A propos de Qu’est-ce qu’on va faire de toi.
Que se passe-t-il lorsque les portes de l’école se referment ? Que perçoivent les enfants du devenir d’un monde qui au dehors gronde et menace leur avenir ? Nous avons souhaité faire raisonner la parole de ces mini-citoyens qu’il faut parfois se pencher pour entendre. Ce monde d’en bas qui ne peut pas voter et qui souvent n’a pas voix au chapitre n’aurait-il pas néanmoins des leçons à nous dispenser ? À 5 ans, bientôt 6, tout est plus grand, plus inquiétant, les émotions cognent, souvent difficiles à départager. Mais l’expression est enfin acquise, la pensée plus précise, capables de se confronter à d’autres, d’exercer un jugement critique, de distinguer le mal et toutes les nuances de gris.
Dans un an, à l’entrée au CP, ils apprendront les règles de la grande école, poliront leurs opinions, adopteront peut-être le discours ambiant ou des certitudes. Il nous restait donc un an. Une année filée à la vitesse e l’éclair, pour proposer un arrêt sur image et figer cet âge si précieux où la liberté pure encore un peu gouverne. Une année aux portes de la grande école pour écouter la génération Covid poussée à l’ombre d’une épidémie mondiale et de la montée de l’extrémisme nous raconter leur époque.
Quel regard posent-ils sur les bouleversements actuels de notre société ?
Que retiennent-ils de la vie politique et des changements sociétaux ?
La particularité de l’école Popincourt ne réside pas dans son label de lieu d’éducation prioritaire, mais dans la mixité socio-économique exceptionnelle de sa population (où cohabitent immigration, homoparentalité, grande précarité et CSP+, handicap et réfugiés politiques).
Après 3 ans passés à se côtoyer, beaucoup d’enfants y développent une pensée critique hors du commun qui aurait probablement été impossible dans le cadre d’une éducation en vase clos où il n’y a rien à débattre ni à confronter. Mais si ce brassage socio-culturel est un évident atout d’ouverture et un enrichissement pour certains, qu’en est-il pour les autres ? La tolérance est-elle soluble dans l’eau de la cantine ?
Notre film a pour ambition de montrer comment la rencontre de mondes à priori imperméables permet une porosité apte à éveiller dès la maternelle une conscience sociale et politique ainsi qu’un sens des réalités et de l’injustice. Une cohabitation qui encourage l’entraide et l’empathie et suscitera peut-être l’envie un jour de réparer ces inégalités. Sans angélisme, nous avons souhaité tendre l’oreille et prendre au sérieux ces enfants comme ils prennent au sérieux leurs jeux. Sans renoncer à l’humour et à la fantaisie ni perdre de vue l’essentiel : nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants.
