Le dernier vivant. François Zabaleta, 2026, 89 minutes.
Ce film marque-t-il un tournant, l’émergence d’une nouvelle étape, un nouveau style dans l’œuvre déjà bien remplie de Françoise Valetta ? Une nouvelle étape donc, la fin d’une époque.
On pourrait le penser en voyant le thème de ce dernier vivant. Il s’agit d’aborder la présence de la mort. Cette d’un membre du couple, le plus âgé, condamné par une démence sénile. Un couple qui, Zabaleta aime à le répéter, a vécu presque un demi-siècle.
On va donc chercher la nouveauté l’inédit dans la filmographie du cinéaste. L’apparition d’un nouveau monde cinématographique.
Peine perdue.
S’il y a bien du nouveau dans le film – l’apparition de la couleur, une promenade dans le bois avec ses images parfaitement naturelles – en fait, c’est d’habituel, la marque de fabrique de Zabaleta, qui domine.
La voix off bien sûr, omniprésente, avec toujours le même ton. Puis des effets images, les volets gauche droite ou droite gauche principe de montage, les images pixelisées presque, en tout cas filtrées, trafiquées donc, pour rompre la monotonie de la voix, les surimpressions et cetera. Bref, toute une gamme d’effets utilisés sans parcimonie.
Il n’ y a presque qu’une séquence qui échappe à l’électronique, celle du mariage, filmée comme un reportage. Les invités présents prenant des photos. Une simplicité vite rompue par l’insert de François en robe de marié.
La thématique du couple ? Après l’enfance, la jeunesse, les relations avec les parents en particulier est bien nouvelle dans la filmographie du cinéaste. Elle n’est en fait qu’un nouvel avatar de la veine autobiographique et introspective de zabaleta.
Il faut être deux pour faire un couple, mais à Zabaleta le dit lui-même, ces deux-là vivent comme des célibataires. Et bien sûr. C’est François qui occupe la première place, la plus grande place dans le film. C’est lui qui parle, c’est lui qui est filmé, c’est lui qui filme. Jean-Claude, le mari, ne serait il alors qu’un faire-valoir ?
Ce qui intéresse. Zabaleta, c’est François. Et lui seul, le Dernier vivant n’est pas un film sur l’amour, surtout pas sur l’amour-passion, réciproque et exaltant. Dès la rencontre (Zabaleta veut nous démontrer qu’il n’y a jamais de rencontre) et tout au long des années de vie pas si commune que ça, les seuls événements dignes d’être évoqués sont des événements personnels, le coma, l’œuvre cinématographique, l’expérience théâtrale. D’ailleurs, le titre du film souligne bien l’absence du couple. Sa liquidation ? François enfin libéré ?
Zabaleta pourra-t-il faire un nouveau film après le Dernier vivant ? Sa vie ne risque elle pas de ne pouvoir cacher sa monotonie, sa fadeur ? A moins que l’art lui redonne toute sa vitalité. La profusion des citations semble indiquer cette voie. Mais Zabaleta ne sera-t-il pas de plus en plus réduit à se citer lui-même ?
Après la disparition de Jean-Claude, François ne saura il pas placé face à la nécessité de se renouveler ? On aurait alors tendance à lui dire : « abandonne la voix off, donne la parole à l’autre. Crée un nouveau personnage. Rencontre de nouveaux personnages. Deviens le cinéaste de la rencontre. Imprévue, imprévisible, sidérante. »
