L COMME LGBTQIA+ – FILMOGRAPHIE

Always Amber. Lia Hietala, Hannah Reinikainen, Suède, 2020, 76 minutes

Amore carne, Pippo Delbono, Italie, 2011, 78 minutes.

Les anges dans nos campagnes. Rémy Lange, 1995, 24 minutes.

Au cœur du bois. Claus Drexel, 2021 | 90 minutes

Bambi. Sébastien Lifshitz, 2013, 52 minutes.

Bixa Travesty, Claudia Priscilla et Kiko Goifman, Brésil, 2018, 75 minutes

Bleu Blanc Rose. Yves Jeuland, 2002, 140 minutes.

Boca Ciega. Itziar Leemans, Espagne, 2020, 65 minutes

Bonne-Nouvelle. Vincent Dieutre, 2001, 60 minutes

Les Carpes remontent le fleuve avec patience et persévérance. Florence Mary, 2011, 59 minutes

La casa dell’ amore. Luca Ferri, Italie-France, 2020, 77 minutes

Chacun (e) de nous. Olivia Ferrero, 2021, 84 minutes

Couteau suisse, François Zabaleta, 2018, 59 minutes

Drag kids. Megan Wennberg, Canada, 2019, 80 minutes

L’Étincelle, une histoire des luttes LGBT+. Benoît Masocco, France | 2019 | 95 minutes & 52 minutes

Famille tu me hais. Gaël Morel, 2020, 52 minutes.

Genderation. Monika Treut, Allemagne, 2021, 88 minutes

Home is you. Yaëlle et Aya Shwed, France-Israël, 2013, 60 mn

Les Invisibles. Sébastien Lifshitz, 2012, 115 minutes.

Jaurès. Vincent Dieutre, 20123, 82 minutes

Je me souviens des corbeaux. Gustave Vinagre, Brésil, 2017, 1H 20

Je suis un garçon. Laurena Zilleruelo, Chili-France, 2021, 82 minutes

 Leçons de ténèbres. Vincent Dieutre, 2000, 77 minutes

Lesbiennes, Gays, Transsexuels et Bi : Cuba, quelle Révolution ? Didier mauro, 2020, 9 minutes

 Lover/Other (2006), Barbara Hammer, Etats-Unis, 2006, 55 minutes

Madame, Stéphane Riethauser, Suisse, 2019, 93 minutes.

Mes parents sont homophobes. Anelyse Lafay-Delhautal, 2018, 52 minutes

Mimi. Claire Simon2002, 105 minutes

Minimum syndical – Luttes et résistances contre l’homophobie et la transphobie au travail : l’expérience de Solidaires. Alexaldra Dols, 2019, 26 minutes.

Mister Gay Syria. Ayşe Toprak, France-Allemagne-Turquie, 2017, 87 minutes

Mother’s. Hippolyte Leibovici, Belgique, 2019, 22 minutes

Normal. Adele Tulli, Suède, Suisse, Royaume-Uni, Italie, 2019, 70 minutes

Océan. Océan, 2019, 111 minutes

Omelette. Rémy Lange, 1998, 78 minutes.

Où sont nos amoureuses ? Robin Hunzinger, 2006, 52 minutes

Pêche, mon petit poney. Thomas Riera, 2012, 42 minutes

Petite fille. Sébastien Lifshitz, 2020, 85 minutes.

Pilou, un homosexuel entre deux guerres. Delphine Deloget

La Première marche. Hakim Atoui, Baptiste Etchegara, 2019, 64 minutes

Queering Jeannette. Vincent Dieutre, 2014, 37 minutes

Les Reines de la nuit. Christiane Spiero, 2019, 80 minutes.

Room For A Man. Anthony Chidiac, États-Unis, Liban, 2017, 77 minutes.

Silence voice. Reka Valerik, France, Belgique | 2020 | 51 minutes

TI gars. Doris Buttignol, France, Canada, 2017, 90 minutes

Too Much Pussy! Feminist Sluts, A Queer X Show. Emilie Jouvet, France-Allemagne, 2010, 98 minutes.

Transidentité, le combat pour être soi. Olivier Delacroix et Julie Ledru, 2020, 90 minutes

L’un vers l’autre. Stéphane Mercurio, 2019, 56 minutes

Vivant. Vincent Boujon, 2014, 79 minutes.

Les yeux brouillés. Rémy Lange, 1999, 85 minutes.

B COMME BOIS – Boulogne

Au cœur du bois. Claus Drexel, 2020, 90 minutes.

Le bois du titre, c’est le bois de Boulogne, à l’opposé exact, à tous les sens, de celui de Vincennes vu par Claire Simon. Ici aussi il y a bien de nombreux plans sur les arbres, les feuillages, le lac et ses cygnes, en toutes saisons. Mais dans la majorité du film de Claus Drexel, le ciel est plutôt sombre, chargé de gros nuages qui donneront inévitablement de la pluie et même de la neige. Il est vrai que le film est surtout tourné la nuit.

Le bois de Boulogne, la nuit, c’est le royaume de la prostitution. Une prostitution qui a beaucoup changé depuis une bonne dizaine d’années. On y rencontre encore les prostituées à l’ancienne, mais elles sont de plus en plus remplacées par les travestis et les transsexuels. Sans doute une marque de notre époque.

Au cœur du bois est donc un film sur la prostitution, fait de rencontres et d’entretiens avec celles et ceux qui s’adonnent au « plus vieux métier du monde ». Un cliché qui n’est utilisé dans le film qu’une seule fois.

La prostitution est donc vécue ici d’abord comme un métier, un moyen de gagner sa vie – la gagner plus ou moins bien d’ailleurs. Beaucoup évoquent la dimension économique. Si dans le temps le métier permettait de gagner beaucoup d’argent, ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Et les modifications de la législation, en particulier la pénalisation des clients, a beaucoup changé la donne. La concurrence avec les « clubs » de toutes sortes se fait lourdement sentir.

Les entretiens nous font pénétrer dans la vie des prostitué.e.s, qui répondent toujours sincèrement aux questions, qui les anticipent même souvent. Venant d’Espagne, du Portugal d’Italie et même du Brésil et du Pérou, leur transformation, et l’exclusion qu’elle déclenche est presque toujours le motif de leur migration. Trouver un autre métier est alors chose quasi impossible, surtout avec les problèmes liés à l’acquisition du français.

Le plus souvent Drexel les filme assise face à la caméra dans un décor de sous-bois, mais aussi dans l’habitacle de leur fourgonnette transformé en lieu de travail. La parole est toujours très spontanée. Visiblement, le regard du cinéaste est plutôt du côté de la sympathie. Sans jugement surtout.

Le film n’a pas la prétention d’être une enquête sociologique. Il se contente de présenter des portraits, des extraits de vie. Des vies qui ne sont pas toujours des réussites, mais personne ne se plaint, et personne ne dit regretter le choix qui les qui l’a conduit là. D’ailleurs la fin du film, avec un arrière-plan ensoleillé printanier, rayonne d’optimisme. Si le film s’ouvrait sur un chant portugais à tonalité grave, ici s’est « Non je ne regrette rien » chantée avec le sourire.

Fipadoc 2021

P COMME PORTRAIT – transgenre

Lembro mais dos corvos (Je me souviens des corbeaux), Gustave Vinagre, Brésil, 2017, 1H 20

Née au Brésil de père japonais, transgenre, Julia Katharine est sans doute suffisamment originale pour devenir le personnage central d’un film, un film qui lui soit entièrement consacré, un film où l’on ne voit qu’elle, où on n’entend qu’elle, en dehors des quelques questions ou relaces que lui adresse en off le cinéaste avec qui s’établit ainsi un mini dialogue. Tel est donc le film de Gustave Vinagre, un portrait, ou plutôt un autoportrait, puisque en dehors de la parole du personnage, le cinéaste n’ajoute rien venant de lui-même (sauf les quelques questions déjà mentionnées), aucun commentaire, aucune remarque, aucune image non plus. En dehors de la pièce où Julia reçoit Gustave (ils se connaissent bien semble-t-il), nous ne voyons que quelques photos anciennes, qu’elle présente et commente elle-même. Elle y apparaît en garçon et c’est pour cela qu’elle ne les aime pas.

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Dans les conditions de réalisation que s’est données le cinéaste –pas de témoin, pas d’intervenant, pas de documents anciens non plus, le filmage ne peut être que parfaitement uniforme. Nous ne sortons pas de la pièce où le film se déroule. Le cadrage est presque toujours le même, dans un plan fixe. Le cinéaste ne se permet, dans la plus grande partie du film, que quelques zooms, pour cadrer son personnage de plus près, jusqu’au très gros plan sur son visage. Ensuite, elle changera quand même de place, pour aller s’assoir sur un autre siège. On aura aussi droit à un plan plus travaillé où elle est filmée allongée devant un miroir. Pour le reste elle est pratiquement toujours immobile, en dehors du fait d’allumer une cigarette ou de se verser du vin dans un verre et, plus rarement, de le porter à sa bouche. Le verre de vin, tours à moitié plein, est pratiquement toujours dans le cadre et joue donc le rôle de décor essentiel. La bouteille est moins visible et on ne sait pas si elle diminue au fil du film. Elle ne peut donc pas vraiment servir d’indicateur temporel.

Donc, ce portrait est une confession. Julia hésite bien un peu à se livrer, à dévoiler ses secrets personnels. Elle le fera par petites touches sur l’incitation du cinéaste. Mais toujours avec une grande retenue, voire une certaine pudeur. Elle sait qu’elle s’adresse par le film à un grand nombre de personnes, toutes inconnues. Et elle ne voudrait surtout pas les choquer. Aucune intention de provocation donc, même si les sujets qu’elle aborde pourraient très bien en être l’occasion.

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Elle commence par sa jeunesse, ce qui paraît évident. Mais au fond elle ne dit pas grand-chose de sa première vie, celle où elle était garçon. Elle s’attarde plutôt sur sa première relation amoureuse, sa première aventure avec un homme, un membre de sa famille. Elle a 8 ans, lui 55. Elle dira alors qu’elle a toujours été attirée par des hommes plus vieux qu’elle. Elle reconnaît devant la caméra qu’il s’agissait de pédophilie, mais elle ne s’est jamais sentie victime, et aujourd’hui encore elle n’a pas un ton accusateur pour évoquer cet amour qui n’en était pas vraiment un. Mais le ton est donné. Sa vie n’entre pas vraiment dans les normes les plus courantes. Que ce soit dans ses relations familiales ou dans la société. De tout cela elle s’attardera surtout sur son voyage au Japon, où elle espère nouer une relation plus suivie avec son père. Le Japon, un pays qu’elle ne porte pas vraiment dans son cœur.

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Tout documentaire-portrait rend le plus souvent – sauf exception – le personnage filmé plutôt sympathique. Ici rien ne semble fait pour aller dans ce sens. Et pourtant …si éloignée de nous soit-elle, Julia ne nous est plus à la fin de film une étrangère.

Cinéma du réel, Paris, 2018.