E COMME ENTRETIEN – Leslie Bornstein.

A propos de  Terra Pesada

Sur le film lire M COMME MOZAMBIQUE https://dicodoc.blog/2019/11/21/7441/

Quels sont les événements les plus marquants de votre biographie.

What are the most important events in your biography?

« Terra Pesada » is my first film ( I sent you my bio ). I had been a journalist. Then I went to film school.  I had been sick for 10 years. Within days of starting the antiviral Nexavir (thanked in the credits), I recognized myself immediately. I contacted friends and told them I wanted to travel.  I had very little money. A friend who was working in Mozambique for the Danish government said I could have my own bedroom and bath and stay as long as I liked. (That changed after I started bringing the metal kids to her house. From then on I always rented my own apartment.)

Avez-vous des liens particuliers avec le Mozambique ?

Do you have special links with Mozambique?

 I wanted to hear some music I liked, so I went looking for metal. I saw a flyer that said « Evil Angels » written in metal’s universal typeface, and nothing could keep me away. The show was in a « zone » (banlieu) of Maputo. As it says in the film, « As soon as I walked into the club, I knew I’d be happy to spend the rest of my life there. » Not only were they talented musicians, they were playing original music, not covers. After the show I asked if I could hang out with them and follow them around with a camera. I filmed them over two and a half years during four trips to Mozambique of between two and three months each. (I spent another 5 weeks there this summer when I premiered the film in Maputo.)

My connection to Mozambique is the kids. We talk almost daily, usually on whatsapp, but also chat, Skype, phone. (If Trump is reelected, I will consider moving to Mozambique.)

Que signifie le titre de votre film, Terra Pesada ?

What does the title of your movie mean, Terra Pesada ?

« Terra Pesada » literally means heavy land, but is also slang for « hard life. » A friend who was born in Portugal, and is still fluent, suggested the title, when I needed a title quickly for an application for sponsorship. The kids wanted something in English, and brutal and metal, but since the film is in Portuguese, I wanted a Portuguese title. We’ve all gotten used to it.

Quelles ont été les conditions de tournage ?

What were the shooting conditions?

The film accurately portrays the shooting conditions. I shot alone, which I why the film is so intimate and why the kids and I were able to establish such comfortable relationships. Beginning with the second trip I brought a second complete camera setup for them to use during rehearsals and shows. If I’m in the footage, one of the kids is using one of my cameras. When I got back to New York after the first trip, I had emails from both Frankie and Stino asking if they could be my assistants when I came back. Mozambique is not a friendly place to shoot. You never see tourists on the streets with cameras. It was never comfortable when I would go on my own to shoot. I had a press pass, but it didn’t stop the harassment. But with the kids we could shoot even where people didn’t want us to shoot. They were always able to convince the authorities that they were musicians and that I was making a documentary on them. For instance a CNN crew was arrested for shooting at the outdoor market where I shot Stino and Xambruka buying clothes for a concert.

Quels sont vos projets actuels ?

What are your current projects?

I have several film projects in mind, but my total focus at this time is getting « Terra Pesada » seen. These kids deserve an audience. I am continuing to apply to festivals and will soon begin looking for worldwide distribution.

La biographie de Leslie Bornstein :

Leslie S. Bornstein is a New York–based filmmaker. On her first trip to Africa, in 1972, she met soldiers with Frelimo, the Mozambique Liberation Front, at the Pan African Women’s Conference in Tanzania, which sparked her interest in Mozambique and its terrible history. Later she began a long career in publishing and journalism, most of it at Time Inc. magazines. During Iran-Contra, Leslie was the “Sports Illustrated” Latin American correspondent, based in Managua, Nicaragua (“While War Rages, Baseball Remains the National Passion in Nicaragua”; “The Reluctant Author Tries Hang Gliding in Guatemala”), while stringing for NBC Radio.

She earned a certificate in film production in 2002 from NYU-SCPS. [Education: St. John’s College (the Great Books school), class of ’68; University of Massachusetts, graduate work in East African studies; NYU and City College of New York, Swahili and Swahili literature; working relationship with Portuguese, Spanish, French, scientific Russian, classical Greek.] Since 2000 she has worked as on-camera talent in commercial and print advertising. “Terra Pesada” has fiscal sponsorship from the New York Foundation for the Arts (NYFA) and won a grant from the New York State Council on the Arts (NYSCA).

S COMME SHARON

Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon, Avi Mograbi.1997, 60 minutes.

            Ce film est important, non seulement parce qu’il est le premier long-métrage de son auteur, mais surtout parce qu’il pose un certain nombre de problèmes concernant la politique, plus précisément la politique au cinéma, ce qui signifie aussi la politique du cinéma. Mograbi met en place dans ce film un certain nombre d’éléments filmiques que l’on  retrouvera ensuite, sous une forme ou une autre, dans ses films suivants : son implication personnelle dans la réalisation de son projet de film et l’utilisation intensive de la communication téléphonique dans le film lui-même.

            La question est d’importance : comment faire un film sur un homme politique, en pleine campagne électorale. Comment l’approcher, se faire accepter de lui pour pouvoir le suivre dans ses déplacements politiques, mais aussi dans sa vie quotidienne et familiale. On a là des questions classiques : peut-on distinguer dans un homme politique le personnage public et la personne privée ? Ou bien encore, quelle distinction peut-on faire entre documentaire et reportage de type télévisé ? Mograbi donne à ces questions un sens personnel. Dans son film la question devient : comment un cinéaste de gauche (en l’occurrence Avi Mograbi) peut-il filmer en pleine campagne électorale un candidat de droite. Doit-il manifester son opposition au candidat dans la réalisation du film, au moment du filmage en particulier, c’est-à-dire au milieu de militants et sympathisants qui ne sont pas de son bord ? Cette question n’est pas réductible au seul problème de l’objectivité. Mograbi ne s’inscrit pas dans une perspective journalistique. Se filmant lui-même en gros plan face à la caméra dans la première image du film, il en fait un problème personnel. C’est-à-dire un problème de cinéaste. « Ma femme m’a quitté et c’est la faute d’Ariel Sharon » dit-il tout de go. La question générale de la politique devient alors celle de l’engagement politique du cinéaste. Jusqu’à quel point s’engager politiquement (ce qui ne veut pas dire ici prendre la carte d’un parti, mais avoir une position politique claire et réfléchie) intervient dans la vie personnelle, sentimentale et amoureuse ? Jusqu’à quel point la distinction entre l’intime et la politique a-t-elle un sens pour un citoyen ? Que ce citoyen soit en même temps un cinéaste et la question rebondit dans une direction que l’on pourrait qualifier de professionnelle, non seulement au sens d’une déontologie mais surtout, pour Mograbi, au sens d’une éthique personnelle. Pour un cinéaste, faire un film politique ne peut pas être anodin. Il est clair que pour Mograbi, cela implique de prendre position explicitement. La neutralité, ou la soi-disant objectivité, n’a pas de place ici. Il ne peut être question de pluralisme, ni même de respect des opinions d’autrui. Mograbi bouscule ouvertement la déontologie journalistique. Mais c’est pour mieux se situer au niveau de son travail de cinéaste.

            Comme j’ai surmonté ma peur…n’est pas un film militant. C’est un film dérangeant. Parce que la vie politique, les actes politiques ; les opinions politiques ont pour un citoyen un côté dérangeant. Filmer une campagne électorale est un acte politique qui a un côté dérangent pour un cinéaste. Filmer un homme politique que l’on considère comme un adversaire politique encore plus. Mograbi fait jouer à sa femme (elle n’est présente dans le film que par les déclarations qu’il en rapporte) le rôle de conscience politique. « Sharon t’est de plus en plus sympathique ; souvient-toi du Liban ». Un cinéaste qui  découvre que l’homme politique qu’il filme est aussi un homme, et non un monstre, un homme qui plaisante et qui aime manger, ce cinéaste est-il poussé à minimiser, voire à abandonner, son opposition ? Incontestablement, dans le film, Sharon restera Sharon. Mais le cinéaste peut-il éviter de se poser la question de savoir si lui-même reste lui-même ? S’il fait son travail avec conscience, le cinéaste est-il contraint de perdre son âme ? Mograbi laisse à chaque spectateur le choix de la réponse.

O COMME ORPHELINS.

Les orphelins de Sankara, Géraldine Berger, 2018, 84 minutes.

Des enfants, au Burkina Faso. Les enfants de Sankara. 600 garçons et filles d’une dizaine d’années. Des enfants qui ont perdu leur père, ou leur mère, ou même les deux. Envoyés depuis leur Afrique natale, sur l’Île de la jeunesse à Cuba, pour apprendre, une culture, révolutionnaire, et aussi un métier. Et revenir chez eux, pour aider leur pays à sortir de la misère, à faire la révolution. Ces enfants qui deviendront à nouveau et définitivement orphelins à la mort de ce Président, qui les avait visités sur leur île lointaine un mois avant son assassinat et qui leur avait redonné confiance, en eux et en leur pays.

Ces enfants devenus adultes, Géraldine Berger les a retrouvés au Burkina et les a longuement écoutés parler de cette aventure hors du commun. Ils racontent donc avec force détails leur départ – ils ne savaient pas ce que c’était un avion, ni aussi un bateau – leur installation dans leur école – certains tenteront même de s’échapper et de revenir, à pied, chez eux. Et puis, petit à petit ils vont s’adapter, grandir, se former (à tous les sens du terme). Leur retour aussi sera difficile, dans ce Burkina de l’après Sankara, qui tente de les ignorer. Mais leur détermination est farouche, à l’image de cette gynécologue qui finit, après une longue bataille, par obtenir l’équivalence de son diplôme de médecin et le droit de travailler dans un hôpital où elle transformera radicalement les pratiques.

Les orphelins de Sankara propose donc aussi une vision de l’Afrique, une Afrique pauvre mais où beaucoup travaillent avec détermination pour faire bouger les choses, comme cette associations des anciens enfants partis à Cuba qui continuent à se réunir et à s’entraider. Un film finalement plutôt optimiste sur l’avenir de l’Afrique.

Enfin, dans sa dimension politique, le film esquisse un portrait de Sankara, grâce à des images  d’extraits de ses discours. « Tout ce qui vous manque, vous l’aurez » dit-il en présentant son projet « révolutionnaire ». On le verra aussi à Cuba, venus visiter « ses enfants », accueilli par Fidel Castro qui assurera la poursuite de leur éducation après sa disparition. Un hommage discret à ce président qui aurait pu infléchir le cours de l’histoire.

« Le ciel d’Afrique était si serein » dit la chanson chargée d’émotions qui ouvre le film. Si serein, avant que les hommes ne se fassent la guerre. Est-il possible de  retrouver la sérénité ?

Ce film a obtenu le prix lycéens, le prix du public et le prix du jury au festival du film d’histoire de Pessac en 2019. Trois prix dans un seul et même festival, chose rare, mais amplement méritée.

P COMME PALESTINE – Je suis Palestine.

Ana Falastine, Wadie (pseudonyme de deux réalisateurs : Mourad Fallah et Jean-Michel Petaux), 2012, 77 minutes

Les deux auteurs de ce film, regroupés sous le nom unique de Wadie, sont journalistes. Leur film peut être considéré comme un bon exemple de ce qu’une perspective journalistique peut apporter au cinéma documentaire.

         «Comprendre ce qui à force parait incompréhensible ». Le projet est clair. La méthode aussi. Premièrement, se rendre sur le terrain. Trois voyages étalés sur trois ans et un séjour de six mois sur place. Se plonger donc dans la réalité, la vie sous l’occupation en Cisjordanie. Rencontrer les hommes mais aussi s’attacher à prendre en compte les symboles. En second lieu, définir le mode d’approche de cette réalité. Trois dimensions apparaissent alors, l’actualité de la situation de conflits, la réalité quotidienne, la guerre des symboles. Elles seront abordées sous trois formes journalistiques courantes et complémentaires : le portrait, le carnet de route, l’investigation.

         Trois parties donc, au titre évocateur : « Je suis Témoin »,  « Je suis Route 60 »,  « Je suis Jérusalem ».

La première, « Je suis Témoin »,   dresse le portrait d’un journaliste palestinien, correspondant de la chaîne de télévision Al Jazira, Hassan Titi. Nous le suivons dans son travail, caméra à l’épaule, lors des opérations militaires menées par l’armée israélienne ou des manifestations de force du Hamas. Un travail particulièrement dangereux, le film évoquant d’ailleurs sans détour la mort, dans l’exercice de son métier, d’un compagnon d’Hassan. Mais ce dernier ne veut pas renoncer, malgré l’angoisse que manifeste sa femme et sa fille ainée. Son métier est une forme de résistance. Indispensable. Faire du journalisme en période de conflit ne peux pas en rester à une vision neutre des événements.

         La deuxième partie, « Je suis Route 60 », essaie de se fondre dans la population palestinienne, en entreprenant de trajet le long de la route qui mène de Jénine dans le nord à Hébron, en passant par Naplouse, Ramallah, Jérusalem et Bethléem. Tout au long, des files interminables de véhicules. Le voyage prendra des heures. L’armée israélienne est omniprésente et les check points innombrables. La population palestinienne semble résignée face à cette situation. Mais le film montre clairement leur souffrance d’avoir à subir tous ces contrôles dans leur vie de tous les jours.

         Enfin, « Je suis Jérusalem » se penche sur les enjeux, politiques et religieux que représente Jérusalem. Le film donne la parole à toutes les parties concernées. Mais ce ne sont pas seulement ces discours qui peuvent nous faire comprendre pourquoi la ville ‘trois fois saintes » est l’objet d’une véritable guerre des symboles tout aussi virulente que la guerre militaire. Ici les images ont tout leur poids. Leur portée va bien au-delà de leur dimension illustrative.

         Travail journalistique, ce film est une pièce de plus à verser au dossier du conflit israélo-palestinien. Réalisé du côté palestinien, il en soutient normalement le point de vue dans ses deux premières parties. La troisième est plus pluraliste. L’ensemble ne peut pas laisser indifférent.

A COMME ARGENTINE – Buenos Aires

Avenue Rivadavia, Christine Seghezzi. France, 2012, 67 minutes.

         C’est parait-il la plus longue avenue du monde. C’est du moins ce que disent les habitants de Buenos Aires. Pour un cinéaste, le problème c’est d’arriver à la filmer, dans sa totalité, dans sa diversité, et de donner une vision de sa place et de son importance dans la ville. La première solution, c’est alors de la parcourir à bord d’un véhicule. La caméra placée à l’avant, contre le pare-brise, donne alors de longs travellings avant, au milieu de la circulation, de jour comme de nuit, même si alors les véhicules ont tendance à se raréfier. Filmer l’avenue, c’est aussi réaliser des travellings latéraux, comme nous en montre la première séquence. Le long de l’eau, avec sur la rive en premier plan des arbres et de la végétation et en arrière plan des immeubles qui eux semblent immobiles. Entre ces deux niveaux de l’image, on distingue des véhicules qui circulent sur une voie que l’on devine à peine. Au bout de plus de deux minutes, le cadrage change. Le même travelling filme alors des bateaux, des grues, des bâtiments en béton, mais en gros plan cette fois, ce qui rend impossible toute identification de lieu en dehors de l’évocation d’une zone portuaire. Enfin, le troisième mode de présentation filmée de l’avenue consiste en des plans fixes, soit dans l’enfilade de la chaussée, soit avec un léger retrait, à l’occasion de petites places ou fragments de parcs, les trottoirs avec la circulation des véhicules et des piétons en arrière plan. Chacun de ces plans contient un personnage, assis en premier plan, vu de face ou de profil, quasiment immobile en dehors d’un léger mouvement de la tête. L’avenue par là perd de son anonymat de grande ville. Le film nous propose de rencontrer quelques habitants et surtout d’appréhender une partie de son histoire.

         Les habitants de l’avenue Rivadavia que rencontre Christine Seghezzi sont essentiellement des enfants d’immigrés d’Europe de l’est dans les années 20 ou 30, comme cet horloger dont le père est venu de Hongrie, ou ce juif polonais rencontré dans un premier temps alors qu’il lit le journal sur un banc en bordure de l’avenue. La cinéaste filme aussi un cours de langue destiné à de jeunes chinois où, en traitant des temps du passé, la formatrice en vient à parler du Vatican, de Rome, des rois européens tous catholiques et donc de Dieu, de Jésus et de la Vierge, dont l’évocation fait bien rire les asiatiques. Petite touche d’humour vite effacée par la dimension bien plus noire de l’histoire récente de la ville.

         Cette histoire de Buenos Aires, c’est d’abord la place de Mai, et ces mères qui y manifestent tous les jeudis. Portant sur des pancartes les photos de leurs fils et filles disparus, elles appellent leurs noms et répondent « présent » pour souligner que leur revendication d’une plus grande justice sociale était une lutte juste. Le souvenir de la dictature, c’est aussi le récit que fait une mère de l’enlèvement de son fils et de sa belle-fille parce qu’ils étaient des militants. C’est enfin, l’évocation du camp de torture implanté en plein centre ville et de la terreur qui en découlait pour tous les habitants du quartier. Les images plutôt toute empreinte de calme et d’une certaine douceur dans la première partie du film, deviennent plus sombres, filmées de nuit dans une lumière qui se fait rare. Les déplacements en véhicule dans l’avenue laissent la place à de longues marches à pied. Nous suivons un temps deux hommes poussant une petite charrette sur laquelle ils empilent papiers et plastiques récupérés. Toute la fin du film est marquée par une sorte d’errance, sur les trottoirs devant les vitrines des boutiques ou dans les transports en commun. Ces déplacements ont-ils un but ? Le film n’en dit rien.

         La plus grande avenue du monde ne nous a livré qu’une partie de ses secrets. Les habitants de Buenos Aires continueront de la fréquenter.

A COMME ABECEDAIRE – Film d’histoire (documentaire)

Un abécédaire assez particulier, non conventionnel, hors normes presque. De par la multiplicité de ses référents principalement. Il suppose d’ailleurs qu’on ne remette pas en question la notion de genre. Mais quelles sont ses limites ? Qu’est-ce qui fait que la dénomination « film d’histoire » soit dans un cas incontestable, alors que dans un autre elle sera fortement contestée ? Doit-on parler du degré d’historicité du film ? Qui serait d’autant plus grand qu’il s’agirait d’aborder un passé plus lointain ? Et qu’en est-il alors de l’histoire immédiate ? N’a-t-elle pas toujours un petit côté reportage ou magazine télévisé ? Des questions qui ne peuvent qu’agiter les historiens. Mais concernent-elles les cinéastes ? Autrement dit, un cinéaste peut-il faire un film d’histoire sans être un tant soit peu historien.

Acteurs.

Au sens de celui qui agit, qui a agi. Celui qui était donc au cœur des événements. Mais rencontré après coup, au moment où il peut prendre une distance indispensable, une hauteur de vue peut-être, une lucidité nécessaire.

Analyses

Beaucoup de commentaires, dans les films documentaires d’histoire, prétendent analyser, faire comprendre, expliquer, en évitant les interprétations personnelles. Est-ce possible, et jusqu’à quel point ?

Archives

Les faire parler ou les laisser parler ? Le choix fondamental. Mais peut-on renoncer à les utiliser ? On sait que Lanzman, dans Shoah, les a systématiquement écartées, au profit d’entretiens avec les survivants.

Commentaire

De moins en moins utilisé dans le documentaire d’auteur, il est souvent nécessaire quand il s’agit de donner des précisions historiques que les images ont du mal à prendre à leur compte.

Conseiller historique

Leur présence (dument mentionnée au générique) serait indispensable dans le cas de la fiction, pour éviter les erreurs, les approximations, les anachronismes. Mais dans le cas du documentaire, sont-ils réduits à servir de caution « scientifique ».

Enquête

Le travail de l’historien s’apparente clairement au travail d’investigation. Pas étonnant alors que le cinéma d’histoire privilégie ce type de dispositif. Ce qui contribue alors à créer du suspens, et contribuer à susciter, ou maintenir l’intérêt du spectateur.

Evènement

Il est des événements dont le destin cinématographique est tout tracé et qui n’en finissent pas de hanter la mémoire des cinéastes. Le coup d’état du 13 septembre 1973 an Chili est sans doute de ceux-là, pour les cinéastes chiliens évidemment en tout premier lieu. Et les guerres, de façon générale, sont toujours un très bon sujet pour tous les cinéastes.

Experts

Habitués des plateaux de télévision, toujours les mêmes. Le cinéma offre plus de diversité. Mais la renommée de l’intéressé a toujours la même fonction, gagner en valeur de vérité.

Festival

Le Festival International du Film d’Histoire a lieu tous les ans à Pessac en Gironde. Il en est à sa 30° édition.

Film historique.

Cette désignation correspondrait plutôt à la fiction. Le documentaire lui serait « film d’histoire ». Une distinction toute théorique bien sûr.

Idées reçues

Il s’agit le plus souvent de les combattre, de les dénoncer, d’en révéler la nocivité. De montrer leur origine et au profit de qui, ou de quoi, elles roulent.

Lieux

Filmer les lieux d’événements du passé, le plus souvent une inévitable nostalgie, sauf s’il s’agit de lieux de massacres ou autres situations d’horreur.

Mémoire

Faire œuvre de mémoire. Lutter contre l’oubli, des dictature, des génocides, des crimes contre l’humanité

Politique

Tout film d’histoire est nécessairement un film politique.

Portrait

Faire le portrait d’un personnage du passé –nécessairement disparu – est-ce nécessairement réaliser un film d’histoire ?

Prendre position

Un documentaire d’auteur, par définition, ne se situe pas dans la perspective de l’objectivité. Le domaine de l’histoire, comme tout regard posé sur le monde,  implique de prendre position. Ce n’est pas pour autant que le cinéma d’histoire doive devenir militant, au sens de prendre parti  et de défendre une cause identifiée comme telle et trouvant son champ d’application en dehors du cinéma.

Présent

La connaissance du passé peut-elle éclairer le présent ? Eternelle question. Une chose est sûr néanmoins, c’est qu’un film d’histoire est nécessairement un film au présent, qui concerne le présent ne serait-ce que parce qu’il est réalisé dans le présent.

Preuve

Une image est-elle une preuve ? Dans le domaine de l’histoire, comme partout d’ailleurs, la réponse est immédiatement négative.

Public

Qu’est-ce qui peut séduire le public dans un film d’histoire ?

Récit

Les films d’histoire ne sont-ils pas tout simplement des films qui racontent des histoires du passé, qu’ils soient des fictions ou des documentaires.

Reportage

Réalisé dans le feu des événements – l’actualité –  il ne deviendrait historique que lorsque, plus tard, un historien (un cinéaste) s’en empare et lui donne une autre dimension. Pour servir de preuve par exemple, ou du moins d’argument.

Témoins

Bien sûr il n’y en a pas toujours. Mais lorsqu’ils existent, ils sont une aubaine. Et le cinéma ne s’en prive pas. Est-ce pour autant que leur parole est toujours digne de foi ?

Vérité

Le cinéma documentaire a-t-il pour objectif ultime la recherche de la vérité ? Mais de quelle vérité peut-il s’agir? Celle attestée par les livres, les recherches « scientifiques », le plus souvent estampillées universitaires ? Celle du cinéaste ou de l’historien ?

E COMME ENTRETIEN – Geneviève Anhoury

A propos de la websérie  POURQUOI CHERCHEZ-VOUS

Quelle est l’origine de votre websérie POURQUOI CHERCHEZ-VOUS

À l’origine de « Pourquoi cherchez-vous ? », il y a l’envie de partager l’enrichissement du rapport au monde que m’apporte la connaissance scientifique. Ensuite, il y a la curiosité de comprendre quel est le processus de pensée des scientifiques, les histoires personnelles qui les amènent vers cette aventure singulière qu’est la recherche. Une aventure qui par certains aspects, ressemble à la recherche artistique.

Comment avez-vous choisi les scientifiques qui figurent dans chaque épisode

J’ai contacté certains scientifiques que je connaissais déjà et j’ai contacté les services de communication de grands instituts scientifiques. Je leur ai fait part des profils des scientifiques que je cherchais, des domaines différents, une envie de transmettre, de communiquer sur son travail et assez d’ouverture pour se prêter au jeu du dispositif. Ce qui m’a donné l’occasion de rencontrer des gens fantastiques !

Comment s’est déroulée la réalisation

J’ai imaginé dans quel contexte visuel chaque chercheur pouvait évoluer. J’ai fait des recherches sur chacun (écoute d’entretiens, lecture d’articles) puis j’ai eu une première conversation téléphonique après laquelle j’ai imaginé quels gestes ils allaient pouvoir faire en vue de l’incrustation dans l’image peinte.

Lors des entretiens filmés avec le directeur de la photo Dominique Colin, j’ai fini d’imaginer (avec parfois l’apport des chercheurs) le décor peint et à la fin de l’entretien, chaque chercheur a fait les gestes qui allaient ensuite être incrustés dans l’image peinte.

Nous avons montés les entretiens avec Olivier Esmein.

J’ai ensuite rassemblé des images concernant la recherche de chacun et des images de références concernant les objets et l’ambiance de chaque film. Des images qui ont servi au peintre Patrick Pleutin qui a d’abord fait un storyboard à partir de mes scénarios pour chaque film. Ensuite, dans l’atelier du peintre, Patrick a peint chaque peinture à animer. Ces séries de peintures crées en vue de l’animation ont ensuite été animées par le truquiste Jérémy Justice qui a incruité les chercheurs dans la peinture animées de Patrick.

Avez-vous des informations sur l’audience de la série ?

Non, mais je peux me renseigner auprès de la webtv leblob.fr sachant qu’ils sont également visibles sur les sites des instituts scientifiques.

D’autres épisodes sont-ils prévus ?

Pas pour le moment.

Vous avez réalisé d’autres websérie. Pouvez-vous nous en parler.

Oui, La Nuit du Vivant, une série sur le thème de la pourriture d’un point de vue scientifique, narrée par Denis Lavant.

Quel intérêt présente pour vous le format websérie ?

Une grande liberté par rapport à la télé et la possibilité d’aller quand même un peu au fond des choses, même si on coupe énormément. Le film peut être dense, l’internaute peut le revoir facilement et puis c’est accessible, gratuit…

En même temps, on a des interlocuteurs très intéressants qui font partis des 2 grands musées de sciences parisiens et qui ont un vrai point de vue artistique et une grande rigueur scientifique.

Quels sont vos projets actuels ?

Je prépare une nouvelle série, également pour leblob.fr, produite par Marc Boyer chez Lardux Films, « Astronome Gastronome » qui raconte l’histoire de l’univers, d’objets célestes, mais tout est fait en nourriture… Nous sommes en train de finaliser 2 pilotes. J’interroge des scientifiques, j’écris ensuite la voix et filme de la nourriture mise en scène pour qu’elle ressemble aux images d’astronomie.