V COMME VIOLENCE POLICIERE

Un pays qui se tient sage. David Dufresne, 2020, 90 minutes.

Le titre.

Une reprise de la phrase entendue lors de l’opération policière en banlieue parisienne au cours de laquelle les élèves d’un établissement scolaire – des adolescents donc – sont alignés face à un mur, à genoux et mains sur la tête : voila une classe qui se tient sage, entend-on, phrase prononcé semble-t-il par un membre -un responsable ?- de la police.

Le dispositif.

Des images des manifestations des Gilets Jaunes sont projetées à un certain nombre de personnes en studio, qui sont appelées à les commenter. Ces déclarations, filmées en plan rapproché sur un fond sombre, alternent avec les images des manifestations.

Les images.

Prises au cœur des manifestations, le plus souvent aux côtés des Gilets Jaunes, elles se focalisent presque toujours sur des gestes de violence (coups de matraques et autres coups de poing ou de pied) de la part des forces de l’ordre.

Ce sont des images réalisées avec des smartphones par des manifestants eux-mêmes, ou des spectateurs des défilés. Toutes sont anonymes. Elles ont été diffusées presque instantanément sur les réseaux sociaux. Les plus spectaculaires ont été reprises dans un second temps par les médias traditionnels, journaux télévisés et chaînes d’information en continu.

La bande son est dominée par les explosions – tirs de grenades en particulier – mais aussi par les cris des manifestants (des cris de souffrance sous les coups de matraque) et des injonctions adressées aux policiers en dehors des temps de charge. Il fait alors souligner que l’on entend aussi souvent les ordres criés par les policiers à l’adresse des manifestants, « dégage étant le plus fréquent). Cette parole des forces de l’ordre au cours des manifestations est rarement (on pourrait même dire jamais) reprise par les télévisions. Dans plusieurs passages la parole des manifestants à l’adresse des policiers devient une amorce de négociation, qui bien sûr tourne court.

Les intervenants.

Un mélange (est-il paritaire ?) d’experts et des anonymes. D’un côté donc des historiens et des sociologues, comme toujours sur les plateaux de télévisions. De l’autre, des hommes et des femmes pouvant se revendiquer des Gilets Jaunes et qui en tout état de cause ont participé aux manifestations. Certains d’ailleurs en portent la trace dans leur corps (perte d’un œil par exemple).

Dans l’alternance entre les images de manifestations (bruyantes) et les images en studio des commentateurs (relativement calme à une ou deux exceptions près) des extraits des allocutions télévisées du Président de la République introduisent un contre-point et une rupture dans le dispositif. Il en est de même pour un extrait de la retransmission télévisée de l’entretien entre Macron et Poutine lors d’un voyage officiel de ce dernier en France.

Aucun des intervenants n’est identifié dans le cours du film. Les noms et qualités ne sont indiqués que dans le générique final.

Le film se clôt par la mention des personnalités (représentants de force de l’ordre) qui ont refusé d’intervenir ou qui n’ont pas répondu à la sollicitation du cinéaste.

Les thèmes des interventions.

La légitimité de la violence d’État constitue le point de départ du débat (l’ensemble des interventions constitue in fine un débat global, même si le film n’en utilise pas la forme.) Cette question est notamment illustrée par les références opposées à Max Weber et Hannah Arendt. Elle est souvent élargie à une réflexion sur la démocratie, sa définition, son exercice et son devenir.

La nature des images retenues, captées sur le vif par des personnes présentes et diffusées instantanément sur les réseaux sociaux avec une audience pouvant être considérable, ouvre également une réflexion sur l’évolution actuelle des pratiques journalistiques et de l’information en général.

Élément d’analyse.

Ce film constitue, par sa compilation des images de manifestations violentes, un véritable document historique, une synthèse à visée pérenne en opposition à la dimension éphémère des réseaux sociaux. C’est un document qui prend nettement position en faveur des « victimes » de la violence policière, les tentatives de minimisation ou de justification de la part de représentants des syndicats de policier ne pèsent pas bien lourds face aux accusations des Gilets Jaunes. Beaucoup d’images sont alors de façon évidente des pièces à charge pouvant être utilisées par ceux qui accusent le gouvernement et le Président de la République d’une dérive autoritaire pouvant mener au développement d’un Etat policier. Le film ne conclue nullement que la France soit devenue une dictature. Mais la confrontation entre Macron et Poutine laisse apparaître un point commun dans la politique des deux présidents, leur volonté de réduire au silence la colère de ceux qui revendiquent plus de justice sociale et qui se posent en défenseurs de la liberté.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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