P COMME PARCOURS – Europe

Différents pays européens, nos voisins, vus à partir d’un film (un seul !) pour appréhender leur histoire, leur actualité et pointer leur créativité cinématographique.

Décidemment, le documentaire aime nous faire voyager.

Allemagne

Une jeunesse allemande, Jean-Gabriel Periot (2015). La Fraction Armée Rouge (RAF), le groupe Baader-Meinhof, l’extrême gauche qui n’hésite pas à passer à l’action violence et commettre des attentats meurtriers. Un film qui sait faire parler les archives.

Autriche

Vienne avant la nuit, Robert Bober (2016).  Le film nous montre les lieux ou les monuments les plus connus de la ville, le Prater et sa grande roue, Schönbrunn et son palais, les rue du centre avec le tram et les façades des immeubles, et aussi les cafés, les cafés surtout, où les habitués viennent lire la presse du jour. Mais les images d’archives sont là aussi pour nous rappeler la nuit de cristal, les livres brulés et les synagogues détruites, et l’arrivée triomphale d’Hitler dans Vienne.

Belgique

Y.O.L.O., Karim Bey (2017). Des adolescents qui se filment eux-mêmes mais qui interagissent avec le réalisateur hors caméra, une façon originale de rentrer dans leur vie.

Bosnie

Sarajéviens, Damien Fritsch (2014). Sarajevo après la guerre. Une ville cosmopolite, l’agitation de ses grandes avenues et le calme le long des cours d’eau. Et ses habitants.

Bulgarie

Je vois rouge, Bojina Panayotova (2017). Ce que le film montre surtout c’est le déni d’une société de son passé historique, surtout quand il s’agit d’une dictature. Faut-il à tout prix faire la lumière, toute la lumière, sur un passé que tout le monde sait pas très reluisant ? Au risque de bousculer les personnes. Qui a  droit à l’oubli ?

Espagne

En Construccion, José Luis Guerin (2000). Le Bario, un quartier pauvre de Barcelone, intéresse les promoteurs immobiliers. D’où la destruction des vieux bâtiments insalubres pour construire à leur place des immeubles d’un tout autre standing.

Grèce

Nous ne vendrons pas notre avenir, Niki Velissaropoulou (2017). Deux jeunes filles engagées dans la lutte contre l’exploitation particulièrement polluante d’une mine d’or à ciel ouvert par une société canadienne.

Irlande

Sur la plage de Belfast, Henri-François Imbert (1996). Un petit film oublié dans une caméra super-8 achetée chez un antiquaire à Belfast. Une enquête pour retrouver l’auteur de ce film et ses personnages, une famille qui se baigne sur une plage, une femme qui sort d’une maison, des objets entassés dans une boutique d’antiquités.

Italie

Draquilla : l’Italie qui tremble, Sabina Guzzanti (2010).   Un tremblement de terre dans les Abruzes qui fait plus de 300 morts et 30 000sans-abris. Une attaque violente contre Berlusconi, sa façon de gouverner et de traiter la catastrophe.

Pays Bas

Amsterdam, global village. Johan van der Keuken (1996).Une ville d’eau, grâce aux canaux bien sûr. Une ville de rencontres, avec les habitants dont beaucoup sont venus de très loin. Une ville de fête aussi, ses nuits de danse et de musique dans les boites. Ses coffee-shops et partout ses velos.

Pologne

Nous filmons le peuple, Ania Szcepanska (2012). Sous le régime communiste, jusque dans les années 80, le cinéma polonais réussit à contourner la censure pour réaliser des films contestataires et critique à l’égard du pouvoir.

Portugal

Dans la chambre de Wanda, Pedro Costa (2001) Fontainhas, le quartier cap-verdien de Lisbonne, en cours de démolition. Le monde de la drogue et de la misère. Un monde qui doit disparaître du paysage de la ville.

Roumanie

Toto et ses sœurs, Alexander Nanau (2014). Une famille rom en pleine décomposition,  la mère étant jetée en prison pour trafic de drogue. Toto, 10 ans, est finalement accueilli dans un orphelinat où il apprendra à lire et à écrire et surtout à danser le hip hop.

Royaume Uni

L’esprit de 45, Ken Loach (2013). Les conquêtes sociales à la fin de la seconde guerre mondiale.

Russie

Le système Poutine, Jean-Michel Carré (2007). L’exercice du pouvoir par le maître du Kremlin à la fin de son second mandat. Une analyse d’opposant critique.

Suède

Bastard Child, Knutte Wester(2017).La vie d’une fille d’une mère célibataire chassée de la maison par ses parents, d’orphelinat en orphelinat, passant d’une famille à une autre, indésirable, toujours rejetée.

Suisse

Madame, Stéphane Riethauser (2019).Une saga familiale à travers l’opposition de la figure du père et celle de la Grand-mère. Un récit autobiographique de la découverte et de l’affirmation de l’homosexualité.

Ukraine

Maïdan, Sergueï Loznitsa (2014). La chronique d’un soulèvement populaire, contre un président et son régime. Les rassemblements pacifiques de plus de 500 000 manifestants sur la place Maïdan, mais aussi les affrontements avec les forces de l’ordre.

Yougoslavie

Cinema Kumunisto. Il était une fois en Yougoslavie, Mila Turajlic (2010). Dans un pays qui n’existe plus, le cinéma est majoritairement un cinéma de propagande à la gloire de son « Président à vie », Tito.

M COMME MIGRATION – Ceuta

Ceuta douce prison, Jonathan Millet et Loïc H. Rechi, France, 2014, 90 mn

Ils sont arrivés en Europe. Enfin, presque. Ils ont franchi d’innombrables épreuves dont on ne peut qu’imaginer les difficultés, puisque ici, elles restent hors champ. Ils sont arrivés au nord du Maroc, depuis toute l’Afrique et même depuis l’Inde. Ils ont pu entrer en Espagne, tout en restant sur le continent africain. Ils sont pourtant encore loin d’avoir atteint la terre promise, l’Europe riche où ils espèrent tous trouver du travail et commencer une vie nouvelle, une vie meilleure. Enfermés, littéralement, à Ceuta, cette enclave espagnole sur le sol africain, ils peuvent rêver en apercevant Algésiras, de l’autre côté du détroit, un détroit qui constitue une épreuve supplémentaire, la dernière peut-être. Ils l’espèrent tous.

Ceuta douce prison 2

Filmé uniquement à l’intérieur de l’enclave espagnole, Ceuta douce prison, comme son titre l’indique, n’a pas le côté dramatique de bien des films sur l’immigration comme Barcelone ou la mort, qui montre tous les périls que doivent affronter les candidats à l’immigration de l’Afrique vers l’Europe. Même le mur qui « protège » l’Europe est peu visible et la police ou l’armée surveillant la frontière est pratiquement absente. La situation de ceux qui sont là a pourtant tout pour être angoissante et ils le répètent tous tout au long du film. Seront-ils refoulés, renvoyés dans leur pays ? Ou bien, obtiendront-ils le laisser-passer miraculeux qui leur permettra de continuer leur voyage. Le film ne dit rien des procédures existantes. Il se contente de filmer cette attente angoissante, dont la durée est, sans qu’on sache pourquoi, indéterminée, des mois, des années peut-être.

S’immergeant dans cette attente, le film va se focaliser de façon très classique, sur quelques-uns de ces migrants, originaires du Cameron, de l’Éthiopie, de la Somalie ou de l’Inde. Dans ce décor de vacances où la mer semble uniquement vouée aux plaisirs de l’été, de quoi meublent-ils cette attente ? Le téléphone leur permet de garder contact avec leur famille, femme et enfants. Ils essaient aussi de gagner quelque argent, en lavant des voitures, ou en véhiculant les caddies remplis à ras bord à la sortie d’un supermarché. Il y a aussi de longues marches, filmées de dos, et des réunions le soir où l’on peut faire frire le poisson péché dans la journée. Des moments conviviaux où la bière fait oublier, un temps, l’incertitude du lendemain.

Film à contre-courant du côté dramatique de l’immigration qui se heurte de plus en plus aux murs et aux polices des pays riches, Ceuta douce prison reste une interrogation ouverte sur la position que peut, ou doit, adopter l’Europe vis-à-vis des mouvements migratoires : accueil ou rejet ?