N COMME NUDITE.

Ma nudité ne sert à rien, Marina de Van, 2018, 85 minutes.

Si l’exhibitionnisme ne vous choque pas, bien au contraire,

Si vous raffolez du narcissisme (primaire ou non),

Si vous vous délectez du parisianisme, alors…

Ce film est pour vous.

Sinon, fuyez !

Ne filmer que soi, tout au long d’un film qui se présente comme autobiographique, est chose difficile. Pour intéresser, la tentation est forte d’y mettre du piquant. A tout prix. Marina de Van a tenté le coup de la nudité. Si l’on prend le titre du film à la lettre, c’est plutôt raté !

Marina vit seule – enfin, presque seule, puisqu’elle a un chat, une chatte plutôt ! Elle vit le plus souvent nue dans son appartement. Elle se filme nue presque toujours allongée sur son lit dans des positions de Maja. Des images qui ne manquent pas d’une certaine rigueur plastique. Quand elle danse, ou fait de l’exercice physique, c’est autre chose. C’est que Marina n’est plus vraiment jeune.

A l’approche de la cinquantaine, ce qui tourmente Marina, ce n’est pas de n’être plus désirable ou de risquer de ne plus être désirable. C’est – un tourment bien plus grand – de ne plus désirer. De ne plus ressentir de désir pour les hommes. De ne plus avoir de sexualité active (en dehors de la masturbation en regardant une vidéo porno).

Pour éviter ce nihilisme du désir, elle fait bien des efforts pourtant. Elle fréquente assidûment les sites de rencontre. Et elle concrétise ses contacts virtuels dans la réalité. D’où sa fréquentation des cafés parisiens, dans les beaux quartiers toujours. Mais rien n’y fait. Les ruptures sont rapides, parfois violentes. Mais le champagne coule à flots.

Pour ne pas sombrer totalement, Marina ne trouve qu’une solution : quitter Paris. Aller se ressourcer dans le sud, au soleil, en jouant les touristes. Les prises de vue de la côte et de la mer renforcent le côté factice de tout cela, de la vie entière de Marina.

M COMME MERE

La femme couchée de Chloé Léonil.

Une mère et sa fille. Une fille cinéaste qui propose à sa mère de la filmer. De réaliser un film sur elle. Rien que sur elle. De la filmer de façon originale, surprenante, que certains pourraient trouver même choquante. Elle veut la filmer nue. Si la mère accepte, c’est qu’elle a entièrement confiance en sa fille. Elle sait qu’elle sera filmée avec pudeur, avec tendresse,  avec amour. Et que sa fille, par son film, rendra le plus bel hommage qu’une enfant puisse faire à son parent. Filmer ce corps dont elle est née. Un corps qui lui a donné la vie.

Le film commence donc par la « mise à nue » de la mère. Elle se déshabille tout naturellement pourrait-on dire. Pas du tout un strip-tease. Aucun effet qui se voudrait érotique. Pourtant le filmage du corps sera quand même particulièrement sensuel. Allongée sur un lit, la mère donne à voir son corps. Les références plastiques affluent. Nous pensons immédiatement à Goya et surtout à Gauguin. Le titre du film reprend lui une toile de Picasso. Et comme la mère est visiblement métisse, nous sommes renvoyés aussi à la montagne du même nom en Martinique. Tant le corps allongé a une beauté plastique. Tant la façon dont la caméra le survole, lentement, en gros plan, glissant sur les membres, effleurant la peau dont elle nous révèle le grain, est empreinte de douceur. Que dans la simplicité de ces images, ce serait trop peu dire qu’il y a une connivence entre la mère et la fille, une véritable fusion peut-être. Tant et si bien qu’on en vient à penser que le regard du spectateur, lui, ne compte pas. Qu’il est hors-jeu. Qu’il n’est donc pas un regard voyeur. Qu’il ne peut qu’admirer – être admiratif – de la relation mère-fille qui se tisse devant lui, et s’amplifie jusqu’à devenir une explosion d’émotions.

Le cheminement de la caméra s’arrête soudain. Sur cette partie du corps, le ventre, marquée d’une trace, une cicatrice indélébile, souvenir de ce que la naissance de la fille fut une douleur sans doute, mais une douleur annonciatrice de joie. Un plan qui fait du film un hymne à la vie.