P COMME PERSONNAGES FÉMININS INOUBLIABLES Liste 3

Des Etats-Unis à la Chine en passant par l’Afrique, le Japon, le Portugal et la Russie, elles ne sont pas toutes célèbres, mais toutes méritent notre admiration.

Des portraits particulièrement variés pour célébrer ces destins hors du commun.

Le cinéma les a immortalisées.

Angela Davis dans Free Angela Davis and all political prisoners (2011) de Shola Lynch

Originaire d’Alabama, elle fait des études de philosophie à New York et surtout en Allemagne, ce qui lui permet d’obtenir un poste d’enseignante à l’université de Californie. Son adhésion au parti communiste est connue et dérange. Une femme, noire, communiste, peut-elle être acceptée dans cette fonction d’enseignant, d’autant plus que son charisme attire une foule de plus en plus nombreuse d’étudiants.

Delphine dans Les prières de Delphine de Rosine MBAKAM

Le récit de la vie de Delphine est le récit du malheur. Un malheur qui semble prédestiné, auquel elle ne peut échapper. Violée à 13 ans, elle n’a d’autre moyen pour survivre – pour vivre tout simplement – que de se prostituer. Pourtant Delphine ne se laisse pas aller au désespoir. Jusqu’à la grande scène finale où elle craque, elle est plutôt souriante, enjouée, pleine d’humour et d’ironie. Elle s’affirme battante, prête à combattre. Pourtant elle finit par sombrer, comme si les efforts qui furent les siens tout au long de son récit pour raconter sa vie n’avaient subitement plus de sens. Ses pleurs, ses cris, sa violence, comment tout cela pourrait ne pas éclater enfin ?

Floh dans Call me chaos de Aleksandr Winogradov

Le portrait que nous propose Aleksandr Winogradov de Floh, chanteuse des rues et accordéoniste, joue sur le côté à la fois hors du commun et familier de son personnage. Sa musique, sa voix, ses chansons en font un être surprenant. Sa façon de vivre nous questionne immédiatement. Sa manière d’être nous étonne. Mais en même temps, nous avons l’impression de la connaître déjà, d’avoir en tout cas déjà rencontré ses semblables. Elle pourrait être présente dans le quotidien de chacun de nous.

Grand-Mère dans Mirror of the bride (2013) de Yuki Kawamura.

Tout le monde l’appelle « Grand-mère ». Ses filles, ses fils, ses petits-enfants. Une façon sans doute d’affirmer sa position de doyenne de la famille. Grand-mère est donc âgée. Et malgré son âge elle a toujours souhaité continuer à vivre seule, dans son chez soi. Mais il est venu un moment où cela n’était plus possible. Aussi bien physiquement que psychiquement. Alors s’est posée pour la famille la question de savoir comment s’occuper d’elle. Un des enfants va-t-il l’accueillir sous son toit ? Ou bien va-t-on la mettre dans une maison de retraite ?

dans Honeyland. De Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov

La vie d’une femme, sa survie plutôt, grâce au miel, qu’elle récolte avec patience et beaucoup de savoir-faire. Une vie de misère dans ces montagnes de Macédoine, loin de la vie moderne et de son agitation. Une vie que l’héroïne, Hatidze, consacre aux abeilles et à sa propre mère grabataire qu’elle nourrit à la cuillère, ou en lui achetant des bananes avec l’argent gagné par la vente du miel.

Hé Fengming dans Fengming. Chronique d’une femme chinoise de Wang Bing.

Épouse d’un droitier, elle sera elle-même considérée comme droitière. Elle décrit minutieusement les pratiques d’accusation, au jour le jour, n’oubliant aucun détail, les « séances de lutte » où elle est insultée, humiliée, poussée à bout au point qu’elle pensera à se suicider malgré son amour pour ses enfants. La dictature qui se met en place est impitoyable, l’accusation, la séparation d’avec son mari, l’envoi en camp de travail, la souffrance, la faim, la mort du mari, Hé Fengming a de tout cela une mémoire extrêmement précise.

Hélène Berr dans Hélène Berr, une jeune fille dans Paris occupé de Jérôme Prieur.

Une jeune fille promise à un brillant avenir. Sauf qu’elle est juive. Son avenir immédiat sera fait de discriminations de plus en plus importantes dans Paris occupé. En 1944, elle est arrêtée avec ses parents et déportée à Auschwitz. Elle mourra à Bergen-Belsen quelques jours avant la libération du camp.

Katia et Yula dans Bref manuel de libération d’Alexander Kuznetsov

Katia et Yula, vivent depuis leur enfance dans un internat neuropsychiatrique. En Russie ces institutions ne sont pas entourées de murs et de grilles, mais ce sont quand même des lieux de privation de liberté. Ceux qui y sont enfermés sont étiquetés « fous ». En conséquence, ils sont privés de leur « capacité civique ». En clair ce ne sont plus des citoyens. Ils ne pourront ni trouver du travail, ni se marier, et pour les femmes il leur est interdit d’avoir des enfants. Parce qu’elles ont été rejetées par leurs parents et diagnostiquées « folles », Katia et Yula ont donc vécu en orphelinat avant d’arriver à l’internat où elles sont « condamnées » à passer leur vie.

Marie Depussé dans Sur le quai de Stephan MIHALACHI

Marie – psychanalyste et écrivaine – a rempli sa vie de rencontres, avec des êtres en souffrance, mais qui grâce à elle, pouvait continuer à vivre. Certains viennent encore la voir dans la cabane au fond du parc de la clinique de La Borde, où elle vit presque en ermite, non pour continuer une analyse ancienne, mais peut-être pour trouver dans sa parole un simple écho de celle-ci.

Pauline dans Pauline s’arrache d’Amélie Brisavoine

Les conflits avec son père sont fréquents et souvent extrêmement violents.  Il incarne une autorité arbitraire qui de toute façon n’a aucune efficacité. Il est vraiment déconnecté des préoccupations de sa fille. Ne passe-t-il pas une bonne partie du film à lui « crier dessus », des éclats de violence et de colère dont on ne comprend pas toujours la raison. Bref, la famille, pour Pauline, n’est supportable que lorsqu’on fait la fête. Pour le reste, Pauline pense surtout à se réfugier dans la solitude de sa chambre.

Sabine dans Elle s’appelle Sabine de Sandrine Bonnaire

Mobilisant des images familiales, Sandrine Bonnaire nous montre sa sœur jeune, à 18 ans. Sabine y est jeune, belle, souriante, pleine de vie et profitant pleinement de la vie, comme lors de ce voyage à New York, en Concorde, avec Sandrine. Au moment de la réalisation du film, Sabine a 48 ans. Elle a beaucoup grossi, elle sourit très peu, elle est lente dans ses mouvements et son langage très répétitif est hésitant et très pauvre. Le contraste est frappant. Entre les deux, un trou noir : cinq années d’hôpital psychiatrique.

Wanda Duerte dans Dans la chambre de Wanda (2001) de Pedro Costa

Cette Wanda, c’est Wanda Duerte, l’actrice principale du précédent film de Costa, Ossos. Ici elle joue son propre rôle. C’est-à-dire qu’elle ne joue pas. Elle vit dans sa chambre. Elle n’en sort que pour essayer de vendre des salades ou des choux aux habitants du quartier. La plupart n’achètent pas parce qu’ils n’ont pas d’argent. De toute façon Wanda sort rarement de sa chambre. Elle reste le plus souvent allongée sur son lit, bavardant de tout et de rien avec sa sœur Zita, sa compagne de dope. Elle fume sans arrêt, tousse, crache, vomit. Elle a du mal, à respirer. Peu importe. Comme tous les junkies elle ne peut pas se passer de drogue.

Liste 1 https://dicodoc.blog/2022/02/28/p-comme-personnages-feminins-inoubliables-liste-1/

Liste 2 https://dicodoc.blog/2022/03/04/p-comme-personnages-feminins-inoubliables-liste-2/

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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