A COMME ARCHIVES – Italie en guerre.

Une histoire d’amour sous l’occupation italienne. Audrey Gordon, France-Italie, 2021, 52 minutes.

De façon très classique, le film raconte une histoire personnelle insérée dans la grande Histoire, une histoire d’amour qui renvoie à une histoire de guerre.

L’histoire personnelle est celle de la relation amoureuse entre un officier de l’armée italienne, Federico, et une jeune réfugiée juive, Rima.

La grande Histoire, c’est celle de la seconde guerre mondiale, vue du côté italien, depuis la déclaration de guerre contre la France par Mussolini et l’occupation d’une partie de la France par l’armée italienne.

En accord avec la relation entre un officier italien et une jeune juive, le film va aborder la guerre en se centrant sur la politique italienne vis à vis des juifs. Il insiste fortement sur le refus de l’Italie de « donner » les juifs aux allemands. Ils seront, simplement si l’on peut dire, assignés à résidence. Même sous Mussolini, il y va de l’honneur de l’Italie !

Le film utilise deux sortes d’archives. Les archives familiales racontent l’histoire personnelle. Ce sont essentiellement des images photographiques des personnages. En second lieu des archives, le plus souvent cinématographiques, que l’on peut qualifier d’historiques, retracent le déroulement de la guerre, discours du Duce, mouvements de troupes, scènes de batailles, etc. On passe des unes aux autres sans aucune marque de transition. Une savante alternance mise en œuvre par un montage très fluide.

La bande son est composée de deux voix. Une voix masculine avec un fort accent italien. C’est celle de Federico, le texte étant celui d’une lettre qu’il adresse à la fin de la guerre, au fils qu’il a eu avec Rima. Elle raconte donc l’histoire de leur amour. Puis une voix féminine (qui n’est pas présentée comme celle de Rima), qui elle raconte l’histoire de la guerre. C’est un commentaire très classique ajoutée sur des images muettes. (Plutôt qu’une voix off, on devrait parler de voix over.)

L’ensemble du dispositif permet de mieux cerner le rôle des images d’archive dans ce type de film composé donc uniquement de ces images du passé.

Une première fonction, plutôt dévolue aux archives personnelles, est de donner vie aux personnages. Des images de Federico donc aux divers moments de sa carrière militaire et de sa relation avec Rima. Des images de celle-ci, souvent des gros plans de son visage, soulignent sa séduction. Le couple, si ce n’était pas la guerre, pourrait être heureux.

Les archives historiques sont, elles, d’abord des rappels d’événements comme la rencontre Mussolini- Hitler. Elles donnent ensuite une vue globale du moment historique dans lequel se déroule l’histoire personnelle. L’alternance des deux voix correspond alors aux deux niveaux d’histoire et de leur imbrication.

Les images d’archives pourraient-elles ici se passer de commentaire. Bien sûr que non. Federico et Rima ne sont pas des personnages connus. Le commentaire en précisant leur identité rappelle aussi leur situation vécue.

Pour les images historiques, c’est plus complexe. D’abord parce que certaines de ces images sont sonores, comme les discours de Mussolini. Pour les autres il est difficile d’éviter la redondance. Mais dans la mesure où la voix masculine est en première personne, la dimension explicative de la voix féminine est assez restreinte ce qui diminue le risque de didactisme du film. Au fond, l’éclairage spécifique sur la relation des Italiens aux juifs nous est donné dans le film de surcroit, comme un simple élargissement à l’ensemble de la politique d’une position personnelle. Pourtant l’objectif poursuivi par le film a bien une dimension historique fondamentale. Oui, tous les Italiens, même dans l’armée, n’étaient pas tous fascistes. Ils n’étaient pas tous antisémites et beaucoup ont aidé les juifs à échapper aux arrestations allemandes. Si le film ne le dit pas explicitement, il laisse quand même entendre que ce n’était pas toujours le cas en France occupée.

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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