I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – Exposition périphérique de Marie Ouazzani et Nicolas Carrier

Depuis 2017, nous menons un projet de films autour de la construction du Grand Paris, de l’urbanisation de la région parisienne, de ses espaces symboliques (boulevard périphérique, urbanisme de dalle) qui représentent le basculement du monde dans l’Anthropocène, point de non retour du capitalisme, de l’importance de la végétation et des enjeux du changement climatique.

Exposition périphérique est le point de départ de ce projet.

Ce film de 52 minutes est un voyage en voiture autour du périphérique extérieur parisien et des villes qui le bordent. Il suit des « jardiniers » – personnages qui ont vécu ou vivent encore dans cette périphérie et dont les corps, mêlant les origines, s’inscrivent dans ces paysages – qui prennent soin des mauvaises herbes et plantes en pot, comme autant de propositions de résistance à l’urbanisation.

Ayant tous les deux vécu notre enfance dans le Val-de-Marne, nous avons observé l’absence de politiques urbaines depuis le précédent grand plan urbain des Trente Glorieuses, qui vit, entre 1956 et 1973, se construire périphérique, grands ensembles, villes nouvelles, zones pavillonnaires et commerciales, façonnant le paysage de cet espace extérieur de Paris que l’on nomme aujourd’hui banlieue. Aussi le lancement de ce Grand Paris, nous a donné l’envie de filmer les transformations de ce territoire pour suivre son évolution et garder une trace de ces vestiges.

Exposition périphérique documente les espaces en transition du Grand Paris, terrains vagues, friches industrielles, cités, tours et barres, pour rendre compte de l’état de ces zones frontalières. Tel un inventaire des plantes qui bordent ce boulevard, il leur donne la parole et les présente par des cartons. Mauvaises herbes qui proviennent de tous les continents, elles ont créé de nouvelles racines et se sont « naturalisées » dans ces espaces. Marginalisées comme les populations qui y vivent, elles survivent grâce à leur capacité d’absorption des gaz polluants et des particules du trafic routier ou de la pollution des sols des anciennes usines. Ces fortes émissions de gaz à effet de serre ont façonné la végétation de ces espaces et accéléré la hausse des températures. Prendre soin de ces plantes serait aussi une façon d’absorber ces pollutions et de lutter contre le réchauffement climatique.

Le film a été accompagné et soutenu par la région Île-de-France et Mains d’Oeuvres (St-Ouen), où il a été présenté lors de notre exposition personnelle Penchant orbital. Il a également été exposé et projeté en France et à l’étranger comme à la Biennale de Lagos, aux Rencontres Internationales Paris / Berlin…

Depuis, nous avons réalisé Impression météo en 2019 autour des urbanismes de dalle et des traces de phénomènes météorologiques extrêmes. Nous travaillons actuellement sur un troisième film Respiration sociale autour de la pollution des équipements sportifs de la région parisienne, il a reçu le soutien du CNAP et du DICRéAM (CNC).

P COMME PLASTIQUE

Plastic China, Jiu-Liang Wang, Chine, 2017, 86 minutes.

Du plastique. Des torrents de plastique. Des montagnes de plastique. Les déchets plastiques du monde entier affluent en Chine. Par bateaux entiers. Et d’énormes camions les acheminent dans les campagnes. Dans de petits villages, où des familles essaient de gagner un peu d’argent en les recyclant.

Le film suit en fait deux familles, le patron et l’ouvrier. Le premier pense pouvoir s’enrichir – relativement quand même, son rêve est de pouvoir s’acheter une voiture neuve. Et de pouvoir inscrire son fils à l’école. Ce qui n’est pas possible pour la fille ainée du second par manque d’argent. Car ici l’école est payante et ce n’est pas avec le maigre salaire quotidien que cela sera possible.

Plastic China, c’est le film de la catastrophe écologique que représentent les déchets plastiques. Mais ici personne ne parle de préservation de l’environnement. Encore moins de l’avenir de la planète. Recycler le plastique, dans une petite machine tout ce qu’il y a d’artisanal, permet de vivre. C’est ça l’essentiel. Même si ce travail, dans la chaleur et la fumée, est particulièrement fatiguant. Mais que faire d’autre ? Alors le plastique peut tout envahir, jusqu’aux pièces d’habitation. Enfin, ce qui en tient lieu, tant la misère est criante. Mais les enfants jouent dans le plastique. Ils aident les parents à trier. Ce qui leur permet parfois de faire quelques découvertes intéressantes, des jouets ou des ballons de baudruche.

Nous passons donc sans cesse d’une famille à l’autre, dans leur intimité avec leurs enfants et dans le travail où c’est la position de dépendance de l’ouvrier face à son patron qui est surtout mise en évidence. Et puis le réalisateur se centre de plus en plus au fur et à mesure du déroulement du temps sur Yi-Jie, la fille ainée de l’ouvrier, qui devient en quelque sorte le personnage central du film. Les gros plans sur son visage triste sont particulièrement émouvants. Son rêve d’aller à l’école lui est refusé par manque d’argent. Alors, elle essaie malgré tout d’apprendre à lire par elle-même. A partir de feuilles ou de cahiers trouvés dans les déchets.

La dernière partie du film nous éloigne un peu des villages où le plastique est acheminé et nous montre une face moderne de la chine. La visite au salon de l’automobile  met en scène le rêve du luxe. Et la visite à Pékin nous montre que le culte de Mao n’a pas disparu. Mais ce voyage touristique n’est possible que pour le patron. L’ouvrier lui voudrait bien regagner sa campagne d’origine. Mais pour cela il faudrait avoir l’argent pour payer le train ou le bus.