C COMME CONGO – Guerre

En route pour le milliard. Dieudo Hamadi, Congo, 2020, 88 minutes.

Un film de révolte, de protestation, de revendication. Parce qu’on a le sentiment d’être oublié, délaissé, trompé, volé. Depuis presque 20 ans. Les victimes de la guerre des 6 jours, à Kisangani, attendent d’être indemnisés, que les promesses soient enfin tenues. Pour apaiser un peu leur souffrance. Même si rien ne pourra leur faire oublier leur handicap.

La guerre des 6 jours : les troupes du Rwanda et de l’Ouganda s’affrontent à Kisangani. Deux pays étrangers. Et les victimes congolaises se comptent par milliers.

Le film de Dieudo Hamadi renvoie à cette tragédie. Mais il n’en fait pas l’historique. Il se situe 20 ans après les faits, auprès des survivants, rescapés de la tuerie, mais portant dans leur corps les marques indélébiles de cette guerre absurde, qui ne les concernait pas.

En route pour le milliard est construit comme une pièce de théâtre, une succession de tableaux, d’actes, en prise directe avec la succession des faits, le déroulement chronologique de cette aventure collective. Les victimes de la guerre des 5 jours décident de se rendre à la capitale Kinshasa pour alerter les autorités sur leur sort, pour réclamer justice. Une tragédie en cinq actes.

Cette dimension théâtrale est d’ailleurs appuyée par des extraits de la pièce que ces victimes ont montée à partir de leur histoire. Des extraits qui encadrent le film et qui en jalonnent le cours.

Premier acte du film : l’état des lieux. La vie des rescapés, handicapés, amputés, d’une ou des deux jambes, des bras aussi. Puis la bénédiction lors d’une cérémonie collective des lieux où ont été enterrées dans des fosses communes les victimes de la guerre.

Acte deux : la préparation du voyage. Qui en fera partie ?

Acte trois : le voyage. En bateau sur le fleuve Congo. La partie le plus cinématographique du film. Des images du fleuve souvent très belles, qui rappellent le film inoubliable de Thierry Michel, Congo River. Mais un voyage dangereux, long, épuisant. Hamadi filme longuement une tempête qui s’abat sur le bateau, le vent qui arrache les toiles qui servent d’abri, l’eau qui envahit tout. Et les handicapés qui essaient tant bien que mal de ne pas être emportés.

Acte quatre : les manifestations. A Kinshasa, devant le parlement, ou dans les rues, avec des pancartes et des slogans décrivant leur situation. Dans l’indifférence presque totale. Sauf pour les forces de l’ordre. Par trois fois l’écran devient noir, un policier intervenant brutalement pour empêcher le cinéaste de filmer.

Acte cinq : les élections. Ils sont venus à Kinshasa pendant la campagne électorale présidentielle. Les résultats donnent vainqueur l’opposant au pouvoir en place. Une promesse de changements. Les scènes de liesse populaire se multiplient. L’histoire des victimes de la guerre des 6 jours se font dans l’histoire du Congo.

Le film se termine sur cet espoir. Les vieilles promesses seront-elles tenues ? L’Afrique échappera-t-elle à ses vieux démons, la corruption et le mépris des gouvernants pour le peuple ?

Fipadoc 2021

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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