FEMINICIDE.

Elle s’appelait Sirima. Pascale Thirode, 2021, 59 minutes.

Lettre après lettre, elles collent des slogans sur les murs de Paris.  Des lettres noires pour des slogans qui sont des cris.

« Tu trouveras toujours du soutien sur les murs. »

« Aux femmes assassinées la patrie indifférente. »

« Tremblez la colère des femmes gronde. »

« On ne veut plus compter nos mortes. »

« On ne nait pas femme, on en meurt. »

« Aimer n’est pas tuer. »

Un incipit qui filme les manifestantes dans la nuit, un soulèvement devant l’inacceptable : les féminicides. Sur la platine tourne un disque. Nous entendons la chanson « A part of me », par Sirima.

Le film de Pascale Thirode est une dénonciation des féminicides et de l’inertie de la société patriarcale devant le nombre de plus en plus important de ces meurtres de femmes, des femmes tuées parce qu’elles sont femme.

C’est aussi le portrait de l’une d’elle : Sirima.

Sirima était d’origine Sri-lankaise. Elle avait vécu à Londres avant de venir à Paris. Elle chantait dans le métro, à la station Chatelet-Les Halles, où elle avait émerveillé plus d’un voyageur. Elle venait d’enregistrer son premier album, fait son premier clip et ses premiers concerts. Elle a été tuée par son compagnon, à coups de couteau.

Dans son film, Pascale Thirode part à la recherche des traces et des souvenirs laissés par Sirima.

Ses chansons d’abord. Des textes poignants, souvent tristes. Mais qui disent tout de la jeune chanteuse, son amour de la vie.

Et puis, ceux qui l’ont connue. Ceux qui l’avaient rencontrée dans le métro. Les musiciens qui ont travaillé avec elle. Les journalistes qui s’étaient intéressés à elle. La productrice du clip réalisé à l’occasion d’un duo avec Jean-Jacques Goldman. Le film s’ouvre sur un article du journal Libération qui lui est consacré. Tous soulignent le côté particulièrement attachant de Sirima.

A propos du procès de son meurtrier, la réalisatrice a retrouvé le procureur qui avait demandé dan son réquisitoire de sept à neuf ans de réclusion. A l’époque, le terme de féminicide n’existait pas (le film est réalisé quelques trente ans après les faits). Comme beaucoup d’autres, le meurtre de Sirima a été qualifié de crime passionnel ce qui impliquait presque systématiquement les circonstances atténuantes.

Mais le plus intéressant, c’est bien sûr de voir Sirima elle-même. Des photos surtout, souvent destinées à l’accompagnement de son album. Grâce à de vielles cassettes, nous découvrons des extraits d’entretien et Sirima en concert, face au public.

Et la réalisatrice nous mène sur les lieux où Sirima vivait, l’immeuble où elle a été tuée et le Canal Saint Martin où ses cendres ont été dispersées.

Cette enquête nous permet de découvrir cette jeune femme qui aurait pu faire une brillante carrière dans la chanson. Mais surtout il nous invite à nous ranger derrière toutes les femmes qui dénoncent les féminicides et la société patriarcale qui tend à les minimiser.

Un film indispensable donc.

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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