I COMME IMMORTALITÉ

Immortal. Ksenia Okhapkina, Russie, 2020, 61 minutes.

Le nord de la Russie. Un pays froid, enneigé, constamment enneigé. Une neige qui tombe sans arrêt, ce qui donne bien l’impression qu’elle ne disparaitra jamais. Ce serait donc la neige qui accède à l’immortalité ?

La neige éternelle, ou bien la Patrie. Cette Russie moderne qui ici, dans cette ville construite en lieu et place du Goulag ancien, se donne les moyens d’affronter le temps qui passe et de surmonter ses aléas.

Ces moyens, c’est surtout – et peut-être même uniquement – l’éducation. Dès le plus jeune âge et tout au long de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Les garçons doivent devenir des soldats, être éduqué comme des soldats. Il leur faut savoir marcher au pas, manier les armes, nettoyer les fusils et toujours obéir en tout. Adolescents ils devront être entrainés à la guerre et donc partir en manœuvre dans la neige, sans jamais se plaindre du froid.

Les filles elles, ne deviendront pas des soldats. Il faut féminité garder. Ce sera la danse qui en fera de véritables citoyennes. Une danse où la rigueur – et l’obéissance – l’emporte sur la dimension artistique. Dans le spectacle final, elles sont filmées de dos.

Immortal est un film qui utilise les images dans toute leur force. Force de monstration – de démonstration peut-être, bien que le film n’explique rien. La force de l’évidence en filmant la neige, de jour comme de nuit, et les trains. Beaucoup de trains, lourdement chargés de terre par exemple. Des trains qui se déplacent lentement. Comme les camions et les bus. Ici la vitesse n’a pas sa place.

Il y a dans ces images, surtout celles de nuit, une atmosphère bien particulière, due en grande partie à leur tonalité bleutée. Une atmosphère de froid et d’obéissance. Dans tout le film, il n’y a aucun dialogue. Les seules paroles que l’on entend sont les ordres des instructeurs et les réprimandes – quelques félicitations quand même lorsque l’enfant apprenti tireur réussi à toucher la cible. Il n’y a aucune intimité non plus. Tout est fait pour qu’on ait l’impression de rester à l’extérieur des choses, à l’extérieur des immeubles dont on ne voit que les façades, à l’extérieur de la vie.

Bien plus qu’un long discours, ce film peut être considéré comme une critique systématique du système mis en place. Un système qui sait parfaitement se faire accepter. Dès l’enfance.

Festival International du Film de Femme (FIFF), 2021, Créteil.

S COMME SERVICE MILITAIRE – Israël

Objector. Molly Stuart, Etats-Unis, 2019, 75 minutes.

En Israël, tous les garçons et les filles de 18 ans doivent effectuer un service militaire de 3 ans. Même s’ils ne sont pas très nombreux, ceux qui refusent de rentrer ainsi dans l’armée existent. Atalya est l’une de ces objecteurs.

Atalya, un prénom chargé de sens. Le film débute par l’évocation de cette reine biblique, la seule reine de plein droit (qui ne soit pas l’épouse d’un roi) dans la bible. Une reine au destin tragique, puisqu’elle fut décapitée et jetée aux chiens. Était-elle une traitre ? Comme les objecteurs actuels ?

La situation de ceux qui refusent de rentrer dans l’armée est particulièrement difficile. Une grande majorité de la population les considèrent comme des traitres. Pourtant Atalya ne refuse pas de servir son pays, puisqu’elle a effectué un service civique. Ce qu’elle refuse, c’est l’occupation de la Palestine. Un engagement profond au nom des droits humains et du refus de l’apartheid.

Le film est conçu comme un compte à rebours. Six Mois, puis 3, puis 1 mois avant la date de l’incorporation d’Atalya dans l’armée. Une période que la jeune fille va mettre à profit pour analyser la position politique de son pays et surtout de tenter de mieux connaître la Palestine et les Palestiniens. Une démarche particulièrement courageuse.

Dans sa famille, tout le monde a été dans l’armée. Atalya discute tout à tour avec ses parents et son grand-père. Tous sont plutôt réticents vis-à-vis de sa démarche, étant donné les conséquences négatives, socialement parlant, de son refus. Mais peu à peu dans le film, elle sera de plus en plus comprise et soutenue. Surtout par sa mère qui s’engage ouvertement contre l’occupation en Palestine.

Et puis Atalya se rend en Cisjordanie. Elle rencontre des palestiniens qui lui présentent les conséquences de l’occupation et qui décrivent les actions menées par l’armée, comme la destruction de maisons palestiniennes et les tirs des soldats sur des manifestants.

Atalya ira jusqu’au bout de ses convictions. Elle fera 1210 jours de prison militaire. Une expérience qui la marque profondément. Bien sûr le film ne nous propose pas d’image de l’incarcération. Mais la cinéaste réalise une reconstitution, d’après les transcriptions officielles, de l’audition que passe Atalys devant le comité de conscience de l’armée israélienne. Une occasion pour elle de développer ses positions politiques et humanitaires.

Objector est un film particulièrement utile dans le contexte international actuel concernant la Palestine. En se situant du côté israélien, en montrant les objecteurs de conscience et en leur donnant la parole, il allume une petite lueur d’espoir concernant la possibilité d’une paix entre Israël et les palestiniens. D’autant plus que qu’étant une production américaine il devrait pouvoir être vu aussi aux États-Unis.

Qu’une jeune fille israélienne puisse avoir un ami palestinien avec qui elle correspond, montre que les convictions humanistes peuvent bousculer les préjugés racistes.

PriMed 2020

A COMME ABECEDAIRE – Avi Mograbi

Cinéaste israélien (né en 1956). Après des études d’art et de philosophie à l’université de Tel-Aviv, il débute dans le cinéma comme assistant de Claude Lelouch. Il est aujourd’hui connu pour ses prises de position antisionistes, soutenant l’idée d’un État d’Israël où tous les citoyens possèderaient les mêmes droits. Il milite notamment pour soutenir les jeunes qui refusent de faire leur service militaire.

Amitié

Dans un jardin je suis entré

Attends, ce sont les soldats, il faut que je raccroche

Armée

Z 32

Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon

Autoportrait

Happy Birthday, Mr Mograbi

Campagne électorale

Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon

Cinéma

Z 32

Droit d’asile

Entre les frontières

Droits de l’homme

Dans un jardin je suis entré

Août, avant l’explosion

Elections

Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon

Eté

Août, avant l’explosion

Exil

Entre les frontières

Guerre

Z 32

Israël

Entre les frontières

Z 32

Pour un seul de mes deux yeux

Août, avant l’explosion

Happy Birthday, Mr Mograbi

Liban

Dans un jardin je suis entré

Mémoire

Dans un jardin je suis entré

Moyen-Orient

Dans un jardin je suis entré

Mythe

Pour un seul de mes deux yeux

Palestiniens

Pour un seul de mes deux yeux

Attends, ce sont les soldats, il faut que je raccroche

Police

La Reconstruction – L’Affaire criminelle de Danny Katz

Politique

Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon

Réfugiés

Entre les frontières

Représailles

Z 32

Téléphone

Attends, ce sont les soldats, il faut que je raccroche

Théâtre

Entre les frontières