O COMME OBSESSION

L’homme qui cherchait son fils. Delphine Deloget, Stéphane Correa, 2020, 76 minutes.

Le film d’une obsession. Une obsession infinie, dévorante, folle. Une obsession omniprésente dans la vie de Wu, cet ouvrier chinois dont le fils a été enlevé lorsqu’il avait 10 mois. Il y a 10 ans de cela. Depuis Wu n’a de cesse de partir à la recherche de ce fils perdu, dont il n’a à l’évidence pas fait le deuil.

Un film portrait. Le portrait très intime de cet homme, ce père, rongé par son obsession. Une obsession qui le conduit inexorablement à sa perte.

Lorsque le film commence, Wu consulte un enquêteur qui exécute un portrait de cet enfant de 10 ans dont personne ne sait ce qu’il est devenu, en s’appuyant sur une supposée ressemblance avec son père. Le ton est donné : ce bébé disparu est devenu un enfant fantasmé, presque imaginaire. Et cela donne inévitablement une dimension fictionnelle au film. Que sait-on de Wu ? Il est marié et a un deuxième fils qui d’ailleurs pose pas mal de problèmes d’éducation, surtout à sa mère. Le père lui est souvent absent, pour cause de recherche de son premier fils.

Comment subvient-il à ses besoins matériels ? Au début du film il travail sur un chantier. Mais depuis six mois il n’a touché aucun salaire. Il envisage alors une action contre le patron, déployant une banderole à l’entrée du chantier réclamant son argent. Tout cela donne une dimension sociale au film. En Chine, les ouvriers n’ont bien peu de protection contre les abus patronaux.

Mais cette piste est rapidement abandonnée. Wu part sur les routes avec son vélo aménagé en une sorte de remorque où il peut dormir. Il affiche là où il peut des photos de son fils disparu. Puis il se rend à la sortie des écoles, interroge les élèves. Il a revêtu une combinaison de Spiderman. Il ne passe pas inaperçu.

Les cinéastes filment Wu au plus près, des gros plans de son visage, notamment dans un col, en hiver, il peine de plus en plus à pousser son vélo. On lit la souffrance sur son visage, la désillusion aussi. Mais surtout le désespoir. Lancé dans cette quête sans fin, se rend-il compte de l’absurdité de son entreprise ? Une recherche désespérée à laquelle il ne sait pas mettre fin, malgré les supplications de sa femme. Cette recherche est visiblement devenue pour lui une façon de fuir la vie, de fuir ses responsabilités familiales, de fruit les conflits de travail. S’il croise sur son chemin quelques amis, il ne quitte pas pour autant la solitude.

Se déroulant en Chine, le film pourrait avoir un petit côté exotique. Il n’en est rien. La souffrance de Wu de la perte de son enfant a plutôt une dimension universelle.

Fipadoc Biarritz, 2021.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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