SOULEVEMENT ETUDIANT – Inde

Toute une nuit sans savoir. Payal Kapadia, Inde, 2021, 99 minutes.

En Inde, ça bouge. Les étudiants bougent, face au gouvernement conservateur de Modi. Preuve, cette grève lancée dans une école de cinéma (une élite) qui très vite mobilise sur bien d’autres revendications que la nomination d’un nouveau directeur à la solde du pouvoir. C’est le début d’une lutte pour la démocratie et la liberté qui sera réprimée durement par les forces de l’ordre.

Le film de Payal Kapadia est bien plus qu’une simple immersion dans ce mouvement étudiant, même si la majorité des images est prise dans le feu de l’action. Mais quelles images ! Un noir et blanc très sombre, comme si la nuit ne finit jamais. Une domination du noir que n’interrompt ponctuellement que quelques cartons mentionnant le contexte et de brèves trouées de couleurs, feu d’artifices toujours dans la nuit, ou scènes réalisées avec des filtres, rouge-sang ou flammes, comme des flashes de lumière dans la nuit. Au niveau visuel, le film est une incessante expérimentation.

Et un travail du son, tout aussi impressionnant, avec beaucoup de silence – des danses muettes donc – la musique paraissant venir de très loin avant d’envahir l’écran. Et aux danses font écho les manifestations de rue où les slogans éclatent comme des coups de feu. Bref, rien n’est uniforme dans ce déroulement temporel où rien n’est prévisible.

Toute une nuit sans savoir est un film épistolaire. L’incipit annonce la découverte d’une série de lettres qu’une étudiante adresse à son amoureux, une étudiante simplement dénommée L., comme elle signe ses missives. Lui est séquestré par ses parents, suite de l’annonce de son désir de se marier avec L. Mais voilà, L appartient à une caste inférieure. Ce mariage est inacceptable pour la famille. C’est aussi contre cette discrimination due au système des caste que se battent L et ses ami.e.s.

Un film de lutte, qui cependant ne désigne aucun avenir. On en reste à ce moment de pur soulèvement, avec cette énergie propre à la jeunesse. L’énergie d’une jeune cinéaste dont on attend impatiemment les prochains films.

Toute une nuit sans savoir a obtenu l’œil d’or ( prix du meilleur documentaire) au festival de Cannes 2021.

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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