Refuser la guerre

Un hiver russe. Patric Chiha. France, 2026, 87 minutes

Des images de Moscou. Floues. Troubles. Peu engageantes. Des rues. Des immeubles. Des voitures. Des passants. Puis l’image, jusque-là en mouvement, s’immobilise. Et défilent devant nous des camions transportant des chars d’assaut. Dès cet Incipit, le ton est donné.

Pourtant, pour tout le reste du film, ou presque, les images seront éclatantes. Des lumières particulièrement travaillées. Du soleil qui fait briller les visages, souvent filmés en gros plan. Nous ne retrouvons la Russie et la neige de l’hiver que dans des plans de coupe, montrant la campagne russe qui défile à grande vitesse, des images filmées depuis un train un peu fou. Des images qui n’ont aucun but avoué. Un fort contraste avec les autres plans de coupe montrant deux jeunes gens dansant sur un rythme endiablé, sur un fond coloré uniforme. La musique, le rock, fait visiblement parti de cette jeunesse.

La majorité du film est réalisé hors de l’hiver. À Paris, au bois de Vincennes, en banlieue, à Montreuil. Sur des pelouses verdoyantes sur lesquelles il fait bon de se prélasser. Ou en Turquie, sur une petite plage, où quelques touristes profitent des plaisirs nautiques des vacances. Quel chemin parcouru !

Le personnage principal du film est une jeune femme blonde. Margarita, très souriante, très séduisante, toujours filmée de façon à mettre sa beauté en valeur. Pourtant. Il n’est pas question d’amour dans le film, ni de sexualité. Les relations entre les personnages restent amicales. Même si les liens qui les unissent semblent très forts.

Il n’est pas non plus question de guerre. Dans les propos que tiennent les protagonistes du film, ces jeunes gens Russes qui ont quitté leur pays après une décision mûrement réfléchie. Est-ce qu’une oreille particulièrement attentive ne décèlerait-elle pas pourtant des indices pointant vers cette guerre forcément présente dans ce qui a été leur fuite. Mais ils n’en parlent pas. Comme ils n’évoquent pas non plus l’éventualité d’un retour. La Russie restera-t-elle indéfiniment le pays perdu ?

Un hiver russe est un film de paroles, de dialogue, d’échanges. Margarita et ses amis aiment parler, mais ils ne la font pas pour un public. Un seul de ces amis suffit. Et il est toujours attentif.

La dernière séquence est particulièrement significative, Margarita se rend à Istanbul où elle a rangé toutes ses affaires dans un garde-meuble. Elle a ouvert les immenses consignes. Elle fouille parmi les sacs et les valises, il y a tout son monde. Beaucoup de vêtements bien sûr, et même de la vaisselle. Le dernier plan la montre devant le bâtiment. Toutes ces affaires sont sur le trottoir à côté d’elle. Elle attend.

Un film qui évoque de façon bien subtile, la vie de la jeunesse russe aujourd’hui.

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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