C COMME CV – Abbas Fahdel

Abbas Fahdel est né à Babylone, en Irak.

 Après avoir étudié le cinéma en France (sous la direction notamment de Jean Rouch, Eric Rohmer et Serge Daney) il a tourné en 2002 son premier documentaire, Retour à Babylone, dans lequel la situation dramatique de l’Irak constitue la toile de fond d’une enquête introspective.

En 2003, il retourne en Irak et découvre un pays livré au chaos et secoué par la violence engendrée par l’occupation américaine. Ce moment historique constitue la matière de son deuxième film documentaire, Nous les irakiens.

 En 2008, il tourne en Egypte le long métrage de fiction « L’Aube du monde », interprété notamment par Hafsia Herzi et Hiam Abbass, et dans lequel il rend compte de l’impact de la guerre du Golfe dans une région isolée du sud de l’Irak.

En 2015, son documentaire monumental « Homeland: Irak année zéro » est récompensé dans une vingtaine de festivals (Visions du Réel, Locarno, Yamagata, Montréal… )

En 2018, son long métrage de fiction «Yara», tourné dans une vallée isolée au nord du Liban, est sélectionné dans nombreux festivals: Locarno, Mar del Plata, Gijon, AFI FEST…

En 2019, son nouveau long métrage documentaire, Bitter Bread, qui a pour sujet la vie quotidienne dans un camp de réfugiés syriens au Liban, est présenté en première mondiale au festival de New York.


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Homeland : Irak année zéro, de Abbas Fahdel.

Partie 1 : Avant la chute ; partie 2 : après la bataille.

Comment traiter de la guerre au cinéma en échappant au modèle télévisuel, en évitant la forme télévisée du reportage journalistique, en refusant d’utiliser les images de la télévision, celles qu’on voit sur toutes les chaînes en même temps, les grappes de bombes qui tombent sur Bagdad par exemple. Mais mettre hors champ ce type d’images ne suffit pas. Il faut aussi que le cinéaste trouve le moyen d’introduire un point de vue personnel dans un contexte qui par définition ne lui appartient pas. Il lui faut créer un dispositif qui soit unique, qui soit sa marque de cinéaste, qui soit sa façon propre d‘échapper aux stéréotypes et autres contraintes imposées par les médias. Un pari qui n’est jamais gagné d’avance.

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Le dispositif mis en œuvre par Abbas Fahdel dans Homeland : Irak année zéro est bien connu, le film ayant derrière lui une déjà longue carrière, en festival, en salle et en DVD. Le film se compose de deux parties qui peuvent être vues séparément mais qui constituent néanmoins un seul et même film. Au total ce sont presque six heures de cinéma. Une durée qui échappe déjà à la télévision !

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La première partie est située avant la guerre, la seconde après. Entre les deux parties, rien. Le vide, le noir. La guerre est absente, invisible, irreprésentable. Et pourtant, la guerre est omniprésente dans le film. La guerre est partout, pour les habitants de Bagdad, pour tous les irakiens. Une guerre annoncée donc, inévitable, même si elle n’est pas vraiment anticipée. Car la vie poursuit son cours, dans les deux parties du film. Dans la première, l’attente est meublée par la télévision, les discours de Saddam auxquels font écho ceux de Bush. Dans la seconde, la guerre pourrait n’être qu’un souvenir, un mauvais souvenir, plus ou moins lointain. Mais les immeubles en ruine. Et les américains omniprésents, avec leurs armes et tous leurs engins. Pourtant là aussi la vie continue. Même si la tonalité du film a changée du tout au tout.

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La guerre est d’abord une entreprise de destruction, bien sûr. Mais pas seulement. Ce que montre Homeland, c’est qu’elle s’insinue partout dans la vie, la vie de tous, à tout instant. La vie quotidienne dans ses détails les plus triviaux. Dans chaque geste et dans chaque pensée. Avant et après son déroulement. Mais la vie quand même.

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Le cinéma avait rarement montré avec autant de force, de force et de simplicité à la fois, ce qu’est un pays voué à la guerre. Un pays qui pourtant ne demande qu’à vivre, qu’à échapper à la destruction. Mais dont le destin est décidé ailleurs, par d’autres. Comme si les hommes, les femmes, les enfants n’existaient pas.

Finalement, s’il y a une leçon à retenir de l’histoire de l’Irak, c’est que notre siècle, comme les précédents, n’est pas prêt pour la paix.

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