A COMME ABECEDAIRE – Philippe Béziat

Amitié

Noces – Stravinsky/Ramuz

Bastille

Indes Galantes

Le Crépuscule des Dieux

Bergé Pierre

Le Crépuscule des Dieux

Chanson

Prévert, paroles inattendues

Cinéma

Prévert, paroles inattendues

Cogitore Clément

Indes Galantes

Création

Indes Galantes

Danse

Indes Galantes

Les 4 Saisons ou l’histoire d’un tube

Debussy

Pelléas et Mélisande, le chant des aveugles

Dessay Nathalie

Traviata et Nous

Enquête

Les 4 Saisons ou l’histoire d’un tube

Hip-hop

Indes Galantes

Littérature

Noces – Stravinsky/Ramuz

Musique

Les 4 Saisons ou l’histoire d’un tube

Noces – Stravinsky/Ramuz

Mythe

Traviata et Nous

Opéra

Indes Galantes

Le Crépuscule des Dieux

Traviata et Nous

Pelléas et Mélisande, le chant des aveugles

Paris

Indes Galantes

Le Crépuscule des Dieux

Prévert, paroles inattendues

Poésie

Prévert, paroles inattendues

Prévert Jacques

Prévert, paroles inattendues

Ramuz

Noces – Stravinsky/Ramuz

Russie

Pelléas et Mélisande, le chant des aveugles

Spectacle

Indes Galantes

Traviata et Nous

Stravinsky

Noces – Stravinsky/Ramuz

Vivaldi

Les 4 Saisons ou l’histoire d’un tube

Wagner

Le Crépuscule des Dieux

O COMME OPÉRA – Rameau

Indes galantes. Philippe Béziat. 2021 108 minutes.

Une aventure individuelle et collective. Une aventure rare. Une plongée dans l’inconnu.  La découverte d’une terre nouvelle. Tout à défricher.

Un metteur en scène qui n’a jamais monté d’opéra. Cinéaste, artiste plasticien, créateur prolixe, Clément Cogitore prend le risque. Dans le film, il apparait calme, mais déterminé. Il théorise le spectacle, l’anticipe. Un visionnaire.

Et tous les autres, du chef d’orchestre aux solistes, des musiciens aux choristes, de la chorégraphe aux danseurs. Tous embarqués dans cette aventure qui restera pour eux inoubliables.

Les danseuses et danseurs justement, qui occupent une grande place dans le film, qui sont en grande partie le nerf de l’aventure, ceux sur qui repose son sens. Et ses possibilités de succès.

Une troupe de danse urbaine, du hip-hop au krump, en passant par le flexing, la break ou le voguing, tous les styles sont convoqués. Des danseurs qui ne sont jamais monté sur une scène d’opéra at qui vont être en quelque sorte chargés par le reste de l’équipe de donner une orientation nouvelle à cet art si souvent inscrit dans une tradition immuable, malgré bien des expériences plus ou moins récentes. Une volonté de renouvellement, d’inscription dans la modernité. Ici, peut-on dire qu’il s’agit de donner un souffle nouveau à l’opéra, de renouveler le baroque, de proposer une renaissance à Jean-Philippe Rameau. « Les danseurs de rue ont pris la Bastille ». Le cliché est facile. Mais il n’est pas faux.

Le film – de façon assez classique – nous plonge dans la préparation du spectacle. Il en suit toutes des phases, jusqu’à la première, en mettant en perspective l’accueil du public (enthousiaste), avec celui de la critique (plus mitigé). Rien n’est laissé de côté. Les interventions du metteur en scène, ou de la chorégraphe, sont brèves, précises et vont à l’essentiel. Plutôt que de proposer des longues interviews, Philippe Béziat a préféré saisir sur le vif les réactions des uns et des autres. Tous sont conscients de l’importance de leur travail. Tous s’y impliquent totalement. Le sens du collectif est véritablement dominant.

Le film insiste pourtant beaucoup sur la place des danseurs et danseuses. Il s’ouvre d’ailleurs sur leur présentation. Une troupe venue des quatre coins du monde. Où chacun et chacune apporte son style et son expérience. Des rencontres passionnantes.

Le film a aussi l’intérêt de proposer des extraits du spectacle en représentation sur la scène de l’opéra Bastille. L’ouverture d’abord jusqu’au tableau final en passant par des moments forts comme la séquence des femmes en cabine. Le filmage utilise beaucoup les gros plans, mais ne perd jamais de vue le collectif et la globalité de la danse. Clément Cogitore avait réalisé, avant de se lancer dans la mise en scène de la totalité de l’opéra, un court-métrage (six minutes) présentant le groupe de danseurs dans le final des Indes Galantes. Une véritable prouesse cinématographique. Philippe Béziat ne reprend pas tel quel le film de Cogitore mais s’en est visiblement inspiré, dans l’alternance des gros plans et des plans d’ensemble du groupe.

Incontestablement les Indes Galantes version Cogitore resteront un moment important dans l’histoire de l’opéra. Nous devons être reconnaissant à Philippe Béziat de nous avoir donné de cette aventure plus qu’une simple trace, plus qu’un enregistrement, une vision d’un art vivant.

D COMME DANSE – Filmographie

Décidemment danse et cinéma font toujours bon ménage. Comme ont pu le montrer les grands « classiques » que sont Le Ballet de l’Opéra de Paris de Frederick Wiseman, ou le Pina de Wim Wenders. Mais aussi des films consacrés à des chorégraphes moins connus en France des non – spécialistes, comme l’israélien Ohad Naharin ou l’américaine Anna Halprin. Et puis l’Opéra de Paris est un lieu qui recèle tant de richesses, aussi bien architecturales que culturelles qu’il ne peut qu’attirer les cinéastes (par exemple L’Opéra de Jean-Stéphane Bron), d’autant plus que son histoire récente a été souvent assez mouvementée (comme le montre  le film de Thierry Demaizière et Alban Teurlai, Relève : histoire d’une création, à propos de l’épisode Benjamin Millepied

Angelin Preljocaj, danser l’invisible. Florence Platarets, 2019, 52 minutes

Anna Halprin et Rodin. Voyage vers la sensualité. Ruedi Gerber, Suisse, 2015, 62 minutes.

Anna Halprin. Le souffle de la danse. Ruedi Gerber, USA, 2010, 80 minutes.

Cunningham, l’homme qui a réinventé la danse. Alla Kovgan, 2019, 93 minutes.

La Danse. Le ballet de l’Opéra de Paris. Frederick Wiseman, 2009, 159 minutes

Danser sa peine. Valérie Müller, 2019, 60 minutes

De rage et de danse. Stéphane Carrel, 2019, 90 minutes

Dernière danse. François Zabaleta. 2015, 23 minutes

Ecrire le mouvement. Marion Crepel et Bertrand Guerry, 2013, 52 minutes.

Le grand bal. Laetitia Carton, 2018, 89 minutes.

Maguy Marin, L’urgence d’agir. David Manbouch, 2019, 108 minutes.

Maurice Béjart, l’âme de la danse. Henri de Gerlache et Jean de Garrigues 2017, 65 minutes.

Mr Gaga, sur les pas d’Ohad Naharin. Tomer Haymann, 2015, 103 minutes.

Mourad Merzouki, l’alchimiste de la danse. Elise Darblay, 2019, 52 minutes.

Pina. Wim Wenders, 2011, 103 minutes

Relève : histoire d’une création. Thierry Demaizière et Alban Teurlai, 2015, 115 minutes.

Les Rêves dansants sur les pas de Pina Bausch. Anne Linsel et Rainer Hoffmann, 2011, 89 minutes.

Si c’était de l’amour. Patric Chiha, 2020, 82 minutes.

W COMME WISEMAN – La Danse.

Un film en images : La danse, le ballet de l’opéra de Paris, Frederick Wiseman, 2009, 2 heures 32.

Les deux opéras : Le Palais Garnier et L’Opéra Bastille.

wiseman danse 24

wiseman danse 11

Paris vu des toits de l’opéra Garnier.

wiseman danse

wiseman danse 12

Les danseuses

wiseman danse 4

wiseman danse 17

Les danseurs

wiseman danse 5

wiseman danse 23

La directrice (Brigitte Lefèvre)

wiseman danse 16

wiseman danse 22

L’envers du décor

wiseman danse 9

wiseman danse 10

wiseman danse 13

Lire l’article sur le film :

https://dicodoc.wordpress.com/2018/01/03/d-comme-danse-wiseman/

 

 

D COMME DANSE – Wiseman

La Danse. Le Ballet de l’Opéra de Paris,  Frederick Wiseman, France – États Unis, 2011, 146 minutes

En 1995, Wiseman consacre un premier film à la danse (au titre très simple, Ballet) en filmant l’American Ballet Theater. A Paris, en 2011, il filme le ballet de l’Opéra. Un film consacré à la danse, mais aussi à cette troupe unique de danseurs (les étoiles, les premiers danseurs, le corps du ballet) et, comme on doit s’y attendre avec Wiseman, l’Opéra en tant qu’institution artistique dont il aborde tous les aspects du fonctionnement, s’intéressant à tous ceux qui ne dansent pas, mais qui travaillent pour la danse.

danse wiseman

La Danse. Le ballet de l’Opéra de Paris est un film caractéristique de la méthode cinématographique de Wiseman. Celui-ci filme avec une précision quasi maniaque l’ensemble de l’institution, détaillant les bâtiments (le Palais Garnier surtout, mais aussi l’Opéra Bastille) entrant dans les coulisses et auscultant à la lettre leurs entrailles, descendant dans les sous-sols ou même les égouts et montant sur le toit du Palais Garnier pour y découvrir un apiculteur s’occupant des ruches qui y sont installées. Dans le bâtiment il suit les couloirs, monte des escaliers interminables, jette un œil par les fenêtres rondes ornées de la lyre symbolique. L’institution Opéra, c’est aussi l’administration qui la fait fonctionner. Cette dimension est systématiquement centrée sur la personne de Brigitte Lefèvre, la directrice artistique, omniprésente dans les réunions collectives et que l’on retrouve dans nombre de rencontres individualisées, avec des danseuses, des chorégraphes, des maîtres de ballet ou des représentants de l’American Friends of the Paris Opéra and Ballet. Wiseman n’oublie jamais les anonymes sans qui l’institution ne serait pas ce qu’elle est, les couturières et costumières, les maquilleuses et les coiffeuses, les cuisinières et les hommes d’entretien, et même les peintres qui rafraichissent les murs des couloirs. Et puis, pour qu’il y ait un spectacle digne de la réputation de la maison, il y a des répétitions, incessantes, où les danseurs reprennent inlassablement le même geste, le même mouvement d’ensemble pour arriver à la perfection. Enfin, il nous donne à voir de larges extraits des ballets mis au programme de la saison, Genus, Casse-Noisette, Le songe de Médée, Paquita, Roméo et Juliette, La Maison de Bernada Alba, Orphée et Eurydice.

danse wiseman 3

Comment filmer la danse ? Dans les représentations, Wiseman ne filme que la scène, excluant tout plan du public et ignorant les applaudissements finaux. Il cadre uniquement les danseurs, dans des plans de plus en plus larges lorsqu’il s’agit d’un mouvement d’ensemble et plus seulement d’un pas de deux ou d’un solo. Dans les répétitions, il trouve le moyen de filmer dans le même cadre le danseur et le chorégraphe ou le maître de ballet qui l’observe et le conseille en utilisant souvent le reflet dans le mur de glaces de la salle. Lorsque le chorégraphe est assis dos à la glace, nous le voyons de face et en même temps nous pouvons suivre le mouvement du danseur face à lui. Lorsqu’il s’agit d’un groupe, le plan est souvent fixe, le mouvement des danseurs étant mis en valeur par leurs entrées et sorties du champ. Dans tous les cas, ce sont les corps, les efforts des muscles, qui sont mis en valeur. Pour Wiseman, la danse est d’abord un art physique. Mais l’on sent bien que le mouvement corporel traduit toujours de la pensée. Et c’est cela qui produit de l’émotion.

danse wiseman 2

Dans tout cela, Wiseman ne donne aucune explication, refusant comme toujours le moindre commentaire. Il ne mentionne ainsi jamais qui est filmé, les danseuses ou les chorégraphes. Il n’indique pas le titre du ballet qui est exécuté, ni son auteur. Bien sûr ceux qui ont assisté aux représentations, ou ont fait un jour ou l’autre partie du public de l’Opéra, ceux-là pourront bien reconnaitre telle ou telle danseuse étoile ou tel ou tel ballet classique. Mais ce n’est surtout pas uniquement à eux que s’adresse le film. Wiseman n’a jamais travaillé que pour un cercle étroit de spécialistes. Il nous donne à voir la danse dans sa pureté, en dehors de toute érudition. Même si un chorégraphe peut souligner la réussite d’un mouvement lors d’une répétition, ou au contraire demander de le reprendre différemment, cela n’aboutit jamais à placer le film dans un registre explicatif ou critique. Comme Wiseman filme simplement les toits de Paris vus en plongée depuis le toit de l’Opéra, ou le ciel rougeoyant, pour rythmer son film, de même il filme les corps dansants sans effets, avec les seules lumières de la représentation, ou de façon totalement dépouillée lors des répétitions. Comme il l’a dit lui-même, son cinéma consiste à « rester les yeux ouverts, pour regarder ce qui se passe devant nous ».

La danse et les chorégraphes :

Anna Halprin

Trisha Brown

Ohad Naharin

Benjamin Millepied