M COMME MOIS DU FILM DOCUMENTAIRE.

 Le mois de novembre est le mois du film documentaire.  Comme chaque année. Une opération lancée en 2000 par Images en bibliothèques et qui connait depuis un succès sans cesse grandissant.

Il s’agit avant tout de projeter des films documentaires, des films qui ont la réputation de ne pas être des films grand public et qui, en grande partie pour cela, sont peu diffusés et donc peu vus en dehors des festivals et des grandes villes. Les films sont projetés en salles de cinéma, mais aussi dans les bibliothèques et médiathèques, ce qui permet de faire connaître les collections de documentaires existant dans ces établissements. Ils sont aussi diffusés dans d’autres structures pouvant rejoindre localement l’opération, des établissements scolaires et universitaires, des musées, des associations liées au cinéma. La coordination nationale est assurée par l’association des Bibliothécaires de l’image.

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Images en bibliothèques a été créé en 1989. C’est une association chargée de mettre en valeur les collections cinématographiques et audiovisuelles existant dans les bibliothèques, collections dont 40 % sont des documentaires. Les bibliothèques proposent ces films en prêt, mais aussi en consultation sur place et en vidéo à la demande. Elles organisent des projections publiques, pas seulement pendant le mois de novembre d’ailleurs, à destination d’associations et du public scolaire.

 

Les médiathèques disposent de fonds de films rares, non sortis en salle et non édités par ailleurs. Ces fonds existent grâce au soutien du Service du livre et de la lecture du ministère de la Culture et du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) qui favorise l’accès à son catalogue, Images de la culture, riche de plus de 2500 titres, et qui constitue un outil particulièrement efficace de diffusion de films dans le secteur non commercial (établissements scolaires, bibliothèques publiques, musées, festivals, établissement pénitentiaires).

Le Mois du film documentaire est ainsi une occasion unique, sous des formes très diversifiées laissées à l’initiative des organisateurs, de voir des films sélectionnés ou non autour d’une thématique, de rencontrer des réalisateurs et d’autres professionnels du cinéma, de débattre des œuvres.

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Voici un exemple, parmi d’autres, de la programmation de l’édition 2018  : la  thématique « la guerre 1914 – 1918 » (centenaire oblige)

Là où poussent les coquelicots, Vincent Marie / 2016 / 52’

L’héroïque cinématographe, Laurent Véray et Agnès De Sacy / 2002 / 48’

Nom de code : poilus d’Alaska, Marc Jampolsky / 2011 / 90’

Elles étaient en guerre (1914-1918), Fabien Béziat et Hugues Nancy / 2014 / 94’

Les Français dans la grande guerre, Cédric Condom / 2008 / 52’

Graine de Poilu, Magali Magne / 2014 / 58’

Fusillés pour l’exemple, Patrick Cabouat / 2003 / 52’

Sillons de feu, Gérard Raynal / 1995 / 56’

1916, Fabien Bedouel / 2003 / 8’

Les Derniers de la der des ders, Jean-Marc Surcin / 1999 / 52’

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Bilan de la 18e édition (2017).

(Source le site du mois du film documentaire : http://www.moisdudoc.com/

3 137 séances

  • dont 275 séances à l’étranger
  • dont 250 séances pour les jeunes publics

1 528 films projetés

  • 22 % de films de patrimoine
  • 30 % de courts métrages

1 321 cinéastes représenté·es

  • dont 500 venu·es à la rencontre du public
  • 45 % des séances accompagnées par le/la cinéaste

150 000 spectateurs

  • 10 % de jeunes publics
  • Une hausse de la fréquentation constatée dans 33 % des lieux

Des centaines d’événements accompagnant les projections

  • 84 % des séances accompagnées de débats, expositions, ateliers pratiques, -* conférences, etc.

2 154 structures participantes

  • 799 médiathèques
  • 344 salles de cinéma
  • 332 structures culturelles
  • 301 institutions publiques
  • 157 structures pour le cinéma
  • 91 établissements éducatifs
  • 84 structures sociales
  • 40 structures du réseau culturel français à l’étranger
  • 5 structures de presse / media

E COMME ENTRETIEN / Fanny Pernoud et Olivier Bonnet

Pouvez-vous, pour vous présenter, nous communiquer quelques éléments de votre biographie respective.

Fanny Pernoud: j’ai une formation de journaliste à l’IJBA (école de journalisme de Bordeaux) , après avoir travaillé  pour les journaux télévisés (France 3 19/20, Télématin) je me suis dirigé vers les magazines car je souhaitais travailler sur des formats plus longs puis ensuite vers des documentaires en format 52 minutes. En 2009, avec Olivier Bonnet nous réalisons “Ma vie à l’eau” un 26 minutes sur le handicap pour l’émission Thalassa et créons Improbable production.

Olivier Bonnet : J’ai étudié à L’Institut d’Études Politiques de Grenoble puis souhaitant faire de l’image, j’ai commencé à travailler comme assistant opérateur à Paris, pour des reportages d’actualités pour les différentes chaînes de télévision. Très vite, l’émission « Une pêche d’enfer » m’a proposé de tourner des reportages comme cameraman et en 1992 nous avons tourné l’émission aux Jeux Olympiques d’Albertville. En 1993, j’ai commencé à tourner pour l’émission Thalassa. En 24 ans de collaboration avec l’émission Thalassa, j’ai effectué plusieurs centaines de reportages, tout autour du monde. En parallèle, j’ai travaillé pour d’autres émissions et documentaires. En 2009, avec Fanny Pernoud, nous réalisons “Ma vie à l’eau” un 26 minutes sur le handicap pour l’émission Thalassa et créons Improbable production.

Comment êtes-vous devenus cinéaste et producteur ?

C’est en 2009, que nous avons créé avec des amis, Improbable production, pour notre première production « Ma vie à l’eau ». Après avoir passé des années à travailler pour des sociétés de production, nous avions envie de contrôler nos films de A à Z et de garder notre liberté éditoriale.

Vous proposez dans Appellation d’origine immigrée une vision de l’immigration différente de celle qu’en donnent en général les médias. Comment  avez-vous eu cette idée ?

À l’origine c’est une idée d’Olivier. Pendant la campagne de 2012 les immigrés ont été la cible de vives attaques par les politiques. Nous avons eu envie de prendre le contre-pied et de montrer cet autre visage de l’immigration, une immigration qui crée de la richesse et qui rapporte énormément à la France. Une immigration qui représente une main d’œuvre extrêmement malléable. Il suffit de prendre le premier métro pour se rendre compte que la France qui se lève tôt est immigrée ou d’origine immigrée. Les médias et surtout les politiques véhiculent des chiffres et des idées qui ne reflètent pas la réalité.

Comment avez-vous choisi les protagonistes de votre film ? Avez-vous éliminé d’autres possibilités ? Est-ce que le côté surprenant (un africain boulanger à Paris) a été un critère ?

Bien sûr, nous avons joué le contre-pied à fond. À l’époque Djibril le boulanger du film venait d’obtenir le prix de la meilleure baguette de Paris pour la première fois. Il devenait de ce fait le boulanger de l’Elysée pour un an, il a donc été beaucoup médiatisé. C’est en lisant un article sur lui que nous nous sommes dit qu’il serait intéressant de réunir les 3 produits phares de la gastronomie française, à savoir, le pain , le vin et le fromage. Trouver Abdou, le producteur de reblochon et Laetitia, la vigneronne a été beaucoup plus compliqué. Beaucoup d’immigrés travaillent dans les vignes, mais ils sont rarement patrons et dans le monde du fromage il y a très peu de personnes immigrées.

Pour Les Vies dansent aussi le choix des personnages est important. Comment l’avez-vous réalisé.

Les vies dansent est en quelque sorte la suite de « Ma vie à l’eau » un reportage réalisé pour Thalassa lors d’un stage de plongée pour des amputés, organisé par l’association « Bout de vie ». C’est là que nous avons rencontré Sandra, Priscille et Neeta parmi d’autres stagiaires. Outre l’aspect humain, puisqu’au fil du temps elles sont devenues des amies, nous les avons choisies elles car elles étaient à des moments différents de leur parcours de vie.

Sandra avait perdu sa jambe un an auparavant, elle terminait ses études et se posait beaucoup de questions sur sa vie future.

Neeta, elle, est née sans jambes et a donc moins peur du regard des autres. Lorsque nous l’avons rencontrée, elle allait rentrer dans l’adolescence. C’était la plus jeune des 3 mais elle avait déjà une grande expérience du handicap.

Enfin Priscille était déjà dans la vie active et avait un projet d’enfant, elle avait été amputée plusieurs années auparavant. Elle avait déjà “réorganisé” sa vie.

Ces deux films ont une dimension optimiste très marquée. Est-ce une orientation délibérée ?

Le leitmotiv de nos films c’est l’humain et nous pensons qu’un film touchant, où on laisse s’exprimer les gens est bien plus puissant qu’un discours polémiste, agressif ou alarmiste. Nous aimons montrer des personnages positifs pouvant être  exemplaires. Nous sommes d’ailleurs très fiers qu’après des projections, le public viennent nous voir en nous disant : « votre film m’a fait du bien, il a changé mon regard… »

Vos films prennent nettement position sur le problème du racisme et de  l’acceptation des différences. Pensez-vous que le cinéma puisse contribuer à faire évoluer les mentalités ?

L’autre jour après une projection de notre film “Les vies dansent” une femme nous a dit “maintenant quand je vais croiser une personne avec un handicap je me sentirai moins mal à l’aise”. Nous ne prétendons pas changer le monde avec nos films mais chaque petite graine plantée dans le coeur des spectateurs est déjà une victoire.

Avec Appellation d’origine immigrée, nous sommes allés pour des projections dans des endroits où il y a peu d’immigrés et les gens étaient surpris eux-mêmes de l’image qu’ils avaient de l’immigration, donnée par le journal télévisé. Ils se rendaient compte qu’autour d’eux beaucoup de métiers étaient effectués par des immigrés.

Quelles sont les activités de votre maison de production Improbable Production ?

Nous travaillons actuellement sur un projet de film sur un asile de « fous » très particulier où les résidents sont libres d’être comme ils sont…

Et qu’en est-il de la distribution de vos films ?

Nos films sont très mal distribués car nous n’avons pas encore de distributeurs. Nous nous en occupons nous-même…

immigration réussie

Comment voyez-vous la situation actuelle du cinéma documentaire et son évolution  dans les années prochaines ?

Fanny Pernoud: À vrai dire je suis assez pessimiste. Faire un film aujourd’hui est un combat. Pour avoir des aides du CNC, il faut trouver un diffuseur et les diffuseurs sont de plus en plus frileux envers le documentaire de création. Si votre film ne rentre pas dans les cases, ne traite pas d’un sujet porteur, n’est pas réalisé comme le diffuseur le souhaite ou si vous n’êtes pas connu votre film reste à l’état de dossier. « Trop long pour la télé, pas de commentaires, trouver un sujet plus concernant », des critiques récurrentes que nous avons entendues au fil des réalisations.

Pour « Les vies dansent » aucun diffuseur n’a voulu le prendre sur le papier, au stade du scénario, nous n’avons donc eu aucune aide si ce n’est un crowd-founding que nous avons organisé nous-même. Ce film a finalement été diffusé sur Public Sénat après avoir été refusé par tous les autres diffuseurs. “Nous ne savons pas dans quelle case le mettre”. Sans notre entêtement et la solidarité des amis du métier nous n’aurions jamais pu faire ce film.

Le milieu du documentaire est comme beaucoup fait de réseaux, là encore si vous n’êtes pas dans les petits papiers des responsables de chaînes, à moins d’être une star du documentaire vous aurez beaucoup de mal à placer un projet. Et avec un thème difficile, comme le handicap c’est presque mission impossible. Le développement est également de plus en plus long, les chaînes reçoivent certes énormément de projets mais il faut souvent attendre plus de 2 mois pour avoir une réponse et quand elle est négative c’est deux mois de perdus.

Olivier Bonnet : Les chaînes de télévisions n’ont qu’un seul critère de jugement, l’audience. Donc ce qui a marché en audience doit être reproduit, recopié. Et ainsi, tout se ressemble… Les décideurs des chaînes de télé savent mieux que personne ce qui marche et ils veulent des produits formatés respectant les critères qu’ils ont eux-mêmes définis… Mais on appelle encore cela des documentaires de création… Autrement le CNC ne les financerait plus !

Pour l’avenir, même si les formats longs ne sont pas très à la mode sur les réseaux sociaux , nous pensons qu’internet peut-être une nouvelle chance pour le documentaire, à condition que des financements en amont puissent se développer, mais la créativité et la liberté y sont bien plus fortes aujourd’hui que dans les autres médias.

Lien pour voir ou revoir Appellation d’Origine Immigrée gratuitement

https://youtu.be/pWXEYp4cwAE

Lire : Les Vies dansent

Appellation d’origine immigrée