V COMME VERTOV – Caméra.

Un film en images : L’homme à la caméra, Dziga Vertov, URSS, 1929, 80 minutes.

La caméra.

Posée sur son trépied, portée à l’épaule, elle est partout, sous les trains, dans les airs, au sommet d’un immeuble, dans les rues au milieu de la foule, dans l’intimité d’une chambre, dans les usines, au plus près des machines, au fond de la mine de charbon, sur la plage au milieu des baigneurs, sur le terrain de sport, dans le salon de coiffure où les femmes se font belles, et bien sûr dans la salle de cinéma où on projette ses œuvres.

La caméra voit tout, examine tout, enregistre tout. De façon bien plus précise que l’œil humain. Grace à elle les images sont la vie.

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Le cinéma.

La salle de projection, vide au début du film. Mais les spectateurs arrivent bientôt, nombreux. Attentifs, ils participent vraiment au spectacle. Aller au cinéma n’est-il pas le plus grand plaisir ? Détente après une journée de travail. Réflexion aussi, sur la vie et la société.

Et si la prise de vue est le travail de la caméra, reste le montage, avec les ciseaux et la colleuse.

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Les effets spéciaux.

En post production, mais au tournage aussi, avec des cadrages souvent inédits. Des accélérés aux ralentis, des surimpressions aux écrans partagés. Toujours surprenants, à une époque où l’ordinateur n’existait pas.

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La ville.

Du matin au soir. Animée, vivante, exubérante même parfois. Les bâtiments publics et les immeubles récents. Les boutiques et leurs vitrines avec leurs jeux de reflets. Les rues grouillantes de monde. Et les trams en tous sens. Un désordre apparent, mais au fond, parfaitement maîtrisé par tous.

Dans ville aussi il y a vie.

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Les femmes

Nombreuses dans le film. Plus nombreuses sans doute que les hommes. Des visages filmés en gros plans, des visages souriants, sérieux aussi. Au travail. Dans les moments de loisirs, le sport ou l’art. Toujours joyeuses. Ici elles sont vraiment l’égal des hommes.

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A lire : https://dicodoc.wordpress.com/2016/01/29/o-comme-origine/

M COMME MILITANTISME – communiste

L’homme que nous aimions le plus, Danielle Jaeggi, 2017, 86 minutes.

Une histoire familiale. Ou plutôt l’histoire de la relation d’une fille avec son père. Un père énigmatique, entouré de mystères. Tel du moins que le voit la petite fille dès 6 ans. Pourquoi s’enferme-t-il dans son bureau pour de longues communications téléphoniques ? Et lorsque son ami Reynold vient à la maison, rien ne filtre de leurs longs entretiens à huis-clos. Pourtant « Noldi », comme le surnomme la famille Jaeggi, est séduisant, sympathique et admiré de tous. Il n’empêche, la cinéaste ne connaîtra jamais exactement l’ensemble de ses activités.

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François Jaeggi et Reynold Thiel sont amis depuis longtemps. Pratiquement inséparables. Leur première expérience militante en commun, ils l’ont vécue en Espagne, dans les brigades internationales. Ensuite, c’est la Résistance en France. Mais François est obligé d’aller dans un sanatorium et ne peut suivre son ami dans sa lutte contre le nazisme. A la libération ils vont s’engager dans le Parti communiste suisse. Ils vont quitter leurs professions (la médecine pour François, la musique pour Reynold) et pour répondre aux vœux du Parti, ils fondent une entreprise chargée de faire du commerce avec les pays de l’est, un commerce clandestin parce qu’interdit. Ce sera l’essentiel de leur militantisme, sous les ordres d’un « chef » basé à Paris.

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Le film retrace alors l’histoire de cet engagement. La cinéaste retrouve dans les archives les rapports des filatures dont a fait l’objet son père. Ses moindres faits et gestes sont consignés. Même les plus anodins. La Suisse est certes un pays libre, mais les citoyens sont étroitement surveillés. François est fiché « communiste notoire ». Effectivement, son engagement semble sans faille. Comme celui de Reynold. Pourtant François prendra peu à peu ses distances avec le Parti et finira par rompre avec lui. Reynold lui, aura des ennuis avec la justice et connaîtra une fin dramatique, mais sans rapport avec le communisme puisqu’il sera victime d’un accident d’avion.

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L’enquête que mène la cinéaste pour connaître le plus en détail possible les activités de son père et de ses amis n’est pas présentée comme concernant le Parti communiste lui-même. Pourtant, c’est bien de cela qu’il s’agit. Elle met clairement en évidence la culture du secret qui existe dans son fonctionnement. Se penchant sur deux cas particuliers, elle montre comment ils ne sont au fond que des pions, comment ils doivent obéir aux ordres qui leur sont donnés et comment l’intérêt du Parti et de la cause communiste doit dominer l’ensemble de leur vie. Mais ce dévouement absolu a ses limites. Et si son père fini par y renoncer, on sent bien que la cinéaste l’a toujours considéré comme une chaîne, véritable entrave à la liberté. Dès qu’elle dépasse les sentiments de sa petite enfance (un mélange de curiosité, d’attirance et de crainte vis-à-vis de son père et de son ami) on ne peut qu’être frappé par la dimension ironique du titre de son film. Elle ne cite pas directement Staline. Mais l’ombre du dictateur soviétique parcourt tout son film. Un film dont le propos dépasse l’aspect familial de son point de départ pour devenir une pièce importante de l’histoire du militantisme communiste en Europe pendant la guerre froide.

Prix du film d’histoire, Pessac 2018

T COMME TRIPTYQUE

Triptyque russe, François Caillat, 2018, 78 minutes.

François Caillat est un inventeur de formes nouvelles. Son dernier documentaire en est la preuve éclatante. Un film d’une exubérante créativité.

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Comme le titre l’indique, le film est un triptyque, à l’image de certaines œuvres picturales. Il présente donc trois parties, successives, chacune traitant de façon spécifique un même thème. Ici il s’agit de la construction dans les années 30 d’un canal, le Belomorkanal, reliant la mer Blanche et la mer Caspienne, une œuvre monumentale qui doit célébrer la puissance de l’URSS et donc être tout à la gloire de Staline. Pour le construire, il sera fait appel à des condamnés, extraits de leur prison ou du Goulag, avec la promesse de voir leur peine diminuée s’ils se montraient particulièrement efficaces dans leur travail. Un travail particulièrement pénible, on creuse à la pelle, et dans des conditions horriblement dures, surtout en hiver (on est au-delà du cercle polaire). Froid, faim, mauvais traitements, la construction du canal se soldera par un nombre incalculable de morts. Difficile de dire combien exactement : 10 000, 20 000 ou plus de 60 000 ? Mais des morts dont on ne parle pas, ni sous Staline, ni après jusqu’à aujourd’hui. Des morts qui n’ont pas de sépulture. Des morts oubliés, dont il ne reste plus aucune trace dans le paysage tout au long du canal.

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Première partie « Vive le canal Staline ».

Il s’agit du court métrage de propagande réalisé en URSS et diffusé par l’intermédiaire des Partis communistes dans le monde occidental. Un film muet où les cartons intermédiaires sont en français. Le ton est bien sûr particulièrement grandiloquent. Tout y est à la gloire de Staline. Le travail acharné de ceux qu’on ne désigne pas comme des condamnés. Les arbres sont coupés par milliers. On creuse, on casse des pierres, on évacue de la terre en brouettes… Les fondus-enchaînés se succèdent pour montrer l’acharnement au travail. Et la rapidité de l’avancement du chantier. Malgré le froid mortel de l’hiver. Jusqu’à l’inauguration du canal par Staline lui-même, filmé comme toujours, de profil en légère contre-plongée.

Il y a une grande audace de la part du cinéaste de commencer son propre film par ces images en noir et blanc, imitant presque les films muets burlesques hollywoodiens, et cela sans avertissement, sans présentation, sans commentaire. Une façon cependant particulièrement efficace de plonger le spectateur dans l’expectative. Que sera la suite ?

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Deuxième partie « Yourii Alekseïevitch Dmitriev »

Le cinéaste entreprend un voyage sur les lieux du canal en compagnie d’une jeune fille parlant russe. Là il rencontre, au milieu des bois, un homme étonnant et qui attire donc son attention. Qui est-il ? Que fait-il ? Quelles sont ses activités. L’homme, petite barbiche et treillis qui semble militaire, accepte d’être filmé et conduit ses deux invités dans la forêt, à condition de ne pas montrer la présence d’une caméra. Ici il serait dangereux d’être repéré comme réalisant un film. Qu’est-il donc si important de tenir caché ? L’homme est-il un simple chasseur (il évoque la présence d’ours) ? Mais il se met à creuser la terre, dans un endroit particulier qu’il a repéré. Il creuse méthodiquement, professionnellement, longuement. Et finir par déterré un os humain, un membre, un crane qu’il identifie comme celui d’un homme jeune. De quoi est-il mort ? Il n’y a aucune trace de violence sur ce crane. Mais il a simplement été enfoui sous la terre, comme tant d’autres. Yourii Alekseïevitch Dmitriev s’est donné pour tâche de retrouver ces traces, ces fosses communes où les corps des travailleurs du canal ont été entassés. Avec quel objectif ? La vérité historique ? Dénoncer une fois de plus le stalinisme ? Sans doute. Mais ce qui compte pour lui, c’est que ces morts ne soient pas oubliés pour toujours.

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Troisième partie « Le bruit de la terre ».

Un poème visuel et musical. A la grande beauté formelle des images correspond parfaitement la puissance d’une musique qui est une véritable création et non une musique de film. Concrètement, images et musique, musique et images, ne font qu’un. Des images qui dans les premiers instants de cette partie du film sont simplement réalistes, les bois, les herbes, les feuillages…Mais peu à peu, de façon presque imperceptible, ces images s’animent en quelque sorte. Des surimpressions d’images deviennent de plus en plus visibles, jusqu’à devenir dominantes. On reconnait alors les images du film de la première partie, en particulier les images finales où un homme et une femme entreprennent une danse traditionnelle russe devant un cercle de travailleur. La boucle est bouclée. Le canal a été construit pour la gloire de Staline. Les morts que cela a coutés sont oubliés. Reste à continuer le travail de mémoire entrepris par quelques-uns.

Prix Bernard-Landier du jury Lycéen, Festival international du film d’histoire, Pessac, 2018.

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M COMME MEDVEDKINE – MARKER

Le Tombeau d’Alexandre, Chris Marker, 1993, 120 mn

Le Tombeau d’Alexandre est un hommage au cinéaste russe Alexandre Medvedkine (1900-1989) auteur du film devenu « culte », Le Bonheur, un des derniers films muets (il date de 1934) de la grande époque du cinéma soviétique.

Consacré à un cinéaste moins connu et moins reconnu que les grands noms du cinéma engagé dans la révolution bolchevique, Eisenstein et Vertov, le film est l’occasion pour Marker de revenir sur cette aventure cinématographique, dont on sait l’importance théorique en particulier à propos de la notion de montage. Il évoquera en particulier Le Cuirassé Potemkine, dans la seconde lettre. Mais il n’était pas possible pour lui d’évoquer cette histoire artistique sans traiter également de l’histoire tout court, celle de l’URSS donc, depuis la révolution d’octobre jusqu’à la perestroïka, en passant par le stalinisme.

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Le Tombeau d’Alexandre est un film épistolaire, genre dont Marker est sans doute le plus illustre représentant, depuis Lettres de Sibérie jusqu’à Sans soleil. Il est composé de six lettres que Marker adresse à son ami Medvedkine. Lettres pourtant que son destinataire ne lira jamais puisque le film est réalisé après la disparition de celui-ci. Mais cette communication posthume a tous les accents d’un dialogue authentique, que ce soit sur l’expérience unique du ciné-train dans l’URSS des années 1930, remarquable concrétisation cinématographique des méthodes d’Agit’prop. Un train équipé en studio de développement des rushes et de montage part dans les usines pour stimuler l’ardeur révolutionnaire. Filmé la veille, monté la nuit, diffusé le lendemain : le cinéma fait partie de l’utopie. Ou que ce soit aussi dans l’évocation des concessions de Medvedkine à l’ordre stalinien. Si la majorité de ses films ont été interdits par la bureaucratie de l’époque, il n’en reste pas moins que le cinéaste répondra aux commandes visant à glorifier le maître du Kremlin.

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Le Tombeau d’Alexandre est un documentaire (dénomination courante et sans doute commode mais que toute l’œuvre de Marker questionne) mêlant en un savant dosage des images d’origine et de nature différentes : des extraits du Bonheur, avec un commentaire critique visant à en souligner l’originalité ; des portraits photographiques de Medvedkine ; des images filmiques évoquant, dans un long plan séquence tourné devant le train, l’expérience du ciné train ; des interviews d’amis ou de connaissances de Medvedkine, de sa femme ainsi que de jeunes critiques cinématographiques de la Russie post-URSS ; des extraits de films ou des images d’archives datant de l’époque bolchevique et stalinienne ; des images filmées en 1992 par Marker, par exemple le cimetière où se situe la tombe de Medvedkine ; des images d’actualité, portant sur des scènes de rue dans le Moscou de la perestroïka, et des archives de la chute de l’URSS. Mais ce qui paraître, selon cette énumération, n’aboutir qu’à un patchwork hétéroclite constitue en fait une réflexion particulièrement pertinente sur l’histoire et l’avenir du communisme.

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Si ce Tombeau d’Alexandre n’a pas l’ampleur de la grande œuvre historique de Marker, Le Fond de l’air est rouge, on y trouve des séquences originales, caractéristiques du style de leur auteur. La séquence par exemple où Marker montre, preuve à l’appui, que l’image universellement diffusée de la prise du palais d’Hiver en 1917 est issue en fait d’une reconstitution datant de 1920. En l’absence d’image authentique, le cinéma devient la réalité ! Et puis on savourera l’entracte : Chat écoutant la musique, prise de distance en forme de clin d’œil humoristique vis-à-vis du sérieux de l’histoire.

 

M COMME MARKER Chris – suite

Lettre de Sibérie, Chris Marker, France, 1957, 67 mn

« Je vous écris d’un pays lointain », rarement une première phrase du commentaire d’un film n’aura autant contribué à la notoriété d’un cinéaste que cette ouverture de Lettre de Sibérie. Une phrase qui restera caractéristique d’un style, le commentaire littéraire (elle est empruntée à Henri Michaux) et d’un genre, le film épistolaire (qui sera porté à sa perfection dans Sans Soleil). En 1957, le jeune cinéaste qu’est alors Chris Marker part en Sibérie dans le cadre d’un projet initié par l’association France-URSS. Il y tournera tout au long de son voyage des images qui ne deviendront un film qu’après coup, une fois le montage effectué et le commentaire écrit. La lettre, adressée au spectateur, inscrira alors ces images dans son présent, celui-là même du visionnage du film.

Marker, de son vivant, a longtemps refusé de diffuser Lettre de Sibérie, considérant sans doute le film comme pas assez abouti. Pourtant, il a depuis toujours été largement cité et commenté par les cinéphiles et dans les écoles de cinéma pour une seule de ses séquences, celle des trois commentaires proposés sur les mêmes images. Faire un film sur la Sibérie, faire connaître cette partie de l’Union Soviétique, est pour les commanditaires du film un projet politique, dans lequel Marker ne peut que s’inscrire. Mais il ne le fait pas naïvement, ni surtout comme un admirateur béat. La séquence en question renvoie donc dos-à-dos les partisans inconditionnels et les opposants systématiques. Mais il montre aussi que la neutralité, la prétendue objectivité, est tout aussi problématique et qu’elle déforme tout autant une réalité décidemment insaisissable. Une interrogation sur le sens des images et leur portée en tant qu’outil de connaissance ou de propagande, que Marker poursuivra tout au long de son œuvre de cinéaste.

Les images dont il est question présentent en trois plans, le croisement de deux véhicules dans une rue de ville (un bus et une grosse voiture noire), des ouvriers au travail et le passage d’un homme devant la caméra qu’il regarde ostensiblement. La séquence ne questionne pas la possibilité d’une description uniquement dénotative des images. Elle montre que, dès qu’un cinéaste ajoute un commentaire, on se situe dans la connotation et que c’est justement le commentaire qui donne son sens au film, un sens qui ne dépend donc que de l’engagement de l’auteur du commentaire, et non des images.

Les trois commentaires écrits par Marker et ajoutés successivement aux mêmes images sont les suivants :

« 1- Iakoutsk, capitale de la République socialiste soviétique de Yakoutie, est une ville moderne, où les confortables autobus mis à la disposition de la population croisent sans cesse les puissantes Zym, triomphe de l’automobile soviétique. Dans la joyeuse émulation du travail socialiste, les heureux ouvriers soviétiques, parmi lesquels nous voyons passer un pittoresque représentant des contrées boréales, s’appliquent à faire de la Yakoutie un pays où il fait bon vivre !

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2- Iakoutsk, à la sinistre réputation, est une ville sombre, où tandis que la population s’entasse péniblement dans des autobus rouge sang, les puissants du régime affichent insolemment le luxe de leurs Zym, d’ailleurs coûteuses et inconfortables. Dans la posture des esclaves, les malheureux ouvriers soviétiques, parmi lesquels nous voyons passer un inquiétant Asiate, s’appliquent à un travail bien symbolique  le nivellement par le bas !

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3- À Iakoutsk, où les maisons modernes gagnent petit à petit sur les vieux quartiers sombres, un autobus moins bondé que ceux de Paris aux heures d’affluence, croise une Zym, excellente voiture que sa rareté réserve aux services publics. Avec courage et ténacité, et dans des conditions très dures, les ouvriers soviétiques, parmi lesquels nous voyons passer un Yakoute affligé de strabisme, s’appliquent à embellir leur ville, qui en a bien besoin. »

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Pour le reste, le film est plutôt convenu et pour le moins peu novateur. Deux séquences animées constituent bien une surprise rétrospective dans l’œuvre de Marker, mais elles sont aujourd’hui démodées. Les mammouths et les rennes étaient sans doute des passages obligés dans un film sur la Sibérie. Le recours au dessin animé tend à nous dire que cela n’est au fond pas très sérieux. Si la Sibérie est le pays d’un certain enchantement, celui de l’enfance, on peut aussi voir dans le film de Marker la prémonition d’un désenchantement futur.