E COMME EXCISION

Bilakoro. Johanna Bedeau, 2006, 52 minutes.

Au Mali, une femme qui n’est pas excisée est « Bilakoro », c’est-à-dire impure. Dans ce pays, 92% des femmes sont excisées, ce qui mesure le poids de la tradition. Dans le monde, deux millions de jeunes filles sont excisées chaque année. Ces chiffres, la cinéaste les rappelle froidement dans le pré-générique de son film. Un film qui date de 2006, mais rien ne laisse supposer que les chiffres actuels soient radicalement différents.

Le film de Johanna Bedeau s’élève contre la pratique de l’excision. Une condamnation précise, rigoureuse, sans jouer sur le pathétique. La cinéaste ne cherche pas à scandaliser. Elle vise simplement à alerter, s’attachant, sans ajouter de commentaire, aux conséquences vécues de l’excision, tant au niveau corporel et médical, qu’au niveau psychologique personnel.

Ce vécu c’est celui de trois femmes. Des femmes qui ont accepté de parler devant la caméra. Et si leur témoignage est d’abord personnel, il a bien sûr une portée universelle.

Deux de ces femmes ont été excisée. Mais pas la troisième. L’une vit en France, mais elle est née au Mali, comme les deux autres. Cette diversité de parcours ne donne que plus de poids à leurs propos. Toutes les trois ont bien des raisons de condamner l’excision.  Elles le font sans haine. En espérant simplement, mais fortement, un changement prochain des lois, et surtout des mentalités.

La première de ces femmes a six enfants, et ses filles ont toutes été excisées à son insu, dès leur plus jeune âge, sans donc qu’elle puisse s’y opposer. Mais elle est bien décider à le faire pour sa petite dernière. Elle-même a été excisée très jeune, et ne s’est rendu compte de rien jusqu’à sa première visite chez un gynécologue parisien. Ce fut pour elle un choc, le sentiment d’avoir été mutilée, d’être incomplète. Son itinéraire est particulièrement intéressant. Venue en France pour faire des études, elle va devenir mannequin, un métier où elle peut s’exprimer avec son corps. Et puis surtout, elle va découvrir une pratique chirurgicale qui peut « reconstitier » son clitoris. Elle vit l’opération comme une possibilité de retrouver son intégrité physique et morale, et en même temps de découvrir la plénitude du plaisir sexuel.

Une de ces femmes n’a pas été excisée, car elle appartient à une ethnie du nord du Mali qui ne la pratique pas. Mais elle a vu mourir une jeune fille des suites de son excision. Le choc fut pour elle un déclencheur. Créatrice d’une association, elle milite activement pour informer les femmes de son pays. Elle parcourt les villages du Sahel avec des photos et une maquette, expliquant les différentes formes d’excision et leurs conséquences. Ses propos sont mis en perspective dans le film avec les interventions d’un médecin énumérant les risques de l’excision, les hémorragies, les infections, les contaminations au sida ou à l’hépatite, sans oublier le traumatisme psychologique inévitable.

L’ensemble de ce constat est déjà largement éloquent, mais il reste une dernière pièce à verser au dossier, la plus forte sans doute : la parole d’une exciseuse. Elle fait partie de la caste des forgerons, la seule pouvant pratiquer l’excision. Elle a appris à le faire de sa mère, qui elle-même l’avait appris de sa mère, et ainsi de suite. On voit bien là la dimension traditionnelle de cette pratique. Elle essaie pourtant de trouver une justification. Elle explique : si on ne coupe pas le clitoris, il grandit et finit pas empêcher la fille de marcher. La cinéaste a bien compris qu’il n’y avait aucun commentaire à ajouter à cela.

Bilakoro est in film particulièrement utile dans la lutte mondiale contre les violences faites aux femmes.