M COMME MAIER Viviane.

A la recherche de Viviane Maier. John Maloof et Charlie Siskel. Etats Unis, 2014, 84 minutes.

         Viviane Maier a de la chance. Elle a rencontré John Maloof. Ou plus exactement, c’est John Maloof qui l’a rencontrée. On devrait d’ailleurs dire qu’il l’a « inventée », comme ont pu être inventées des grottes préhistoriques, de Lascaux à la grotte Chauvet. Une chance posthume en fait, dont elle ne tirera aucune gloire et aucun bénéfice. Ce qui n’est pas le cas de John Maloof. Dans le film, il se donne le beau rôle. Bien sûr il a découvert les photographies de Viviane Maier par hasard. Mais il a très vite compris qu’il mettait la main sur une œuvre exceptionnelle. A sa perspicacité artistique, il faut ajouter la persévérance. Alors que tous les musées à qui il s’adresse refusent de prendre en compte le travail de Maier, lui fera tout ce qui est en son pouvoir pour le faire connaître, et reconnaître à sa juste valeur. Tirages, numérisation, classement, exposition, le film montre toutes les facettes de l’activité qu’il déploie, en le présentant comme totalement désintéressé. Pour Maloof, une seule chose compte, donner à l’œuvre photographique de Viviane Maier la place qu’elle mérite dans l’histoire de la photographie, une des premières. C’est du moins ce qu’il ne cesse de répéter.

         Une partie du film correspond bien à son titre. Qui était exactement Viviane Maier. Que pouvons-nous savoir sur sa vie, sur sa personnalité ? Une « nounou », placée dans des familles pour s’occuper des enfants, qu’elle semblait d’ailleurs ne pas particulièrement aimer. Elle était toujours avec sa caméra et s’occupait plus de son activité photographique que de son activité professionnelle. Maloof a retrouvé beaucoup de ces enfants devenus adultes qui ont été dans leur enfance placés entre les mains de cette nounou plutôt excentrique. Ils évoquent leurs souvenirs, rapportent quelques anecdotes. Aucun n’est vraiment accusateur, mais ils ne gardent pas vraiment une réelle admiration, ni même une simple estime, pour leur gardienne. Le portrait que le film essaie de dessiner d’elle est assez contrasté, rempli de zones d’ombre. Le film se perd un peu dans des débats passablement superficiels. Son accent français est-il authentique ou contrefait ? Nous n’apprendrons pas grand-chose de sa famille, ni de ses relations sociales. D’ailleurs avait-elle vraiment une vie sociale ? Mais la question fondamentale reste celle qui concerne son travail photographique. Pourquoi n’a-t-elle jamais cherché à le faire connaître ? Comment réagirait-elle à sa gloire posthume ? Pour Maloof il n’y a pas d’hésitation à avoir. Les photos qu’il possède révèlent un génie de la photographie. Pouvait-il ne pas le faire entrer dans l’histoire de l’art ?

         Au-delà de la femme, reste donc l’œuvre, un nombre impressionnant de négatifs pas toujours développés, des scènes de rue, des portraits d’inconnus, beaucoup d’enfants, toujours très expressifs. Le film nous donne à voir ces photos sans les resituer dans le temps. L’œuvre de Viviane Maier n’a pas d’histoire, pas de chronologie et son travail n’a jamais connu la moindre hésitation. Maloof donne bien la parole à quelques photographes connus qui esquissent une analyse de l’œuvre. Mais pour Maloof, il suffit de montrer l’affluence des spectateurs dans les expositions pour dissiper le moindre doute sur sa portée et son importance artistique. On aimerait cependant avoir à notre disposition plus d’éléments nous permettant de nous faire un avis par nous-mêmes.

Second half of June, 1953

C COMME CHINE – Filmographie

Des films réalisés en Chine par les cinéastes Chinois bien sûr, mais aussi par des Français ou des Européens qui proposent souvent une vision originale du pays et de sa culture. Mais ce sont les transformations, économiques surtout, qui attirent le plus les documentaristes. D’un côté les usines abandonnées réduites à l’état de ruine ; de l’autre les immenses buildings des grandes villes et le trafic automobile incessant. Sans oublier les problèmes d’environnement et les projets « pharaoniques » détruisant les paysages. Reste le peuple chinois, bien souvent laissé pour compte de la « croissance ». Les images de la misère sont alors particulièrement révoltantes.

Comme pour toutes les filmographies proposées dans le blog, il n’y a rien ici d’exhaustif !

 24 City, Jia Zhang-Ke.

Le film est réalisé à Chengdu. Il prend comme objet l’histoire d’une usine « modèle », l’usine 420, une usine d’armement qui a donc joué un rôle stratégique dans la politique militaire et internationale du pays. Cette usine est appelée à disparaître pour être remplacée par un complexe immobilier de luxe dénommé 24 City.

Ai Weiwei, never sorry, Alison Klayman.

Ai Weiwei est sans doute l’artiste chinois contemporain le plus connu en Occident, certainement le plus médiatisé, ce qui est dû, en grande partie, à ses positions politiques et à son engagement dans la contestation du régime autoritaire de Pékin qui essaiera par tous les moyens de le faire taire. Son travail artistique est indissociable de sa lutte pour la liberté d’expression, et pour la liberté tout court.

 À l’ouest des rails, Wang Bing.

Un long voyage au cœur d’une tragédie industrielle. Un voyage en train, comme l’annonce le titre. Des trains qui circulent lentement, ce qui impose au film de ne pas avoir peur de la lenteur et de la durée. La caméra est le plus souvent placée à l’avant de la machine et avale littéralement les rails qui défilent devant elle. De longs travellings, interminables. Il s’agit de faire appréhender au spectateur l’absurdité de ce voyage sans fin, et l’angoisse qu’il peut susciter. Beaucoup de ces séquences sont filmées de nuit, en hiver. Le sombre domine. La désolation est générale.

Les âmes mortes, Wang Bing.

Les « camps de travail » visant la rééducation des « droitiers » c’est-à-dire tous les opposants, de près ou de loin, au régime maoïste, et cela bien avant la révolution culturelle, même si celle-ci fut le somment de cette pratique. Des camps de travail qui étaient vite devenus des camps de la mort.

 L’Argent du charbon, Wang Bing.

Wang Bing ne filme pas les mines de charbon réputées comme étant les plus dangereuses du monde, le travail des mineurs, les risques qu’ils courent et l’exploitation dont ils sont l’objet. Il prend en compte une autre dimension de la politique énergétique chinoise, le transport du charbon depuis les mines du Shanxi jusqu’au port de Tianjin. Une route du charbon tout aussi meurtrière que les mines elles-mêmes. Une route de tous les trafics imaginables.

La bonne éducation, Gu Yu.

Le portrait d’une adolescente chinoise. Une écolière, comme il doit y en avoir une multitude en Chine. En Chine et ailleurs. Mais la dimension portrait du film s’efface très vite au profit de l’appréhension de la réalité chinoise. D’une certaine réalité chinoise. Le lycée surpeuplé. Les séances de lecture collective à haute voix dans une cacophonie totale. Et puis, surtout, dans les quelques plans où Peipei, l’adolescente, revient chez sa grand-mère, la Chine de la campagne. Bien loin des buildings de Shanghai. Bien loin du développement de la richesse qui profite à certains. Loin de tout en fait. Une plongée dans cette Chine ancestrale, que rien décidément n’a pu faire bouger, ni la révolution maoïste, ni le boum capitaliste.

Changjiang. A yangtze landscape,  Xu Xin.

Un long voyage en Chine. Une traversée du pays en remontant le cours du Yangtsé depuis le port de Shanghai jusqu’au Tibet, aux sources du fleuve. Des milliers de kilomètres.

La Chine, Chung Kuo,  Michelanchelo Antonioni.

En 1972, nous sommes en plein cœur de la révolution culturelle maoïste. Le projet du film semble avoir été initié par Chou En-lai qui devait y voir une occasion de développer les relations avec l’Occident. Il entre en contact avec la RAI, la télévision italienne, qui sollicite Antonioni alors sans projet et l’envoie en Chine. Le problème pour le cinéaste est alors de ne pas se limiter à filmer ce que les autorités chinoises veulent bien lui montrer comme devant faire partie du film. Il doit donc résister pour gagner une certaine liberté, filmant beaucoup, ce qui à l’arrivée donnera un film de plus de trois heures.

Chine, le nouvel empire, Jean-Michel Carré.

La Chine s’est réveillée. Jamais dans l’histoire économique, une nation n’avait connu une telle croissance sur une période aussi longue.

Comment Yukong déplaça les montagnes, Joris Ivens et Marceline Loridan.

Joris Ivens et Marceline Loridan résident en Chine de1971 à 1975. Ils  y réalisent une série de 12 films d’inégales longueurs et situés dans différentes régions du pays, de Pékin à la campagne chinoise. 12 films pour montrer la Chine d’après la révolution culturelle, ou plus exactement, pour montrer la vie des chinois, du peuple chinois. En quoi cette vie est-elle nouvelle ? En quoi elle a changée ?

Crime et chatiment, Zhao Liang.

La vie quotidienne de la police en Chine ? Pas dans les grandes métropoles en pleine expansion. Ce serait un tout autre film. Mais dans une région rurale, montagneuse, un poste frontière avec la Corée. Une région défavorisée, très pauvre, où il semble que la neige ne fond jamais. C’est là que Zhao Liang place sa caméra et film au jour le jour la vie et les activités professionnelles de ces jeunes soldats qui ont tous l’air de débutants. Ils doivent vite apprendre le métier, la discipline et le respect de la loi, qu’il faut appliquer en toutes circonstances. Les relations de camaraderie, voire d’amitié qu’ils peuvent avoir entre eux, et même avec les officiers, les aident à supporter la solitude, l’éloignement de leur famille, la routine aussi. Ici, les affaires qu’il faut régler sont plutôt terre à terre. Il y a bien un meurtre annoncé, mais leur tâche se limite à placarder un peu partout des avis de recherche. Pour le reste ils ont affaire à une population qui pour survivre est parfois obligée de franchir les limites de la stricte légalité

Derniers jours à Shibati, Hendrick Dusollier.

La disparition d’un vieux quartier pauvre d’une grande ville chinoise (Chongqing), quartier voué à la destruction prochaine. Le cinéaste circule dans ce labyrinthe de ruelles étroites au risque de s’y perdre et filme les personnes qu’il y croise.

 Le dernier train, Lixin Fan.

Chaque année, au nouvel an chinois, des millions de paysans qui ont quitté leur campagne pour aller travailler dans des usines, dans des villes souvent éloignées de plus de 2000 km, retournent pour une semaine chez eux, pour revoir leur famille. Ces voyages sont une sorte de course d’obstacles des plus harassantes. Une succession de galères à affronter avec persévérance. Car il n’est pas question de renoncer. Cette semaine du nouvel an est la seule où les ouvriers des usines ont des congés. La seule occasion de revoir ceux qu’ils ont quitté, pour certains, depuis bien longtemps.

 Dimanche à Pékin, Chris Marker

Marker filme Pékin un dimanche et entièrement en extérieur. Il parcourt les rues, les places, les différents quartiers de la ville, des plus populaires aux plus modernes. Il organise son film comme le déroulement d’une journée, débutant dans les brumes du petit matin, le commentaire énonçant ensuite les différents moments filmés. Un dimanche comme les autres sans doute, où le cinéaste ne rencontre pas d’ouvriers au travail, mais plutôt des chinoises et des chinois dans des activités de loisirs, des activités physiques surtout, comme la gymnastique.

Enfants bananes, Cheng Xiaoxing.

Jaunes à l’extérieur et blancs à l’intérieur ! Ils ont entre 10 et 20 ans, ils sont Français, d’origine chinoise.

Existence isolée (Du zi cun zai ; lone existence),  Sha Qing.

Une ville quelque part en Chine. Peu importe où. Des messages en première personne qui s’inscrivent sur l’écran. Il y est question de la vie, du sens de la vie, pratiquement vide en dehors des quelques occupations quotidiennes qui tiennent de la routine. Une Chambre plusieurs fois montrée, vide ou avec la présence furtive de la silhouette d’un homme. Des images de la ville, des rues, des gens, les immeubles d’en face avec des fenêtres éclairées la nuit.

Fengming. Chronique d’une femme chinoise, Wang Bing.

         Une femme qui se retrouve épouse d’un « droitier », donc « droitière » elle-même et pour cela est envoyée comme lui dans un camp. Elle en reviendra, mais lui non. Devant la caméra de Wang Bing, elle décrit avec force détails, l’humiliation de l’accusation,  la faim dans le camp, la mort de son mari et ses souffrances interminables

Une histoire de vent, Joris Ivens et Marceline Loridan.

Agé de 90 ans, c’est en Chine que le « Hollandais volant » ira réaliser son dernier film.

L’Homme sans nom, Wang Bing

Nous pouvons énumérer les actions que l’homme sans nom accomplit : il marche beaucoup, cuisine, mange, dort, bèche la terre, cultive des légumes, ramasse du crottin sur la route. Nous pouvons repérer l’écoulement des saisons : l’hiver enneigé, le printemps verdissant, l’été orageux et l’automne venteux. Nous pouvons déterminer le degré de misère dans laquelle il vit à partir des objets qu’il manipule, des vêtements dont il se couvre, du trou qui lui sert d’habitation. Nous pouvons repérer le nombre important de plans où la caméra suit l’homme vu de dos dans ses déplacements et les opposer aux plans fixes où nous le voyons de face, dans sa « grotte », pendant ses repas. Mais nous ne pouvons traduire en mots l’intensité qui se dégage des images de cet homme, seul à l’écran pendant tout un film, dont la vie n’est accompagnée que par les bruits de sa respiration et de sa toux ou celui de ses pas sur les chemins.

 Mrs Fang, Wang Bing.

Elle est allongée sur son lit. Elle ne parle pas. Elle bouge très peu. Sa bouche reste ouverte. Reconnaît-elle ceux qui l’entourent ? Sait-elle où elle est ? Une fois on essaie de l’assoir. Mais le plus souvent elle reste allongée. En off on entend les commentaires de ceux qui sont présents dans la pièce. Sur sa posture, sur l’évolution de la maladie, les signes visibles. On s’interroge : « dort-elle ? »

Ombres chinoises, Yi Cui

Un art traditionnel qui fait la joie des habitants des campagnes et des montagnes. En ville de grands festivals offrent des spectacles grandioses d’une tout autre teneur.

Paysages manufacturés, Jennifer Baichwal

Ce film nous montre le travail entrepris par le photographe canadien Edward Burtynsky pour nous faire prendre conscience des effets de l’industrialisation sur les paysages naturels. Que l’homme déforme la nature n’est pas une idée nouvelle. Cependant, le regard porté par Burtynsky sur la chine contemporaine et son développement à outrance a une résonance particulièrement angoissante. Jusqu’où irons-nous ? Comment vivrons les générations futures ? Au milieu des déchets industriels qu’on n’arrive plus à éliminer ? Dans d’immenses mégalopoles où le seul espace subsistant entre des tours toujours plus hautes ne semble occupé que par les échangeurs autoroutiers ?

 Paper Airplane , Zhao Liang

Un avion en papier, ça peut voler très haut, mais il ne vole jamais longtemps. Il finit toujours par tomber. Et il ne vole qu’une seule fois. « Quel prix il paie pour cette seule chance de voler ». Sur son lit d’hôpital, un des jeunes drogués que suit Zhao Liang propose ce titre pour le film. Une métaphore particulièrement parlante de l’expérience de la drogue.

 Pétition, la cour des plaignants, Zhao Liang

La Chine pauvre, la Chine des déshérités, des chinois qui souffrent, qui n’ont plus rien, suite à des démêlés avec l’administration ou la police. Plus rien sauf leur dignité, leur honneur et leurs droits. Ils sont persuadés d’avoir la loi pour eux. Alors ils ne se laissent pas faire, ils se révoltent. Ils se mettent à pétitionner.

Plastic China, Jiu-Liang Wang.

Du plastique. Des torrents de plastique. Des montagnes de plastique. Les déchets plastiques du monde entier affluent en Chine. Par bateaux entiers. Et d’énormes camions les acheminent dans les campagnes. Dans de petits villages, où des familles essaient de gagner un peu d’argent en les recyclant.

 La Pluie et le beau temps, Ariane Doublet

La mondialisation, le mot n’est pas prononcé dans le film. Pourtant, il ne s’agit que de cela. La Normandie et la Chine réunis par un fil de lin. Les normands le font pousser. Les chinois l’achètent pour le transformer. Une situation commerciale à première vue surprenante, complexe, qui valait bien un film.

Ta’ang, un peuple en exil entre Chine et Birmanie, Wang Bing

         La guerre, nous ne la voyons pas dans le film, mais nous l’entendons, plus ou moins lointaine. Nous en sentons la présence constante dans la longue fuite en avant, dans la question de la nourriture sans cesse posée (les sacs de riz qu’il faut porter), dans l’inquiétude et l’angoisse, qui ressort souvent des longues discussions la nuit autour d’un feu de bois, ou à la lueur d’une simple bougie, lorsqu’il est difficile de dormir. Ces fuyards que montre le film, ce sont surtout des femmes et des enfants, beaucoup d’enfants. Les plus grands portent les plus petits sur leur dos et les femmes ont aussi visiblement une grande habitude d’être ainsi chargées. Il y a peu de pleurs, peu de cris, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de souffrances. Mais ici, la guerre on n’y peut rien. Alors tout autant être résigné

Les Trois sœurs du Yunnan, Wang Bing.

Le film est tourné dans un village situé à 3 200 mètres sur les hauts plateaux du Yunnan, dans les contreforts de l’Himalaya. Un village pauvre, très pauvre, subsistant essentiellement de l’élevage de quelques moutons ou autres cochons. C’est dans une de ces habitations que nous allons faire connaissance de trois enfants, trois filles de 10, 6 et 4 ans. Nous allons suivre pendant tout le film leur vie quotidienne et surtout celle de l’aînée, Yinging, qui doit jouer le rôle de mère de famille, puisqu’au début du film elles sont seules, livrées à elles-mêmes, le père étant parti travailler à la ville.

 Useless, Jia Zhang-Ke.

Les vêtements bon marché « made in China » ont envahi le monde. Grâce notamment aux délocalisations d’entreprise européennes qui ont trouvé en chine une main d’œuvre moins couteuse. Du coup, le textile haut de gamme a suivi. L’empire du milieu s’est ouvert à la mode en même temps qu’à l’économie de marché.

Voyage en occident, Jill Coulon.

         Des touristes chinois en voyage en France et en Europe. Le choc de deux regards. Notre regard à nous, Français et Européens, sur les touristes chinois qui visitent notre pays ; celui que ces mêmes chinois portent sur nous, Européens et Français. Une confrontation toujours riche de sens, mêlant stéréotypes et vérités éternelles, non sans humour.

We the workers,  Huang Wenhai.

Un film sur les ouvriers en Chine, leur vie, leur travail, leurs difficultés, leurs luttes. Un film qui montre leur situation dans ce pays « communiste » qui s’est converti à l’économie de marché. Une situation qui n’a pas l’air d’être très différente de celle des ouvriers du monde capitaliste.

I COMME IMAGE- de la France.

L’image qu’on s’en fait, Seb Coupy, 2018, 75 minutes.

Visiter la France en suivant son circuit autoroutier n’est sans doute pas le meilleur moyen d’en découvrir les paysages et d’en apprécier la diversité. Pourtant, ce peut être une façon d’appréhender la façon dont chaque région, -chaque ville, chaque curiosité, chaque moment –  entend donner une image de soi, une image qui la caractérise sans hésitation possible, une image dans laquelle ses habitants – ou ses amoureux, voire ses élus et autres responsables – se reconnaissent, bref une image qui dise sa vérité et qui mette en évidence – et en valeur- son âme. Car les autoroutes sont jalonnées de grands panneaux,  qui se démarquent par leur forme et la couleur des panneaux publicitaires traditionnels des entrées de villes, mais qui ont bien quand même une fonction publicitaire à portée touristique. Seb Coupy a constitué un répertoire – on pourrait presque dire un atlas – de ces panneaux dans un film qui nous promène – sans aucun excès de vitesse, son rythme étant plutôt lent – du nord au sud et d’ouest en est de l’hexagone. Une façon de découvrir ou de repérer toute une mythologie française, tant ces images renvoient aux stéréotypes les plus courants, définissant certes une identité locale, mais sans écarter les clichés rabattus.

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Ainsi on va passer à proximité de quelques villes (Carcassonne et Dijon), de monuments célèbres (on évite le Mont saint Michel mais pas la Baies des Anges), de spécialités locales (le camembert et les vaches limousines) et même de hauts lieux historiques (Gergovie par exemple pour la victoire des gaulois sur les romains, ou Le Mont Mouchet pour les combattants de la résistance). Et ainsi de suite. La liste est relativement longue, même si elle est loin d’être exhaustive et bien des français regretteront sans doute de ne pas retrouver le quelque part où ils sont nés !

Entre les plans cadrant depuis le bord de l’autoroute ces panneaux, le cinéaste nous fait rencontrer ceux qui les ont conçus, ceux qui les financent et ceux qui se sentent concernés par eux, ceux justement qui sont du coin. Les avis sont dans l’ensemble plutôt positifs, sauf pour Nice où les dames qui sont conviées à en parler se déchainent contre leur laideur. Tout ceci met en évidence que rien n’y est laissé au hasard et que dans le fond leur message est bien reçu.

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Le film se termine par Paris et la Tour Eiffel. Avec en fond sonore un couplet de la Marseillaise, les touristes étrangers mitraillent le monument illuminé avec leur téléphone portable. Ils pourront ramener chez eux une image de la France.

 

V COMME VILLE – Filmographie.

La ville dans le cinéma documentaire.

Des capitales surtout. Des Mégalopoles. Pour la foule dans les rues ou les transports, et la hauteur des immeubles. Mais aussi des villes plus petites, plus humaines, ou souvent on prend le temps de vivre, dans des quartiers où on retrouve une vie de village.

Comme on le dit souvent, une ville peut-être un personnage de film. C’est-à-dire qu’elle n’est pas simplement un décor, un lieu ou un espace. Elle a une vie. Et elle donne vie à d’autres personnages. C’est évident pour des films de fiction (oh combien nombreux). Dans le cinéma documentaire la ville peut-être filmée pour elle-même bien sûr (Berlin ou Nice pour les films muets). Mais elle peut aussi faire partie du film à côté d’autres préoccupations. Mais souvent c’est elle qui donne sens au film. S’il se passe dans tel ou tel ville, il ne pourrait pas se passer ailleurs.

Beaucoup de cinéastes documentaristes hésite souvent à vouloir donner une vue globale de la cité (n’est pas Van der Keuken qui veut et son Amsterdam, global village est un cas presque unique). Beaucoup préfère se limiter (se donner une limite) à un quartier, avec sa spécificité, son atmosphère propre. S’il s’agit d’un quartier appelé à disparaître (beaucoup de ville s’agrandissent – ou se rénovent – au détriment de ce qu’elles ont de plus ancien, de plus historique), alors le documentaire fait œuvre de mémoire en gardant trace de ce qui a été et qui n’est plus. Mais alors c’est la quête des plus petits détails qui peut devenir la démarche filmique, pour percer un peu de ces secrets qui risquent de se perdre. Le cinéma de la ville est alors nécessairement intimiste. C’est dans la vie privée de ses habitants qu’il faut aller chercher la spécificité urbaine de leur existence. Et bien souvent ils ne quittent qu’à regret leur habitation, même si elle est devenue insalubre, même si elle n’est qu’un bidonville (c’est ce que nous montre avec force Wang Bing dans la deuxième partie de A l’ouest des rails). Filmer ses habitants, c’est bien sûr filmer la ville. L’un ne va pas sans l’autre. On ne peut filmer une ville sans filmer ses habitants. Et filmer les habitants d’une ville c’est filmer la ville elle-même, comme le fait si bien Denis Gheerbrant pour Marseille.

Petit tour du monde.

Abidjan

Moi un noir de Jean Rouch

 

Accra

Les Maîtres fous de jean Rouch

maîtres fous 1

 Alexandrie

Mafrouza d’Emmanuelle Demoris

 Alger

Bienvenue à Madagascar de Franssou Prenant

 Amsterdam.

Amsterdam, global village de Johan van der Keuken

Bagdad

Homeland : Irak année zéro de Abbas fahdel

irak 6

 Barcelone

En construcción de  José Luis Guerin

Bénarès

Le Passeur de Gianfranco Rossi

Berkeley

At Berkeley de Frederick Wiseman

Berlin.

Berlin, symphonie d’une grande ville de Walter Ruttmann

berlin 24

 Bologne

Bologna centrale de Vincent Dieutre

Buenos Aires

Avenue Rivadavia de Christine Seghezzi

 Después de la revolucíon de Vincent Dieutre

 Calais

Qu’ils reposent en révolte de Sylvain George

 Calcutta

Calcutta  de Louis Malle

calcutta 24

Chongqing

Derniers jours à Shibati de Hendrick Dusollier

 Clermont-Ferrand

Le chagrin et la pitié de Marcel Ophuls

Clichy

Clichy pour l’exemple d’Alice Diop

 Detroit

City of dreams. Detroit une histoire américaine de Steve Faigenbaum

Forbach

Retour à Forbach de Régis Sauder

Gênes

La bocca del lopo, Pietro Marcello

 Kinshasa

Kinshasa Makambo de Dieudo Hamani

 La Nouvelle Orléans

 Tchoupitoulas de Bill et Turner Ross

 Le Caire

Tahrir, place de la libération de Stéphano Savona

Lisbonne

Dans la chambre de Vanda de Pedro Costa

 Los Angelès

Mur Murs d’Agnès Varda

Marseille

La République Marseille de Denis Gheerbrant

Marseille contre Marseille de Jean-Louis Comolli

Marseille contre Marseille III 6

 New York

In Jackson Heights de Frederick Wiseman

Taxiway d’Alicia Harrison

 Nice.

À propos de Nice de Jean Vigo

a propos de Nice 9

 Odessa.

L’homme à la caméra de Dziga Vertov

 Ouagadougou

Ouaga girls de Thérésa Traore Dahlberg

Paris

Amour rue de Lappe de Denis Gheerbrant

Daguerréotypes d’Agnès Varda

Paris de Raymond Depardon

Carnet de notes sur vêtements et villes de Wim Wenders

Jaurès et Bonne-Nouvelle de Vincent Dieutre

Géographie humaine de Claire Simon

Place de la République de Louis Malle

Le joli mai de Chris Marker

Chats perché de Chris Marker

Paris est une fête de Sylvain George

paris est une fete2

Pékin

Dimanche à Pékin de Chris Marker

Comment Yukon déplaça les montagnes de Joris Ivens et Marceline Loridan

Perpignan

Cas d’école de Christophe Coello

 Phom Penh

S 21 de Rithy Panh

 Rio de Janeiro

Edificio Master de Edouardo Coutinho

Rome

Rome désolée de Vincent Dieutre

Sacro Gra de Gianfranco Rosi

 Sao Paulo

Le rêve de Sao Paulo de Jean-Pierre Duret et Andréa Santana

reve sao paulo 10

Santiago

La bataille du Chili de Patricio Guzman

Sarajevo

Sarajeviens de Damien Fritsch

Sarajevo film festival de Johan Van der Keuken

 Sète

Les plages d’Agnès d’Agnès Varda

Tel Aviv

Là-bas de Chantal Akerman

Tokyo

Sans soleil de Chris Marker

Valparaiso.

À Valparaiso de Joris Ivens

Savador Allende de Patricio Guzman.

Vienne

Vienne avant la nuit de Robert Bober