M COMME MUSIQUE de rue

L’orchestre souterrain. Heddy Honigmann, Pays-Bas-France, 1997, 108 minutes

Dans le métro, dans les rues de Paris, de la musique. Des musiciens souvent très doués qui jouent pour gagner leur vie. Au milieu de la foule des passants. Mais souvent ils s’arrêtent, pour écouter, pour savourer un moment de plaisir esthétique, une brève parenthèse au milieu de la frénésie urbaine.

Le film de Heddy Honigmann commence dans le métro parisien. Dans les rames, la caméra se concentre sur les visages des musiciens et des passagers. Tous ne sont pas forcément attentifs. Comme tous ne donneront pas une petite pièce en remerciement. Mais dans l’ensemble, beaucoup écoutent. Il est vrai que la musique que l’on entend n’a pas grand-chose à envier à celle qui inonde les radios.

Dans les couloirs, sur les quais, la difficulté pour la cinéaste c’est d’échapper à la surveillance des agents de la RATP. Par deux fois ils interviennent pour rappeler qu’il est « strictement interdit » de filmer dans le métro. Et de menacer de supprimer les images déjà enregistrées. Heureusement une ruse permet d’échapper à cette censure. Mais le reste du film devra se contenter de filmer en surface. Ce qui d’ailleurs nous vaut de longs travellings le long de rues animées, à la tombée de la nuit. Surtout dans les quartiers populaires où vivent ces musiciens.

Car le film ne se contente pas de nous faire écouter leur musique, il nous les fait rencontrer, allant même jusqu’à les accompagner chez eux, dans une chambre de bonne au sixième étage ou dans une chambre d’hôtel, où ils peuvent évoquer leur vie plus sereinement.

Tous ont des itinéraires compliqués. Tous ont dû quitter leur pays pour fuir la guerre. Certains ont obtenu le statut de réfugiés politiques. Ils viennent d’Afrique ou d’Amérique latine. Ou aussi du Kosovo. Les musiques que nous entendons dans le film seront donc extrêmement variées. Mais toutes, dans leur contexte urbain ou dans l’intimité des appartements, seront chargées d’émotion.

Nous entendrons donc successivement un harpiste vénézuélien, un violoniste de Sarajevo, une chanteuse malienne, un couple roumain. Et quelques autres, jouant de la guitare ou de l’accordéon. Les chansons parlent de l’exil bien sûr et de ses souffrances.

Tous tenteront d’expliquer pourquoi ils sont là et comment ils peuvent survivre dans ce Paris qui n’est pas toujours très accueillant. Mais ils savent retenir un public sensible à la qualité de leur jeu. Et après tout, la musique est un art universel, qui peut abolir les frontières et permettre des rencontres chaleureuses. Ce que nous montre le film avec force, c’est que ces musiciens de rue sont avant tout des musiciens.

Heddy Honigmann a été l’invitée d’honneur du FIPADOC 2022.

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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