LUTTES FEMININES

Y a qu’à pas baiser. Carole Roussopoulos, 1971, 17 minutes.

Le film emblématique des luttes féminines pour la liberté de la contraception et la légalisation de l’avortement. Un film culte donc. A la fois dans l’œuvre si riche de Carole Roussopoulos et dans l’usage de la vidéo dans une perspective militante. Un film de combat, fait par des militantes pour défendre leur cause, pour faire avancer leur cause.

Un film court, mais percutant. Percutant parce que court peut-être. Un film déjà ancien, mais qui n’a rien perdu de sa force de conviction. Et qui, dans le contexte actuel prend une résonnance nouvelle.

Un film donc à voir et revoir, à diffuser le plus largement possible. Sans avoir peur de ce que montre ces images – celles de l’avortement d’une femme. Des images dont on peut penser qu’elles ne doivent plus choquer aujourd’hui. Et pourtant… Celles et ceux qui étaient choqué en 1970, le sont sûrement encore aujourd’hui. Ce qui ne peut que justifier l’existence intemporelle du film, et sa nécessité incontestable.

Le film se déroule en quatre mouvements.

1 La publicité. Des images de télévision bien connues inscrites dans la mythologie contemporaine de la femme objet. Le contexte est planté. La dénonciation du patriarcat et des moyens médiatiques de la domination masculine.

2 La manifestation. Les femmes sont dans la rue pour crier leur détermination de ne plus subir la loi des hommes. Avec leurs slogans, leurs banderoles, leurs chansons. Un défilé joyeux, haut en couleur (malgré le noir et blanc), impressionnant, filmé au plus près grâce à la vidéo dont l’emploi prend ici tout son sens. Dans un mode reportage, la réalisatrice s’attarde sur les badauds sur les trottoirs et interrogent genre micro-trottoir les femmes.  Beaucoup approuvent. Sauf une, qui lance mi-sarcastique, mi-condescendante la formule reprise dans le titre du film.

3 La jouissance. Le récit intime de la découverte par une femme de la jouissance pendant l’acte sexuel. Un récit franc, direct, sans détours, presque cru par moment. Une parole libérée. Et cette découverte sidérante pour l’homme : la jouissance féminine existe.

4 L’avortement. On dirait du cinéma direct ! La caméra suit tout, voit tout, en temps réel et jusqu’à l’intérieur de la femme. Celle-ci est particulièrement détendue, sans angoisse apparente. Il est vrai que tout est fait pour la rassurer. L’opératrice explique tous ses gestes, donne la fonction des instruments qu’elle utilise. On ne peut qu’avoir confiance tant elle agit avec douceur. Et lorsque tout est fini, la femme qui vient d’avorter, presque sans s’en apercevoir, est tout sourire.

Un film tract, qui hausse le cinéma au rang d’outil d’action politique.

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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