10 ans après.

En nous. Régis Sauder, 2022, 99 minutes.

La confrontation du présent et du passé. Un regard sur le temps qui passe, le temps qui a passé. 10 ans déjà.

Il y a 10 ans, ils et elles étaient élèves d’une classe de terminale d’un lycée de la banlieue nord de Marseille. Ils préparaient le bac et étudiaient La Princesse de Clèves en cours de français. Un roman dans lequel ils retrouvaient certaines de leurs préoccupations d’adolescents du début du vingt-et-unième siècles, notamment en ce qui concerne le sentiment amoureux.

Le film qu’avait alors réalisé Régis Sauder avec eux, Nous Princesses de Clèves (2009), les suivait durant cette année scolaire déterminante, au lycée et dans leur famille ou dans leurs relations amicales. Des adolescents et adolescentes pleins de doutes et d’espoir et tous particulièrement attachants.

Dix ans après donc, le cinéaste revient sur les lieux de son film. Ou plus exactement, il part à la recherche des anciens élèves de cette classe où les cours de français étaient on ne peut plus passionnants.

Que sont-ils devenus ?

La problématique du film impose un dispositif classique : des extraits du film de 2009 centrés sur un des personnages, dans une courte séquence pouvant faire office de présentation, extraits suivis immédiatement par le filmage contemporain donnant la parole à ces jeunes adultes, filmés sur leurs lieux de travail et dans leur nouvelle vie. Mais ce dispositif ne devient jamais pesant, car Sauder s’en affranchi presque systématiquement, se centrant sur ce présent si éloigné du passé, si éloigné en fait de ce passé, au point qu’une comparaison terme à terme est quasiment impossible. En nous devient alors très vite un film autonome que l’on peut voir sans référence à son prédécesseur.

Le cinéaste se penche plus particulièrement sur deux domaines problématiques de la société française : l’enseignement et le système de santé.

Pour la santé c’est essentiellement la situation de l’hôpital publique qui est en jeu. Les revendications énoncées sont devenues classiques dans cette France où le masque est devenu obligatoire : arrêt des fermetures de lits, changement de politique globale et refus de la rentabilisation des patients. Sans oublier la souffrance au travail du personnel soignant qui se sent de plus en plus abandonné en cette période de pandémie.

Au niveau de l’enseignement, le film se centre sur l’exercice de la profession d’enseignant à travers la figure de la prof de français présente dans le premier film. Dès l’ouverture de En nous, nous la retrouvons dans le même lycée, dans la même classe, avec des élèves qui ne sont dans le fond sans doute pas si différents de leurs prédécesseurs. Dans une séquence particulièrement originale, elle leur montre le film de 2009 et pilote un débat à son sujet. Plus tard dans le film une des élèves d’alors vient rencontrer ceux d’aujourd’hui. Une confrontation éclairante.

Tout au long de En nous, nous entrons dans la tête de la professeure de français, une voix off dans laquelle s’exprime pas mal de lassitude. On est loin de l’enthousiasme et du dynamisme qui éclatait dans chaque séance de classe filmée il y a 10 ans. Le temps, et l’évolution de la société, ont effectué leur travail de sape.

Pour le reste, le film montre comment les élèves ont plus ou moins réussi dans la vie, au niveau professionnel surtout mais aussi dans leur vie personnelle. Plusieurs ont eu un enfant mais vivent seule pour l’élever après la séparation d’avec le père. L’amour de cet enfant semble satisfaire totalement leur vie affective, ce qu’elles n’envisageaient pas de cette façon il y a 10 ans. Même si elles sont toutes très heureuses de retrouver leurs amis du passé, on ne peut nier qu’elles vivent dans l’ensemble un repliement sur soi qui clôt définitivement l’âge de l’adolescence.

Le temps qui passe, là comme ailleurs, n’aurait-il pas d’autre effet que d’engendrer de la nostalgie ?

Sur Nous Princesses de Clèves lire  la critique du blog : https://dicodoc.blog/2017/07/13/p-comme-princesse-de-cleves/

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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