P COMME PSYCHIATRE.

Le divan du monde. Swen de Pauw, 2016, 91 minutes.

Jusqu’à quel point un cinéaste peut-il être indiscret ? Peut-il s’immiscer dans la vie des gens, dans leur intimité, dans le fond de leur cœur et de leur esprit ? Peut-il donner à voir et à entendre ce que d’habitude personne ne révèle spontanément ? Bien sûr, aucun cinéaste n’oserait se livrer à un tel projet à l’insu des personnes concernées. Mais leur acceptation d’être filmé n’est-elle pas, d’une façon ou d’une autre, une manifestation d’exhibitionnisme ?

Entrer dans le cabinet d’un psychiatre – d’un psychologue, d’un psychanalyste – filmer les séances, les aveux des patients, les récits de leurs comportements réels ou imaginaires, l’évocation de leurs rêves, de leurs désirs, bref de leur vie psychique, avec ses secrets, ses refoulements et ses renoncements, n(est-il pas l’indiscrétion absolue, pouvant aller jusqu’au viol de conscience – sans parler du non-respect du secret médical. Et cela, même si le film ne se fait – ne peut se faire- qu’avec l’accord explicité de ceux qui y participent. Mais peut-on toujours juger a priori des effets que peut avoir la divulgation publique d’une parole qui par définition est d’abord une parole privée, une parole secrète. Qu’en est-il alors de la visée thérapeutique ?

Le film de Swen de Pauw s’inscrit inévitablement dans ce questionnement.

Notons d’abord un point qui pourrait sembler n’être qu’un détail, concernant son titre. Un point qui n’est certes pas central, mais qui permet d’aborder le fonctionnement du film au niveau de sa réalisation, ce qui est quand même important au niveau du processus de construction du sens.

Le titre du film, Le Divan du monde, est quelque peu trompeur. Le terme divan évoque immédiatement la pratique de la psychanalyse. Or ce n’est pas cela que le réalisateur filme. Et d’ailleurs, il ne fait aucune référence à Freud ou à ses successeurs. Nous sommes clairement dans le cabinet d’un psychiatre, médecin spécialiste qui pratique une psychothérapie par la parole, mais qui ne se prive pas de prescrire des médicaments et même d’envoyer un de ses patients chez un confrère « comportementaliste », ce qui est évidemment à l’opposé de la psychanalyse.

Nous sommes en présence d’in face à face entre un psychiatre et un patient, les deux personnes étant séparées par un bureau. Ce bureau étant en l(occurrence passablement encombré d’un nombre important de documents papier.

Le dispositif de tournage découle de cette situation. Tout le film se déroule dans une succession de champs-contrechamps. Le patient est filmé de face, en plan rapproché, sur fond d’une étagère garnie de dossier. Le psychiatre est lui aussi filmé de face, mais dans un cadre un peu plus large permettant de voir la tête du patient qui lui fait face en amorce, ainsi que le mur de la pièce recouvert d’affiches, extraits de journaux et autres documents écrits. Le cinéaste a choisi de ne jamais sortir de ce lieu, comme si ce qui y est dit ne devrait pas aller au-delà de ses murs, ce qui est bien sûr une illusion – ou un leurre – puisqu’il y a dans la pièce au moins une autre personne (le cinéaste et sans doute un ou deux membres d’une équipe technique). Et comme dans tous les films de fiction – sauf exception remarquable – la caméra est invisible, ainsi que le cinéaste qui fait tout pour se faire oublier. Rien ne nous dit donc que nous sommes dans une séance « réelle ». Il nous est simplement demandé de le croire.

Le film nous propose donc une série de portraits de patients venus consulter un psychiatre. Des fragments de portraits plutôt, présentés de façon chorale, avec des retours répétés sur certains d’entre eux. C’est bien sûr les raisons pour lesquelles ils consultent (leur pathologie) qui fait tout l’intérêt de leur présence dans le film. Des pathologies dont le psychiatre ne donne pas d’éléments d’identification. Nous ne sommes pas dans un documentaire professionnel. Ce qui intéresse plutôt le cinéaste, c’est le vécu de ces personnes, leurs souffrances et leur difficulté de vivre. A plusieurs reprises, le psychiatre exprime ses craintes qu’ils en viennent à mettre fin à leurs jours. Sans son soutien – et le traitement qu’il prescrit – cela ne se serait-il pas produit ?

Mais le personnage central du film, c’est bien sûr le psychiatre, et pas seulement parce qu’il est présent de bout en bout. Un psychiatre quelque peu excentrique, peu conventionnel en tout cas. Un véritable héros de cinéma.

Excentrique il l’est d’abord par sa tenue vestimentaire et les messages que ses tee-shirts délivrent (« Sarkozy …je te vois »). Mais aussi par son langage, souvent assez cru, qui n’hésite pas en tout cas à se situer dans un registre plutôt populaire. Et puis pendant toute la séance, il écrit, rédige des notes peut-être, en tout cas il semble ne pas se concentrer sur la personne en face de lui.

Son écoute ne fait pourtant pas de doute. Et dans beaucoup de cas, ses commentaires et ses conseils, sont visiblement appréciés par ses patients. Notamment lorsqu’il s’agit d’immigrés, réfugiés sans papiers, dont la situation renvoie à une problématique plus politique que psychiatrique.

Un psychiatre engagé donc. Et si nous ne sortons pas de son cabinet de consultation, c’est lien le monde réel – et toute sa misère – que nous y rencontrons.

A COMME ABECEDAIRE – Laurent Bécue-Renard

Une œuvre d’une remarquable unité, autour de la guerre, des guerres du XX° siècle – ou plutôt de l’après-guerre, pour ceux qui ont survécu mais qui ne s’en sortent pas indemnes. Comment vivre après l’Irak ou l’Afghanistan, et dans l’ex-Yougoslavie quand tous les hommes de la famille ne sont plus là ? Quelle aide proposer (une thérapie ?) Quelle utilité peut-elle avoir ?

Bosnie-Herzégovine

De guerre lasses

Que vivent les femmes !

Vivre après – Paroles de femmes

Deuil

De guerre lasses

Que vivent les femmes !

Etats-Unis

Of Men and War

Famille

Of Men and War

Femme

De guerre lasses

Que vivent les femmes !

Vivre après – Paroles de femmes

Guerre

Of Men and War

De guerre lasses

Que vivent les femmes !

Vivre après – Paroles de femmes

Mémoire

De guerre lasses

Psychologie

Of Men and War

Vivre après – Paroles de femmes

Thérapie

Of Men and War

Que vivent les femmes !

Traumatisme

Of Men and War

Vétérans

Of Men and War

P COMME PHOBIE SCOLAIRE.

Phobie-scolaire : le burn-out de l’enfance. Anne Mourgues, 2020, 52 minutes.

Ils ne peuvent plus aller à l’école. Cela leur est devenu impossible. Fondamentalement impossible. Pas un simple caprice. Pas cette boule au ventre que beaucoup d’enfants ressentent les jours de rentrée par exemple. Ou cet ennui que tant d’autres connaissent dans les salles de classe. Des enfants, dès la maternelle parfois. Des adolescents qui, arrivés en terminale parfois pour certains, subitement ne peuvent plus continuer. De tout âge donc. De toute origine sociale aussi. Des cas qu’il ne faut surtout pas confondre avec le décrochage, cette sorte de ras le bol qui pousse à essayer d’échapper aux contraintes scolaires et qui se traduit surtout par un échec généralisé dans les apprentissages. La phobie est d’un autre ordre. Du côté du désespoir. Du côté de l’impossibilité de vivre à l’école.

Dans la première partie du film, la cinéaste rencontre ces jeunes qui connaissent – ou ont connu – ce qui de toute façon est un drame, un drame familial, un drame social aussi, et qui pousse à se couper du monde, à rester dans sa chambre, dans son lit, à tout faire pour ne pas aller à l’école, jusqu’à se cogner la tête contre les murs, jusqu’à sauter par la fenêtre. Des jeunes qui disent leur souffrance, simplement, sans chercher à trouver des explications. Parfois pourtant, on peut bien évoquer des raisons, comme cet ado qui dit avoir été harcelé pendant deux ans. Mais le plus souvent, il est presque impossible de trouver une cause, ou, si l’on peut trouver un fait déclencheur, il reste factuel. Le plus important est ailleurs.

Puis le film donne la parole aux parents. Tous parlent avec une grande sincérité de ce qui fut – et qui est toujours – une épreuve terrible. Tous reconnaissent avoir fait des erreurs. Parce qu’au début ils ne comprenaient pas. Parce qu’ils ont toujours été très long à reconnaître qu’il s’agissait d’une véritable pathologie et qu’il fallait faire appel à un spécialiste. Comme ce thérapeute que nous voyons recevoir cet enfant de cinq ans et qui lui propose des séances de jeu.

Ces parents, rencontrés aux quatre coins de la Normandie, se sont organisés en association pour être un véritable interlocuteur de l’institution scolaire. Une institution qui est souvent dépassée par les cas les plus douloureux, traités parfois comme un simple absentéisme, bien que certains chefs d’établissement et surtout les infirmières commencent à prendre conscience de la gravité de certaines situations et essaient de venir en aide aux parents. Une association où surtout, ces parents souvent désespérés, peuvent se rencontrer, parler entre eux -dans des groupes de parole par exemple – de leur situation, trouver un soutien, ne plus être seul face au problème.

Le fil d’Anne Mourgues est une alerte. Il met le doigt sur des situations souvent extrêmes, mais qui demandent à ne plus être considérées comme de simples accidents de parcours qui finiront bien par s’arranger. Les ados que nous rencontrons dans le film peuvent très bien repartir dans la vie et trouver une place dans la société. Mais ils resteront sans doute marqués par la souffrance qu’ils ont connue. Ceux-là ont eu la chance de pouvoir être aisés. A l’évidence ce n’est pas le cas de tous. Il reste beaucoup à faire dans ce domaine.