S COMME SEXUALITE FEMININE

Mon nom est clitoris. Lisa Billuart-Monet, Daphné Leblond, France-Belgique, 2019, 88 minutes.

Les femmes connaissent-elles leur sexe, et en particulier leur Clitoris. Lisa Billuart-Monet et Daphné Leblond ont demandé, dans l’incipit de leur film Mon nom est clitoris, à de jeunes femmes d’une vingtaine d’année, de dessiner cet organe féminin qui est le seul à être entièrement et exclusivement destiné au plaisir. Le résultat de l’expérience est concluant. Le clitoris est bien un continent inconnu.

Le film donne la parole à une douzaine de jeunes femmes de 20 à 25 ans pour parler de leur sexualité. Et elles le font avec un brio remarquable.

On imagine que le choix de ces personnages n’a pas été si facile que cela. Parler de sexe devant une caméra n’est de toute évidence pas facile. En parler dans la société non plus d’ailleurs. Mais le casting est particulièrement réussi. On a affaire à de jeunes femmes qui s’expriment avec une spontanéité désarmante. Pour elles pas de langue de bois et elles n’hésitent pas à appeler un chat un chat. Elles sont visiblement décomplexées et vivent certainement une vie sexuelle libre et épanouie. Ce qui pourtant n’a pas été forcément le cas dans leur enfance. Comme bien d’autres elles ont connu les tabous sociaux qui enveloppaient – et enveloppe encore aujourd’hui pour beaucoup – tout ce qui concerne la sexualité. Que le sexe peut procurer du plaisir, grâce d’ailleurs à cet organe pas plus gros qu’un petit pois (comme il est si souvent représenté), il leur a fallu le découvrir par elles-mêmes, par un pur hasard souvent.

De ces récits de leur enfance, et jusqu’à l’adolescence, on retiendra la précocité de certaines, mais l’ignorance, plus ou moins longue, de toutes. L’école a bien des cours d’éducation sexuelle, mais il ne s’agit le plus souvent que de données anatomiques. Dont d’ailleurs le clitoris est totalement absent. Comme dans les manuels ou autres albums pédagogiques où les schémas informatifs ne le mentionnent que très rarement.

Au fil de ces dialogues, sont abordés tous les aspects de la vie sexuelle féminine : les règles, la masturbation, la virginité, la première fois, l’orgasme. La séquence consacrée à ce dernier thème, où elles essaient de rendre compte par les mots et des gestes de ce qu’elles ressentent est particulièrement réussie. Elle devrait être montrée à tous les adolescents, pour qu’ils soient moins ignorants de ce qui fait la féminité.

Sans être ouvertement militant côté féminisme, le film est clairement engagé en faveur de la libération des femmes vis-à-vis d’un patriarcat qui reste certainement encore dominant dans notre société. La joie de vivre – et de jouir – de ces jeunes femmes est particulièrement réconfortant, à l’époque de #metoo – dont d’ailleurs il n’est pas fait mention. Comme quoi la parole sincère peut être une arme tout aussi efficace que bien des manifestations.

I COMME ITINERAIRE D’UN FILM : Vilain Garçon de François Zabaleta

Un film écrit et réalisé par François Zabaleta  

CONCEPTION

La conception est simple. Ce film est l’adaptation d’une partie de mon livre autobiographique LE BÂTARD IMAGINAIRE et dont le texte de quatrième de couverture est assez clair sur mes intentions ouvertement documentaires et ouvertement autobiographiques : « LE BÂTARD IMAGINAIRE est l’histoire d’une destruction. Celle, quotidienne, irréversible, d’un enfant de huit ans muré dans un désespoir qui n’a pas de mot pour se dire. Un désespoir froid et blanc comme une banquise dans laquelle il s’égare en prenant soin d’effacer ses propres traces. L’enfant dont il est question, et qui est bien entendu l’auteur lui-même, ou l’enfant qu’il a été, ne participe pas au monde qui l’entoure. Il ne comprend ni ses règles ni le rôle qu’il est censé y jouer. S’il est l’histoire d’une destruction, Le Bâtard Imaginaire est aussi celle d’un apprentissage âpre et cruel. Celui du sentiment de la différence chez un enfant aussi peu préparé que possible à la recevoir pour destin. » Je voulais absolument revenir sur l’épisode de mon agression sexuelle par un garçon de quelques années plus âgé que moi et puis de ce qui rétrospectivement m’apparaît comme une illustration du syndrome de Stockholm. Le film devait être assez court. La forme du moyen métrage m’a très vite paru idéale. Je ne voulais pas m’appesantir sur les détails. Je voulais faire un film factuel, sans psychologie. Et je voulais surtout ne pas réaliser un film victimaire. D’ailleurs les faits ne sont jamais qualifiés. Ils sont juste cliniquement racontés. Je voulais un film cru, brutal, dénué de sentimentalisme, qui va droit aux faits.  Le premier titre du BÂTARD IMAGINAIRE était LE BROYEUR. Je faisais référence au livre fascinant du colonel Lawrence LA MATRICE dont l’un des chapitres s’appelle Dans le broyeur. Le monde dans lequel je suis né et j’ai grandi ne se contentait pas de mettre à l’écart les enfants différents, il les broyait aussi pour les rendre définitivement inapte à toute forme de socialité disons alternative. Toute mon enfance j’ai eu peur. J’avais peur de sortir, d’aller à l’école. C’était un monde violent, répressif, qui vous rendait conforme de gré ou de force. C’était surtout un monde essentiellement masculin, c’est ça qui terrifiait le petit garçon homosexuel que j’étais. Il n’y avait pas de place pour moi. Et plutôt que de me laisser jouer dans mon coin à la poupée, on me faisait rentrer de force dans une panoplie hétérosexuelle qui bien sûr m’était contre nature et me faisait horreur, on tentait de m’ajuster de force en gommant toutes mes aspérités (mes aspérités, c’est-à-dire mon identité) à un idéal masculin, à cet adulte que j’étais censé devenir. Le problème n’était pas l’homosexualité, c’était surtout de sauvegarder les faux semblants. Je pouvais être ce que je voulais du moment que je sauvais les apparences, du moment que je jouais le jeu, le jeu social qui consiste à s’ajuster aux us et coutumes de la meute. Apprendre à donner le change était le maître mot de l’éducation que j’ai reçue. Cela dit je n’étais pas conscient de la gêne que j’occasionnais. Elle n’était pas consciente. Mon inaptitude à la normalité n’était pas un acte de rébellion sciemment orchestré. J’étais un petit garçon un peu attardé, lunaire, poétique, qui parlait au fantôme, qui adorait la musique de Richard Wagner, qui faisait pipi au lit, qui croyait au Père Noël, qui jouait à la poupée, et qui déchirait les rideaux de sa grand-mère paternelle pour se faire des robes. J’étais perdu pour la cause. Irrécupérable. J’étais déviant, dangereux. Etre avec moi c’était être comme moi. Il y a cette phrase extraordinaire de Roland Topor : Vivre en marge pour ne pas mourir au centre. Voilà ce que le petit garçon que j’étais a dû apprendre dans sa solitude d’extraterrestre.  

PRODUCTION

La production de ce film n’a pas posé beaucoup de problèmes puisqu’il s’agit essentiellement d’un film d’archives. Et comme j’ai une petite unité de production basée dans la petite ville des bords de Loire où je vis (GIEN pour ne pas la nommer) je suis le seul à décider de la mise en production de mes films. Les questions que je me pose quant à la mise en production d’un film est essentiellement d’ordre esthétique et moral (puisque Sartre prétendait que toute esthétique renvoie à une morale). Pour que je mette en chantier un film documentaire il faut que sa matière soit universelle. Il faut que l’aspect autobiographique soit transcendé par une problématique plus générale, sociétale ou autre.  

RÉALISATION

La réalisation a été relativement rapide, impulsive, rageuse par moments. Cette histoire qui s’est déroulée il y a plus de cinquante ans, je l’avais nettement devant les yeux comme si elle s’était passée hier. C’était très troublant. Tout est revenu par bloc entier. Les émotions, les détails tout était là. Je l’ai réalisé comme une transe hypnotique. Mon corps a pris le dessus. Ce n’est qu’après coup, en regardant le premier montage du film, que la raison a repris le dessus. Mais comme à chaque fois il était hors de question que mon film ressemble à un documentaire de France télévision. Je voulais creuser mon sillon, continuer à approfondir modestement ma petite grammaire cinématographique. Inventer une forme personnelle à même d’exprimer la solitude du petit garçon que j’étais et aussi son côté battant, résilient.

DIFFUSION  

La diffusion en général passe d’abord par la sélection dans les festivals puis, parfois par une sortie en salle (au cinéma LE SAINT ANDRE DES ARTS à Paris, qui a sorti COUTEAU SUISSE) et puis par une édition aux éditions de L’HARMATTAN. En fait c’est très artisanal. J’ai développé au fil du temps, des films, cette façon empirique de produire, de réaliser puis de diffuser mes films. Finalement cela s’avère approprié puisque par exemple mon film JEUNESSE PERDUE a été acheté (grâce à la gestion de l’agence du court métrage) par Filmo TV et par Amazon PRIME, il a été aussi été diffusé en Amérique Latine et en Chine. Je montre en novembre, dans un mois, mon long métrage CHIEN PERDU au festival CHERIES CHERIS qui me sélectionne pour la douzième fois consécutive, un record. C’est ce qui me plaît. C’est que mes films sont débattus aussi bien dans des festivals LGBT (même quand il n’est pas question d’homosexualité d’ailleurs) que dans des festivals disons plus généralistes (Côté Courts, festival international du court métrage de Clermont Ferrand…)  Et c’est ce qui est passionnant pour un cinéaste. D’autre part, suite à la demande de mon ami Dominique Coubes, directeur du Théâtre du Gymnase (ma pièce SORROW IN THE WIND y sera jouée l’an prochain) m’a demandé de faire partie d’une soirée caritative en janvier qui s’appellera L’INNOCENCE EN DANGER. Je lirai donc un court extrait du texte de mon film VILAIN GARÇON devant une salle composée de personnalités du monde de la politique et des arts… Mon film vient d’être sélectionné au festival international du film d’Evreux, ce qui est pour moi une surprise complète. Je ne m’y attendais pas du tout. Je me souviens très bien avoir hésité au moment de proposer mon film à ce festival riche, courageux et formidable en propositions cinématographiques les plus divers. Je me demandais en quoi mon film pouvait être un film d’éducation. Et puis après réflexion il m’a semblé que mon film parlait de la construction (par une phase de déconstruction) de la psyché homosexuelle. J’étais évidemment homosexuel avant d’être agressé sexuellement à l’âge de huit ans, mais je n’étais pas sexué ni sexuel. J’ai été brutalement obligé de me positionner face à quelque chose de brutal et d’inconnu qui ne m’a pas démoli sur le moment mais plus tard. C’était un peu comme une bombe à retardement que j’aurais avalée malgré moi. Mais le petit garçon que j’étais ne comprend rien au monde qui l’entoure, il ne comprend pas ce qui lui arrive ni ce qu’on lui demande. Mais il ne se résigne pas. Il prend des coups, des humiliations mais il se bat, il développe des anticorps qui deviendront plus tard, des années plus tard, le germe de sa résilience. C’est en cela je crois que VILAIN GARÇON est un film d’éducation. C’est une éducation certes par les ténèbres mais une éducation malgré tout. Quand personne ne vous vient en aide, il reste une aide que l’on peut trouver en soi-même à tout âge. On peut vivre, dans nos vies d’occidentaux) des épisodes barbares dans un monde civilisé. La société ne vous protège de rien. Ou en tout cas pas de tout. On peut trouver en soi la force de survivre à sa propre destruction. Et si je suis aussi content et fier de participer au festival d’Evreux c’est parce que le petit garçon marginal, un peu en retard sur tout, limite autiste que j’étais, aura l’occasion, par la voix de son avatar adulte, de plaider sa cause. On ne guérit jamais du passé, écrivait Faulkner. Moi je crois que si. On n’oublie pas, mais on guérit. C’est ce j’espère avoir l’occasion de dire à Evreux. Et je remercie à l’avance ce festival de l’occasion qui m’est offerte de le répéter publiquement.

L COMME LESBIENNE

Dieu merci, je suis lesbienne. Laurie Colbert et Dominique Cardona, 1992, 55 minutes.

Paroles de femmes. Mais pas n’importe quelles femmes. Elles s’affirment lesbiennes. Elles se revendiquent lesbiennes. Ce qui n’est pas une étiquette. Mais leur raison de vivre. Leur être même.

Des paroles directes, sincères, sans langue de bois. Sans faux-fuyant non plus. Des paroles réjouissantes tant on sent ces femmes libres – libérées. Et si heureuses. Même les plus âgées. Celles qui ont connu ces temps difficiles où le simple mot, lesbienne, pouvait résonner comme une insulte chargée de mépris. Toutes n’ont pas eu la chance de ne pas connaître le placard.

Des femmes de plusieurs âges donc. Même s’il n’y a pas parmi les interviewées de très jeunes filles. Des femmes de plusieurs pays d’origine, même s’il n’y a pas d’africaine ni d’asiatique. Mais leur propos n’en est pas moins pour autant universel. Concernant le sens de l’existence, au-delà des différences sociales et culturelles.

Toutes racontent tout simplement la découverte de leur homosexualité. Leur acceptation de ce qui de toute façon est une évidence. Car au fond, lesbienne, ne l’ont-elles pas toujours été ? Au moment où elles parlent – plusieurs rayonnantes de bonheur quand d’autres sont plus réservées, moins démonstratives – elles ont toutes la certitude qu’il ne pouvait pas en être autrement. Ce qui n’est donc pas une question de choix, mais une réalité existentielle.

Elles abordent, sur demande des réalisatrices, les questions qui ne pouvaient pas ne pas figurer dans un tel film. La bisexualité par exemple, qu’elles rejettent en blog. Ou le sadomasochisme, qu’elles refusent tout autant spontanément. Quant au féminisme, elles le pratiquent concrètement. Lesbiennes et féministes, un seul et même mode de vie.

Datant de 1992, ce film pourrait sembler à priori un peu vieillot. Il n’en est rien. Les réalités abordées n’ont rien perdues de leur actualité. Et les images d’archives, les manifestations et autres parades LGBT, qui ponctuent le film font toujours partie de notre présent. Si le lesbianisme reste encore pour certaines femmes un combat, ce film sera pour elles un réconfort et un encouragement. Car elles ne pourront pas ne pas se dire : j’ai même rencontré des lesbiennes heureuses.

G COMME GARÇONS

Vilain garçon. François Zabaleta, 2021, 49 minutes

Un film d’enfance (et non un film sur l’enfance). Une histoire d’enfants. Des garçons. Un garçon solitaire. A l’école on se moque de lui. Est-il malheureux ? La notion de bonheur a-t-elle un sens pour lui ?

Une histoire qui se termine mal. Et qui n’avait pas très bien commencé de toute façon.

Un récit qui aurait pu être en première personne. Mais l’adulte ne doit pas prendre la place de l’enfant. Le récit – en voix off comme dans les films de Zabaleta – est donc en seconde personne. L’adulte – le cinéaste d’adresse à l’enfant. « Tu … » L’enfant devenu adulte s’adresse à l’enfant qu’il a été. Une voix intérieure donc.

Un récit fait d’une voix plate, sans aspérité, sans volume. Une voix triste. Sans entrain, terne. De bout en bout.

Mais un film, ce n’est pas qu’une voix. Ce ne peut pas être qu’une voix. C’est aussi des images. Zabaleta excelle dans la dissociation de l’image et du son.

Des images variées : des photographies et des images animées ; des images en noir et blanc et des images en couleurs ; des images d’archives et des images actuelles. Des images uniques et des images multiples (multipliées) dans le même écran. Et des images travaillées, retravaillées numériquement, avec des surimpressions et des effets spéciaux.

Dans les films de François Zabaleta (on se souvient de Couteau Suisse) enfance ne rime pas avec innocence. On est loin des clichés le plus courants. Des films particulièrement décapants donc. Ce qui n’exclut pas l’émotion. La preuve, le final du film :

« Où sont tous mes amants
Tous ceux qui m’aimaient tant
Jadis quand j’étais belle ?
Adieu les infidèles
Ils sont je ne sais où
A d’autres rendez-vous
Moi mon cœur n’a pas vieilli pourtant
Où sont tous mes amants. »

V COMME VOYAGE SCOLAIRE.

Zu Dritt (trio). Agnese Làposi, Benjamin Bucher, 2019, 23 MINUTES.

Le voyage scolaire d’une classe d’adolescents, un moment unique dans la scolarité, loin des parents et même des profs qu’on ignore superbement et que le film laisse donc hors champ. Une excellente occasion d’épier les relations fille-garçon.

Car si le film nous montre bien les jeux collectifs, lors de la baignade dans le lac, ou sur le trampoline et le toboggan, ce sont surtout les conversations de petit groupe, ou même à deux, que la caméra capte le plus souvent. Une caméra qui passe totalement inaperçue pour ces ados pour qui l’école semble totalement oubliée. Même si cette vacance n’a forcément qu’un temps. Mais le film n’a pas la prétention de documenter la scolarité. Le voyage scolaire est une parenthèse. Mais c’est un temps de liberté, où chacun va laisser libre court à ses penchants, ses préférences relationnelles, ses amitiés et inimitiés, et tout cela dans la plus grande spontanéité.

 Car si on peut dire que tous jouent un rôle, ce n’est nullement un rôle pour le film. Il s’agit bien plutôt des rôles sociaux habituels. Car bien sûr, les filles se comportent vis-à-vis des garçons comme les filles doivent se comporter vis-à-vis des garçons. Et vice versa. Chaque attitude, chaque répartie, chaque regard presque, toutes ces relations sont fondamentalement conventionnelles. Il n’empêche, il se dégage de ces moments une grande sincérité, une grande fraicheur aussi. Comme dans les meilleurs teen movies, ceux qui regardent vivre les ados sans théâtralité, sans faux-semblant, et surtout sans intervenir. Et ici, ces ados vivent leur vie sans penser une seule seconde qu’ils sont filmés. Et sans se soucier le moins du monde de ce que les adultes peuvent penser d’eux.

Ces relations garçons-filles ne sont pas toujours très harmonieuses. On a plutôt l’impression qu’ils passent leur temps à se lancer des piques, à se moquer les uns des autres quand ce n’est pas purement et simplement s’insulter. Mais il y a aussi une certaine connivence entre eux. Après tout, ils vivent la même expérience. Des moments de solitude existent. Mais ils ne peuvent éviter de se retrouver en groupe, ne serait-ce que pour partager les moments d’ennui.

Sans surprise, la sexualité fait partie de leurs préoccupations essentielles. Ce que le film montre crument lorsque le trio qu’il suit plus particulièrement se retrouve dans un champ de maïs la nuit et joue à « vérité ou action ». Les questions très directes des filles finissent pat mettre mal à l’aise le garçon qui quitte brusquement le jeu. La vérité dans ce domaine n’est pas toujours facile à exprimer.

Un film court, mais qui aurait pu sans problème atteindre un format plus long. Mais c’est aussi une qualité du film que de nous mettre en appétit. L’adolescence est un bon filon cinématographique.

Côté court 2020

P COMME PROSTITUTION – Filmographie.

Belle de nuit – Grisélidis Réal, autoportraits de Marie-Eve de Grave

Blue boy de Manuel Abramovich

La Bocca del lupo de Pietro Marcello

Brothers of the night de Patric Chiva

Les Clients des prostituées de Jean-Michel Carré

Un couple peu ordinaire de Jean-Michel Carré

Les Enfants des prostituées de Jean-Michel Carré

L’Enfer d’une mère de Jean-Michel Carré

Karayuki-san, ces dames qui vont au loin ? de Imamura Shôhei

Maisons closes, maisons d’illusions de Mark Kidel

La Nouvelle Vie de Bénédicte, de Jean-Michel Carré

Le Papier ne peut pas envelopper la braise de Rithy Panh

Les prostituées de Lyon parlent, de Carole Roussopoulos

Survivantes de la prostitution de Hubert Dubois

Les Travailleu(r)ses du sexe – (et fières de l’être), de Jean-Michel Carré

Les trottoirs de Paris de Jean-Michel Carré

Vers la tendresse, d’Alice Diop

G COMME GYNECOLOGIE.

Mat et les gravitantes. Pauline Pénichout, France, 2019, 25 minutes.

« Ça secoue » avoue une des participantes de l’atelier « d’auto-gynécologie » qui vient de se dérouler en groupe devant la caméra. Auto-gynécologie, de quoi s’agit-il ? Regarder à l’intérieur de son corps. Grâce à un spéculum, observer son col de l’utérus. Avec comme objectif de mieux se connaître. Être à l’aise avec son corps, en parler librement. La sexualité, la recherche du plaisir et la vie amoureuse ne doivent plus être un tabou.

Et en effet, il y a une grande liberté d’expression dans ce groupe de femmes – plutôt jeunes – qui n’hésitent pas à appeler un chat un chat (ou plutôt une chatte une chatte). La démarche qu’elles entreprennent n’est pas ouvertement inscrite dans des luttes féministes. Il s’agit d’abord d’un engagement personnel. La dénonciation de l’obscurantisme social à propos de la sexualité dont elles ont fait les frais dans leur enfance et leur adolescence. A l’école en particulier, où l’éducation sexuelle au collège n’évoquait uniquement que le plaisir masculin. Et la revendication d’un droit à la jouissance et d’une liberté totale dans tout ce qui concerne le corps.

Ces femmes ne se présentent donc pas comme des militantes. Elles n’évoquent nullement les questions de contraception et le problème de l’avortement, comme si ces combats anciens avaient abouti à des acquis définitifs. De même elles ne semblent pas vraiment concernées – du moins elles ne les évoquent pas – par les luttes contre l’excision par exemple. D’ailleurs il est assez curieux que leur réflexion sur le plaisir féminin les conduise à évoquer le col de l’utérus plutôt que le clitoris, dont il n’est absolument pas question dans le film. Mais il semble que le film se situe au lancement d’une expérience et d’une démarche qui ne peut qu’être poursuivie et approfondie. En ce sens, le film de Pauline Pénichout peut servir de déclencheur en s’inscrivant dans le contexte actuel dit post #metoo où la dénonciation du viol et des violences sexuelles doit pouvoir déboucher sur des exigences plus concrètes en matière de liberté et de droit. Ce qui n’est en rien contradictoire avec les thèmes plus généraux de l’égalité sociale homme-femme, de la dénonciation de l’homophobie et de l’affirmation des différences dans le cadre des luttes LGBT+.

« J’ai envie de jouir » dit une jeune femme qui répond aux questions de la cinéaste à propos de sa vie sexuelle et amoureuse. D’ailleurs elle ajoute « j’aime être amoureuse ». Une nouvelle éthique du bonheur.

Visions du réel 2020.

J COMME JUNGLE – Paris

Jungle. Louise Mootz, France, 2020, 52 minutes.

Il faut une certaine audace – ou un brin d’insolence – pour choisir un tel titre pour un film qui ne se passe pas à Calais et qui ne concerne nullement les migrants. Nous ne sommes pas non plus dans le désert ou la savane et il n’y a ni lion ni gazelle. Dira-t-on alors qu’il s’agit d’un titre métaphorique qui documente, avec une prétention ethnologique ou sociologique, une faune urbaine particulièrement sauvage. Non. Le film de Louise Mootz n’est pas si simpliste.

Nous sommes à Paris, dans l’est de la capitale, du côté de Gambetta ou Stalingrad. Pas les beaux quartiers. Mais pas vraiment la banlieue non plus. Pas grand-chose ici n’évoque le 93. Un Paris vivant, coloré, lumineux même la nuit. Surtout la nuit. Un Paris où les jeunes affichent leur différence, leur dynamisme et leur joie de vivre. Enfin, une certaine forme de joie de vivre. Faite d’insouciance dans doute. Les problèmes d’avenir, il sera bien temps de les aborder plus tard.

Elles ont autour de 20 ans. Au sortir de l’adolescence il est temps de devenir adulte. Mais il n’y a pas urgence ! Un groupe d’amies, de filles qui se connaissent depuis toujours, mais qui commencent aussi à avoir leur vie propre. Un groupe mais qui n’est pas souvent réuni. Le film passe de l’une à l’autre, presque comme un film choral. L’incipit les présente tour à tour et le générique de fin reviendra sur leur identités. Mais l’unité ne réside pas seulement dans les lieux où elles vivent. Elles ont les mêmes préoccupations, le même style de vie. On les confondrait presque dans la nuit de la ville.

Leur souci premier est celui de leur apparence physique. Le maquillage (dès les premiers plans) et la coiffure. Pas de doute, le bleu est bien une couleur chaude. Une coiffeuse professionnelle peut facilement vous changer de tête. Et un peu de personnalité. Dans les discussions, le sexe revient sans cesse. L’amour, la vie de couple et l’homosexualité aussi. Elles parlent donc des garçons, qui ne sont là bien souvent que comme faire-valoir. Dans les boites pourtant la nuit, lorsque tout le monde suit le rythme de la musique, il n’y a pas de barrière ni de distinction entre les genres, et les trans se confondent avec tous les autres.

Le rythme du film épouse parfaitement le rythme de la vie de ces filles qui aiment jouer (viser les gens dans le métro avec un gun) et surtout rire, rire bruyamment, à gorge déployée, sans retenu, tout au long du film. Une ambiance de dérision bien souvent. Mais le sérieux existe quand même, lorsqu’il s’agit de faire le test du sida ou lorsque l’on parle avec sa mère.

La recherche sur les images est incessante. Dans les cadrages et le montage bien sûr. En particulier les plans sur le métro sont souvent originaux. On a même droit à un voyage entre deux stations dans la cabine du conducteur. La bande son aussi est très travaillée et pas seulement dans le choix des musiques qui nous donne un bon aperçu de ce que les jeunes écoutent aujourd’hui.

Un film trépidant. Un film d’aujourd’hui.

Une cinéaste à suivre.

Visions du réel 2020.

Sesterce d’argent
Meilleur moyen métrage

N COMME NUDITE.

Ma nudité ne sert à rien, Marina de Van, 2018, 85 minutes.

Si l’exhibitionnisme ne vous choque pas, bien au contraire,

Si vous raffolez du narcissisme (primaire ou non),

Si vous vous délectez du parisianisme, alors…

Ce film est pour vous.

Sinon, fuyez !

Ne filmer que soi, tout au long d’un film qui se présente comme autobiographique, est chose difficile. Pour intéresser, la tentation est forte d’y mettre du piquant. A tout prix. Marina de Van a tenté le coup de la nudité. Si l’on prend le titre du film à la lettre, c’est plutôt raté !

Marina vit seule – enfin, presque seule, puisqu’elle a un chat, une chatte plutôt ! Elle vit le plus souvent nue dans son appartement. Elle se filme nue presque toujours allongée sur son lit dans des positions de Maja. Des images qui ne manquent pas d’une certaine rigueur plastique. Quand elle danse, ou fait de l’exercice physique, c’est autre chose. C’est que Marina n’est plus vraiment jeune.

A l’approche de la cinquantaine, ce qui tourmente Marina, ce n’est pas de n’être plus désirable ou de risquer de ne plus être désirable. C’est – un tourment bien plus grand – de ne plus désirer. De ne plus ressentir de désir pour les hommes. De ne plus avoir de sexualité active (en dehors de la masturbation en regardant une vidéo porno).

Pour éviter ce nihilisme du désir, elle fait bien des efforts pourtant. Elle fréquente assidûment les sites de rencontre. Et elle concrétise ses contacts virtuels dans la réalité. D’où sa fréquentation des cafés parisiens, dans les beaux quartiers toujours. Mais rien n’y fait. Les ruptures sont rapides, parfois violentes. Mais le champagne coule à flots.

Pour ne pas sombrer totalement, Marina ne trouve qu’une solution : quitter Paris. Aller se ressourcer dans le sud, au soleil, en jouant les touristes. Les prises de vue de la côte et de la mer renforcent le côté factice de tout cela, de la vie entière de Marina.

P COMME PLAISIR FÉMININ.

#Female pleasure, Barbara Miller, Allemagne-Suisse, 2018, 97 minutes.

La situation des femmes est toujours aussi catastrophique, choquante, insupportable, partout dans le monde. On le savait déjà. Ce film en apporte une fois de plus une démonstration concrète, appuyée sur des faits. Viols, agressions, maltraitances de toutes sortes. Et on pourrait ajouter bien des situations, incestes, prostitution forcée, homophobie… Mais le film ne recherche pas l’exhaustivité. Il vise plutôt l’insistance sur des cas spécifiques, significatifs. Ceux où des femmes se révoltent et brises la loi du silence. Leur combat est pourtant loin d’être gagné tant les inerties sont tenaces et le pouvoir masculin solidement ancré. Pourtant ces révoltes existent, donnant des raisons d’espérer. Peu à peu le sens de l’histoire commence à s’inverser.

female pleasure

L’histoire mondiale est d’une uniformité confondante. Partout et toujours la femme a été considérée comme inférieure, toujours plus ou moins impure. Son rôle doit se limiter à donner des enfants aux hommes. Des garçons de préférence. Et bien sûr, elles n’ont aucun droit au plaisir. D’ailleurs ont-elles droit à une vie sexuelle ?

Le film présente 5 cas d’injustice faite aux femmes, une sorte d’inventaire, de répertoire des négations de leurs droits où l’on passe d’une situation à l’autre sans transition. Mais l’unité du film se trouve dans son propos, un féminisme radical, combattant. Les hommes n’y figurent guère, en dehors de la position d’accusé.

Nous parcourons ainsi le monde de New York à Tokyo, de l’Inde au Kenya en passant par l’Allemagne. Sont ainsi dénoncés les mariages forcés, l’excision, les viols systématiques et autre agressions sexuelles. Les religions – la Religion – fait l’objet d »une dénonciation répétée, en particulier le monothéisme, qu’il, soit juif, islamique ou chrétien. L’Église catholique – c’est d’actualité – est accusée de couvrir les actes de pédophilie de ses prêtres et les viols perpétrés sur les religieuses, comme cette jeune allemande, qui n’hésite pas à écrire au Pape, sans grand succès semble-t-il. Mais elle ne renonce pas et comprend vite que le seul moyen d’être écouté est d’alerter les médias.

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La lutte contre l’excision est menée par Leyla Hussein, originaire de Somalie et vivant à Londres. Mais c’est en Afrique, au Kenya qu’elle essaie de sensibiliser les femmes et aussi les jeunes hommes. Sa méthode est particulièrement efficace. Sur une maquette en pâte à modelée du sexe féminin, elle effectue avec de grands ciseaux l’ablation du clitoris puis des petites et des grandes lèvres et recoud le tout avec du fil0  Les garçons de l’assistance sont horrifiés !

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Les séquences du film ne sont pas toutes aussi dramatiques. Un certain comique peut même être une arme pour bousculer les tabous. C’est le cas au Japon avec cette artiste qui réalise des moulages de sa vulve ainsi que des objets en 3D de cette partie de son anatomie. Elle est arrêtée par la police et trainée devant la justice, accusée d’obscénité. Son canoé en forme de sexe féminin est reconnu comme une œuvre de pop art par le tribunal, mais elle est quand même condamnée pour obscénité à cause de ses moulages. Sa joie de vivre et sa volonté de poursuivre son œuvre ne sont pas entamées pour autant, et son combat contre l’hypocrisie sociale (elle dénonce la pornographie sur Internet et dans les boutiques spécialisées) fait plaisir à voir.

Le film ne révèle pas vraiment des faits nouveaux, mais sa dimension revendicative en fait une arme contre la domination masculine.

Z COMME ZAUBERMAN Yolande.

Cinéaste française.

L’œuvre documentaire de Yolande Zauberman est loin d’être pléthorique. Quatre ou cinq films tout au plus. Mais il s’agit incontestablement d’une œuvre qui ne laisse pas indifférent. Une œuvre qui dérange même. Par les sujets abordés (l’apartheid en Afrique du sud, le système des castes en Inde, les oppositions communautaires en Israël…), mais aussi par la rigueur et la détermination dont elle fait preuve dans la façon de les aborder. Yolande Zauberman est incontestablement une cinéaste qui prend position, et pour qui le documentaire est un moyen de mener un combat, d’alerter les consciences, de s’opposer à l’indifférence qui gagne trop souvent ceux qui ne se sentent pas concernés, ceux qui veulent surtout ne pas être concernés.

Alors que son dernier film, M, traitant de la pédophilie chez les ultra-orthodoxes juifs d’Israël, vient d’être remarqué et primé à Locarno (prix spécial du jury), il est grand temps de se pencher sur ses films précédents en commençant par cette plongée dans la jeunesse branchée de Tel Aviv, où elle aborde la question des relations intercommunautaires à travers la vision que chaque communauté peut avoir de la sexualité. Un film qui, en même temps, renouvelle grandement la pratique du micro-trottoir. La question retenue comme titre du film, il fallait oser la poser !

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Would you have sex with an Arab ?  Yolande Zauberman ,  2012, 85 minutes

Imaginez qu’une caméra s’avance vers vous, qu’une main vous tende un micro et qu’on vous pose la question « feriez-vous l’amour avec un(e) Arabe ? » Vous pourriez être quelque peu surpris, peut-être alertés ou irrités. Sans doute ne resteriez-vous pas indifférents. Imaginez maintenant que la question soit posée en Israël à des Israélien(ne)s, ou à des Arabes en remplaçant « Arabe » par « juif ». Quelles réponses pensez-vous pouvoir obtenir ?

Cette question, c’est celle qu’a posée Yolande Zauberman à des Israéliens et Israéliennes, qu’ils soient juifs ou Arabes, Une façon pour elle d’aborder, sous l’angle de la sexualité, mais aussi peut-être un peu sous l’angle des sentiments amoureux, les rapports entre communautés déchirées par les oppositions, les conflits, les haines, alors qu’elles sont contraintes de vivre ensemble sur le même sol, dans le même pays, même si la place qu’elles peuvent y occuper sont bien différentes les unes des autres.

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La question est posée par la cinéaste à Tel-Aviv, la nuit (« une ville qui ne dort jamais »), dans des bars ou des boîtes de nuit. Ce choix est déterminant. Posée la journée, dans les rues de Jérusalem par exemple, les réponses auraient été beaucoup plus prévisibles. Ici, nous avons affaire à des interlocuteurs plutôt jeunes, noctambules donc branchés, mais ce qui ne veut pas forcément dire dénués de tout préjugé. De toute façon, le film n’a aucune prétention sociologique. Ce qui compte, c’est la liberté d’expression, la spontanéité et la sincérité avec lesquelles les réponses sont faites. Un micro-trottoir direct où rien n’est préparé et qui, dans un premier temps, peut provoquer des réactions d’étonnement, ou d’amusement, mais jamais d’agressivité.

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Les réponses obtenues sont extrêmement diversifiées. L’intérêt du film réside alors en grande partie dans cette juxtaposition de points de vue différents, souvent contradictoires. Contradictoires entre Arabes et juifs bien sûr, mais aussi au sein même de chaque communauté. Du coup, parler de relations sexuelles entraîne nécessairement le dialogue à se situer au niveau des relations tout court, de la possibilité ou de l’impossibilité de se rencontrer, de se comprendre, d’échapper donc aux déterminations sociales, culturelles ou religieuses. Ce que montre le film, c’est qu’il y encore beaucoup de chemin à faire pour abolir toutes les barrières.

T COMME TRANSSEXUALITÉ

Finding Phong, Tran Phuong Thao et Swann Dubus, Vietnam, 2015, 1H 33

Le devenir femme d’un homme. Le refus de son identité masculine. Le refus de son corps masculin. L’aspiration à devenir autre. D’avoir un autre corps. Une autre image de soi. Une autre reconnaissance sociale. Rarement le cinéma n’avait montré cette transformation avec autant de précision. Tout autant dans ses aspects psychologiques que physiques. Une transformation radicale, mais difficile. Difficile à vivre. Et à faire accepter. Par sa famille, ses proches. L’ensemble de la société aussi. Et le grand mérite du film, c’est de nous montrer cette transformation comme une réussite. Malgré toutes les difficultés, tous les obstacles que celui qu’on ne peut considérer que comme un  héros aura à surmonter.

Ce héros, c’est un jeune vietnamien de la campagne, Phong. Il a déjà quitté sa famille pour travailler à Hanoï où il restaure des marionnettes dans un théâtre. Sa famille est importante pour lui. Surtout sa mère, qu’il aime par-dessus tout. Et ce sera pour lui la première difficulté : faire accepter à sa mère sa décision de changer de sexe. Jusqu’au bout elle sera opposée à cela. Jusqu’au bout elle essaiera de la faire changer d’avis. Il lui faudra alors une volonté surhumaine pour ne pas renoncer à son projet. Un projet dont la réalisation prend la forme d’une lutte. Contre sa mère en tout premier lieu.

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Mais Phong est résolu. Il ne s’est jamais vécu comme un garçon. Il n’a jamais accepté, « depuis sa naissance » dit-il, ce corps de garçon. Son désir le plus profond a toujours été d’être une fille, de vivre comme une fille, d’être accepté par les autres en tant que fille. Son désir de changer de corps – puisque la médecine le lui permet – sera donc plus fort que tout. Plus fort que son amour pour sa mère.

Si le film nous permet de suivre la torture affective que représente pour Phong ce combat, il nous présente aussi de façon très précise les étapes de la transformation physique de son corps. Phong se rend en Thaïlande pour consulter un chirurgien spécialiste de ces opérations. Il entreprend d’abord une cure d’hormones. Nous suivons alors les étapes de la transformation de son corps, les seins qui poussent essentiellement. En même temps Phong accentue son apparence féminine par ses vêtements, sa coiffure, son maquillage, jusqu’à adopter des postures généralement considérées comme féminines. Puis il revient en Thaïlande pour l’opération. Le film montre les préparatifs et la caméra est là aussi à son réveil, avec son frère (qui découvre avoir maintenant une sœur, ce qui lui est difficile à accepter). Le chirurgien lui donne un véritable cours de sexualité, lui décrivant précisément son nouveau sexe. L’apprentissage de son usage sera long et difficile. Mais maintenant que son désir est réalisé, rien ne sera hors de portée de Phong.

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En dehors de la précision toute scientifique de ces séquences médicales, le film vise surtout à appréhender de façon directe la psychologie de ce garçon qui veut devenir fille. Pour cela, les réalisateurs ont utilisé un dispositif particulièrement efficace, confier la caméra au protagoniste lui-même. Tout le début du film est donc une suite de selfies vidéo où Phong se livre à l’exercice de l’introspection devant caméra. Les plans sur son visage, souvent en larmes, accentuent la vision de sa souffrance, des tourments de son cœur qu’il révèle sans fausse pudeur. Loin de tout exhibitionnisme, ces séquences contribuent à donner au film une dimension essentielle de sincérité qu’il gardera jusqu’au dernier plan.

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H COMME HANDICAP (amour)

Quand j’étais papillon, film de Adrien Charmot et Jenny Saastomoinen.

Un joli titre. Poétique. Un peu énigmatique. Mais qui prend du sens au fur et à mesure du déroulement du film. D’abord par la référence à l’institution « Les papillons blancs » comme lieu de tournage. Mais est-ce suffisant ? On peut aussi évoquer l’expression – que personne n’utilise dans le film – « des Papillons dans le ventre » pour désigner la situation amoureuse. Et chaque spectateur peut faire ses propres associations sur les papillons. Un titre ouvert donc. Et l’emploi de la première personne du singulier nous éloigne de toute perspective didactique, médicale ou théorique.

Un sujet difficile. Il n’est jamais évident de filmer le handicap mental. Un handicap dérangeant, chargé dans le passé de tant de connotations négatives – idiotie, débilité, simple d’esprit, demeuré…Ont-elles disparu aujourd’hui ? Peut-on vraiment s’en défaire ? Le cinéma ne court-il pas le risque de transformer peu ou prou le spectateur en voyeur ? La centration sur l’amour et la sexualité – sujet tabou s’il en est, comme cela et dit et redit dans le film – redouble inévitablement le malaise. Les handicapés mentaux peuvent-ils avoir une vie amoureuse et une vie sexuelle ? Comme tout le monde ? Une vie normale en somme. Le film fait le choix de rester dans le cadre d’une institution, ce qui a pour résultat de laisser les personnes handicapés « entre elles », de les enfermer en quelque sorte dans le handicap. Et le film de poser en creux une grande question : l’amour peut-il vaincre le handicap ?

Un dispositif filmique enfin. Simple – du moins en apparence- mais efficace. Les personnes handicapées font face à la caméra. Elles sont debout. Sur fond noir. Elles répondent à des questions venant de derrière la caméra. Oui, elles aspirent toutes à connaître l’amour, à avoir une vie sexuelle, autant que l’institution puisse le permettre. Une revendication qui n’est pas une révolte. Le dispositif ne les pousse pas à crier. Mais leur demande n’en est que plus pressante. Et c’est en couple qu’ils se présentent alors à la caméra. Pour officialiser en quelque sorte leur rencontre, leur liaison. La vie en couple : le sens même de leur existence.

A consulter, le site de L’oeil lucide  http://www.loeillucide.com/

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