Z COMME ZAÏRE

Mobutu, roi du Zaïre. Thierry Michel. Belgique, 1999, 135 minutes.

         Le Zaïre, c’est le nom donné par Mobutu au Congo dès son arrivée au pouvoir à la suite d’un coup d’Etat en 1965. Il changera de même son nom, supprimant le trop occidental Joseph-Désiré en Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga (ce qui peut se traduire par « Mobutu le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter ») Cela en dit déjà beaucoup sur la personnalité de ce dictateur qui régna quelques 25 ans sur un pays dont il accapara, pour lui et sa famille, l’essentiel des richesses.

         Le portrait que réalise Thierry Michel de ce dictateur retrace pas à pas sa carrière politique, de l’indépendance du Congo à sa mort à la suite d’un cancer, en passant par toutes les étapes de son accession au pouvoir dont l’assassinat de Lumumba qui l’avait nommé chef d’Etat-major de l’armée. C’est sur cette armée qu’il s’appuiera pour devenir le seul « chef » du pays. Le film dissèque tout autant l’idéologie de Mobutu (le chef doit imposer son autorité par tous les moyens, c’est comme cela qu’il sera aimé du peuple) que les différentes facettes de son exercice du pouvoir. Parmi les témoins interviewés, un militaire considère qu’il n’avait aucun sens de la stratégie guerrière. Un diplomate, par contre, le considère comme sachant utiliser pleinement ses alliances avec les puissances mondiales. On le voit ainsi successivement reçu par Nixon et Bush père qui ne se prive pas d’éloge à son égard, et par Giscard d’Estain, particulièrement fier d’être son ami. Un ensemble d’images d’archives appuie l’analyse de cette dictature proposée par un commentaire omniprésent. Le portrait devient ainsi un réquisitoire et les images de répression sanglante des manifestations sont autant de pièces à charge.

         Quelle image de Mobutu le film fait-il en définitive ressortir ? Un dictateur sanguinaire, certes, qui ne peut conserver le pouvoir aussi longtemps que par l’exercice de la terreur. Mais lorsqu’il est filmé dans l’intimité il devient un homme aimant l’argent, le luxe et les femmes. Sa famille est très présente dans ces images, comme dans cette longue séquence dramatisée à l’extrême lors de l’enterrement d’un de ses fils. Et puis, à la fin de sa vie, il apparaît souffrant de sa solitude, avouant alors sa lassitude du pouvoir. Des images qui ne sont pas vraiment en harmonie avec celles des manifestants piétinant ses portraits.

K COMME KATUMBI.

L’irrésistible ascension de Moïse Katumbi. Thierry Michel, Belgique, 2013, 83 minutes.

         Riche entrepreneur à la tête d’un véritable empire industriel, Moïse Katumbi entre en politique à l’occasion des premières élections libres organisées au Congo en 2006 et se fait élire Gouverneur du Katanga à la suite d’une campagne où il distribue autant de billet de banque qu’il fait de promesses. Son programme est simple. Il s’agit tout simplement de sauver la province et avec elle le pays. Pour cela il faut combattre la corruption et la misère en donnant du travail à tous grâce au développement de l’exploitation des ressources minières considérables. Et dans l’immédiat, aider les plus pauvres et les handicapés à coup  de dons, petites sommes d’argent de la main à la main ou signature de gros chèques à des associations et œuvres de charité. Un programme qui a du mal à cacher sa nature populiste. Le nouveau gouverneur s’engage personnellement sur tous les fronts, contrôlant lui-même le travail de la douane aux frontières ou discutant sur les chantiers avec les ouvriers en grève demandant des augmentations de salaires. Et puis il manage lui-même « son » club de foot, le « Tout-Puissant Mazembe » de Lubumbashi qui vole de succès en succès à l’échelle africaine et mondiale.

          Le film de Thierry Michel montre clairement comment Katumbi se construit cette image d’homme providentiel, omniprésent et tout puissant. Un messie auquel le peuple voue un véritable culte. Il le suit dans toutes ses actions publiques, au milieu d’ailleurs d’une foule de caméras, de photographes et de micros, car bien sûr chaque intervention publique doit être médiatisée à l’extrême. Mais il en dresse aussi un portrait plus intime, présent dans sa voiture ou son avion personnel et dans son bureau comme dans sa résidence personnelle. Moïse Katumbi apparaît alors comme un homme posé, séduisant, calme, attentif aux problèmes de son pays. Il a beaucoup de présence devant la caméra comme devant les foules et sait parfaitement jouer de son charme. Un personnage qui tranche fortement par rapport aux dictateurs africains que le cinéma nous a montré jusqu’à présent, de Bokassa à Amin Dada.

         Pourtant le film n’est pas le simple récit d’une success story économique et politique. La première partie pourrait laisser croire que l’homme et son action sont au-dessus de tout soupçon. Mais il donne très vite la parole aux critiques et aux opposants, hommes politiques, journalistes ou défenseurs des droits de l’homme. Ils tiendront d’ailleurs une place de plus en plus importante dans le film. Sont ainsi fortement soulignées la collusion entre les affaires publiques et les intérêts privés et surtout les promesses non tenues, en particulier celles faites aux mineurs ou aux ouvriers lorsqu’il s’agit de ne pas s’opposer aux investisseurs et aux multinationales. La dérive autoritaire est aussi nettement pointée à propos de l’occasion du saccage de la résidence du principal opposant par une foule mobilisée et encadrée par une milice privée. Si Katumbi pouvait ainsi apparaître au début du film comme échappant aux maux de la politique du continent africain, sa dernière grande « opération » révèle sa nature mégalomane et quasi dictatoriale. Annonçant qu’il ne se représentera pas aux prochaines élections, il encourage en même temps le lancement d’une pétition lui demandant de ne pas prendre sa retraite politique. Si sa popularité n’est en rien entamée, il n’en reste pas moins qu’il s’est fait aussi beaucoup d’ennemis. La fin du film reste ouverte. Moïse Katumbi fera sûrement encore beaucoup parler de lui au Congo.

F COMME FLEUVE – Congo.

Congo river. Thierry Michel. Belgique-France, 2006, 116 minutes.

         Le Congo, un fleuve mythique, le deuxième du monde avec plus de 4000 kilomètres de long, un fleuve qui est la vie de tout un pays, de tout un peuple. Thierry Michel nous propose de le parcourir sur plus de 1200 kilomètres dans sa partie navigable. Il s’embarque sur une barge qui effectue ce voyage, seul moyen de traverser le pays, avec toute une population, hommes, femmes, enfants et toutes sortes d’animaux et toutes sortes de marchandise. Un voyage plein de dangers, car le fleuve recèle bien des pièges. Pour les éviter il faut être un navigateur expert et surtout connaître parfaitement chaque banc de sable et surveiller sans répit ces étranges matelots dont la tâche consiste à mesurer à chaque mètre parcouru la profondeur de l’eau. C’est le cas du capitaine de notre embarcation, véritable héros du film, après le fleuve lui-même cependant. Voyager sur cette véritable ville flottante, une ville africaine pour sûr, nous permet d’appréhender cette vie africaine si diverse et toujours surprenante pour un européen. Et chaque escale permet d’entrer encore plus dans la vie de ce pays que le réalisateur connaît bien et dont il nous exposera les enjeux actuels à partir de l’évocation des grands moments de son histoire. Comme il le dit dans l’ouverture de son film, remonter le fleuve Congo, c’est effectuer « un voyage à travers la mémoire ».

         Le film débute par un extrait de film hollywoodien, où Stanley est envoyé en explorateur en Afrique. C’est lui qui découvrira le fleuve et qui sera le premier à le suivre jusqu’à sa source, le même parcours que nous effectuons avec le cinéaste. Le film alterne les vues du fleuve et de ceux qui effectuent ce long voyage avec des images d’archives tirées essentiellement des actualités du cinéma belge. Ces séquences en noir et blanc d’une autre époque, commentées sur ce ton grandiloquent si caractéristique, renvoient toutes au colonialisme et sont systématiquement mises en perspective avec sa situation actuelle. S’agit-il de l’exploitation, par le travail des congolais réduits à un quasi-esclavage, des richesses du pays ? On continue aujourd’hui à abattre les grands arbres au bois précieux. Quant aux richesses minières, une séquence montre ces enfants très jeunes qui fouillent dans les restes des mines à ciel ouvert pour récolter quelques fragments de minerai de cuivre ou de cobalt, dont la vente leur permettra d’apporter quelques maigres revenus à leur famille. Le cinéaste n’a pas besoin de faire explicitement le procès du colonialisme. Ces images le font pour lui. 

         Tout au long du parcours, ce sont les vestiges de l’époque coloniale qui attirent l’attention, de grands bâtiments devenus inutiles ou tombant en ruine par manque d’entretien. Les manifestations religieuses sont aussi nombreuses, de l’évocation des pratiques traditionnelles de sorcellerie à ce grand meeting où un prédicateur en costume jaune des plus voyants récolte des fonds. La maladie du sommeil dû à la mouche Tsé Tsé n’est toujours pas éradiquée et continue de tuer. Et puis il y a ces aléas du voyage lui-même, l’annonce par le capitaine de la naissance de son troisième fils (il offrira à boire à tous les passagers), l’arrivée sur les lieux du naufrage d’une barge (les corps des 400 victimes sont encore sur la berge) ou cette autre barge échouée sur un banc de sable, surchargée de bois et de passagers et qu’il sera impossible de remorquer (elle restera trois mois dans cet état, attendant que les eaux du fleuve veuillent bien remonter). Avant la fin du voyage, un terrible orage éclate, inondant l’embarcation. Mais tous ces tracas n’empêchent pas la présence continue de la musique, des chants et des danses, sur les bateaux ou sur les rives. La bande son du film est ainsi particulièrement riche en chants traditionnels.

         Lorsque le fleuve n’est plus navigable, à cause des rapides et des cascades que seuls les piroguiers peuvent approcher, le voyage continue par voie des airs, avec de magnifiques vues aériennes, ou par la terre. Cette dernière partie sera consacrée au malheur du pays. C’est d’abord la dictature de Mobutu qui est évoquée à travers la visite des restes du château qu’il voulait faire construire et qui reste inachevé. Mais il est surtout question des guerres qui ont ravagé un pays qui a bien du mal à s’en remettre, comme toutes ces femmes violées et blessées dans leur organes sexuels qui sont soignées tant bien que mal dans des hôpitaux surpeuplés. Reste-il une note d’espoir en l’avenir ?

         Remarquable par la beauté des images du fleuve qu’il nous propose, ce film l’est aussi par la rigueur de son approche du continent africain. Une Afrique martyrisée par le colonialisme et par toutes ces guerres récentes interminables. Une Afrique qui reste une terre de mystère que le cinéma peut aider à mieux connaître.

A COMME ABECEDAIRE -Thierry Michel

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