoquer ouvertement la censure.

Reste le portrait tout en finesse de Zara et Maya. Deux sœurs pleines de vie et avides d’en profiter. La société, son carcan religieux, le leur permettra-t-elle ? Le film ne propose pas ouvertement une réponse qu’on pourrait considérer comme une contestation du régime, mais sa dimension de regard politique sur une société iranienne en mutation est incontestable.

Avatar de jean pierre Carrier

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

Laisser un commentaire