L COMME LARZAC

Tous au Larzac. Christian Rouaud. France, 2011, 118 minutes.

         Le mouvement de protestation contre l’extension du camp militaire du Larzac reste quelques trente ans après son épilogue un mouvement exemplaire. D’abord parce qu’il fut enfin, après des années et des années de lutte, plus d’une dizaine en fait, couronné de succès, en grande partie grâce à la persévérance de ses acteurs initiaux, les habitants du Larzac eux-mêmes. Mais aussi parce qu’il a su, sur cette durée au fond anormale – ou du moins atypique – se renouveler au fil des difficultés et des obstacles rencontrés, pour devenir un creuset particulièrement inventif dans le domaine de la pensée et de l’action contestatrice ainsi qu’une expérimentation constante de nouvelles formes de vie en société.

         Rappeler l’histoire de ce mouvement à la fin de la première décennie du XXI° siècle ne peut guère être perçu comme un acte de courage politique. Ce n’est pas non plus en soi le signe d’une audace cinématographique. Pourtant un tel projet ne va pas immédiatement de soi. Certes il peut se réclamer d’une visée historique dans laquelle le cinéma, par son travail sur les archives, a depuis longtemps gagné sa légitimité. Mais peut-on considérer un tel film uniquement comme un film historique ? N’a-t-il pas aussi une dimension politique et sociale actuelle ? Du coup, un tel film, comme beaucoup de ceux qui abordent les luttes sociales récentes, ne peut échapper au difficile problème des rapports entre histoire et actualité. Y a-t-il des leçons à tirer de l’histoire Le passé peut-il éclairer le présent ? Le mouvement concernant le Larzac peut-il servir de référence, éclairer voire orienter, un mouvement comme celui qui s’est développé à Notre Dame des Landes ?

         Le Larzac, qu’est-ce que c’est ? Un vaste plateau situé en Aveyron, aride et en voie de désertification, mais encore peuplé par quelques paysans éleveurs de brebis. En 1971, le ministre de la Défense de l’époque, décide d’exproprier une bonne partie de ces paysans pour étendre la superficie d’un camp militaire existant. Ces paysans particulièrement attachés à leur terre, surtout ceux qui y ont toujours vécu, mais aussi ceux qui étaient alors plus récemment installé n’acceptent pas une telle décision venue d’en haut sans aucune concertation et entrent en « résistance ». Ils seront très vite rejoints par tous les contestataires de l’époque, maoïstes ou appartenant à d’autres groupuscules vivant encore dans l’esprit de mai 68. Ce qui pouvant alors apparaître comme une alliance contre nature déboucha en fait très vite sur un consensus fondé sur l’action non violente. Les manifestations se succédèrent, A Millau, Rodez, puis Paris où les brebis occupant le Champ de Mars firent grande impression ! Des comités Larzac furent créés un peu partout en France et le slogan Gardarem lo Larzac réussit à fédérer tout ce que la France de l’époque pouvait compter d’opposant au pouvoir, bien au-delà des contestataires ou « révolutionnaires » post-68. Et cela dura dix bonnes années, jusqu’à ce que l’élection de Mitterrand et l’arrivée au pouvoir de la gauche annonce l’annulation des textes créant le nouveau camp militaire et permit la fin des hostilités.

         Le film de Christian Rouaud reprend la formule qu’il avait déjà exploitée à propos du conflit Lip : l’alternance et le savant montage des images d’archives issues des actualités de l’époque et des entretiens réalisés plus de trente ans après les événements avec leurs protagonistes directs, du moins ceux qui ont survécu au temps, puisque Guy Tarlier, un des principaux meneurs de la lutte, est décédé au moment de la réalisation du film. Ceux-ci sont filmés sur les lieux même où les principales actions se sont déroulées ce qui confère un surcroit de crédibilité à leurs souvenirs.

G COMME GROUPE

Les Groupes Medvedkine

         En 1968, les cinéastes français n’ont pas attendu le mois de mai pour se mobiliser. En février, ils descendent dans la rue pour soutenir Henri Langlois qui vient d’être limogé de la cinémathèque française dont il était le fondateur et le directeur. Un abus de pouvoir du gouvernement gaulliste, et de son ministre de la culture, André Malraux, jugé inadmissible. Lorsque éclatent en mai les manifestations étudiantes suivies d’une vague de grève générale dans les entreprises et les services publiques, beaucoup de cinéastes et professionnels de l’audio-visuel vont immédiatement répondre présents. Leur action spécifique se traduira par le lancement des Etats généraux du cinéma français, l’occupation des écoles de la rue de Vaugirard  (Ecole nationale de la photographie et de la cinématographie) et de l’IDEC (ancêtre de la Fémis) par leurs étudiants, la contestation du festival de Cannes qui obtiendra son arrêt et le lancement de la grève dans les studios et les laboratoires. En 68, le cinéma français est en lutte.

         Pour des cinéastes comme Chris Marker et Jean-Luc Godard, le cinéma doit être une arme au service de la lutte révolutionnaire. Ils décident alors de prendre contact avec les ouvriers dans les usines en grève et les incitent à filmer leurs luttes pour les populariser. Pour cela, ils mettent à leur disposition des caméras et autres matériels, les initient à leur maniement technique et participent aux phases de tournage. C’est cette perspective qui est à l’origine de la création des groupes Medvedkine, d’abord à Besançon, à Sochaux ensuite.

         Alexandre Medvedkine était un cinéaste soviétique, dont le film le plus célèbre est Le Bonheur (1932), une comédie grinçante sur les paysans russes d’après 17. Il est aussi l’instigateur du Ciné-train, une action originale mettant le cinéma au service de la révolution bolchevick. Medvedkine parcourt les campagnes à bord d’un train dont un compartiment est transformé en laboratoire de cinéma. Le jour, il filme les actions des ouvriers et des paysans au service de la révolution, développe la nuit et projette le film le lendemain aux intéressés. C’est cette opération qui est à l’origine du choix par Chris Marker de la dénomination des groupes d’ouvriers-cinéastes en France. Marker consacrera d’ailleurs plus tard un film à son ami Medvedkine, Le Tombeau d’Alexandre (1992).

 Marker est bien plus qu’un conseiller des groupes Medvedkine, il en est la véritable cheville ouvrière. En 1967, il avait participé à la réalisation collective d’un film au titre prémonitoire, A bientôt, j’espère, avec les ouvriers de la Rhodiaceta, filiale textile de Rhône-Poulenc en grève « sauvage » avec occupation de l’usine. Il participe début 68 à la création de la coopérative de diffusion SLON (acronyme de Service de Lancement des Œuvres Nouvelles qui signifie « éléphant » en russe) qui produira et distribuera le film.

Le sous-titre de A bientôt, j’espère précise sa visée : «  La condition de l’ouvrier français en 1968 ». Des entretiens avec des syndicalistes sont entrecoupés par des images de meeting et de manifestations. Les militants interrogés dénoncent les conditions de travail, les cadences, la répression patronale qui opère des licenciements. Les propos qui concluent le film seront jugés subversifs par la commission de censure qui n’accordera au film qu’un droit d’exploitation non-commerciale. «  Je veux dire aussi aux patrons qu’on les aura, c’est sûr (…) on vous aura, c’est la force des choses, c’est la nature…Et à bientôt, j’espère. »

         Les principaux films produits par Slon pour le groupe Medvedkine de Besançon et celui de Sochaux sont les suivants :

  • Besançon. 1968. Tourné devant l’usine d’horlogerie Yema où une jeune déléguée syndicale CGT s’adresse aux ouvriers en grève pour dénoncer les manœuvres de la direction.
  • Classe de lutte. 1968-1969, dont le slogan inaugural résume bien l’orientation du groupe : « Le cinéma n’est pas une magie. C’est une technique et une science, une technique née d’une science mise au service d’une volonté : la volonté qu’ont les travailleurs de se libérer. »
  • Pour le groupe de Sochaux, on peut citer:
  • Sochaux, 11 Juin 1968 (1970),relatant la mort de deux ouvriers de l’usine Peugeot lors d’affrontement avec les CRS.
  • Week-End A Sochaux (1971-1972)
  • Septembre Chilien (1973)
  • Avec Le Sang Des Autres (1975).

F COMME FEMMES EN LUTTE.

Les femmes cinéastes sont de plus en plus en première ligne dans le domaine du documentaire. Au-delà des luttes féministes pour la conquête de leurs droits et de l’égalité avec les hommes, elles prennent position sur tous les problèmes fondamentaux de notre monde : dénonciation du racisme et de la pédophilie, soutien aux mouvements de résistance comme en Palestine, rejet de l’emploi des pesticides dans l’agriculture, entre autres. Les femmes documentaristes ne peuvent qu’être des femmes en lutte.

Comme leurs confrères masculins, mais peut-être avec encore plus d’acuité et de détermination, les cinéastes documentaristes ne peut rester insensibles à la misère du monde. Il s’agit alors pour elles de dénoncer l’injustice, l’oppression, la dictature, la maltraitance, les violences de toutes sortes faites aux femmes et aux hommes, à des groupes particuliers et même à des peuples. Mais il s’agit aussi par leurs films de soutenir les luttes, les revendications, les révoltes. Essayer donc de sensibiliser, de populariser, d’appeler à l’aide et à l’action. Beaucoup de documentaristes donnent la parole à celles – et à ceux – que l’on n’entend jamais, les oubliées de l’histoire, les faibles, les pauvres, les plus démunies. Et à tous celles qui sont différentes, qui ne vivent pas comme la majorité, celles que l’on montre du doigt et qui sont mis au ban de la société.

LORSQU’UNE FEMME CINEASTE S’ENGAGE CE N’EST JAMAIS FORTUIT. C’EST TOUJOURS LE FAIT D’UNE NECESSITE

LORQU’UNE FEMME CINESATE SOUTIENT UNE CAUSE, C’EST TOUJOURS DE FACON SINCERE ET AUTHENTIQUE

LORSQU’UNE FEMME CINEASTE PREND POSITION, C’EST TOUJOURS D’UNE FACON REFLECHIE, PARCE QU’IL Y A URGENCE DE FAIRE BOUGER LES CHOSES.

***

Pour évoquer les femmes documentaristes en lutte, deux noms viennent immédiatement à l’esprit : Agnès Varda et Carole Roussopoulos.

Agnès Varda, une cinéaste qui s’est elle-même définie comme « contestataire », et dont l’engagement est celui d’une femme, qui se situe à côté des femmes dans leur lutte pour la cause des femmes.

Son engagement cinématographique n’est bien sûr pas étranger à celle de la femme qui signe en 1971 le manifeste des 343.

En 1975, « année de la femme », elle répond à la demande d’Antenne 2 qui pose, à 7 femmes, la question devant être traitée en 7 minutes : « Qu’est-ce qu’une femme ? » Toujours impertinente, Varda le fera en 8 minutes (Réponses de femmes, 1975).

A cette occasion, elle invente le « cinétract », genre qui aurait pu avoir une descendance plus importante.

Varda filme donc des femmes, jeunes ou vieilles, nues ou habillées, des bébés, des enfants, seules ou en groupe, enceintes ou portant un enfant dans les bras, de face, de profil, en gros plan ou en pied….

S’adressant directement à la caméra, elles parlent de maternité, de désir, de sexe, de leur place dans la société, la société des hommes, dominée par les hommes. Elles évoquent aussi l’image, exemples à l’appui, que renvoie d’elles la publicité. « Ça va changer » dit plusieurs fois une adolescente.

Lors de sa diffusion à la télévision, le film suscita des protestations de téléspectateurs, preuve de son côté dérangeant à l’époque.

Carole Roussopoulos, une figure centrale, une cinéaste auteur de plus de 150 films, dont l’action reste aujourd’hui encore exemplaire.

C’est jean Genet qui lui fit découvrir la vidéo légère, un outil qui lui parut immédiatement correspondre parfaitement à ses besoins et à ses projets.

Carole Roussopoulos devint ainsi dès le début des années 70 une pionnière d’un cinéma d’intervention, engagé dans toutes les luttes que vont mener les femmes dans la décennie,

de la revendication au droit à une contraception libre et gratuite à la lutte pour la libéralisation de l’avortement,

en passant par l’affirmation du droit des femmes contre toutes les formes d’exploitation dont elles sont victimes, dans le travail et dans le milieu familial.

Un ensemble de luttes essentiellement politiques, prolongeant les visions de mai 68, mais prenant à travers les thèses féministes une orientation spécifique qui contribua incontestablement à changer la société.

 Le cinéma occupa une place importante dans ce mouvement, filmant les luttes au cœur même de leur déroulement, les popularisant en dehors des circuits médiatiques habituels tenus essentiellement par des hommes, comme le cinéma dans son ensemble, y compris le cinéma militant. Les femmes vont alors inventer de nouvelles formes de revendication, comme elles vont inventer de nouvelles formes d’expression. La vidéo en fut l’outil par excellence.

         La vidéo (le Portapack de Sony filmant en noir et blanc en ½ pouce), c’est la liberté. C’est pouvoir être partout où les femmes luttent. C’est supprimer les contraintes, tout aussi bien au niveau du filmage que du montage et de la diffusion. C’est échapper à la main mise masculine sur l’information. C’est pouvoir enfin donner réellement la parole aux femmes. Une parole enfin libérée des stéréotypes imposés par la société masculine.

         Les femmes cinéastes vont alors créer les organes de leur lutte. Des coopératives d’abord, assurant la réalisation et la production.

La première de ces coopératives voit le jour en 1974 : Vidéa.

Carole Roussopoulos, de son côté après avoir créé le groupe Les insoumuses avec Delphine Seyrig, Iona Wieder et Nadja Ringart, suivi des Muses s’amusent, fonde avec son mari Vidéo Out qui produira la plus grande partie de ses films.

Elle participe d’autre part à la création en 1982 du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, dont la mission est faire connaître les réalisations des femmes et soutenir leurs projets.

Le premier festival de films de femmes voit aussi le jour, festival dont le rayonnement ira grandissant jusqu’à son implantation actuelle à Créteil.

         Le cinéma féministe c’est donc d’abord filmer les luttes des femmes tout en y participant. Puis c’est organiser en dehors des circuits de distribution habituels, des projections publiques suivies de débat, le plus souvent particulièrement animés, voire houleux.

 Dans tout ce travail, c’est une nouvelle manière de faire de la politique qui voit le jour, en dehors de tout parti et de toute organisation. Mais c’est aussi une nouvelle forme de parole, affranchie des modèles dominants dans la presse écrite et à la télévision. La vidéo permet d’enregistrer la parole de femmes qui ne l’avaient jamais eue, à qui on ne l’avait jamais donnée. Elle permet aussi de filmer sans limite, sans restriction ; filmer la vie dans son jaillissement même.

         Les premières réalisations de Carole Roussopoulos concernent le mouvement des noirs américains, Jean Genet parle d’Angéla Davis,

le mouvement homosexuel en France (Le FHAR 1971) et les luttes autour de l’avortement, Y’a q’à pas baiser (1971) où elle montre un avortement illégal pratiqué selon la méthode par aspiration.

Elle initie alors Delphine Seyrig à la vidéo et réalisera avec elle Maso et Miso vont en bateau (1976) qui peut être considéré comme le manifeste cinématographique féministe.

Delphine Seyrig réalisera de son côté un film particulièrement original sur le métier d’actrice, Sois belle et tais-toi (1976) où elle interroge une bonne vingtaine d’actrices connues, de Juliet Bertho à Shirley Mc Laine en passant par Jane Fonda. Toutes montrent comment elles sont victimes dans leur métier de la domination des hommes.

Carole est sur tous les fronts. Elle filme avec Iona Wieder, les manifestations contre les exécutions de militants basques par le régime franquiste, La marche des Femmes à Hendaye et Les Mères espagnoles (1975).

Elle suit les luttes des ouvrières de Lip de 1973 (Monique Lip I) à 1976 (Christine et Monique Lip V). Cet intérêt pour la condition des femmes dans le travail se retrouvera dans la série Profession, pour laquelle elle réalise Profession : agricultrice (1982) revendiquant un véritable statut professionnel pour les femmes travaillant dans les fermes de leur mari et Profession : conchylicultrice (1984) montrant tous les aspects de ce travail particulièrement difficile.

         Carole Roussopoulos restera dans l’histoire du féminisme une figure centrale. Ses films sont aujourd’hui non seulement des documents irremplaçables sur la portée du mouvement, mais constituent aussi une véritable œuvre cinématographique privilégiant le documentaire et montrant comment celui-ci peut être, non pas simplement un outil de propagande, mais un instrument efficace d’intervention et de changement social.

A COMME ABECEDAIRE – Lech Kowalski.

Afghanistan

Charlie Chaplin à Kaboul

Artisanat

The Boot Factory

Autobiographie

À l’Est du paradis

Campagne

Holy Field Holy War

Chômage

I Pay for Your Story

Cinéma

Charlie Chaplin à Kaboul

Emploi

On va tout péter

Etats Unis

I Pay for Your Story

Drill Baby Drill

« President Bush », Camera War

D.O.A. : a Rite of Passage

Famille

Diary of a Married Man

Gaz de schiste

Drill Baby Drill

Grève

On va tout péter

Guère (39-45)

À l’Est du paradis

Image

The End of the World Begins with One Lie

Industrie

On va tout péter

Manifestation

On va tout péter

Marginalité

On Hitler’s Highway

Médias

The End of the World Begins with One Lie

Mère

À l’Est du paradis

Migration

C’est Paris aussi

Musique

D.O.A. : a Rite of Passage

Paris

C’est Paris aussi

Politique

« President Bush », Camera War

Pollution

Holy Field Holy War

Drill Baby Drill

Pologne

Holy Field Holy War

Drill Baby Drill

À l’Est du paradis

On Hitler’s Highway

The Boot Factory

Prostitution

On Hitler’s Highway

Punk

D.O.A. : a Rite of Passage

Récit de vie

I Pay for Your Story

Sexe

Diary of a Married Man

Sex Pistols

D.O.A. : a Rite of Passage

Travail

The Boot Factory

Ville

C’est Paris aussi

Wall Street

« President Bush », Camera War

L COMME LUTTES LYCEENNES -Chili.

Basta ya de conciliar es tiempo de luchar. Leonardo Perez | Chili | 80’ | 2014.

Les luttes lycéennes des années 2010 au Chili. Des luttes dont l’urgence est affirmée dès le titre du film. Des luttes de collégiens et de lycéens, qui n’ont pour certains que 13 ou 14 ans, des enfants presque encore, ou de jeunes adolescents. Des gosses ou des gamins diraient les adultes. Oui, mais exemplaires pour leur conscience politique.

Leurs luttes concernent d’abord l’éducation. Une revendication d’égalité, d’accès à l’éducation pour tous, sans distinction de classe sociale. Dans le système en vigueur, les enfants des familles les plus riches fréquentes les collèges et lycées privés, réputés pour dispenser un enseignement bien supérieur aux établissements publics. Et surtout ils contestent le système d’évaluation qui favorise systématiquement le privé.

Mais leurs luttes ne s’arrêtent pas là. Le système éducatif ne peut pas être dissocié du système politique et social dans lequel il s’inscrit. Les lycéens combattent donc tout aussi bien le système existant dans son ensemble. Ce qu’ils rejettent c’est le néolibéralisme hérité de l’ère Pinochet, ces 40 ans de dictature qui survit encore dans l’économie. Plus de liberté, plus de justice sociale. Cela n’est possible à leurs yeux qu’en changeant de système économique, et de système politique.

Le film donne la parole à ces lycéens combattants. Il prend le temps de les écouter. Leur parole est souvent enregistrée au calme, loin de l’agitation des manifestations et des occupations. Une parole parfaitement maîtrisée. Une parole théorique mais s’appuyant sur des situations concrètes. Une parole de part en part politique, qu’il est rare d’entendre venant d’interlocuteurs si jeunes.

Mais la majeure partie du film nous plonge dans le combat concret des manifestations et de l’occupation des établissements scolaires. Ceux-ci sont évacués par la force les uns après les autres. Des élèves sont arrêtés. Certains diront avoir été battus. La police n’a pas renoncé à des pratiques issues de la dictature.

Des blessés, il y en a aussi dans les manifestations. Des manifestations filmées toujours du côté des lycées. Toujours très près d’eux. On sent tout au long du film la montée en puissance de la répression. Une répression à laquelle les manifestants répondent avec eux aussi de plus en plus de force, évoquant leur droit à l’autodéfense. Le film n’hésite pas à montrer de petits groupes de policiers, acculés sous les jets de pierre ou d’objets divers, et obligés de se mettre à l’abri dans un bâtiment en attendant du renfort.

Le film met aussi en scène des parents d’élèves venus aux informations devant les lycées occupés. Il y a beaucoup de mères inquiètes pour leurs enfants. Elles essaient de dialoguer avec les forces de l’ordre, leur reprochant la violence utilisé contre de si jeunes manifestants.

Un film qui se veut le témoin rigoureux de ces luttes – dans la grande tradition du cinéma politique chilien depuis la Bataille du Chili de Patricio Guzman – et ce n’est pas un hasard s’il montre aussi comment les lycéens contestent les médias traditionnels, presse et télévision accusées de ne pas donner une vision exacte des luttes. Un appel à soutenir les initiatives de médias alternatifs.

Un film souvent très violent donc. Mais nous ne serions pas en Amérique latine s’il ne montrait pas aussi les chants et les danses, en costumes, omniprésents dans les manifestations pacifiques. Avant l’arrivée des canons à eau et des gaz lacrymogènes.

37° Rencontres du cinéma latino américain. Pessac 2020.

P COMME PRENDRE POSITION

Aucun cinéaste documentariste ne peut rester insensible à la misère du monde. Il s’agit alors pour eux de dénoncer l’injustice, l’oppression, la dictature, la maltraitance, les violences de toutes sortes faites aux femmes et aux hommes, à des groupes particuliers et même à des peuples. Mais il s’agit aussi par leurs films de soutenir les luttes, les revendications, les révoltes. Essayer donc  de sensibiliser, de populariser, d’appeler à l’aide et à l’action. Beaucoup de documentaristes donnent la parole à ceux que l’on n’entend jamais, les oubliés de l’histoire, les faibles, les pauvres, les plus démunis. Et  à tous ceux qui sont différents, qui ne vivent pas comme  la majorité, ceux que l’on montre du doigt et qui sont mis au ban de la société.

Documenter le réel, c’est toujours prendre position.

Des films de combat, de contestation, de résistance. Mais beaucoup explorent aussi des formes de vie nouvelles, et espèrent – préparent – un avenir meilleur.

Pour chaque entrée nous donnons quelques exemples, parmi les plus significatifs, sans viser l’exhaustivité. Des « classiques » et des films tournés dans le feu de l’actualité.

Banlieues et les quartiers « difficiles »

  •                    Clichy pour l’exemple de Alice Diop
  •                    Chronique d’une banlieue ordinaire de Dominique Cabrera
  • De cendres et de braises de Manon Ott
  •                   Goutte d’Or à cœur de Daniel Bouy et Nathalie Perrin

Bénévolat associatif

Donner de son temps, sans compter, pour aider les autres.

  •                    Tant que nos cœurs battront de Eléonore Dumas

Contestation, sous toutes ses formes.

Filmer les manifestations, les jets de pierre sur les CRS, comme en mai 68, et les charges de la police, les lancés de grenade, les gaz lacrymogènes, les lances à eau. La violence donc. Mais aussi les marches silencieuses parfois et les défilés joyeux où les slogans rivalisent d’originalité

        Mai 68

  • Grands soirs et petits matins de William Klein
  • Les révoltés de Michel Andrieu et Jacques Kebadian

En Amérique latine

  • L’heure des brasiers de Fernando Solanas
  • La bataille du chili de Patricio Guzman

Le printemps arabe

  •                    Tarhir, place de la libération de Stefano Savona

         Nuit debout

  •                    L’assemblée de Mariana Otero

         Les gilets jaunes

  •                    J’veux du soleil de Gilles Perret et François Ruffin

         En Espagne

  •                    Vers Madrid de Sylvain George

Ecologie

De plus en plus d’actualité. Mais il est si dur de changer les habitudes et de s’opposer aux intérêts économiques des multinationales. Le pouvoir politique finira-t-il, aux delà des bonnes intentions, à passer à l’action ?

  •                    Tous cobayes ? de Jean-Paul Jaud

         Contre l’emploi des pesticides

  •                    Le monde selon Monsanto de Marie-Monique Robin

         Alerte sur le nucléaire

  • Brennelis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre de Brigitte Chevet.

         La pollution et les déchets

  • Polluting Paradise de Fatih Akin

Femmes et l’égalité homme-femme

Les luttes féministes et les espoirs de changement.

  • La domination masculine de Patric Jean
  •                    Histoires d’A de Charles Belmont et Mariette Issartel
  •                    Le procès du viol de Cédric Condon
  •                    L’homme qui répare les femmes de Thierry Michel
  • Cinéma Woolf d’Erika Haglund

Génocide

Les nazis et l’extermination des juifs d’Europe, les khmers rouges, le Rwanda, mais aussi les arméniens et les communistes en Indonésie. Sans oublier le Goulag et les camps de la révolution culturelle en Chine.

  •                    Shoah de Claude Lanzman
  •                    S 21 de Rithy Panh
  • L’acte de tuer de Joshua Oppenheimer
  •                    Après, un voyage dans le Rwanda de Denis Gheerbeant
  • Le fils du marchand d’olive de Mathieu Zeitindjioglou
  • Les Ames mortes de Wang Bing

Guerres  contemporaines.

Dénoncer les guerres c’est montrer les destructions, la souffrance des civils, les bombardements aveugles, les tireurs solitaires et la mort omniprésente.

         Algérie

  •                    Ici on noie les Algériens de Yasmina Adi
  •                    Octobre à Paris  de Jacques Panijel

Palestine

  • Cinq caméras brisées de Emad Burnat
  • Samouni road de Stéfano Savona
  • Derrière les fronts. Résistance et résilience en Palestine de Alexandra Dops

Syrie

  •                    Eau argentée de Ossama Mohammed et Wiam Simav Bedirxan
  •                    Still recording de Saaed Al Batal et Ghiath Ayoub
  •                    Pour Sama de Waad Al-Katead et Edward Watts

         Irak

  •                    Home land, Irak année zéro de Abbas Fahdel

Handicapés

  • Tant la vie demande à aimer de Damien Fritsch
  • Les vies dansent de Fanny Pernoud

Immigrés et réfugiés.

Les parcours de migration. De frontières en frontières, en proie à la voracité des passeurs.

  •                    Fuocoammare, par-delà Lampédusa de Gianfranco Rosi
  • La mécanique des flux deNathalie Loubeyre
  •                    68 minutes de 69 jours de Egil Haaskjold Larsen
  • Des spectres hantent l’Europe de Maria Kourkouta et Niki Giannari

         L’accueil. En passant outre au délit de solidarité.

  •                    Défi de solidarité de Caroline Darroquy et Anne Richard.
  •                    Les réfugiés de Saint Jouin de Ariane Doublet
  •                    Libre de Michel Toesca

La jungle de Calais. Pour dénoncer les conditions de vie inhumaines qui sont celles de ceux qui sont bloqués là et tentent malgré tout de passer en Angleterre. Et son démantèlement  avec de gros moyens policiers.

  •                    Qu’ils reposent en révolte de Sylvain George
  • L’Héroïque lande (la frontière brule), Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval, 2018.
  •                    Les enfants de la jungle de Thomas Dandois et Stéphane Marchetti

Luttes ouvrières.

Les grèves, les manifestations, L’histoire des révolutions et leurs échecs.

  •                   Le fond de l’air est rouge de Chris Marker
  •                    Entre nos mains de Mariana Otero
  • L’esprit de 45 de Ken Loach
  • Reprise de Hervé Le Roux
  • On a grévè de Denis Gheerbrant
  • On va tout péter de Lech Kowalski

Médias

  •                    Pas vu pas pris de Pierre Carles
  •   Les nouveaux chiens de garde de Gilles Balbastre

Minorités et différences

Les luttes LGBT. Contre l’homophobie sous toutes ses formes.

  •          Mes parents sont homophobes  de Anelyse Lafay-Delhautal
  • Couteau suisse de François Zabaleta

Les Roms . Des conditions de vie particulières.

  •          Toto et ses sœurs de Alexander Nanau
  •             Spartacus et Cassandra de Ioanis Nuguet

Paysans et désertification des campagnes

  •                   Profil paysan de Raymond Depardon
  • Sans adieu de Christophe Agou
  •                  Il a plu sur le grand paysage  de Jean-Jacques Andrien

Prisons

  •                    Etre là de Régis Sauder
  •                    A côté, de Stéphane Mercurio
  •                    Sur les toits de Nicolas Drolc
  •                    La liberté de Guillaume Massart

SDF et sans papiers

Dans les rues, sous les ponts pour dormir, ou être accueilli dans un centre, s’il y a de la place.

  •                    Au bord du monde de Claus Drexel
  •                   300 hommes de Emanuel Gras et Aline Dalbis
  • L’abri de Fernand Melgar
  • Le bon grain et l’ivraie de Manuela Frésil

Travail

         L’aliénation par excellence, surtout en usine, à la chaîne.       

  • Attention danger travail de Pierre Carle, Christophe Coello et Stéphane Goxe
  • J’ai (très) mal au travail de Jean-Michel Carré
  • Entrée du personnel de Manuela Frésil
  • Los herederos de Eugenio Polgovsky
  • Volem rien foutre al païs dePierre Carle, Christophe Coello et Stéphane Goxe