A COMME ABECEDAIRE – Sylvain George.

Une œuvre de combat, de protestations, de révolte. Des films en noir et blanc, dominés par le noir et qui plongent dans la nuit pour y trouver les dernières lueurs d’espoir.

Attentats

Ceux de 20015, à Paris, notamment.

Calais

Bloqués là, dans l’attente de passer en Angleterre, la ville ne peut être vécue que comme hostile.

Essai

Des films qui sont des expérimentations. L’invention de nouvelles formes. Dans le cinéma et dans la politique.

Exclusion

Les migrants, mais aussi, pèle mêle, les pauvres, les déshérités, les noirs, les jeunes de banlieue, les chômeurs, les sans-papier…

Grande Bretagne

La rejoindre, par tous les moyens. Le rêve de tant de migrants.

Immigration

Un parcours, un voyage, long, dangereux, pénible, qui semble ne jamais atteindre son but.

Jungle

Des campements de fortune, dans la boue, la pluie, le froid.

Madrid

L’autre ville. Place Puerta del Sol. Là aussi la naissance de l’espoir.

Manifestations

Toujours filmées du côté des manifestants, au plus près d’eux, face aux forces de l’ordre

Mineurs isolés

L’Etat leur doit protection. Est-ce suffisant.

Noir

La couleur des films, parce qu’ils n’ont pas d’autres couleur.

Nuit

Un feu de camp comme seule lumière, comme seule chaleur.

Nuit Debout

Place de la République, pour réinventer la démocratie.

Paris

Une fête, jusqu’à la victoire

Philosophe

Walter Benyamin

Poètes

Rimbaud, Lautréamont, en particulier

Police

La répression. La destruction par le feu des campements.

Politique

Trouver de nouvelles formes de combat.

Révolte

On a toujours raison de se révolter. Lorsqu’il n’y a plus d’issue.

Ville

Paris, Madrid, New York, Calais… partout où la révolte éclate

Violence

L’utiliser pour ne plus la subir

H COMME HONG KONG – Manifestations.

Outcry and whisper. Wen Hai, Jingyan Zeng, Trish McAdam, Hong Kong-Chine, 2020, 100 minutes

Le mouvement des parapluies. D’autres manifestations aussi. Pour réclamer la démocratie. Plus de liberté, plus de droits. Des cortèges d’ouvrières réclamants dans leurs slogans le respect de leur droit. Le paiement de leurs allocations qui leur sont dues. Des ouvrières déterminées, combatives. Que la répression n’intimide pas. Les arrestations ne les découragent pas non plus. Et même si elles perdent leur travail, elles ne veulent pas renoncer à obtenir gain de cause.

Outcry and whisper, traite son sujet de bien des manières différentes, des plus traditionnelles – des entretiens – aux plus inventives, à la limite du fantastique – des animations 3D – en passant par des séquences de pure captation du réel comme le filmage d’une ouvrière au travail dans une usine de textile.

Les entretiens nous mettent en présence de plusieurs ouvrières, cadrées toutes de la même façon – en plan fixe et en légère contre-plongée. Elles évoquent avec beaucoup de détails leurs action, les manifestations, la répression, les risques qu’elles prennent de perdre leur travail. Mais elles affirment avec force leurs droits. Elles se sentent dans leur droit. Elles sont déterminées à ne rien céder.

Parmi ces femmes, l’une d’entre elles occupe une place particulière dans le film. Une jeune étudiante qui veut continuer ses études à Hong Kong – elle fait une thèse sur les formes d’activisme social en Chine. Elle n’est d’ailleurs pas filmée de la même façon que les autres. Elle fait face à la caméra de son ordinateur – l’image est alors de taille réduite sur l’écran – et parle à un interlocuteur invisible. Mais il est clair que le plus souvent elle s’adresse au spectateur du film. Nous la voyons aussi dans son appartement, s’occupant de sa petite fille ou dans les rues lorsqu’elle la conduit à l’école. Un filmage beaucoup plus intime et donc vivant que les autres entretiens, plus centrés eux sur le travail des femmes et leurs revendications.

Mais si ces entretiens avec ces femmes occupent la majorité du temps du film, ils sont loin d’en épuiser la richesse visuelle. Le filmage des affrontements des manifestants du mouvement des parapluies avec les forces de l’ordre est sans doute destiné à devenir une pièce d’anthologie, par son cadrage stupéfiant – en plongée, nous dominons les casques des policiers arrachant violemment les toiles des parapluies des manifestants au corps à corps avec eux. Et par la musique au rythme soutenu et répétitif qui en fait une quasi chorégraphie qui nous plonge dans une autre dimension.

Il est difficile de citer toutes les trouvailles originales qui jalonnent ce film à nul autre pareil. On se souviendra pourtant des contre-plongées verticales sur les immeubles de la ville entre lesquelles la chute d’une silhouette sombre suffit à évoquer la série de suicide qui eut lieu alors à Hong Kong.

Des animations, soit dessinées soit en images de synthèse, viennent par moment rompre l’unité des images filmiques. Des photos aussi de la jeune étudiante, sur lesquelles sont ajoutées des traces de peinture, ont une véritable dimension artistique.

L’art contemporain est d’ailleurs présent dans le film, sous la forme de deux performances. La première en pré-générique dans laquelle l’artiste, filmé en gros plan, se fait des entailles sur son visage avec une lame de rasoir, les lignes de sang dessinant un étrange masque de souffrance contenue. La deuxième est la réalisation dans une rue d’une longue ligne de peinture réalisée avec la tête de l’artiste recouverte de bandage. La performance de termine par la mise en feu de cette ligne. De quoi bousculer le public présent et les spectateurs du film.

Et puis il y a le filmage de l’ouvrière au travail, une séquence d’une plasticité étonnante due uniquement aux machines sur lesquelles s’affaire la femme masquée. Ses gestes répétitifs – elle dépose des bobines de fil blanc dans les alvéoles de la machine devant elle – composent également une chorégraphie étonnante, une version moderne des Temps Moderne de Chaplin. Cette séquence de l’usine se termine d’ailleurs par une autre référence : un plan où les ouvriers quittant l’usine se dirige vers la caméra.

 Au total, ce film est une ode aux combats des femmes, à leur volonté de résistance et de contestation des injustices dont elles sont victimes.

Visions du réel 2020.

E COMME ESPAGNE – Histoire

L’année de la découverte. Luis Lopez Carrasco, Espagne-Suisse, 2019, 210 minutes.

L’histoire de l’Espagne. Une grande partie de son histoire. Celle du XX° siècle. Une histoire récente donc. Évoquée par ceux qui l’ont vécue. Ou qui en ont des souvenirs, grâce aux récits que leurs parents – surtout des pères – ont pu en faire.

Une histoire des ouvriers surtout. Une histoire du travail. Une histoire des luttes pour défendre les emplois. Du chômage lorsque les usines ferment. Du désespoir et de la colère que cela suscite. Une colère contre les gouvernants qui ne font rien pour venir en aide aux ouvriers. Au contraire. N’ont-ils pas décidé la fin de certaines industries ?

Nous sommes à Carthagène. Dans le sud-est du pays. Une région industrielle. Des mines de plombs exploitées depuis toujours. Et les usines qui transforment le minerai. Pour ceux qui sont nés ici, l’avenir a été longtemps tout tracé. Ouvrier de père en fils.

Le prétexte du film, le point focal vers lequel nous sommes peu à peu conduits, ce sont les manifestations ouvrières de 1992 – une crise de grande ampleur – et leur point culminant, l’incendie du parlement. Un évènement grave, exceptionnel. A lui tout seul il synthétise l’atmosphère d’une époque, les vies brisées, l’avenir bouché. Et l’incompréhension. Comment en est-on arrivé là ? Comment peut-il se faire que les socialistes au pouvoir à l’époque, au niveau régional comme national, n’aient pas sauvé une industrie qui ne semblait pas être particulièrement en difficulté. Pourquoi les ouvriers ont-ils été abandonnés ?

Pour essayer d’éclairés cette situation, le cinéaste recueille les souvenirs des uns et des autres, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, qui évoquent leur vécu, ou ce qu’ils ont pu connaitre de l’histoire de leur pays à travers les évocations qu’ont pu en faire leurs ainés.

La majorité de ces discours sont recueillis dans un café, dans l’agitation au moment du premier café, puis de la première bière, du repas de midi. Des gros plans de visages, des consommateurs ou de la cuisinière qui prépare les toasts et du barman qui tire la bière. Pas de plans d’ensemble. Mais en bruit de fond, l’ambiance bien spéciale de ce lieu de rencontres et de discussion.

On évoque donc la grande Histoire, celle du franquisme en particulier. Mais aussi l’histoire personnelle ou celle de ses parents. On parle beaucoup de travail, d’emploi. Des conditions très dures du passé. La vie à l’usine, dès 14 ans. Parce qu’il n’était pas question pour un fils d’ouvrier de faire des études. Et puis les choses qui change, avec la mort de Franco, l’arrivée de la démocratie et l’entrée dans l’Europe. Les opinions formulées sont loin d’être uniformes (pas de point commun entre ce nostalgique du franquisme et cette militante communiste pionnière des revendications féministes). Ce pluralisme est un des grands intérêts du film. Avec cette centration sur le vécu personnel. Des points de vue pris sur le vif, lors d’un repas en famille ou lors d’une partie de carte entre amis. Il n’y a que le récit des émeutes et de l’incendie du parlement, récit fait par les syndicalistes qui y ont participé activement, qui prend un tour plus solennel, celui d’entretiens non improvisés.

Le film est long, plus de trois heures. Mais il regorge de vie. Dans sa dernière partie – celle consacrée aux émeutes – les images d’archives, très violentes, souligne la dimension dramatique de l’époque et des événements qui sont rapportés. Un document d’une grande richesse historique.

Et puis, il est le résultat d’un travail visuel d’une grande originalité. Certes la division de l’écran en deux parties (split screen) n’est pas quelque chose de nouveau, même si les documentaires qui l’utilisent restent rares.. Mais les relations entre les deux parties ne sont jamais les mêmes, comme si le cinéaste avait fait le projet de l’en explorer les différentes possibilités. Par exemple :

  • A droite des clients du café qui discutent entre eux ; à gauche le barman ou la cuisinière au travail. Une façon de contextualiser les propos tenus.
  • Les deux côtés n’ont pas de liens directs. On n’entend les propos tenus que dans l’un deux. Mais on passe à l’autre par une sorte de fondu-enchainé sonore. Ce qui met en évidence la diversité des positions exprimées.
  • Les deux côtés font partie de la même situation (la même discussion), et les propos tenus se répondent. La simultanéité des deux vues est alors l’équivalent d’un champ-contrechamp, sans avoir recours au montage, ce qui vise une plus grande fluidité de la représentation du débat.
  • Et puis dans certains cas, un seul côté de l’écran comporte une image, l’autre restant noir. Une façon de souligner l’importance des propos tenus, surtout si l’image de celui qui parle finit par occuper la totalité de l’écran.

Film indispensable sur l’histoire du mouvement ouvrier en Europe, L’Année de la découverte est particulièrement significatif de cette orientation du film d’histoire où l’appel au vécu des acteurs des événements supplante le recours aux experts et autres spécialistes.

G COMME GILETS JAUNES – Filmographie.

Filmer le mouvement des Gilets Jaunes, leur donner la parole, recueillir leurs revendications, implique pour les documentaristes d’être présents avec eux sur les ronds-points, et d’y rester suffisamment pour s’imprégner de l’ambiance si particulière qui a pu y régner. Il était aussi nécessaire de suivre les manifestations, même si ce n’est pas l’angle de vue adopté par la majorité des films actuels. Mais bien sûr des travaux sont en cours, ou d’autres seront mis prochainement en chantier, pour prendre plus de recul, et pouvoir rendre compte alors de l’impact que le mouvement a pu avoir sur la société dans son ensemble – et pas seulement sur les mouvements politiques. Mais pour l’instant, c’est le vécu qui prime, avec les thèmes récurrents de la colère et de la révolte, mais aussi de la convivialité, voire de la fraternité, dans les rassemblements, les assemblées et les actions menées en commun.

On remarquera que les films faits par des femmes et portant sur l’implication des femmes dans le mouvement sont particulièrement nombreux.

Cléo Bertet, Matthieu Bidan, Mathieu Molard : Une répression d’Etat (2019)

Anouck Burel : Les combattantes (2019)

Dominique Cabrera : Notes sur l’appel de Commercy (2019)

Pierre Carles, Laure Pradal, Olivier Guérin, Bérénice Meinsohn, Clara Menais, Ludovic Reynaud : Le rond-point de la colère (2019)

Doc du réel : GILETS JAUNES : Expressions historiques (2019)

Doc du réel : GILETS JAUNES : Indécence des procédés (2019)

Anne Gintburger : Des femmes en colères (2019) 

Anne Gintburger : La marche des femmes (2019) 

Anne Gintburger : Les femmes du rond-point (2019) 

Anne Gintburger : Toutes solidaires (2019)

Horstmeier Kai et Luis Carballo : Parole(s) de gilet jaune (2019)

Jean-Paul Juilliand : Graines de ronds-points (2019)

Valério Maggi, Aurélien Blondeau : Il suffit d’un gilet (2019)

Claire Perdrix : Les gardiennes de l’île (2019)

Gilles Perret, François Rufin : J’veux du soleil (2018)

Ludivine Tomasi : Cette France qui n’attendait pas Macron (2019)

TRTWorld : Off the Grid – The Yellow Vests, Driven by despair.

Anita Volker et Laura Flint : Les Couleurs du peuple (2018)

A lire : S COMME SOLEIL à propos de J’veux du soleil

Et  G COMME GILETS JAUNES à propos de Graines de ronds-points.

P COMME POLITIQUE – Filmographie.

 Dès qu’un film prend position, n’est-il pas nécessairement politique ?

Quel que soit le thème qu’il déclare traiter.

Pourtant, il y a des sujets  qui viennent immédiatement à l’esprit lorsque l’on pense politique :

Les élections et les campagnes électorales, les portraits d’hommes et de femmes politiques, les enjeux de société pris en compte dans des projets ou des actions individuelles et collectives, les manifestations, protestations, révoltes, révolution…

Le politique tout aussi bien que la politique.

Sélection.

17° parallèle. Joris Iven, Marceline Loridan

1974, une partie de campagne. Raymond Depardon

A bientôt j’espère. Chris Marker et Mario Marre

Acte de tuer. Joshua Oppenheimer

L’Affaire Sofri. Jean Louis Comolli

Afrique 50. René Vautier

Les Ames mortes. Wang Bing

L’Arène du meurtre. Amos Gitaï

L’Assemblée. Mariana Otero

Atalaku. Dieudo Hamadi

La Bataille du chili. Patricio Guzman

La Cause et l’usage. Dorine Brun et Julien Meunier

Le cas Pinochet. Patricio Guzman

Le Chagrin et la pitié. Marcel Ophuls

Le Char et l’olivier.  Roland Nurier

Chats perchés. Chris Marker

 Cinq caméras brisées. Emad Burnat et Guy Davidi

Classe de lutte, Groupe Medvedkine Besançon

Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon. Avi Mograbi

Comment Yukong déplaça les montagnes, Joris Ivens et Marceline Loridan

Connu de nos services. Jean-Stéphane Bron

La Cravate. Étienne Chaillou, Mathias Théry

Crisis. Robert Drew

Derrière les fronts. Résistance et résilience en Palestine. Alexandra Dols

La Dignité du peuple. Fernando Solanas

Draguila, l’Italie qui tremble. Sabrina Guzzanti

Duch, le Maître des forges de l’enfer. Rithy Panh

Les Enfants des mille jours. Claudia Soto Mansilla et Jaco Biberman

Ernesto Che Guevara. Le journal de Bolivie. Richard Dindo

Esprit de 45. Ken Loach

L’Expérience Blocher. Jean-Stéphane Bron

Farhenheit 9/11. Michael Moore

Fenming. Chronique d’une femme chinoise. Wang Bing

Le Fond de l’air est rouge. Chris marker

Free Angela Davis and all political prisoners. Shola Lynch

The Gatekeepers. Dror Moreh

Général Idi Amin Dada. Autoportrait. Barbet Schroeder

Graines de ronds-points. Jean-Paul Julliand

Grands soirs, petits matins. William Klein

L’Heure des brasiers. Fernando Solanas

Images du monde et inscription de la guerre. Harum Farocki

L’Irrésistible ascension de Moïse Katumbi. Thierry Michel

Je suis le peuple. Anna Roussillon

 Les Jours heureux. Gilles Perret

 J’veux du soleil. François Ruffin, Gilles Perret

Kashima Paradise. Yann Le Masson

Kinshasa Makambo. Dieudo Hamadi

L’acadie, l’acadie ?!? Michel Brault et Pierre Perrault

Les Lip, l’imagination au pouvoir. Christian Rouhaud

Marseille contre Marseille. Jean-Louis Comolli

Mémoires d’immigrés. Yamina Benguigui

Merci patron. François Ruffin

Nous le peuple. Claudine Bories, Patrice Chagnard

On a grèvé. Denis Gheerbrant

On va tout péter. Lech Kowalski

Les orphelins de Sankara. Géraldine Berger

Paris à tout prix. Yves Jeuland et Pascale Sauvage.

Paris est une fête. Sylvain George

Pour Sama.  L-KATEAB Waad

Pour un seul de nos deux yeux. Avi Mograbi

 Le Président. Yves Jeuland

Le procès contre Mandela et les autres.  Nicolas Champeau, Gilles Porte

Rêver sous le capitalisme. Sophie Bruneau

Les Révoltés. ANDRIEU Michel

Reprise. Film d’Hervé Le Roux.

Rue Santa Fé. Carmen Castillo

S 21, la machine de mort Khmer rouge. Rithy Panh

Salvador Allende. Patricio Guzmán

Samouni road, Stephano Savona

Septembre chilien. Bruno Muel, Théo Robichet et Valérie Mayoux

Le Silence des autres. Robert Bahar

La sociale. Gilles Perret

La sociologue et l’Ourson. Étienne Chaillou, Mathias Théry

Le Système Poutine. Jean-Michel Carré

Tahrir. Place de la libération. Stefano Savona

Le Tombeau d’Alexandre. Chris Marker

Tous au Larzac. Christian Rouhaud

Valse avec Bachir. Ari Folman

Week-end à Sochaux. Groupe Medvedkine Sochaux.

Z 32. Avi Mograbi

A COMME ABECEDAIRE – Mariana Otero

Autisme

Des enfants qui ne sont surtout pas « fous ».

Autogestion

Une tentative, montrée avec toutes ses difficultés mais aussi les espoirs qu’elle soulève. Un échec en fin de compte.

Avortement

Avant sa légalisation, combien de femmes y laissèrent leur vie…Comme la mère de la cinéaste.

Caméra

Une drôle de machine qui regarde les enfants et qui est regardée en retour. Une véritable interaction.

Collège

Longtemps considéré comme le maillon faible du système éducatif français. Est-ce les élèves qui y imposent leur loi ?

Comédie musicale

Une séquence finale surprenante.

Enfants

Les filmer tout simplement, au plus près.

Exposition

Celle que l’artiste n’a pas pu mener à son terme avant sa disparition.

Famille

Une enquête pour révéler un secret bien gardé.

Lacan

La référence à propos de l’autisme.

Licenciement

Pour les éviter, le personnel se lance dans un projet de reprise de l’usine.

Lingerie

De la dentelle, des ciseaux, des machines à coudre…

Manifestation

Devant l’Assemblée Nationale, contre la loi travail

Mère

Un souvenir, lointain. Une image. Des tableaux.

Mort

Celle de la mère. Longtemps incompréhensible pour sa fille.

Nuit debout

Réinventer la démocratie.

Ouvrières

Fabriquer de la lingerie féminine. Tous les jours.

Patron

Peut-on s’en passer dans une entreprise ?

Photographie

Le photojournalisme. Gilles Caron.

Psychanalyse

La pensée de Lacan, du stade du miroir à « l’objet petit a »

Psychiatrie

Un travail d’équipe surtout.

Psychose

« L’inconscient à ciel ouvert ».

Scop

Echapper au schéma habituel de l’entreprise capitaliste.

Thérapie

Au Courtil, des ateliers de musique, de théâtre. Un potager aussi.

G COMME GILETS JAUNES.

Graines de ronds-points, Jean-Paul Julliand, 2019, 75 minutes.

Que le mouvement de contestation des Gilets Jaunes devienne un sujet de prédilection du cinéma documentaire, il n’y a rien d’étonnant à cela. Pas question d’en laisser la couverture à la télévision et à ses reportages à chaud. La question étant quand même de savoir comment ces différents films (plusieurs sont annoncés et verront sans doute le jour dans un avenir proche) peuvent affirmer leur spécificité et se différencier non seulement de ce que la télé a donné à voir et à entendre, mais aussi de ces autres films qui constituent, qu’on le veuille ou non, une concurrence.

Gilles Perret  et François Ruffin gagnèrent haut la main la course de vitesse pour être le premier film « Gilets Jaunes » sur les écrans. Incontestable une prouesse technique : J’veux du soleil  sortit en salle en avril 2019. Les avant-premières pouvaient alors profiter largement de la vague militante caractérisant le mouvement.  Il fallut attendre plus de six mois pour qu’un second film entièrement consacré au mouvement se lance à la conquête d’un public qui avait déjà beaucoup entendu l’expression de ses revendications et pour qui la protestation contre la réforme des retraites devenait peu ou prou prioritaire. Toujours est-il que le film de Jean-Paul Julliand sortit en salle en novembre 2019. Qu’apporte-t-il par rapport au précédent film ?

Les deux films se donnent comme objectif de recueillir la parole de ceux qui sont concrètement engagés dans le mouvement, femmes (nombreuses) et hommes qui ne se connaissez pas mais sont vite devenus membres d’une « grande famille », jeunes travailleurs, chômeurs et retraités. Pas étonnant alors qu’on retrouve les mêmes développements sur les revendications principales du mouvement, le pouvoir d’achat, la justice sociale et fiscale, la place des citoyens dans la démocratie à travers le RIC et le climat. Des positions soutenues avec la même conviction par des « combattants » près à « ne rien lâcher ». Et la même ambiance particulièrement conviviale, avec cette sensation d’avoir rencontré des semblables et de pouvoir constituer avec eux une grande famille venant à bout, enfin, de la solitude.

J’veux du soleil jouait avec une grande pertinence sur la spontanéité et la fraicheur du mouvement. Le film de JP Julliand n’a pas ce souci de coller à l’actualité. Son point fort c’est de prendre en compte la durée. Réalisé de novembre 2018 à juin 2019, en suivant les trois « actes », les trois camps bâtis et occupés par les Gilets Jaunes de Vienne (Isère), il peut rendre compte de ses évolutions, les risques d’essoufflement, ou la tentation d’actions plus radicales, en réaction en particulier aux confrontations violentes avec la police lors de manifestations à Lyon ou à Paris. Il montre aussi l’engagement sans faille de ces Gilets Jaunes qui ont trouvé dans le mouvement une raison de vivre et qui affirment avec force vouloir poursuivre leur action jusqu’à obtenir cette reconnaissance de citoyen à part entière qui leur manque tant.

S’immergeant totalement dans le groupe, filmant le plus souvent les déclarations de ses représentants en gros plans, Graines de ronds-points prend clairement position en faveur des Gilets Jaunes. Certains pourraient lui reprocher de ne pas faire s’exprimer de critiques ou de voix discordantes. Mais ce serait certainement une façon de rater son but qui est non seulement de porter témoignage du mouvement mais aussi de rechercher l’adhésion du spectateur –  ce qui est une forme de militance en accord avec celle développée par les Gilets Jaunes eux-mêmes.

A COMME ARGENTINE – Peuple.

La Dignité du peuple, Fernando Solanas Argentine, 2005, 120 minutes.

Peu de cinéaste ont défendu la cause des pauvres et des déshérités avec autant de force et de sincérité que Fernando Solanas. Solanas filme l’Argentine en crise, une crise économique et financière profonde, dont il attribue la responsabilité à la politique ultralibérale menée par les successeurs de la dictature militaire. Mais il filme surtout les Argentins, ceux qui sont les premières victimes de cette crise, les paysans sans terre, les ouvriers sans travail, ceux qui ont perdu toutes leurs économies, qui n’ont plus de maison où vivre, ceux qui souffrent de malnutrition. Son cinéma est un cinéma de révolte, de dénonciation, de colère devant l’inacceptable. Pourtant, comme son titre l’indique, La Dignité du peuple n’est pas un film désespéré. C’est un film réalisé avec le peuple, pour le peuple. Un peuple qui ne se résigne pas et qui n’attribue pas ses malheurs à la fatalité. La dignité de ce peuple, c’est sa volonté d’aller de l’avant, de trouver des solutions à ses problèmes, en ne comptant que sur lui-même. C’est la force de se battre dans l’unité.

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La Dignité du peuple commence là où s’achevait Mémoire d’un saccage, dont il constitue la suite explicite. Il évoque par flashs rapides les événements de décembre 2001, les manifestations, la répression, la démission du président La Rua, l’espoir de changement. Ce deuxième film sur la crise argentine moins de place que le premier aux données historiques et aux explications politiques. La situation du pays doit cependant être toujours présente à l’esprit du spectateur, et la réalisation du film, qui s’étale sur les deux années qui suivirent, la prend en compte à intervalles réguliers, chaque fois qu’une décision politique intervient. Mais si les manifestations sont toujours présentes, l’essentiel du film est consacré à la vie quotidienne de ces manifestants qui, au jour le jour, poursuivent la lutte sous d’autres formes, qui inventent de nouvelles modalités de résistance. Une résistance qui est pour eux la seule façon de survivre.

La Dignité du peuple présente ainsi une série de portraits réalisés aux quatre coins du pays, de la banlieue de Buenos Aires au fin fond de la Patagonie. Comme Martin, l’écrivain motard, la plupart n’appartiennent pas à un parti et ne font pas de politique de façon traditionnelle. Pourtant il se sent concerné par la situation et ne peut faire autrement que d’aller manifester. Blessé par une balle de plomb à la tête, il doit d’être sauvé à l’assistance de Toba, qui deviendra pour lui un véritable frère. Toba, fils d’un anarchiste espagnol, est maître d’école, responsable de la formation professionnelle. Un travail où la solidarité a un sens. Le week-end, il accueille chez lui des enfants qu’il nourrit dans la cantine qu’il a créée. D’autres rencontres sont plus brèves, comme Margharita et Colinche qui ramasse les ordures avec leur charrette. Un travail qui ne suffit pas pour nourrir leurs enfants. Il n’y a plus de déchets, disent-ils, les gens n’ont plus rien à jeter.

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Solanas filme longuement les « piqueteros », ces chômeurs qui se regroupent dans des campements de fortune et qui survivent grâce à l’aide des commerçants. Ils organisent une « marche de la dignité » sur 40 kilomètres qui les conduit à la place de Mai. Ils bloquent les routes et l’accès à Buenos Aires. La répression fait deux morts. Le film intègre les images prises sur le vif de ce qui est présenté comme un véritable assassinat. « Ils l’ont tué parce qu’il avait faim », dira une femme le jour de l’enterrement. Un des morts c’est Dario, à qui Solanas rend un hommage émouvant. Il donne la parole à sa compagne, qui évoque leur rencontre, leur amour, leur vie commune. Dario aussi, comme Toba, comme bien d’autres qui créent des « cantines pauvres » agissait pour secourir ceux qui ont le plus de besoin.

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Cette solidarité, nous la retrouvons dans un hôpital, où une infirmière et une assistance sociale rendent compte des difficultés rencontrés quotidiennement pour venir en aide aux 4000 patients qu’il faut accueillir chaque jour. Face à la pénurie de médicaments, une collecte publique est organisée pour les redistribuer à ceux qui en ont besoin.

L’action collective, c’est celle organisée contre les expulsions. Lors des ventes aux enchères des terres saisies par la justice, les femmes se mettent à chanter l’hymne national argentin, empêchant le déroulement de la vente. Une longue séquence montre l’affrontement de ces femmes avec un jeune procureur qui ne réussit pas à les faire taire malgré ses menaces de poursuite. Il lui faut faire appel à la police pour évacuer la salle, mais les femmes ont eu gain de cause. La vente n’a pas eu lieu.

La Dignité du peuple est un bon exemple d’un cinéma engagé qui se met au service des luttes des victimes de la crise en popularisant leurs actions de résistance. Un cinéma humaniste qui donne des raisons d’espérer dans l’avenir.

Lire sur L’Heure des brasiers, le « grand » film de Solanas :

https://dicodoc.blog/2018/03/27/r-comme-revolution-argentine/

E COMME ENTRETIEN – Niki Velissaropoulou

 Comment êtes-vous devenue cinéaste? Quelle est votre formation?

J’ai choisi le cinéma comme moyen d’expression des idées mais aussi des sentiments et émotions. Le cinéma ce n’est pas un travail artistique solitaire, comme la peinture ou la poésie, mais collectif. C’est un art populaire qui peut être vu et apprécié par tous. J’ai choisi de tourner des documentaires sociaux pour montrer qu’il existe d’autres idées et possibilités de sociétés, que celle dominante.

Au début des années 2000, j’ai commencé mes études à l’Université de Crète. J’ai étudié les sciences de l’éducation, études riches en littérature, psychologie avec une emphase sur l’éducation et la thérapie à travers l’art. A cette époque mon pays n’avait pas d’université de cinéma qui ne s’est créée qu’en 2004. En 2005, je décide de venir au pays qui a créé le cinéma, la France. J’ai poursuivi des études de Lettres Modernes à la Sorbonne en faisant un M2 sur l’adaptation des œuvres littéraires à l’écran. Plus j’étudiais le cinéma et regardais des films plus mon désir d’en faire grandissait. C’est ainsi qu’ensuite je m’inscrivis à Paris VIII à la Licence de Cinéma et en suite en M2 en Réalisation et Création Cinématographique, fiction. En 2015 j’ai décidé d’adhérer à l’association de documentaristes Addoc qui fut pour moi une deuxième école de cinéma, cette fois-ci sur la création des films documentaires. J’ai réalisé jusqu’à maintenant, des courts métrages de fiction, dont en 2014 les «Jardins secrets», le documentaire «Nous ne vendrons pas notre avenir» en 2018 et quelques reportages et mini documentaires au contenu social.

nous ne vendrons pas notre avenir 3.

Quels sont vos liens avec la région où est tourné votre film « Nous ne vendrons pas notre avenir »?

Lorsque j’étais enfant, je passais mes étés en Chalcidique, une péninsule près de la ville de Thessalonique, chez mes grands-parents, dans une ambiance insouciante et chaleureuse, au bord de la mer. Mes souvenirs sont nourris de jeux en pleine nature. En 2012, je suis retournée en Chalcidique pour y tourner mon court-métrage de fiction «Jardins secrets» et j’ai découvert que le paradis de mon enfance était menacé. Une immense banderole à l’entrée du village proclamait «Chercheurs d’or, nous ne vendrons pas notre avenir ! » Le village s’était mobilisé. J’ai croisé des habitants de tous âges qui portaient des T-shirts proclamant «SOS Chalcidique», «Sauvez le berceau d’Aristote», «Non à l’extraction d’or».

Je décidai de passer plus de temps en Chalcidique pour comprendre ce qui se passait, comprendre l’état d’esprit des habitants, recueillir leur parole, et me renseigner sur les dangers de l’extraction d’or pour la région. J’appris que pendant 20 ans, l’entreprise envisageait d’utiliser 6 tonnes d’explosif par jour, la poussière de la mine de Skouries représenterait plus de 3 tonnes par heure. 24 000 tonnes de minerais seraient extraites d’une profondeur de 700 mètres. Des milliards de tonnes de déchets allaient s’accumuler chaque jour dont 450 000 tonnes d’arsenic, capables de tuer toute la population de la terre. Les habitants n’auraient plus d’eau potable, l’eau serait polluée par l’arsenic et l’acide sulfurique, la foret serait dépeuplée de toute vie et l’agriculture de toute la région serait endommagée.

J’ai choisi d’un faire ce documentaire, engagé, comme un moyen de faire connaître au plus grand nombre la révolte et les espoirs de mon pays et de ses habitants, révolte qui est la mienne, tout comme l’est mon espoir dans la jeunesse.

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 Comment avez-vous choisi les jeunes filles que vous suivez tout au long du film? Et leurs parents?

Au printemps 2013 je suis retournée à Ierissos. Pendant plusieurs mois des barrages avaient été mis en place à l’entrée du village pour protester contre l’arrestation et l’inculpation de quatre membres du mouvement «SOS Chalcidique». C’est en participant à cette action, que j’ai rencontré Giota, institutrice, militante, et mère de trois enfants, deux garçons et une fille. Je lui ai dit mon intention de réaliser un documentaire sur la politisation des adolescents. Elle m’a présenté sa fille de 14 ans, Dimitra, dont je me suis aussitôt sentie proche. En juillet 2013, j’ai commencé à filmer Dimitra, sa famille, très politisée et athée, et ses amis. Une de ses camarades de classes, Garifalia, venait d’un milieu très différent, mais la lutte avait rapproché les deux jeunes filles. Comme il me fallait également montrer la face traditionaliste et religieuse de la Grèce, j’ai filmé aussi Garifalia, et sa famille nombreuse. Le portrait de la Grèce d’aujourd’hui, à la fois révolté et traditionaliste, se dessine à travers ces deux familles. Dimitra et Garifalia symbolisent la nouvelle génération, la jeunesse grecque d’aujourd’hui, forcée de se politiser très tôt.

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Votre film montre une lutte populaire et l’on sent que vous êtes engagée à ses côtés. Comment appréciez-vous l’efficacité possible de cet engagement?

S’il n’y avait pas cet engagement fort de tous les habitants de la région, et pas seulement, la mine à ciel ouvert aurait été déjà en marche depuis plusieurs années maintenant. En ce moment Eldorado Gold, la compagnie minière, est encore là mais elle n’a pas encore tous les permis ; il lui manque le permis de la métallurgie et de la séparation des métaux (la séparation de l’or des autres métaux). L’état n’a pas encore donné ce permis parce que la compagnie n’a pas pu prouver qu’elle n’utilisera pas de cyanure pour cette séparation. La compagnie canadienne est venue en Grèce en disant qu’elle allait utiliser une nouvelle méthode, flash smelting, pour la séparation des métaux, mais cette méthode n’a jamais été utilisée pour la séparation de l’or. L’État grecque attend de la compagnie qu’elle prouve scientifiquement ces propos mais sept ans ont déjà passé sans aucun résultat vers cette direction. Les scientifiques de l’Université Aristote de Thessalonique disent que c’est impossible d’utiliser cette méthode sur la terre de Chalcidique qui est très riche en arsenic.

Pour l’instant, il y a des travaux d’exploitation des sous terrains mais la mine d’or à ciel ouvert ne fonctionne pas. Tout le monde a en ce moment peur de ce qui va se passer aux élections prochaines parce que le parti de la droite, la «Nouvelle Démocratie» a promis de donner si elle est élue, tous les permis à la compagnie. Malheureusement là où il y a de l’argent en jeu il y a beaucoup de corruption. Ces entreprises ont beaucoup de pouvoir, mais les gens continuent la lutte, et moi je suis du côté des habitants, de la nature, et de la jeunesse qui veut construire un meilleur demain.

D’ailleurs la réalisation de films militants on la fait par la nécessité qu’on ressent face à une situation qui touche plusieurs personnes et dont on voudrait qu’elle change ; par besoin de sensibiliser le plus de monde possible ; par admiration pour nos protagonistes qui luttent et qui sont prêts à sacrifier leur confort pour leurs idées. Ce sont ces personnes qu’on admire et dont on fête le courage, qui a changé et amélioré notre monde, ce sont ces personnes qui changent et changeront notre monde aujourd’hui et demain. Nous les réalisatrices et réalisateurs on les rejoint, on lutte près et avec eux ; on en fait un film ; un film qui raconte leur histoire ; un film qui raconte l’histoire humaine.

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Quelles sont vos références et vos influences cinématographiques ?

Les cinéastes qui m’ont inspiré avant que j’ai commencé à réaliser des films, avant même que j’ai étudié le cinéma viennent du documentaire et de la fiction. C’est ceux qui entremêlent poésie, histoire, errance personnel, portrait des villes et des pays dans leurs films (Dziga Vertov, Agnès Varda, Theodoros Angelopoulos, Jim Jarmusch, Wim Wenders).

 Quels sont vos projets?

J’ai commencé la recherche pour un documentaire sur le logement et le mal logement en France et en Grèce. Deux différents pays, des différents problématiques ou peut-être pas si différents… J’ai aussi un projet de fiction, mais c’est très tôt pour en parler.

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Sur le film lire : https://dicodoc.blog/2018/12/05/g-comme-grece-en-lutte/

S COMME SOLEIL.

J’veux du soleil, Gilles Perret et François Ruffin, 2019, 76 minutes.

Le soleil c’est la lumière, le jour, la victoire sur la nuit et les ténèbres.

Le soleil c’est le feu, la chaleur. Le risque de se bruler –on ne regarde pas le soleil en face – mais aussi le réconfort. S’exposer au soleil, avec les précautions nécessaire, c’est se revigorer, faire le plein d’énergie.

Le soleil c’est la connaissance –le monde des idées platoniciennes – la victoire sur l’ignorance, au risque d’être ébloui. Mais si l’éblouissement c’est l’impossibilité – passagère – de voir, c’est aussi l’émerveillement, la fascination de la beauté.

Le soleil c’est le centre du monde, de notre monde. Le point de référence de notre système cosmologique. Mais aussi l’illusion visuelle qu’il se lève tous les matins. Et nous suivons sans plus y penser sa course quotidienne d’est en ouest.

Le soleil c’est la vie, la croissance, l’épanouissement, la force vitale.

Le soleil c’est l’été, l’oubli de l’hiver et de ses frimas. Les vacances aussi.

Le soleil, c’est le jaune. Aujourd’hui la couleur des gilets.

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En décembre 2018, Gilles Perret et François Ruffin décident de partir à la rencontre des gilets jaunes, ceux qui occupent les ronds-points. Du nord au sud dans la grande tradition du road trip. La météo n’est pourtant pas de la partie. Il pleut sans arrêt. Le soleil devra attendre.

Un film donc fait dans l’actualité, dans l’urgence. Tourné en une semaine, monté et post-produit dans la foulée. Il faut coller au mouvement de contestation dans sa vitalité. Ne pas attendre que les news trouvent un autre sujet de Une. Donc les gilets jeunes en direct –un cinéma qui se veut « direct » –  sans recul, sans distanciation (ce serait un autre film). Ici c’est la spontanéité qui prime. Recueillir la parole de ceux qui sont engagés dans le mouvement, qui le font vivre. Ceux qui trouvent là l’occasion de se faire entendre – pour une fois.

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C’est François Ruffin qui mène l’entreprise, comme il conduit la voiture dans laquelle – road movie oblige – nous nous retrouvons tout au long du voyage. Mais ce n’est pas – pas encore – le moment de la réflexion, de l’analyse. A chaque étape, c’est lui encore qui discute avec ceux qui campent là. Ils ont d’ailleurs construit des cabanes, comme lorsqu’ils étaient enfants, de véritables « châteaux ». Il partage avec eux leurs grillades et leurs saucisses. Et surtout il les écoute.

Ce qu’ils disent, nous l’avons bien sûr déjà entendu tout au long des « actes » du mouvement protestataire. Les fins de mois plus que difficiles, la colère face aux injustices de plus en plus criantes dans la société, l’opposition au pouvoir politique… Et tous affirment qu’ils ont trouvé dans le mouvement, les manifestations, les occupations des ronds-points, une nouvelle solidarité, une véritable fraternité, qui change leur vie. Tous, ils veulent continuer. Jusqu’à quand ?

Le film se termine sur une plage de la Méditerranée, le temps d’une chanson.. Il ne pleut plus, même si le temps reste gris. Mais un jour, le soleil viendra…

M COMME MAI 68.

Les Révoltés, Michel Andrieu et Jacques Kebadian, 2018, 80 minutes.

L’histoire de mai 68 – mais il ne faut pas oublier juin – racontée à partir d’images d’archives.

Pour fonctionner de façon efficace, le genre implique qu’un certain nombre d’exigences soient prises en compte.

  • Le récit se doit d’être complet, d’où la recherche du plus grand nombre d’archives possible pour ne pas risquer de laisser de côté un événement, si minime soit-il au regard du déroulement historique.révoltés 2
  • Corolaire, le récit doit être ordonné dans un ordre chronologique strict. Les dates des événements s’inscrivent en surimpression sur les images. Par exemple, les nuits des barricades ou les différentes manifestations.
  • Les images doivent être immédiatement identifiables par les spectateurs, même les plus jeunes, ceux qui n’ont pas vécu eux-mêmes les événements. Cela ne pose guère de problème pour les affrontements étudiants-crs. C’est moins évident pour les occupations d’usines et les débats qui s’y sont déroulés entre ouvriers et syndicats.révoltés 3
  • Les images doivent être sinon inédites, du moins ne pas en rester à la vision la plus connue, ayant déjà fait maintes fois l’objet de montage à prétention historique. Néanmoins, les images les plus célèbres, devenues des icônes de l’époque, ne peuvent pas être systématiquement écartées, au risque d’être accusé de parti-pris, voire de censure. C’est le cas, évident, des images des prises de parole de Cohn-Bendit en particulier. L’équilibre entre images connues et inédites ou rares doit donc faire l’objet d’un savant dosage qui implique de ne négliger aucune source, mais aussi de résister autant que faire se peut aux facilités dictées par l’air du temps (les idées reçues véhiculées par l’époque de réalisation du film).
  • Le recours à un commentaire surajouté aux images doit être limité au strict minimum ou même être systématiquement écarté. Les images sonores peuvent d’ailleurs le plus souvent s’en passer, une fois le repérage du jour et du lieu effectué.
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  • De même donner la parole à des témoins ou des acteurs de l’époque n’a pas de légitimité dans un film d’archives. Le faire conduirait à un autre film et réduirait la pertinence des images. Si l’on fait le choix de considérer que les archives possèdent une véracité intrinsèque, il faut leur faire confiance jusqu’au bout. Néanmoins, comme les images ne peuvent guère questionner par elles-mêmes leur propre valeur de vérité, le film d’archives se voit immanquablement limité qu’à n’être qu’une reconstitution vivante (dans le cas d’archives sonores filmées, ce qui est le cas ici) des événements.révoltés 4
  • Et c’est bien ainsi que fonctionne ce Révoltés. Il nous plonge au cœur des événements. Nous y sommes. Nous y participons. Nous en sommes des acteurs. Ce que renforce d’ailleurs la bande son dans laquelle les éclatements de grenade sont systématiquement renforcés ou du moins placés au premier plan. Voir le film ne laisse donc aucune place à la distanciation ou à la réflexion dans le cours de la projection. Reste à savoir si le temps de l’analyse après-coup peut profiter pleinement de la richesse des images.

A COMME ARGENTINE -Luttes

Mémoire d’un saccage. Argentine, le hold-up du siècle, Fernando Solanas, France-Suisse-Argentine,2004, 123 minutes.

         35 ans après L’heure des brasiers, Fernando Solanas se penche à nouveau sur le destin de son pays, l’Argentine. Un pays en faillite, au bord du gouffre. Les banques viennent de bloquer les avoirs des petits épargnants pour essayer de réduire la dette extérieure. Ceux qui ont travaillé toute leur vie pour économiser quelques sous ont tout perdu. Les propriétés de l’Etat, du pétrole au chemin de fer, ont été vendues à bas prix à des sociétés étrangères. Le chômage augmente dans des proportions importantes, provocant la misère et la faim. En cette fin 2001, la colère du peuple explose dans les rues.

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Le film est littéralement encadré par le filmage de cette révolte. Dans les rues, la caméra est parmi les manifestants, ces ménagères qui tapent en rythme sur leurs casseroles, ces ouvriers qui martèlent les portes de fer des agences bancaires. Elle passe sous le long drapeau argentin porté par tout un peuple dans les rues de Buenos Aires. Solanas filme aussi la répression, les policiers à cheval ou ceux qui matraquent les manifestants, les lances à incendie et les fusils auxquels s’affrontent les lanceurs de pierres. Des scènes violentes, scandées par les cris de désespoir. « Nous ne sommes plus sous la dictature » hurle une femme. Nous sommes plongés au cœur de l’actualité.

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Mais le film a aussi une prétention historique. Il remonte jusqu’à la dictature militaire pour trouver l’origine de la politique ultralibérale qui est la cause de la catastrophe économique que connaît le pays. Le retour à la démocratie n’a fait qu’accélérer le processus, en particulier au cours de la présidence Menem. La politique de ce dernier est systématiquement disséquée. Certes il a pu séduire avec ses airs de Don Juan. Mais très vite il n’hésite pas à oublier ses engagements et il se range ouvertement du côté des multinationales occidentales, alignant le peso sur le dollar et systématisant les privatisations. Le film développe longuement le thème de la trahison, trahison des hommes politiques, des syndicats, qui tous ne pensent plus qu’à leur enrichissement personnel. Solanas parle de « mafiocratie » pour rendre compte de la corruption généralisée dans les sphères du pouvoir. L’Argentine était un pays riche. Maintenant une partie de plus en plus importante de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté et on meurt de faim dans les banlieues et les campagnes. Une séquence particulièrement forte montre deux médecins dans un petit hôpital qui évoquent l’afflux d’enfants souffrant de malnutrition et pour lesquels ils ne peuvent rien faire. Il n’est pas exagéré de parler de « génocide social ».

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Cette dimension historique, Solanas la traite de façon très didactique, en composant son film selon un enchaînement rigoureux de chapitres dont il n’hésite pas à inscrire les titres sur l’écran. Mais en même temps, il joue beaucoup sur l’émotion, par un montage souvent percutant, en utilisant des effets spéciaux, des superpositions d’images dans des séquences qui ont quasiment une dimension de film expérimental. Il s’agit de ne pas laisser le spectateur indifférent. La façon dont la situation du pays nous est présentée ne peut que soulever la colère et la révolte.

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Se terminant par les manifestations de décembre 2001 qui ont entrainé la démission du président La Rua, le film ne sombre pas dans un pessimisme absolu. Même si les raisons d’espérer sont ténues, elles existent. Le peuple peut prendre en main son destin.

Ours d’or d’honneur du Festival de Berlin 2004.

C COMME CHAT (Chris Marker)

Chats perchés, Chris Marker, 2004, 59 mn

Nul doute, le chat occupe dans le bestiaire de Chris Marker, à côté de la chouette mythologique, une place de premier plan. Il suffit, pour s’en convaincre, de rappeler cette séquence de Sans Soleil, tournée à Tokyo dans le cimetière des chats, ou encore, ce surprenant intermède intitulé « chat écoutant la musique » séparant les deux parties du Tombeau d’Alexandre. On y voit un chat dormant sur le clavier d’un piano. (Le générique le crédite du nom de Guillaume-en-Egypte.) Bref dans l’œuvre de Chris Marker, les chats n’ont pas fini de nous surprendre. Chats perchés ne fait pas exception.

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Les chats dont il est question ici sont parisiens. Comme si ce globe-trotter infatigable que fut Marker, de la Sibérie à Cuba, du Japon à la Guinée Bissau, marquait une pose dans les voyages, ou revenait aux sources, près de chez lui (ce qu’il avait déjà fait en 1962 avec Le Joli Mai). Mais à Paris aussi on peut mener de véritables explorations, comme partir à la recherche de chats jaunes et souriants, tagués un peu partout sur les murs de la capitale.

         Surprenantes découvertes pour qui sait lever les yeux vers les derniers étages des immeubles. Car ces chats sont toujours perchés bien haut. Dominant la ville, contemplant d’en haut sa vaine agitation, jetant sur les petites occupations de ses habitants un regard plein d’ironie et de moquerie.

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         Pourtant ce point de départ presque futile, à force de distanciation, révèle très vite le sérieux de son propos. Car la vie parisienne n’en finit pas de nous interroger. Dans les rues, le métro, la présence des SDF par exemple. Et puis l’actualité politique se rappelle très vite à nous, un certain 21 avril en particulier. Et Marker de retrouver son regard militant, aux côtés des manifestants, dans les cortèges protestataires, à l’école des slogans, attentif aux banderoles. Dans ce début de siècle et de millénaire, de quelle couleur est le fond de l’air ?

Ce film peut surprendre par bien des aspects les admirateurs du cinéaste. La disparition du commentaire off par exemple, dont la teneur fortement littéraire constituait comme sa marque d’auteur. Ici l’intervention du cinéaste, en première personne bien souvent, se limite à des panneaux écrits, blanc sur noir. Est-ce une autre façon de nous adresser une correspondance, sous une forme nouvelle, plus concise, mais tellement plus froide ? Et puis les références historiques, en particulier sur l’histoire du cinéma, sont réduites à quelques images d’archives, comme le plan du titre de La Grève d’Eisenstein ou une réplique d’Hôtel du Nord. Le Tombeau d’Alexandre nous présentait en son temps bien plus d’éléments de réflexion sur le cinéma soviétique.

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Pourtant, dans ce film de vieillesse – Marker a plus de 80 ans lorsqu’il le réalise – le cinéaste n’a rien perdu de son dynamisme, en particulier pour son intérêt pour les « nouvelles » images, devenues d’ailleurs sous le nom d’images numériques, tout à fait banales et quotidiennes. Marker les utilise avec son impertinence habituelle, et ce sont les hommes politiques, de Bush à Chevènement qui font les frais de la machine à morphing (le Morpheye) qui leur donne un côté si dérisoire alors qu’ils prétendent changer la vie des gens.

Le film se termine par deux enterrements, celui de Léon Schwartzenberg, défenseur infatigables des sans-papiers, et celui de Marie Trintignant. Cette fin nous pousse-t-elle à considérer ce film comme le testament de son auteur ? Ou bien faut-il y voir un arrêt provisoire sur un fait divers, annonçant d’autres tournages au cœur de l’actualité ?

Au train où va le monde, les manifestations ne sont pas prêtes de s’arrêter.