ÉMIGRATION – Maroc

Vidas minores. Alfredo Torrescalles. Espagne, 2019, 82 minutes.

Rester au Maroc, y passer toute sa vie, et surtout sa jeunesse, cela semble totalement impossible pour tant de jeunes marocains. Dès 13-14 ans ils n’ont qu’une idée, partir. Partir en Europe, en Espagne, en France, en Suède. N’importe où. Parce qu’au Maroc, il n’y a aucun avenir. Alors ils vont faire le « risky ». Risquer leur vie pour passer les frontières. A Ceuta d’abord. Une porte vers une autre vie. Vers une vie meilleure. Ils le croient tous…

Ils sont de plus en plus nombreux, ces jeunes marocains mineurs, à être candidats à l’émigration. Le film va suivre un petit groupe d’entre eux pendant une année, dans une grande partie de l’Europe. De Ceuta à Madrid ou Barcelone, de Bilbao à Saint Sébastien puis Hendaye et la France. Une courte séquence en Allemagne puis la Suède. Et tout au long de ces longues pérégrinations, nous retournons au Maroc, retrouver la famille – les mères surtout – de ces enfants. Souvent ils restent en contacts avec elles. Et elles, elles ne peuvent les oublier, ne pouvant que demander à Dieu qu’ils réussissent dans leur voyage.

Vidas minores est un portrait de groupe, le portrait de toute une génération. Ils n’hésitent pas à parler à la caméra, à confier leurs espoirs et leur souffrance. Beaucoup refuse d’aller dans les centres pour mineurs qui, à Ceuta et ensuite en Espagne, ont pourtant les moyens de les accueillir. Ils préfèrent rester dans la rue, profitant de la solidarité de groupe en cas de coup dur. A Ceuta, où nous restons une bonne partie du film, ils n’hésitent pas à tenter de se faufiler sous les camions. Certains y laissent leur vie. Tout se passe comme à Calais. Sauf qu’ici il y a du soleil. Et qu’on ne parle pas de l’Angleterre.

En Espagne, l’essentiel sera d’essayer d’obtenir des papiers. Sans papier pas de travail. Pourtant ceux que l’on suit ne semble pas réussir à s’établir. Ils semblent tous condamnés à l’errance sans fin. Un seul revient au Maroc. Est-ce un échec ? Sa situation n’est certes pas donnée en exemple. Pourtant il y a quand même dans le film des moments de bonheur, les retrouvailles par exemple d’Ismaël avec sa mère.  Et le jour de ses 18 ans le directeur du centre qui l’héberge lui annonce qu’il a obtenu des papiers. Il pourra partir en Espagne (en hélicoptère !) après avoir partagé son gâteau d’anniversaire avec ses amis.

Le cinéaste réussit à nous montrer ces jeunes mineurs sans fausse pudeur. Sans compassion non plus. Il y a dans son film de vrais moments d’intimité avec eux. De connivence même. Plus qu’une simple sympathie. Dans des moments plutôt scabreux (par rapport à la police par exemple, ou sur le problème de la drogue), certains s’insurgent contre la présence de la caméra. Si le cinéaste insiste – pas trop quand même – ce n’est pas par voyeurisme. De toute façon il ne montre rien qui leur soit dommageable. Son regard de cinéaste est aussi un regard d’ami.

Escales documentaires, La Rochelle, 2020.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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