A COMME ABECEDAIRE – Guillaume Massart

Monteur, Directeur de la photographie, Producteur (Triptyque), il œuvre sur tous les fronts.

Ardennes

Les dragons n’existent pas

Arme

Le Magasin

Art

Fleurs sauvages

Auteurs

Découverte d’un principe en case 3

Bande dessinée

Découverte d’un principe en case 3

Capitalisme

Les dragons n’existent pas

Commerce

Le centre

Le Magasin

Contraintes

Découverte d’un principe en case 3

Coopérative ouvrière

Les dragons n’existent pas

Corse

La Liberté

Création

Découverte d’un principe en case 3

Documentaire animalier

Passemerveille

Grève

Les dragons n’existent pas

Ile

Physiopolis IV

Industrie

Les dragons n’existent pas

Légende

Les dragons n’existent pas

Parole

La Liberté

Objets

Fleurs sauvages

Prison

La Liberté

Fleurs sauvages

Seine

Physiopolis IV

Vacances

Physiopolis IV

I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – MES VOIX de Sonia Franco

Analyse d’une expérience

1/ Contexte.

 Lorsque je commence à avoir l’idée de ce film, en 2015, cela fait deux ans que j’ai terminé ma formation de montage à la Fémis. En 2015, au retour d’un voyage de quatre mois en Colombie, je décide de me lancer dans la réalisation de mon premier film documentaire, dont l’envie m’habitait depuis plusieurs mois déjà. Au départ de cette, c’est ma rencontre en 2015 avec Anissa, le personnage principal de ce film-portrait. Nous devenons amies, elle me raconte sa vie, qui me rappelle à plusieurs égards celle de ma propre mère, et surtout, elle me parle beaucoup de sa grand-mère Takia, à laquelle elle porte un amour hors-norme, absolu. L’objectif de cette démarche était donc de réaliser ce film que j’avais en tête – même si, dans le domaine du documentaire, la réalisation du film même s’apparente à une recherche, plutôt que de partir en tournage avec une idée déjà à peu près fixée -et de voir si j’étais capable de me confronter à cette démarche qui m’effrayait un peu. L’enjeu personnel que je poursuivais était double: à la fois, créer un film, partager l’histoire d’Anissa, le personnage principal du film qui me bouleversait et que j’avais envie de pouvoir partager avec un public, et sans doute aussi, m’affirmer à moi-même que je pouvais être légitime à réaliser des films.

2/ Conduite du projet.

La réalisation de ce film a été un voyage au long cours de trois ans. Au départ, je rencontre Anissa en 2015, nous devenons proches, elle me raconte sa vie.

•Premiers repérages sonores : Je pense d’abord à ce film de manière absolument solitaire, sans accompagnement. Puisque j’ai déjà expérimenté la création sonore, plus légère et immédiate que le film, je commence par là : j’accompagne Anissa à Sartrouville, chez Takia, sa grand-mère, et à les enregistrer au son, alors qu’Anissa cuisine un couscous sous les directives de sa grand-mère. Cette première approche est transformée en une petite création sonore de six minutes, sélectionnée au festival Longueurs d’Ondes à Brest en 2016.Cette première création s’apparente pour moi à une première forme de repérage, une première approche des personnages et du lieu principal du tournage, l’appartement de la grand-mère d’Anissa à Sartrouville. C’était aussi des repérages dans le sens où je me mettais au travail d’essayer de mettre à jour ce que je voulais travailler, questionner avec ce film.

J’ai choisi de l’enregistrer dans ce moment-là parce qu’elle m’avait beaucoup parlé du fait que la relation avec sa grand-mère était basée sur des rituels, dont celui de cuisiner ensemble, que c’était un peu un jeu aussi car elle faisait souvent semblant de ne pas savoir « bien faire » pour que sa grand-mère lui explique…ça me permettait de commencer à travailler la mise en scène de cette relation qui allait être au cœur de mon film. Cette création est plutôt du point de vue d’Anissa, on est surtout avec elle et ce qu’elle raconte, on entend sa grand-mère qui lui parle en arabe, et j’ai fait le choix de ne pas doubler ces moments, parce que j’avais envie qu’on entende vraiment les deux langues, et je trouvais ça intéressant que l’auditeur soit dans cette position de devoir un peu deviner, parce que souvent quand on est bilingue (moi je parle espagnol par exemple), on mélange en fait les deux langues dans le quotidien. Ça ne me semblait pas du tout intéressant de doubler la grand-mère avec une autre voix (comme c’est l’usage à la radio), parce que je trouvais que ce n’était pas tellement le sens littéral de ce qu’elle disait qui était important, en général on comprenait et on déduisait le sens de ses échanges avec Anissa car elle lui répondait en français. J’avais envie de retransmettre ce jeu entre les langues. Ce qui m’intéressait c’était la question de la double culture, du rapport à la tradition, du rapport entre générations. Anissa a eu un parcours marqué par une rupture familiale avec ses parents assez jeune et du coup elle a fait sa vie un peu toute seule, elle s’est construite de manière assez libre mais elle a toujours un attachement très fort à sa grand-mère, même s’il y a beaucoup de choses de sa vie qu’elle ne lui dit pas du tout parce que sa grand-mère ne comprendrait pas. Je commençais à percevoir un personnage, qui était dans une sorte de «zone grise » où elle ne disait pas tout. Ce petit tournage sonore m’avait permis de rencontrer la grand-mère, de visualiser aussi son appartement, l’endroit où elle vivait, bref de pouvoir projeter le film de manière moins fantasmée. Je rencontre alors, par des amis communs, Thomas Carillon, un jeune producteur qui vient de fonder sa société de production, Wrong Films, et qui cherche des auteurs. Il a écouté mes carnets de voyage sonores réalisés lors de mon voyage en Colombie, il a été touché, et le peu que j’ai écrit à propos du film, ainsi que la petite création sonore réalisée avec Anissa et sa grand-mère, l’intéresse. Il me propose de devenir producteur du film et d’accompagner son écriture, sa réalisation et la recherche de financement. C’est un pas très important pour moi : le fait qu’une autre personne, sans être proche de moi, croie dans mon envie de film et ait envie de le voir aboutir, je prends cela comme un signe, un encouragement. Je commence au printemps 2016 à tourner des images de repérages avec Anissa et sa grand-mère. J’ai un Canon 7D, un Zoom, Thomas me trouve un monopode, et je pars en tournage, plusieurs fois, seule. Je filme ces deux femmes dans le petit salon d’un appartement de Sartrouville, qui parlent en arabe, cuisinent, discutent, regardent la télé, font la sieste. Je deviens petit à petit plus assurée avec la caméra, dans l’intimité de mes personnages. J’aime prendre le temps, laisser tourner la caméra pendant de longues minutes une fois le cadre fixé.

Je continue à préciser la forme du film dans l’écriture, et dépose plusieurs demandes d’aide à l’écriture (FAIA du CNC, Images de la diversité, SCAM-Brouillon d’un rêve). Ces demandes n’aboutissent pas, mais l’écriture est pour moi un moyen de préciser le projet du film. La question qui m’agite, c’est d’arriver à faire ressentir au spectateur l’intériorité d’Anissa, qui passe son temps à faire le grand-écart entre sa grand-mère et le reste de sa vie. A partir de nos entretiens, que j’enregistre au son, où elle se confie à moi, je commence à écrire des textes, une voix-off, qui rythmera le film. Je décide de tourner le film en 4/3, format qui me semble plus adapté aux petits espaces que j’ai à filmer (la chambre d’Anissa, le salon de Takia), et qui me permet d’être à la bonne distance des personnes que je filme tout en donnant au spectateur une sensation de proximité. Et puis la vie se charge de nous faire un cadeau qui comptera beaucoup pour Anissa et pour le film : elle est prise dans une pièce d’Ahmed Madani, F(l)ammes, où, parmi neuf autres jeunes femmes, elle parle de son histoire familiale sur scène. Cet évènement donne un coup d’accélérateur au film : en effet, le travail avec le metteur en scène cristallise les enjeux que je pressentais dans la trajectoire d’Anissa. Nous testons ensuite avec Thomas le tournage avec une équipe réduite, notamment sur le lieu de travail d’Anissa, qui occupe régulièrement le vestiaire du Cabaret Sauvage, une salle de concert dans le parc de la Villette. Mais entre la fin 2016 et la fin 2017, c’est majoritairement seule que je filme Anissa, plusieurs fois par mois, chez elle, chez sa grand-mère, ou lors des répétitions de la pièce. Ces sessions de tournage s’accompagnent d’une réflexion sans cesse renouvelée sur la forme du film, la narration qui se dessine. C’est tout l’enjeu du documentaire, et surtout de la forme du portrait, où l’on attend une narration tendue, une trajectoire lisible du personnage principal. Ainsi, je suis passée d’entretiens enregistrés uniquement au son aux entretiens filmés, qui ont longtemps constitué une part importante du film, pour finalement exister sous forme de voix-off écrites à partir des mots d’Anissa. Le tournage n’est pas encore terminé, mais nous commençons déjà des sessions de dérushage avec la monteuse, Marie Molino, une ancienne camarade de la Fémis. La difficulté étant qu’il faut attendre le sous-titrage des séquences en arabe pour pouvoir visionner les scènes entre Anissa et sa grand-mère. Le fait de pouvoir visionner les rushes tout en continuant à tourner nous permet de sentir le film qui se construit, les directions à chercher au tournage, les nœuds narratifs…En parallèle, nous éprouvons, avec mon producteur débutant, la difficulté du financement d’un premier film documentaire. En effet, pour avancer dans la conception du film et pouvoir écrire des dossiers convaincants, il faut souvent déjà avoir commencé à tourner. Dans le cas de « Mes Voix », le film et l’idée que je m’en faisais ont considérablement évolué à travers les événements de la vie d’Anissa. Ainsi, assez tôt, Thomas a mis du matériel à ma disposition pour que je tourne le film sans avoir à attendre des financements incertains. Le film a obtenu en 2018, après une seconde tentative, le soutien de la bourse « Brouillon d’un rêve » de la SCAM (6000 euros), puis en 2019, le soutien du département de la Seine-Saint-Denis via son Aide au film court (15000 euros). Ces aides, assez sélectives, m’ont rassurée quant à la qualité du film, à sa capacité à trouver un public et à pouvoir être diffusé par la suite, sur un marché extrêmement compétitif…

Par ailleurs, ce que ce film m’a apporté comme expérience fondatrice, c’est le travail avec des collaborateurs : tant avec le producteur Thomas Carillon, qui a été très impliqué dans le processus du film jusqu’à la fin, qu’avec la monteuse, Marie Molino, rencontrée sur les bancs de la Fémis, avec qui nous avons travaillé pendant quasiment un an. Nous avons fait plusieurs sessions de visionnement pendant les derniers mois du tournage. Puis le montage à proprement parler a commencé en février 2018 pour se terminer en novembre2018 (avec quelques interruptions). Malgré ma formation de monteuse, j’ai vraiment été soulagée de pouvoir m’appuyer sur le regard et le savoir-faire d’une autre personne. Non seulement parce qu’après un an et demi de tournage en solitaire, j’étais quelque peu épuisée, mais également parce qu’en raison de ma proximité avec Anissa, il était parfois difficile pour moi d’avoir le recul nécessaire à la construction du film. Cette collaboration heureuse s’est prolongée avec d’autres techniciens de post-production : Thomas Robert au montage son, et Niels Barletta au mixage, qui se sont tous deux impliqués quasi-bénévolement pour le film. Cette première expérience de réalisation m’a beaucoup appris. J’ai découvert ainsi que j’aimais cadrer, même si mon manque de technique a pu parfois me limiter. Mais pour moi, le geste de filmer est celui qui crée la relation à l’autre, à la personne qui devient personnage sous notre regard. La solitude de ces tournages m’a aussi amenée à endosser plusieurs casquettes : prévoir la logistique, les batteries, le déchargement des cartes, le transport….choisir mes cadres, savoir où poser l’enregistreur de son pour capter au mieux les paroles des personnes filmées…et bien sûr, quand déclencher la caméra, quand l’arrêter. D’autre part, hors du processus de tournage, j’ai pu éprouver le temps long de la réflexion liée au film en train de se faire : d’un côté, le travail d’écriture permettant de poser des mots sur des intuitions, d’expliciter les émotions qui président au désir de film ;de l’autre, la confrontation à la matière existante, le processus de naissance du film pendant le montage, le trajet qui commence au visionnement des rushes, l’émotion qui y naît, et la lente immersion au cœur du récit qui se construit petit à petit, tâchant de préserver cette émotion brute des rushes en la sculptant au sein d’un trajet compréhensible et captivant pour le spectateur. Ainsi, une des questions majeures du montage, qui ne s’est résolue qu’à la toute fin, a été celle de la place de la parole d’Anissa, frontale à travers les entretiens filmés, ou bien plus subtile à travers les voix-off. C’est cette deuxième option que nous avons finalement choisie, mais je pense qu’aujourd’hui, il me reste une frustration face à l’homogénéité de la forme finale du film, frustration qui est également un moteur pour mes envies d’autres réalisations.

 La diffusion de Mes Voix a été, pour l’instant, une source de grande satisfaction, et j’espère que le film n’a pas terminé sa carrière : après une première projection au festival de Douarnenez à l’été 2019, ainsi qu’une diffusion aux Etats Généraux du documentaire à Lussas, dans le cadre de la journée de programmation de la SCAM, le film a été sélectionné dans les festivals suivants :

 –Cinébanlieue, section Panorama (Saint-Denis)

–Le monde au coin de la rue (Grenoble)

–Panorama du cinéma du Maghreb et du Moyen Orient (Seine-Saint-Denis)

–International Film Festival de Rotterdam (Section Bright Future Mid-Length)

–La Première Fois, festival du premier film documentaire (Marseille)–Les Rencontres d’AFLAM (Marseille)

–Côté Court, section Panorama (Pantin)

–Festival du Moyen-Métrage de Brive.

 Et dans le cadre de l’Aide au Film Court de Seine-Saint-Denis, de nombreuses projections sont organisées dans les cinémas du 93 et dans des centres sociaux, médiathèques, prisons…Je peux ainsi directement échanger avec le public du film, pour mon plus grand plaisir !

Sonia Franco.

E COMME ENTRETIEN – Wallonie Image Production (WIP)

Quand WIP est-il né ? Dans quelles circonstances ?

Wip est né en 1981, par la volonté de ses administrateurs de l’époque, et fondateurs, de donner une structure juridique solide à leur atelier de vidéo d’intervention sociale, baptisé « La fleur maigre », du nom du film de Paul  Meyer. Jusque là c’était une association de fait ; afin de pouvoir gérer des budgets conséquents et de prétendre à des aides publiques, il fallait une vraie assise juridique.

Quels sont vos objectifs et vos principales activités ?

Soutenir à tous les stades la création documentaire indépendante de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Aide en cash à l’écriture/développement, aide à la production, aide à la finition, soutien en service à la post-production, à la promotion, conservation du patrimoine.

De quels moyens financiers disposez-vous ?

Budget annuel d’un peu plus de 400.000 €, essentiellement fournis par une subvention récurrente du Ministère de la FWB ayant en charge l’audiovisuel et par des aides régionales APE (Aide à la promotion de l’emploi).

Comment choisissez-vous les films qui sont à votre catalogue ?

Pour les films non terminés (la majorité) une commission de professionnels se réunit trois fois l’an pour décider des quels projets seront soutenus, qu’il s’agisse d’aide à l’écriture, à la production, à la finition. Pour les films dont on ne prend en charge que les ventes, un comité de cinq membre visionne, et, avec l’avis du vendeur, décide ou non de les intégrer. Notre premier critère de choix est l’originalité, la qualité artistique du projet. Vient ensuite le potentiel de diffusion, et la solidité du partenaire de coproduction. Nous essayons d’abord de privilégier des films fragiles, des premiers films, ou des films qui permettent à un auteur de poursuivre une œuvre singulière.

Y a-t-il des thèmes – ou des sujets – qui vous semblent plus particulièrement porteur dans le domaine du cinéma documentaire ?

Tous les sujets liés à l’actualité, car ils sont exploitables par le réseau associatif, le pédagogique, voire les télévisions : migration, égalité homme femme, transition écologique, interculturalité…

Comment définissez-vous le « documentaire de création » ?

Il s’agit de films portant un regard singulier et pertinent sur le réel, avec une subjectivité assumée (le point de vue documenté cher à Henry Storck). Pour nous, le documentaire n’est pas du reportage, c’est une forme de cinéma qui prend les armes de la construction narrative et de l’esthétique du septième art pour poser de bonnes questions sur la société dans laquelle nous vivons..

Comment voyez-vous la situation du cinéma documentaire en Belgique aujourd’hui ? Quelles en sont les spécificités par rapport à la France ou au reste de l’Europe ?

En Belgique, la créativité est au rendez-vous, la singularité des regards aussi et, depuis quelques années, le documentaire attire à nouveau de très jeunes cinéastes. En revanche, il y a un déficit de structures de production (le documentaire rapporte peu) et peu de fenêtres de diffusion. Au récent Festival de Lussas, les films de la section phare, « Expérience du regard », était à plus de 30% belges. En Belgique, les aides accordées par les pouvoirs publics, et même la RTBF, laissent une certaine liberté, ce qui explique la singularité des regards. Les dispositifs des ateliers (production, accueil, école) permet aussi un encadrement expérimenté et disponible pour les auteurs.

Y a-t-il des cinéastes que vous souhaiteriez mettre plus particulièrement en évidence ?

… au risque d’en oublier. Pour moi, il faut parler de Jawad Rhalib, dont « Au temps où les arabes dansaient » fait le tour du monde, de jeunes cinéastes filles comme Eve Duchemin, Elodie Lelu, Pauline Beugnies, Rosine Mbakam dont les premiers films font le tour du monde, de vétérans toujours très actifs, comme Thierry Michel, Bénédicte Liénard, Mary Jimenez, ou d’auteurs hors circuit qui continuent un travail très personnel exigeant comme Pierre-Yves Vandeweerd, Boris Vander Avoort. C’est riche et diversifié.

WIP : https://www.wip.be/

Personne de contact: Noémie Daras n.daras@wip.be 

E COMME ENTRETIEN -Hybrid pulse. Francesca Gemelli et Alexandra Dols

Francesca Gemelli, présidente d’Hybrid Pulse et Alexandra Dols, membre fondatrice, productrice et réalisatrice.

Comment l’association Hybrid Pulse est-elle née et quelles ont été les grandes étapes de son développement jusqu’à aujourd’hui ?

Francesca Gemelli (présidente) :
L’association Hybrid Pulse est née d’une rencontre, celle entre Selma Zghidi et Alexandra Dols, en 2007. Etudiantes alors à Paris VIII, en master de création et réalisation audiovisuelles et cinéma, elles ont crée leurs propres moyens et outils pour développer leurs films, tout en ayant une structure administrative, nécessaire pour faire des demandes de subventions, de locations de matériels, etc…
Au-delà de l’aspect pragmatique, elles partagent des affinités politiques fortes, qui ont déterminé le sens de cette association.
Par la production cinématographique, nous voulons contribuer au renouvellement de l’imaginaire, à l’émancipation, aux luttes de libération.
La filmographie de nos membres s’égrène entre courts et longs métrages fictions, reportages et longs métrages documentaires détaillée plus loin.
La sortie nationale de « DERRIÈRE LES FRONTS : résistances et résilience en Palestine » (113’ – 2017) réalisé par Alexandra Dols a été une grande étape dans notre essor, visibilité et professionnalisation. Dans la continuité de ces productions, nous avons mis en place la distribution et l’édition DVD de nos films («MOUDJAHIDATE » et « DERRIERE LES FRONTS », et la coédition du livre de la psychiatre psychothérapeute et écrivaine palestinienne Dr. Samah Jabr « DERRIÈRE LES FRONTS » avec PMN Edition.
En parallèle, et lié à l’importance qu’on accorde à l’éducation populaire, nous mettons en place  depuis 2009 des actions en collège et lycées d’éducation à l’image : « Images et pouvoirs : détournement et décryptage des clichés sexistes/racistes/classistes », « Détection et détournement des clichés sexistes dans les images », « ateliers d’écriture et de réalisations audiovisuelles » en sont des exemples.

Quels sont ses objectifs et ses activités ?

Francesca Gemelli (présidente): Hybrid Pulse a pour but d’accompagner des femmes, dans l’écriture, la production et la réalisation d’œuvres audiovisuelles.

Alexandra Dols (réalisatrice): Et par delà les mots, il s’agit de rompre l’isolement des réalisatrices, de s’encourager, de se relire, de partager nos expériences, nos expertises, notre matériel et réseaux…C’est vital de se renforcer pour naviguer dans un milieu du cinéma encore sexiste, raciste et pleins de codes d’entre-soi.
Francesca Gemelli (présidente) : Ce cadre aide à renforcer leur légitimité, confiance en soi, et je pourrais dire que c’est une étape indispensable pour passer à la réalisation. Ayant la conviction qu’elles jouent un rôle tout à fait intéressant dans le panorama du documentaire aujourd’hui.

Quels sont les films que vous avez produits et les documentaristes que vous soutenez ?

Francesca Gemelli (présidente) : Hybrid pulse ne produit pas en tant que tel mais accompagne les productrices/réalisatrices.

Voici la filmographie depuis 2007 :
– (CM – Fiction) « SENS INTERDITS » (2007) réal : Selma Zghidi
– (LM – Documentaire) « MOUDJAHIDATE : des engagements de femmes pour l’Indépendance de l’Algérie » (2007-75′) réal : Alexandra Dols
– (CM – Documentaire) « QUI SEME LA HAGRA » (15’- 2014) – réal : Alexandra Dols. Sur la lutte des familles des victimes de violences policières en France
– (CM-Documentaire) « FEMMES EN PALESTINE vivre malgré le trauma, construire la résilience » (11min 2015) réal : Alexandra Dols
Entretien avec la psychiatre, psychothérapeute et écrivaine palestinienne le Dr. Samah. Jabr
– (LM – Documentaire) « DERRIÈRE LES FRONTS : résistances et résilience en Palestine » (113’ – 2017) réal : Alexandra Dols.
Un road-trip sur les routes de Palestine, en compagnie de la psychiatre psychothérapeute et écrivaine palestinienne Dr. Samah Jabr sur les conséquences psychologiques de la colonisation et sur les résistances et résilience des palestinien-nes.
Sortie nationale : novembre 2017
– (MM – Documentaire) « DES LE REVEIL » (20’-2018) réal : Hassiba Boudieb
Un premier film sélectionné au festival du réel en 2019.
– ( CM- Documentaire ) « CHAIR A CANON » (6’28’’-2018) réal : Franciella Paturot. Un film sur les tirailleurs sénégalais présenté dans le cadre de la table ronde sur l’exotisme colonial, lors du Festival « Invitation au voyage »

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Il y a une exception, nous sommes très contentes d’annoncer la production et sortie récente du documentaire « MINIMUM SYNDICAL » (26min – 2019) réal : Alexandra Dols. Un film de commande de la commission « Genres et Sexualités » de l’Union syndicale Solidaires sur des personnes syndiqué-es à Solidaires ; Trans et/ou PD, Gouines, Bi-es, gay, lesbienne… Elles nous parlent des discriminations et violences auxquelles elles font face au travail et des obstacles dans le syndicat et la société pour changer les mentalités. Ils et elles parlent aussi de leurs stratégies, leurs ripostes et des victoires de la commission Genres & Sexualités de l’Union syndicale Solidaires.
Par ailleurs, Nadia Zinai est en production/développement d’un film «Ijtihad – Musulmanes en mouvement» sur des femmes musulmanes qui développent une lecture féministe du coran, une enquête à travers la France, le Maroc, l’Egypte, la Malaisie et les USA.

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Collectif Musidora : Recueil d’analyses de femmes dans différents métiers du cinéma (1979).

 

Les réalisatrices sont nombreuses dans le domaine du documentaire, peut-être plus que les réalisateurs et sans doute aussi plus que dans le domaine de la fiction. Comment expliquez-vous cette situation ?

Alexandra Dols (membre fondatrice) :
Pour de bonnes et de mauvaises raisons ! Commençons par les mauvaises : la fiction demande a priori de plus gros budgets ! Beaucoup de femmes, en tant qu’auteures-réalisatrices déploient, seule, des trésors d’heures bénévoles, s’équipent sur leur fond propre et commencent à tourner, comme c’est le cas pour des documentaires. La fiction demande d’emblée une équipe plus importante et donc un budget conséquent pour déployer le projet. Il faut dire aussi que les modèles d’identification à des réalisatrices sont moins courant que ceux pour des hommes. Certes, c’est en train d’évoluer mais trop doucement.
Récemment j’ai regardé deux documentaires sur Arte, qui évoquaient le cinéma : l’un sur l’influence qu’a eu Hitchcock sur les générations suivantes de cinéastes, l’autre sur le « Dune » de Jodorowski qui n’a jamais vu le jour. Et bien, pas une femme réalisatrice/technicienne/artiste n’apparaît ! (à part
Amanda Lear dans le Dune comme potentielle actrice). Une non-mixité totale d’hommes cisgenre … (c’est-à-dire l’inverse de transexuels) impensée, et  potentiellement inconsciente.
Le 8 mars ne doit pas être une bougie plantée sur un gâteau. La re-répartition égalitaire des ressources et décisions entre les hommes et les femmes, doit être totale et continue, à l’année. De nos conditions de production découlent les possibles représentations… qu’on est prête d’ailleurs à révolutionner !
Les bonnes raisons qui nous font découvrir beaucoup de réalisatrices de documentaires, sont à chercher je pense dans la volonté des femmes – et d’une manière générale des personnes qui vivent des oppressions sociales – de chercher les contre-narrations. D’ouvrir les mondes cachés ou plutôt écrasés par les récits des vainqueurs ou de celles et ceux que le statut quo contente voir salarie. Je ne pense pas que par essence le documentaire ou la fiction soient moins ou plus « politique » ou plus ou moins « honorable » par contre on est à une époque d’affrontement où l’on a besoin de faire et voir des films qui font éclater les rapports de dominations pour répondre à nos réalités et besoins  d’imaginer nos victoires. Au lieu uniquement de nous divertir.

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Les documentaires réalisés par des femmes ont-ils pour vous des caractéristiques spécifiques dominantes ?

Alexandra Dols : (membre)
Il y a celles dont parlent les Guérillas Girls !  Mais sinon, je ne pense pas. Je ne pense pas qu’il y ait une douceur ou sensibilité féminine dans les choix de cadre ou de réalisation…par contre clairement des réalisatrices ont dynamité dans les 90’s, les rôles traditionnelles des femmes dans les films : les soeurs Wachowski (Matrix, Sense 8), Jamie Babbit (But I am a chearleader), Jane Campion, Marina de Van, Virginie Despentes… et récemment Marie Monique Robin, Mai Masri, etc… des hommes l’ont aussi fait Ken Loach (l’ensemble de sa filmographie), Percy Adlon (Bagdad Café)…
Mon intuition à confirmer par une étude, est qu’aucune réalisatrice n’a pu filmer un viol de manière complaisante, ou pour être encore plus clair de manière « bandante »… qu’il en devienne érotique.
Ce serait intéressant de faire une analyse sur les représentations de viols au cinéma ; chaque lecteur/trice qui lit cet article a de manière consciente ou moins des représentations filmiques de scène de viol en tête. Combien sont celles dans lesquelles les femmes sont capables de se défendre et d’empêcher le viol ? Combien de scènes, de film dans lesquels elles finissent par terminer leur agresseur ? Le cinéma dont je parle c’est-à-dire occidental a une grande responsabilité dans la culture du viol. Je pense que ce thème est un point saillant pour parler des différences possibles entre les réalisateurs et les réalisatrices.

Quels sont vos projets à courts et moyens termes ?

Francesca Gemelli (présidente) :
Continuer de se structurer, impulser des formats en cohérence avec le besoin des réalisatrices.
Alexandra Dols (membre) :
Continuer de s’organiser, se renforcer… s’entre-aider !
Il y a le projet de Nadia Zinaï, le suivi de la distribution de Minimum Syndical et celle internationale de DERRIÈRE LES FRONTS : sortie en Italie, tournée aux USA avec le US Palestine Mental Health network, nous allons également le proposer aux télévisions. Nous allons également continuer la circulation des DVD que nous avons édités (Moudjahidate, Derrière les fronts) récemment soutenus par le CNC.
Et à titre personnel, je commence l’écriture d’un nouveau long métrage de fiction cette fois-ci!

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DERRIÈRE LES FRONTS : résistances et résilience en Palestine

E COMME ENTRETIEN / Fanny Pernoud et Olivier Bonnet

Pouvez-vous, pour vous présenter, nous communiquer quelques éléments de votre biographie respective.

Fanny Pernoud: j’ai une formation de journaliste à l’IJBA (école de journalisme de Bordeaux) , après avoir travaillé  pour les journaux télévisés (France 3 19/20, Télématin) je me suis dirigé vers les magazines car je souhaitais travailler sur des formats plus longs puis ensuite vers des documentaires en format 52 minutes. En 2009, avec Olivier Bonnet nous réalisons “Ma vie à l’eau” un 26 minutes sur le handicap pour l’émission Thalassa et créons Improbable production.

Olivier Bonnet : J’ai étudié à L’Institut d’Études Politiques de Grenoble puis souhaitant faire de l’image, j’ai commencé à travailler comme assistant opérateur à Paris, pour des reportages d’actualités pour les différentes chaînes de télévision. Très vite, l’émission « Une pêche d’enfer » m’a proposé de tourner des reportages comme cameraman et en 1992 nous avons tourné l’émission aux Jeux Olympiques d’Albertville. En 1993, j’ai commencé à tourner pour l’émission Thalassa. En 24 ans de collaboration avec l’émission Thalassa, j’ai effectué plusieurs centaines de reportages, tout autour du monde. En parallèle, j’ai travaillé pour d’autres émissions et documentaires. En 2009, avec Fanny Pernoud, nous réalisons “Ma vie à l’eau” un 26 minutes sur le handicap pour l’émission Thalassa et créons Improbable production.

Comment êtes-vous devenus cinéaste et producteur ?

C’est en 2009, que nous avons créé avec des amis, Improbable production, pour notre première production « Ma vie à l’eau ». Après avoir passé des années à travailler pour des sociétés de production, nous avions envie de contrôler nos films de A à Z et de garder notre liberté éditoriale.

Vous proposez dans Appellation d’origine immigrée une vision de l’immigration différente de celle qu’en donnent en général les médias. Comment  avez-vous eu cette idée ?

À l’origine c’est une idée d’Olivier. Pendant la campagne de 2012 les immigrés ont été la cible de vives attaques par les politiques. Nous avons eu envie de prendre le contre-pied et de montrer cet autre visage de l’immigration, une immigration qui crée de la richesse et qui rapporte énormément à la France. Une immigration qui représente une main d’œuvre extrêmement malléable. Il suffit de prendre le premier métro pour se rendre compte que la France qui se lève tôt est immigrée ou d’origine immigrée. Les médias et surtout les politiques véhiculent des chiffres et des idées qui ne reflètent pas la réalité.

Comment avez-vous choisi les protagonistes de votre film ? Avez-vous éliminé d’autres possibilités ? Est-ce que le côté surprenant (un africain boulanger à Paris) a été un critère ?

Bien sûr, nous avons joué le contre-pied à fond. À l’époque Djibril le boulanger du film venait d’obtenir le prix de la meilleure baguette de Paris pour la première fois. Il devenait de ce fait le boulanger de l’Elysée pour un an, il a donc été beaucoup médiatisé. C’est en lisant un article sur lui que nous nous sommes dit qu’il serait intéressant de réunir les 3 produits phares de la gastronomie française, à savoir, le pain , le vin et le fromage. Trouver Abdou, le producteur de reblochon et Laetitia, la vigneronne a été beaucoup plus compliqué. Beaucoup d’immigrés travaillent dans les vignes, mais ils sont rarement patrons et dans le monde du fromage il y a très peu de personnes immigrées.

Pour Les Vies dansent aussi le choix des personnages est important. Comment l’avez-vous réalisé.

Les vies dansent est en quelque sorte la suite de « Ma vie à l’eau » un reportage réalisé pour Thalassa lors d’un stage de plongée pour des amputés, organisé par l’association « Bout de vie ». C’est là que nous avons rencontré Sandra, Priscille et Neeta parmi d’autres stagiaires. Outre l’aspect humain, puisqu’au fil du temps elles sont devenues des amies, nous les avons choisies elles car elles étaient à des moments différents de leur parcours de vie.

Sandra avait perdu sa jambe un an auparavant, elle terminait ses études et se posait beaucoup de questions sur sa vie future.

Neeta, elle, est née sans jambes et a donc moins peur du regard des autres. Lorsque nous l’avons rencontrée, elle allait rentrer dans l’adolescence. C’était la plus jeune des 3 mais elle avait déjà une grande expérience du handicap.

Enfin Priscille était déjà dans la vie active et avait un projet d’enfant, elle avait été amputée plusieurs années auparavant. Elle avait déjà “réorganisé” sa vie.

Ces deux films ont une dimension optimiste très marquée. Est-ce une orientation délibérée ?

Le leitmotiv de nos films c’est l’humain et nous pensons qu’un film touchant, où on laisse s’exprimer les gens est bien plus puissant qu’un discours polémiste, agressif ou alarmiste. Nous aimons montrer des personnages positifs pouvant être  exemplaires. Nous sommes d’ailleurs très fiers qu’après des projections, le public viennent nous voir en nous disant : « votre film m’a fait du bien, il a changé mon regard… »

Vos films prennent nettement position sur le problème du racisme et de  l’acceptation des différences. Pensez-vous que le cinéma puisse contribuer à faire évoluer les mentalités ?

L’autre jour après une projection de notre film “Les vies dansent” une femme nous a dit “maintenant quand je vais croiser une personne avec un handicap je me sentirai moins mal à l’aise”. Nous ne prétendons pas changer le monde avec nos films mais chaque petite graine plantée dans le coeur des spectateurs est déjà une victoire.

Avec Appellation d’origine immigrée, nous sommes allés pour des projections dans des endroits où il y a peu d’immigrés et les gens étaient surpris eux-mêmes de l’image qu’ils avaient de l’immigration, donnée par le journal télévisé. Ils se rendaient compte qu’autour d’eux beaucoup de métiers étaient effectués par des immigrés.

Quelles sont les activités de votre maison de production Improbable Production ?

Nous travaillons actuellement sur un projet de film sur un asile de « fous » très particulier où les résidents sont libres d’être comme ils sont…

Et qu’en est-il de la distribution de vos films ?

Nos films sont très mal distribués car nous n’avons pas encore de distributeurs. Nous nous en occupons nous-même…

immigration réussie

Comment voyez-vous la situation actuelle du cinéma documentaire et son évolution  dans les années prochaines ?

Fanny Pernoud: À vrai dire je suis assez pessimiste. Faire un film aujourd’hui est un combat. Pour avoir des aides du CNC, il faut trouver un diffuseur et les diffuseurs sont de plus en plus frileux envers le documentaire de création. Si votre film ne rentre pas dans les cases, ne traite pas d’un sujet porteur, n’est pas réalisé comme le diffuseur le souhaite ou si vous n’êtes pas connu votre film reste à l’état de dossier. « Trop long pour la télé, pas de commentaires, trouver un sujet plus concernant », des critiques récurrentes que nous avons entendues au fil des réalisations.

Pour « Les vies dansent » aucun diffuseur n’a voulu le prendre sur le papier, au stade du scénario, nous n’avons donc eu aucune aide si ce n’est un crowd-founding que nous avons organisé nous-même. Ce film a finalement été diffusé sur Public Sénat après avoir été refusé par tous les autres diffuseurs. “Nous ne savons pas dans quelle case le mettre”. Sans notre entêtement et la solidarité des amis du métier nous n’aurions jamais pu faire ce film.

Le milieu du documentaire est comme beaucoup fait de réseaux, là encore si vous n’êtes pas dans les petits papiers des responsables de chaînes, à moins d’être une star du documentaire vous aurez beaucoup de mal à placer un projet. Et avec un thème difficile, comme le handicap c’est presque mission impossible. Le développement est également de plus en plus long, les chaînes reçoivent certes énormément de projets mais il faut souvent attendre plus de 2 mois pour avoir une réponse et quand elle est négative c’est deux mois de perdus.

Olivier Bonnet : Les chaînes de télévisions n’ont qu’un seul critère de jugement, l’audience. Donc ce qui a marché en audience doit être reproduit, recopié. Et ainsi, tout se ressemble… Les décideurs des chaînes de télé savent mieux que personne ce qui marche et ils veulent des produits formatés respectant les critères qu’ils ont eux-mêmes définis… Mais on appelle encore cela des documentaires de création… Autrement le CNC ne les financerait plus !

Pour l’avenir, même si les formats longs ne sont pas très à la mode sur les réseaux sociaux , nous pensons qu’internet peut-être une nouvelle chance pour le documentaire, à condition que des financements en amont puissent se développer, mais la créativité et la liberté y sont bien plus fortes aujourd’hui que dans les autres médias.

Lien pour voir ou revoir Appellation d’Origine Immigrée gratuitement

https://youtu.be/pWXEYp4cwAE

Lire : Les Vies dansent

Appellation d’origine immigrée

E COMME ENTRETIEN / Novanima prod

Pouvez-vous nous présenter votre maison de production ?

Après un Master Cinéma à Bordeaux 3, je pars en Italie sur les traces d’Andreï Tarkovski et de son film Nostalghia puis j’effectue un DESS « filmer le réel » à Nancy 2 en 2000. Après de multiples expériences comme assistant réalisateur pour différentes sociétés telles Why Not, Sombrero, La Petite Reine et différents réalisateurs tels Antony Cordier, Raoul Peck, Bernard Stora, Jean-François Richet, Hiner Saleem, Christophe Malavoy, j’ai créé ma société de productions Novanima en 2006, basée en Nouvelle Aquitaine.

Novanima est une société de production cinématographique et audiovisuelle ayant pour objet de produire des documentaires de création, des dessins animés, des films à base d’archives et des films hybrides (à la fois en prise de vue réelle, archive et animation).

Elle a accompagné plus de 20 films en dix ans d’existence et a développé un réseau, un savoir-faire et une expérience qui lui permet de mener à bien la production de films et de trouver un équilibre en produisant plus ou moins deux films par an.

Nous développons et produisons des projets avec des auteurs réalisateurs qui expriment un regard sensible, personnel sur l’Histoire, la littérature ainsi que des films en lien avec l’histoire des arts graphiques.

Mon goût pour les arts graphiques me vient de mon arrière-grand-père, Marius Rossillon dit O’Galop (1867-1946), pionnier du cinéma d’animation et inventeur du Bibendum Michelin. Après avoir réalisé mon premier documentaire de création «O’Galop » qui a obtenu le prix des Étoiles de la SCAM 2010, puis « Benjamin Rabier, l’homme qui fait rire les animaux », « Jossot de Gustave à Abdul Karim », portrait d’un caricaturiste qui a aidé à la promulgation de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État et qui s’est convertit à l’Islam en 1913. J’ai finalisé l’année dernière le portrait du caricaturiste périgourdin, Sem.

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O’Galop de Marc Faye

En 2015, j’intègre en tant qu’auteur réalisateur la commission du répertoire audiovisuel de la SCAM, le jury des Étoiles de la SCAM pour quatre ans, le comité d’experts documentaire pour la région Grand Est et participe activement aux discussions sur l’évolution du cadre réglementaire du CNC avec le groupe de réflexion Nous sommes le documentaire.

2016 a été une année particulière pour Novanima, puisque que nous avons intégré l’Académie des César suite à la nomination du court-métrage d’animation Sous tes doigts de Marie-Christine Courtès en coproduction avec Vivement Lundi !

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Sous tes doigts de Marie-Christine Courtès

Par ailleurs, nous sollicitons pour chacun des films que nous produisons, des lecteurs extérieurs à la société afin d’établir des fiches de lecture. Cette méthode de travail nous a permis d’améliorer notre collaboration avec les auteurs, de renforcer la qualité de nos projets et l’exigence de notre ligne éditoriale.

Suite au succès du court-métrage d’animation de Marie-Christine, nous développons depuis deux ans une ligne éditoriale dédiée à l’animation tout en continuant notre activité d’accompagnement de films documentaires.  Les courts-métrages d’animation Mon juke box de Florentine Grelier ou Riviera de Jonas Schloesing ou Saigon sur Marne d’Aude ha Leplège en cours de fabrication chez nous sont une nouvelle façon pour nous de questionner le réel.

Quelle place y occupe le documentaire ? Parlez-nous de vos réussites.

Le documentaire y occupe une place prépondérante pour des raisons poétiques (Casa de Daniela de Felice, Les gants blancs de Louise Traon, La montagne au goût de sel de Julien Lhami, Womanhattan de Seb Farges) et politiques (Nocturnes de Matthieu Bareyre, Souviens toi d’Acapulco de Ludovic Bonleux, Raymond Aubrac, les années de guerre de Pascal Convert et Fabien Beziat,  La prunelle de mes yeux de Tuyet Pham).

La production de documentaires de création est ouverte sur plusieurs thématiques : société, art et culture, histoire et découverte. Notre ligne éditoriale s’intéresse aussi au monde de la bande dessinée à travers la collection documentaire Phylactère qui regroupe 31 films de moins de 10 min. Nous développons aussi une ligne éditoriale de films dits patrimoniaux en consacrant des documentaires aux pionniers des arts graphiques. Après la réalisation du film O’Galop en 2009, Alain Carrier en 2011, Benjamin Rabier en 2012, Gustave Jossot en 2014 et l’illustrateur Périgourdin Sem, le caricaturiste incisif  en 2016. Ces films sont actuellement montrés au musée de la maison du docteur Gachet à Auvers-sur-Oise et ont fait l’objet d’une rétrospective au musée des Arts décoratifs de Paris en 2016. Pour chacun de ces films nous avons eu recours à de l’animation 2D. Nous avons pour cela d’année en année réussie à trouver une économie en adéquation avec ce type de film. Nous continuerons par le futur à développer cette ligne éditoriale qui met en avant des formes hybrides entre films documentaires et animation 2D.

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Casa de Daniela de Felice

La définition d’une réussite est difficile. Mon point de vue de producteur est indissociable de celui de spectateur. En général lorsque je repense à un film quelques années après son visionnage c’est un signe qui ne trompe pas. De ce point de vue les films qui m’ont le plus touché en tant que spectateur et auquel je repense fréquemment sont Casa de Daniela de Felice, Sous tes doigts de Marie-Christine Courtès et Raymond Aubrac, les années de guerre. Ce sont trois films qui ont connu une belle carrière en festival. Le film sur Raymond Aubrac m’a aussi permis de le rencontrer. L’échange que j’ai eu avec lui m’a aussi beaucoup marqué. Je suis aussi très fier des autres films que j’ai accompagnés. Il me donne l’impression que l’argent public que je reçois pour les financer est utilisé à bon escient.

Est-il plus difficile aujourd’hui de produire des documentaires qu’il y a une dizaine d’années ?

Certainement oui. Cela ne doit pas être simple d’ouvrir une société de productions et d’être un jeune producteur, productrice, aujourd’hui. Les partenaires sont de plus en plus exigent.

La production et fabrication des films documentaires s’inscrit dans un contexte de crise permanente. Produire des films documentaires nécessite un engagement de la part des producteurs, des auteurs-réalisateurs, réalisatrices et des organismes publics ou privés.

Que ce soit le CNC, les collectivités territoriales  (Régions, départements, villes) mais aussi des organismes privés (la Procirep Angoa et les chaines de télévisions). Chacun de ces partenaires est précieux. Il faut réunir trois ou quatre partenaires pour financer le film. Chaque année la cohérence des politiques de soutien vis-à-vis du documentaire est mise à mal. Dans un passé récent, nous avons connu une concomitance de réformes (Territoriale, en interne au CNC, loi création) et de crise avec les télévisions locales qui sont des partenaires essentiels de la création documentaire. Nous assistons en 2017 au prémisse de la mise à mal de la chronologie des médias, à un resserrement des budgets des régions ainsi qu’à une rigidification du cadre réglementaire dans le lequel nous travaillons.

Novanima est une TPE et s’adapte à ces changements en ne perdant pas de vue que la qualité artistique des projets est la meilleure garante de leur faisabilité. Cela est d’autant plus vrai que l’on fait très attention au budget des films que nous produisons car nous ne produisons pas de films institutionnelles et seulement des documentaires et des courts-métrages. Chaque film a son propre budget et ne peut se permettre des dépassements. Novanima n’a pas de compte automatique au CNC. Cela veut dire que chaque film doit être jugé par des comités d’experts qui ont un pouvoir de « vie ou de mort » sur les films. La qualité de la relation avec son chargé(e) de compte au CNC est prépondérante. De ce point de vue, 2016 et 2017 sont deux années difficiles pour Novanima car nous avons changé 6 fois d’interlocuteurs au CNC avec 6 chargées de comptes différents sur cette période. Ce qui ne facilite pas  la continuité dans le relationnel.

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Womanhattan de Seb Farges

Quelles sont les difficultés rencontrées dans la production et la diffusion des documentaires ?

Chaque film a droit à son lot de difficultés. La première dont on ne peut pas s’exonérer est celle de l’écriture du projet. Ce travail de développement qui s’apparente à un travail de maïeutique prend du temps. Des fois cela marche des fois non.  En ce moment on appréhende avec philosophie des évolutions du cadre réglementaire qui sont une somme de tracasseries à venir. Par exemple si je produis un film documentaire qui a recourt à de l’animation,  pôle emploi demande aux employeurs de n’avoir qu’une seule convention collective de référence. Il n’existe pourtant pas de poste d’animateur ou de coloriste dans la convention collective audiovisuelle. Nous accompagnons des courts-métrages d’animation qui sont des documentaires animés et qui seront financés par des télédiffuseurs. Pour ces films le CNC exige que le financement public ne dépasse pas 50% du plan de financement. Malheureusement ce cadre réglementaire n’est pas en adéquation avec la réalité du financement de ces films dont le seuil d’intensité d’argents publics est en général supérieur à 70%. Pour la diffusion l’accès à l’agrément après réalisation du CNC est compliqué. Cet agrément permet aux distributeurs d’accéder à différentes aides pour participer à une meilleure diffusion du film en salle.

On entend dire assez souvent que le cinéma documentaire devient de plus en plus créatif. Partagez-vous cette opinion ?

Je partage ce point de vue. La qualité des films documentaires ne diminue pas. La plateforme Tënk qui diffuse des documentaires de création peut en témoigner. J’invite les lecteurs à s’abonner à cette plateforme qui a besoin de ses adhérents pour exister et promouvoir une ligne éditoriale exigeante : https://www.tenk.fr Les étoiles de la SCAM témoignent aussi chaque année de la qualité des œuvres télédiffusées. Le festival des étoiles de la Scam qui aura lieu du 4 au 5 Novembre 2017 au forum des images participe aussi à mettre en avant des films créatifs.

Comment voyez-vous l’avenir du cinéma documentaire ?

 Plutôt bien si le GAFA et Netflix ne mettent pas à mal les droits d’auteurs et l’exception culturelle française.

A consulter, le site de Novanima prod 

Et l’article sur le film de Marc Faye, Sem le caricaturiste incisif