A COMME AUTOBIOGRAPHIE (récit de vie).

Les Plages d’Agnès, d’Agnès Varda.

Les plages d’Agnès, ce film autobiographique par excellence  est donc en parfaite cohérence avec l’œuvre entière de Varda, fictions comprises. Elle y est présente comme auteure, comme narrateur, et comme  personnage du film, personnage presque unique avec ses proches et en particulier son compagnon, J Demy et ses enfants, Rosalie et Mathieu,  très présents dans le film à ses côtés.

Un film rétrospectif,  qui remonte dans le passé (depuis l’enfance), mais qui est aussi fortement inscrit dans le présent, dans le travail de cinéaste d’Agnès, ce que dit clairement l’incipit du film. Un film qui retrace une histoire personnelle, qui est en même temps un itinéraire de cinéaste.

Comment raconter sa vie dans un film, cad par des moyens cinématographiques.

Un rapide inventaire des moyens que mobilise Varda dans son film montrera les possibilités qui sont celles du film autobiographique.

1 Les images d’archive, photos de famille en particulier, conservées pieusement et qui permettent de dresser un inventaire iconique complet de toute la famille

2 Le filmage de lieux. Agnès ira filmer les lieux où elle a vécu, tels qu’ils sont aujourd’hui, images du présent mélangées à celles du passé, images du présent pour faire revivre le passé. Car c’est d’abord avec les images que se fait le travail de mémoire.

3 Les rencontres avec des personnes connues jadis, les amies d’Agnès essentiellement, filmées aujourd’hui pour évoquer celles qu’elles étaient dans le temps d’alors. Des adultes donc, voire des personnes âgées qui ne se souviennent plus très bien, qui parlent quand même du passé. Il ne s’agit pas de le faire revivre, ce passé, mais c’est un moyen de le concrétiser, dans leur présence, malgré  les marques du temps.

4 les reconstitutions. A Sète par exemple, l’enfance, l’adolescence, l’occupation (les gendarmes français qui arrêtent les enfants juifs), souvent de courtes séquences (en couleurs bien sûr puisqu’elles sont tournées aujourd’hui, dans le présent de la réalisation du film), des scènes jouées, avec des figurants ou des acteurs des comédiennes connues, comme Jane Birkin.

Si elles étaient mises bout à bout, peut-être qu’elles constitueraient un film dans le film. Mais elles restent des flashs, des sortes de spots, ou de clips, ou même plutôt des scénettes bien qu’elles ne soient pas à proprement parler théâtrales.

5 Le commentaire (l’évocation narrative, sur le ton de la confidence.)

Le commentaire est-il un récit de vie. Il ponctue plutôt des images, sert de transition entre les lieux ou les épisodes de la vie. Jamais il ne raconte à lui seul, même s’il a souvent une tournure très littéraire.

Bien sûr, il a aussi parfois une fonction d’explicitation ou de confirmation de ce que les images disent à leur façon, comme à propos du sida de Jacques Demy. Mais les gros plans du visage de ce dernier, lors de sa maladie, sont autrement plus émouvants que les mots.

Ce commentaire a aussi une dimension introspective. Agnès parle d’elle-même. Elle donne la perception qu’elle a d’elle-même, sa timidité dans son adolescence par exemple et la façon dont elle a pu la surmonter. C’est la partie la plus traditionnelle du  film. La possibilité de la connaissance de soi, connaissance authentique, n’est pas remise en cause, ni même questionnée. Il suffit à Varda de se placer dans le registre de la sincérité pour écarter tout doute sur la pertinence de son propos.

6 L’œuvre cinématographique. L’œuvre de Varda, dans toute sa variété : photographies et films, documentaires et fictions, courts et longs métrages, images traditionnelles en 35 mm ou images numériques, jusqu’aux installations récentes, à Venise ou à la fondation Cartier. Varda a toujours été une exploratrice des possibilités ouvertes à l’image par les technologiques. Son film de vie mélange toutes ces images, comme il mélange les multiples sources de son passé et de son présent. Les extraits des films de Varda non seulement retracent sa carrière, citations jalonnant un itinéraire artistique, mais constituent en eux-mêmes un nouveau film, l’autobiographie filmique de la cinéaste.

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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