Parole de cinéaste : Ruth Zylberman

A propos de Les enfants du 209 rue Saint-Maur Paris X°

J’avais depuis longtemps l’envie de retracer sur le long cours l’histoire d’un immeuble. À l’origine, mon projet embrassait une temporalité bien plus large, mais au fil de l’écriture, la période de l’Occupation a pris une place centrale. Lorsque la guerre fait effraction, les interactions entre voisins ne se cantonnent plus à la sphère de l’intime. L’immeuble s’est alors transformé en refuge pour certains, en piège pour d’autres, et il me semblait que cette échelle de l’immeuble, qui rompt à la fois avec la macro-histoire et l’échelle individuelle ou familiale, permettait de rendre compte de quelque chose d’essentiel sur cette période.

Je l’ai choisi au hasard mais j’arpentais depuis longtemps les rues du Nord-Est parisien, terre ancienne d’immigration pour de nombreux juifs d’Europe centrale. C’est en découvrant le recensement de 1936 que je me suis aperçue qu’un tiers des trois cents habitants du 209 étaient juifs. Sur les cinquante-deux qui ont été déportés, il y avait neuf enfants. Avec sa cour et ses quatre bâtiments, cet immeuble permettait en outre de multiplier les points de vue et de faire place au présent.

Les conseils de Claire Zalc spécialiste de la micro-histoire de l’Holocauste, ont été essentiels, ainsi que l’aide d’un autre historien, Alexandre Doulut. Une fois les anciens locataires identifiés, je me suis transformée en détective privée pour les retrouver en France et dans le monde.

Le film parle de la guerre, de l’arrestation puis de la déportation de juifs, souvent étrangers, qui avaient fait de la France leur nouvelle patrie, mais il évoque aussi le cheminement possible pour faire resurgir tout ce que l’on croyait englouti. Les sons, les odeurs, les objets familiers des lieux où nous avons vécu imprègnent notre mémoire. Pour ceux dont la condition de la survie a été d’occulter ce qui a brisé leur vie, une rampe d’escalier, les pavés d’une cour ou une fenêtre sont autant de petits cailloux vers un passé retrouvé, même de façon fragmentaire, qu’ils seront en mesure de transmettre.

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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