M COMME MAROC.

Le Chant des tortues, Jawad Rhalib, Belgique, 2013, 85 minutes.

En février 2011, dans la foulée du « printemps arabe », une partie de la population marocaine, surtout sa jeunesse, descend manifester dans la rue pour demander plus de liberté et de justice sociale. Pour éviter le sort de Ben Ali, Moubarak ou Kadhafi, le roi Mohamed VI lance une nouvelle constitution et promet des réformes. Les élections législatives de l’automne verront la victoire des islamistes. Pour les jeunes contestataires du « mouvement du 20 février », c’est une déception. Est-ce pour autant la fin de leurs espoirs de voir l’avènement d’un monde meilleur ?

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Vivant et travaillant en Belgique, Jawad Rhalib ne peut pas rester indifférent à la contestation qui secoue son pays d’origine. Il part donc au Maroc pour filmer sur le terrain les manifestations et rencontrer ces jeunes dont il partage ouvertement les aspirations. En historien, il présente rapidement dans le pré-générique de son film la situation du Maroc. Les « années de plomb » du règne d’Hassan II sont marquées par les arrestations arbitraires, la torture et une répression généralisée de toute tentative d’opposition. Avec les manifestations, la parole se libère et, peu à peu, la peur disparaît.

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Comme les films consacrés aux révolutions tunisiennes et égyptiennes, Rhalib place sa caméra au cœur des manifestations, cadrant en gros plans les visages de ces jeunes filles lançant leurs slogans jugées sur les épaules d’un de leurs camarades. Il suit la préparation puis la distribution des tracs, les explications données aux passants, le développement des revendications (le système de santé et l’école, « pourris »), il rencontre des artistes, plasticiens et chanteurs engagés. Les militants du « mouvement du 20 février » défendent des thèses pacifistes centrées sur la nécessité de la démocratie et de la laïcité. Le film montre en contre-point les manifestations de femmes voilées défendant la religion. Les aspirations de la jeunesse ne sont visiblement pas reprises par la majorité. Pourtant le film se veut optimiste. Il se termine par une note d’espoir : les changements dont la société marocaine a besoin sont inévitables, même s’ils ne sont mis en œuvre que très lentement, à la vitesse de la tortue.