A COMME ABECEDAIRE – Bijan Anquetil

Afghanistan

Begzor Begzar

La nuit remue

Amitié

La nuit remue

Armée

Les murs ont des visages

Cinéma

Madame Saïdi

Clandestinité

Le Terrain

La nuit remue

Comédienne

Madame Saïdi

Election

Iran, en attendant demain

Exil

Begzor Begzar

Guerre

Les murs ont des visages

Islam

Les murs ont des visages

Famille

Le Terrain

Femme

Madame Saïdi

Foyer

Le Terrain

Iran

Madame Saïdi

Iran, en attendant demain

Les murs ont des visages

Jeunesse

Iran, en attendant demain

Martyr

Madame Saïdi

Les murs ont des visages

Migration

Begzor Begzar

La nuit remue

Mort

Les murs ont des visages

Nuit

La nuit remue

Paris

La nuit remue

Politique

Iran, en attendant demain

Portrait

Madame Saïdi

Réfugiés

Begzor Begzar

Roms

Le Terrain

Saint-Denis

Le Terrain

Vieillesse

Madame Saïdi

Ville

Le Terrain

A COMME ABECEDAIRE – Serge Avédikian

Cinéaste français, né en Arménie Soviétique.

Il travaille comme comédien dans le cinéma et le théâtre.

Outre des documentaires de créations, il a réalisé un certain nombre de courts métrages de fiction et deux longs métrages Les scandales Paradjanov et Celui qu’on attendait.

Amitié

Que sont mes camarades devenus ?

Arménie

Retourner à Sölöz

Nous avons bu la même eau

Lux æterna

Terra emota

Que sont mes camarades devenus ?

Sans retour possible – 1. Les Arméniens, portrait d’un peuple dispersé – 2. L’Arménie d’ici là-bas

Autoportrait

Retourner à Sölöz

Chien

Histoire de chiens

Chienne d’histoire

Constantinople

Chienne d’histoire

Déportation

Ligne de vie

Dessin

Ligne de vie

Enfance

Que sont mes camarades devenus ?

Exil

Nous avons bu la même eau

Sans retour possible – 1. Les Arméniens, portrait d’un peuple dispersé – 2. L’Arménie d’ici là-bas

Famille

Retourner à Sölöz

Sans retour possible – 1. Les Arméniens, portrait d’un peuple dispersé – 2. L’Arménie d’ici là-bas

Femme

Irina Brook, le plaisir contagieux

Histoire

Retourner à Sölöz

Chienne d’histoire

Istamboul

Histoire de chiens

Mémoire

Nous avons bu la même eau

Que sont mes camarades devenus ?

Paysage

Le Cinquième Rêve

Portrait

Irina Brook, le plaisir contagieux

Ligne de vie

Séisme

Lux æterna

Terra emota

Théâtre

Irina Brook, le plaisir contagieux

Turquie

Retourner à Sölöz

Chienne d’histoire

Ville

Histoire de chiens

Terra emota

Voyage

Le Cinquième Rêve

S COMME STREAMING LIVE

Present.Perfect. Shengze Zhu. Etats-Unis, 2019, 124 minutes

Un film en images.

Le streaming live en Chine

Le meilleur moyen (le seul?) pour les défavorisés, les exclus, d’avoir des relations sociales. D’exister. D’être tant soit peu reconnus.

Une vision peu glorieuse de la Chine contemporaine.

Internet là où on ne l’attendait pas. Au travail en usine. Dans la rue. Partout en fait.

Impossible désormais de s’en passer.

Une galerie de portraits, des personnages plus surprenants les uns que les autres. Le tout en noir et blanc.

Y COMME YONAGUNI

Yonaguni. Anush Hamzehin et Vittorio Mortarotti. France, 2021, 77 minutes.

Un film en images

Une petite île japonaise perdue entre ciel et mer.

La difficulté de préserver sa langue et sa culture propres

Les incertitudes de sa jeunesse. Après le collège quitter l’île pour aller au lycée? Un choix toujours difficile.

Un film d’un calme étonnant. On pourrait presque parler de sérénité. Ou d’innocence, à l’image des jeux des collégiens et collégiennes : 1,2,3 soleil ou pierre papier ciseaux.

A COMME ABECEDAIRE – Jacques Kebadian

Cinéaste et producteur d’origine arménienne.

Allemagne

Berlin 68 – Rudi Dutschke

Amitié

Ipoustéguy – L’Âge de la décision

Que sont mes camarades devenus ?

Architecture

Construire ensemble la rue Auguste Delacroix – 1. La Maison de Sophie – 2. À chacun sa maison…

Construire autrement

La Bataille des Paravents

Le Mystère des pyramides

Archives

L’Île de Mai

Les Fantômes de Mai 68

Les Révoltés

Arménie

Dis-moi pourquoi tu danses…

20 Ans après

Mémoire arménienne – 3e partie : 1923-1947, des exilés en terre de France

Que sont mes camarades devenus ?

Sans retour possible – 1. Les Arméniens, portrait d’un peuple dispersé – 2. L’Arménie d’ici là-bas

Arménie 1900

Artiste

Une journée avec Itvan

Graffs Pantin

Ipoustéguy – L’Âge de la décision

Association

Construire ensemble : rase pas mon quartier

Berger

Va-nu-pieds des Pyrénées

Boulogne-sur-Mer

Construire ensemble la rue Auguste Delacroix – 1. La Maison de Sophie – 2. À chacun sa maison…

Calais

Construire autrement

Contestation

D’une brousse à l’autre

Création

Dis-moi pourquoi tu danses…

Guyotat en travail

Graffs Pantin

La Bataille des Paravents

Ipoustéguy – L’Âge de la décision

L’Histoire d’une sculpture – 1. Deux Hivers en Italie… – 2. Trans Europe…

Danse

Dis-moi pourquoi tu danses…

Déportation

Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle Anthonioz

Droits humains

La Fragile Armada

Ecrivain

Guyotat en travail

Egypte

Le Mystère des pyramides

Enfance

Que sont mes camarades devenus ?

Engagement

Construire ensemble : rase pas mon quartier

La Fragile Armada

Berlin 68 – Rudi Dutschke

Trotsky

Environnement

Va-nu-pieds des Pyrénées

Etats-Unis

20 Ans après

Etudiants

Les Révoltés

Le Droit à la parole

Exclusion

Construire ensemble la rue Auguste Delacroix – 1. La Maison de Sophie – 2. À chacun sa maison

Exil

D’une brousse à l’autre

Sans retour possible – 1. Les Arméniens, portrait d’un peuple dispersé – 2. L’Arménie d’ici là-bas

Famille

20 Ans après

D’une brousse à l’autre

Arménie 1900

Femme

Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle Anthonioz

Germaine Tillion – Mémoire de résistante – Dialogues

Friche

Construire ensemble : rase pas mon quartier

Genet Jean

La Bataille des Paravents

Génocide

Mémoire arménienne – 3e partie : 1923-1947, des exilés en terre de France

Graff

Une journée avec Itvan

Graffs Pantin

Grèves

L’Île de Mai

Guerre

Germaine Tillion – Mémoire de résistante – Dialogues

Histoire

L’Île de Mai

Les Fantômes de Mai 68

Les Révoltés

Le Mystère des pyramides

Trotsky

Jardin

Jardin de remblai – Conduire le vivant…

Jeunesse

Berlin 68 – Rudi Dutschke

Trotsky

Livre

Guyotat en travail

Mai 68

L’Île de Mai

Les Fantômes de Mai 68

Les Révoltés

Le Droit à la parole

Mali

D’une brousse à l’autre

Manifestations

L’Île de Mai

Les Fantômes de Mai 68

Les Révoltés

Le Droit à la parole

Marginalité

Construire ensemble la rue Auguste Delacroix – 1. La Maison de Sophie – 2. À chacun sa maison…

Mémoire

L’Île de Mai

Les Fantômes de Mai 68

Que sont mes camarades devenus ?

Arménie 1900

Mexique

La Fragile Armada

Calle San Luis Potosi

Migration

20 Ans après

D’une brousse à l’autre

Mémoire arménienne – 3e partie : 1923-1947, des exilés en terre de France

Montagne

Va-nu-pieds des Pyrénées

Ours

Va-nu-pieds des Pyrénées

Ouvriers

Les Révoltés

Patrimoine

Construire autrement

Paysage

Jardin de remblai – Conduire le vivant

Politique

La Fragile Armada

Portrait

Guyotat en travail

Une journée avec Itvan

Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle Anthonioz

Germaine Tillion – Mémoire de résistante – Dialogues

Ipoustéguy – L’Âge de la décision

Berlin 68 – Rudi Dutschke

Résistance

Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle Anthonioz

Germaine Tillion – Mémoire de résistante – Dialogues

Russie

Trotsky

Sculpture

Ipoustéguy – L’Âge de la décision

L’Histoire d’une sculpture – 1. Deux Hivers en Italie… – 2. Trans Europe…

Spectacle

Dis-moi pourquoi tu danses…

Théâtre

Construire autrement

La Bataille des Paravents

Urbanisme

Construire ensemble la rue Auguste Delacroix – 1. La Maison de Sophie – 2. À chacun sa maison…

Construire ensemble : rase pas mon quartier

Construire autrement

Ville

Construire ensemble la rue Auguste Delacroix – 1. La Maison de Sophie – 2. À chacun sa maison…

Calle San Luis Potosi

Zapatistes

La Fragile Armada

A lire :

M COMME MAI 68

E COMME ECRIVAIN – Guyotat

A COMME ABECEDAIRE – Shengze Zhu

Productrice et réalisatrice chinoise

Amitié

Present. Perfect.

Censure

Present. Perfect.

Chine

A River Runs, Turns, Erases, Replaces

Present. Perfect.

Another Year

Out of Focus

Economie

Another Year

Enfance

Out of Focus

Enseignement

Out of Focus

Famille

Another Year

Fleuve

A River Runs, Turns, Erases, Replaces

Internet

Present. Perfect.

Marginalité

Present. Perfect.

Migration

Out of Focus

Pauvreté

Another Year

Photographie

Out of Focus

Portrait

Present. Perfect.

Ouvrier

Another Year

Urbanisme

A River Runs, Turns, Erases, Replaces

Video

Present. Perfect.

Ville

A River Runs, Turns, Erases, Replaces

Wuhan

A River Runs, Turns, Erases, Replaces

Out of Focus

C COMME CALAIS -la jungle

L’héroïque lande. La frontière brûle. Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval, 2017, 225 minutes

Calais. La jungle de Calais. La trop célèbre jungle de Calais. Tristement célèbre.

Y être plongé, pendant presque quatre heure de film. Le verbe immersion est trop faible sans doute. Y vivre. En compagnie de tous ceux qui, venus d’un pays en guerre, sont dans l’attente de passer en Angleterre. Des hommes, des femmes, des enfants – bien qu’ils soient peu présents dans le film – qui n’attendent qu’une chose, qui ne vivent que pour une chose : passer en Angleterre. Et toutes les nuits, ils essaient, inlassablement. Monter dans un camion. Monter dans un bateau. Échapper aux contrôles, aux radars et aux chiens. Espérer la pluie. S’il pleut, peut-être que les chiens auront moins de flair. Espoir le plus souvent déçu.

Le film nous permet d’écouter leurs récits. Le récit de la migration, leur voyage. Les pays traversés, depuis l’Afghanistan, la Syrie, l’Irak la Libye. La prison en Libye et la torture. Tout l’argent qu’il faut donner pour sortir de prison. Espérer gagner l’Italie, puis Calais. Nous les écoutons et nous souffrons avec eux. Nous espérons avec eux. La vie n’a jamais été aussi réduite à l’espérance.

La jungle en vie. Celle où l’on rit, ou l’on chante, où l’on danse, où les couples peuvent aussi se disputer. Mais la jungle en feu. Celle qui est détruite par les bulldozers aussi. Mais la jungle Phénix, qui renaît de ses cendres, qui renaîtra sans cesse. Le film nous dit qu’il n’y a pas de solution. Ou alors, il faudrait supprimer la guerre dans le monde.

L’héroïque lande, comme tous les grands films contemporains, est un déferlement de couleurs. Le Noir, le Rouge, le bleu.

Le Noir, c’est celui de la boue qui recouvre le sol. Et les cendres aussi. Le bois, les tentes, les cabanes. Tout l’espace calciné.   

Le Noir c’est aussi celui de l’uniforme de la police, omniprésente. Des policiers passifs, comme de simples spectateurs. Protègent-ils, surveillent-ils, intimident-ils ? L’un d’eux fume sa cigarette. En attendant que ça passe.

Le Rouge, ou peut-être plutôt le Jaune, L’Orange, c’est le feu, le feu de la destruction. Mais aussi le feu du petit poêle à bois qui permet de se  chauffer  un peu.  

Le Bleu de la mer. Comme dans la dernière séquence du film. Une séquence fantastique et tout simplement magnifique. Cet homme qui danse sur la plage. Qui court en direction de la mer. Qui court le long de la mer. Qui danse au rythme des vagues. Qui danse sans s’arrêter, sans répit. Inépuisable. Un bateau entre dans le champ. Parcourt la totalité du cadre. De droite à gauche. Et disparaît. La danse ne s’est pas interrompue.

Parmi tous les films consacrés à la jungle de Calais. L’Héroïque lande. La frontière brûle restera celui qui nous interpelle le plus directement, sans dramatisation et sans apitoiement, sur la misère du monde.

A COMME ABECEDAIRE – Thomas Jenkoe

Co-fondateur, avec Guillaume Massart de la société de production Triptyque film.

 Son dernier film, The Last Hillbilly est co-réalisé avec Diane Sara Bouzgarrou

Alcool

Une passion

Alfortville

Maàlich

Appalaches

The Last Hillbilly

Etats-Unis

The Last Hillbilly

Fait divers

Souvenirs de la Géhenne

Famille

The Last Hillbilly

Femme

Une passion

Grande-Synthe

Souvenirs de la Géhenne

Mémoire

The Last Hillbilly

Meurtre

Souvenirs de la Géhenne

Mort

Une passion

Nord

Souvenirs de la Géhenne

Nuit

Maàlich

Portrait

The Last Hillbilly

Souvenirs de la Géhenne

Racisme

Souvenirs de la Géhenne

Ruralité

The Last Hillbilly

Téléphone portable

Une passion

Suicide

Une passion

Tradition

The Last Hillbilly

Usine

Souvenirs de la Géhenne

Ville

Souvenirs de la Géhenne

Maàlich

S COMME SOUVENIRS DE FESTIVAL. Julien Meunier

Je me souviens principalement de notre programmation au festival Filmer le Travail, à Poitiers (En Formation, sorti au cinéma le 1er décembre 2021).

C’était une programmation en ligne à cause de la COVID, et ce fut une expérience étrange pour moi et mon co-réalisateur Sébastien Magnier. Toute la bienveillance et l’accueil impeccable de l’équipe du festival ne pouvait empêcher que nous nous sentions frustré d’être éloigné du public. La mise en ligne a duré une semaine, ce qui a eu pour effet de nous mettre dans une situation de projection permanente. Potentiellement, à n’importe quel moment, quelqu’un pouvait visionner notre film. Ça transformait le moment de la projection en ne sorte d’évènement continu et abstrait. Finalement, ces spectateurs si loin et irréels se sont manifestés en votant pour notre film pour le prix du public. Quelqu’un avait donc regardé notre film. On l’avait vu et aimé. Le soir même, nous nous retrouvions avec Sébastien sur Zoom pour enregistrer une vidéo de remerciement, sans trop savoir à qui nous nous adressions, là encore dans une étrange distance aux choses, dans une sorte de joie et de doute mêlés. Notre film était sorti, avait été vu, avait eu un prix, sans que jamais nous puissions être complètement sûrs de la réalité de la chose.

A lire : https://dicodoc.blog/2020/10/13/j-comme-journalisme-formation/

O COMME OUVRIER – Filmographie.

L’aliénation, la souffrance au travail, la misère. Mais aussi les revendications, les luttes et la solidarité.

Le cinéma n’a pas toujours été proche du monde ouvrier, sauf le documentaire. La preuve dans la sélection suivante.

A bientôt, j’espère. La condition de l’ouvrier français en 1968. Groupe Medvedkine

A l’ouest des rails. Wang Bing

La Bataille de Florange – Un des derniers plus grands combats de la classe ouvrière. Jean-Claude Poirson

Borinage, Joris Ivens et Henry Storck,

Chronique d’un été. Jean Rouch et Edgar Morin

Classe de lutte. 1968-1969. Groupe Medvedkine

Curtir a pele. Inês Gil

Les Damnés – Récits d’ouvriers en abattoir. Anne-Sophie Reinhardt

De mémoires d’ouvriers, Gilles Perret

Derrière les pierres. Magali Roucaut

Entre nos mains, Mariana Otero

Étudiants, tous à l’usine ! – Itinéraires de maoïstes ouvriers. Lise Baron

La fabrique des monstres. Malak Maatoug

Les filles de la sardine, Marie Hélia

Humain, trop humain, Louis Malle

J’ai (très) mal au travail. Jean-Michel Carré

Kombinat. Gabriel Tejedor

Les Lip, l’imagination au pouvoir. Christian Rouhaud

Nous, ouvriers. Claire Feinstein et Gilles Pérez

On va tout péter, Lech Kowalski

Paroles d’ouvriers. Frédéric Chignac

Reprise de Hervé Le Roux

Retours à Reims, Jean-Gabriel Périot

Rêves d’ouvrières, Phuong Thao Tran

Symphonie industrielle, Joris Ivens

Le temps des ouvriers. Stan Neumann

We the workers. Huang Wenhai

S COMME SOUVENIRS DE FESTIVAL – François Zabaleta.

Quels sont les festivals auxquels tu as été invité ?

Il y en a tellement que je vais sûrement en oublier. Il y a d’abord le festival de Cannes pour mon premier film. Ça a été une sorte de baptême du feu pour moi qui n’imaginais même pas que mon long métrage de fiction soit vu. Ça a été une expérience terrifiante de se retrouver dans un endroit mondain, avec un public qui peut être teigneux, méchant. Et donc quand il a fallu rentrer dans la salle après la projection ça a été pour moi une expérience totalement terrifiante, mais en même temps galvanisante. Les gens ont adoré le film donc c’était un baptême du feu réussi pour moi. C’était un moment magnifique. Le cinéma nous a mis dehors parce que ça durait trop longtemps. Les gens ne voulaient pas me laisser partir. C’était vraiment une histoire d’amour qui s’est prolongée avec la quasi-totalité des festivals que j’ai faits.

 Le fait de commencer par Cannes m’a ouvert Chéries, chéris, le festival LGBT le plus grand du monde qui m’a proposé de venir montrer mon travail. Ça fait 12 fois qu’il m’invite, tous les ans. C’est un festival thématique. Il y a une partie du public LGBT qui n’aime pas les films parce qu’il y a une recherche formelle, parce qu’on ne voit pas de nudité, etc. Et puis il y a toute une partie du public qui a fini par adhérer et c’est quasiment complet à chaque fois. C’est pour moi quelque chose de fondamental. Les sorties en salle sont problématiques pour nous. Dans les festivals on a la chance d’avoir une multiplicité de public qui ne serait pas venu voir votre film ailleurs et qui le découvre là. Le festival a cette fonction-là.

Il y a le festival Côté court, le festival de court métrage que j’ai fait assez tôt avec un film documentaire assez terrible qui s’appelle Fin de séjour sur terre, qui est un film sur le suicide assisté, en Suisse, à Zurich. C’est un film assez terrible. L’échange a eu lieu avec le festival. Je fais ce festival presque tous les ans. Ils m’ont consacré une carte blanche. J’ai eu un prix. C’est un festival où j’ai acquis une sorte de visibilité formidable.

Clermont-Ferrand. Ils ont montré mon film Fuck l’amour en 2016. C’est un festival généraliste et général. Le festival du court métrage le plus connu au monde. Dans la salle il y avait 2000 personnes quand le film a été montré. Dans un festival de court métrage, tous les films sont mis bout à bout pour faire des séances d’une heure et demie. Et le public réagit ou ne réagit pas selon les films. Comme à mon habitude je n’étais pas dans la salle. Mais on m’a dit, à la fin du film il y a eu un tonnerre d’applaudissements. C’était assez formidable. J’ai eu un prix d’ailleurs pour ce film. C’était une très belle rencontre. Je l’ai refait l’année dernière avec Jeunesse perdue, mais en distanciel et je n’ai donc pas pu profiter du public.

Il y a les festivals de catégorie A et des festivals moins importants, mais qui ont tous eu leur importance. Comme le Festival d’éducation. C’est un festival qui a un thème mais qui est relativement général. Et donc montrer mon film avec un public qui n’est pas du tout le public de Clermont-Ferrand est un enrichissement supplémentaire. Je montre un film dur, difficile et que le public soit resté à notre débat et une indication aussi sur la façon dont ils l’ont ressenti. D’un côté une timidité à parler, mais l’envie de rester. Bien sûr j’aurais préféré qu’ils disent quelque chose. Mais plutôt que dire quelque chose de convenu, c’est du non verbal que je ressens très fort. C’est quelque chose qui pour moi est enrichissant.

Il y a eu un autre festival où je montrais Couteau suisse, le festival Les Escales documentaires, à La Rochelle, où il y avait un garçon, 14 – 15 ans qui attendait, qui est venu vers moi et m’a dit moi je n’aime que les films de super-héros, Netflix. J’ai jamais vu un film comme le vôtre et je voulais vous remercier parce que ça m’a apporté des chose que j’aurais jamais cru. Ça c’est la justification d’un travail de cinéaste. Émouvoir un gamin de 15 ans qui ne voit que des films de super-héros, c’est pour moi une palme d’or. Pour le même film dans une autre projection, 3 jeunes filles noires sont venues me voir, très bouleversées. J’ai parlé des noirs dans mon film, des noirs qu’on pendant eu début du siècle en Amérique et je faisais le parallèle entre ces noirs et les homosexuels. Et elles me disent merci d’avoir parlé des nôtres. Je ne pensais pas que les blancs pouvaient s’intéresser au sort des noirs. Les festivals sont là pour un niveau d’échange qu’on n’aurait jamais en salle, à la télévision. On peut vous écrire bien sûr. Parfois les gens écrivent, mais ça arrive plus rarement. Ou ils n’osent pas. C’est vraiment une espèce de bain avec des gens qu’on ne connait pas. Une multiplicité de public. Et seul un festival offre ça. Aujourd’hui sortir un film en salle, il y a très peu de gens. C’est plus un mode de consommation de ce cinéma-là. Il faut réfléchir sur quels sont les modes de consommation de ces films. Et le festival est numéro un. Tout à l’heure, une jeune fille qui a assisté au film [Vilain garçon} m’a dit, contrairement à ce que vous disiez je crois qu’on peut tout à fait le montrer dans un lycée à des garçons et des filles de 15 ans. Je ne suis pas éducateur, mais à des enfants de 10 ans, non. En même temps le festival, c’est aussi l’altérité pour moi. C’est bien beau de faire des films en franc-tireur. Mais c’est bien aussi de se confronter au public à tous les publics, à tous les regards. Pour moi, j’ai une trouille monumentale à chaque fois, mais pour moi te pourrais pas concevoir mon métier sans ça. Les gens me disent souvent des choses que je n’aurais pas imaginées. Que je sache, c’est le fondement même d’un métier d’artiste. Vous donnez quelque chose à quelqu’un et ce quelqu’un vous donne autre chose, et pas du tout des choses que vous attendez.

Lussas aussi, un festival extrêmement important. J’ai fait le festival de Nyon aussi, en Suisse, Visions du Réel.

Un de mes plus poignants souvenirs c’est au festival CÔTÉ COURT. Je montrais un moyen métrage Grand-Père dans la section Écran Libre. Après la projection du film, juste avant le débat avec le public, une femme s’apprêtait à sortir de la salle. J’ai commencé à parler, elle est finalement restée debout à m’écouter pendant la demi-heure qu’a duré le débat. Jacky Evrard me l’a présentée. Elle se prénommait Odile, elle était professeur de musique, c’était je crois une amie de Serge Daney, et elle était aveugle. Cela m’a considérablement et durablement bouleversé. Elle m’a dit: je n’ai pas besoin de voir les images de votre film pour voir votre film. Et elle m’a parlé de ma voix, qu’elle aimait. En partant elle m’a dit: Continuez à vous tenir en marge du système. Persévérez dans votre voie. Cultivez votre singularité. Cela en vaut la peine. Et je l’ai revue plusieurs années de suite à mes projections.

Il y a bien des festivals auxquels j’aimerais participer, comme le FID à Marseille, ou le Cinéma du réel. Simplement ce sont des festivals qui réclament des exclusivités, des premières mondiales. Or ça me prive de postuler à des festivals qui n’exigent pas ça. Pour l’instant ce ne sont pas des festivals qui me sont accessibles. Locarno c’est compliqué. Ils veulent vraiment un producteur ait a pignon sur rue. S’ils me sollicitent, si c’est eux qui font la démarche ça marchera, mais Locarno fait partie des festivals que j’aurais bien aimé faire. Comme se font de façon plutôt artisanale, l’obligation des sous-titres est assez compliquée. Fabriquer des sous-titres c’est assez fastidieux.

J’ai pas à me plaindre. Beaucoup de festivals me sélectionnent très régulièrement. Mes films sont vus. Il y a beaucoup de cinéastes qui vraiment galèrent parce que leur film ne sont pas vus. Ils sont pas identifiés par les décideurs, parce qu’ils n’ont pas de réputation. Une réputation ça se construit de film en film. Je suis très heureux et plein de gratitude envers tous les gens qui ont défendu mon travail. Même une plateforme comme Amazon qui m’achète un film, c’est une expérience invraisemblable pour quelqu’un comme moi. Me dire que tant de gens peuvent regarder mon film, je n’avais jamais imaginé un truc pareil. Ça fait partie des opportunités de la vie dont je profite vraiment pleinement, avec beaucoup d’humilité et de bonheur.

Entretien réalisé au Festival International du Film d’Éducation. Évreux décembre 2021.

.

S COMME SOUVENIRS DE FESTIVAL Antarès Bassis

Avec En équilibre, on n’a qu’un seul festival avant sa diffusion, celui du FIPA 2018 où il obtenu le prix du FIPA Doc national. Il fera deux autres festivals ensuite, celui des Etoiles de la Scam 2019, suite à son étoile, mais aussi le festival « Echos d’ici, échos d’ailleurs sur les pas de Christophe de Ponfilly ».

Avec La ville monde, j’ai été invité au FIPADOC 2019, au FIGRA et au Festival de cinéma de Douarnenez.

 L’un de mes souvenir d’En équilibre au FIPA 2018, c’est la première fois qu’on le projetait en salle au public, il devait être 11H. On passait derrière un film que j’adore, celui de Ruth Zylberman « Les Enfants du 209 rue Saint Maur », autour des rafles dans un immeuble dans le XXème arrondissement. On arrive avec Pascal, mon complice co-réalisateur, dans la salle et là, on voit le public sortir en larmes, on croise même des connaissances qui nous disent qu’ils ne peuvent pas enchainer les projections tellement le film est bouleversant. On a cru que c’était plié pour le film. Le film du Ruth a eu une mention et pleins de prix ailleurs, et on a rencontré ces producteurs avec qui on a fait « Les Gamins de Ménilmontant ». Le film en revanche à une carrière courte en Festival mais bien relancé par le festival des Etoiles de la Scam.

J’ai adoré l’ambiance du festival « Echos d’ici, échos d’ailleurs », j’y ai fait de belles rencontres et découvertes, comme sa présidente Marie, le réalisateur Robin Hunzinger qui présentait son merveilleux film « Où sont nos amoureuses » mais aussi la monteuse réalisatrice Josiane Zardoya qui présentait le magnifique Delphine et Carole, insoumuses. Ce que j’ai adoré en plus du public nombreux dans un endroit assez désert, ce sont les repas dont un cochon cuit dans un torchon et les échos, une monnaie locale.

E COMME ENTRETIEN – Martin Benoist 2

Deuxième partie. Les saisons de pêche.

J’avais rencontré Christophe…et un jour j’ai eu un déclic. Je me suis dit y a un truc à faire. Y a un portrait certainement. Je suis allé le voir très vite, tout animé de joie. Dis, tu veux pas… J’aimerais bien faire un film. On a mis quelques conditions ensemble. Et d’était parti. Entre temps j’avais fait un atelier de création, à Caen, qui se proposait de faire travailler ensemble de jeunes chercheuses et chercheurs de sciences humaines et sociales et des jeunes réalisateurs. Et deux ans plus tard ils proposaient aux réalisateurs qui étaient passé par cet atelier de candidater pour un autre atelier de création. Mais là les règles étaient différentes. On venait avec son propre projet. J’ai candidaté et en fait il s’est trouvé que ça correspondait hyper bien à mon rythme à ce moment-là et à mes besoins. Je me frottais tout d’un coup à un projet personnel que j’allais porter tout seul. J’avais pas de coréalisatrice ou coréalisateur comme ça avait été le cas jusqu’alors. C’était dans un cadre qui m’était un peu familier. Il y avait Chantal Richard qui était en position de tutrice. On avait une séance de travail d’un jour ou deux tous les mois pendant 6 mois. Ça a été une révélation. Je suis reconnaissant envers Chantal, envers Benoit et Jean-Marie qui ont mis en place ce truc-là. Ça m’a apporté. Et là j’ai appris un peu à écrire. Après on a eu un dossier et j’ai fait le choix de continuer à travailler avec Pays des miroirs et Tell me films. J’avais eu du plaisir à le faire jusque-là. Bien qu’on m’inciter à aller voir d’autres productions – sous-entendu des prods parisiennes – Mais je me sentais en phase avec une production de province. J’avais l’impression qu’on était synchrone, bien qu’on n’ait pas la même ancienneté. Et puis aussi je voyais qu’une relation de travail ça met du temps à se construire ; et celle qui s’était nouée avec les prods. Je veux continuer dans ce sillon-là et si je recommence un truc ça va faire déployer deux fois plus d’énergie. En outre, ils avaient vraiment un rapport vraiment intègre avec les réalisateurs. Ils considèrent vraiment ce que sont tes conditions d’existence et de travail Ils ne peuvent pas faire des miracles et payer là où il n’y a pas d’argent Mais en tous cas les choses sont les plus claires possible et c’est hyper estimable.

C’est là que tu as lancer le projet qui a donné naissance en bout de course à La Saison des tourteaux ?

Oui, ça a été très vite et en même temps un peu long. A la base j’avais cette idée de portrait et Christophe m’était apparu comme quelqu’un, j’aime pas le terme, d’insolite. A la base on s’est rencontré par l’entremise d’une amie commune. Je cherchais un bout de terrain pour faire un potager. Et Christophe avait un potager dans le village depuis 25 ans. Et au bout de quelques mois il a trouvé un petit lopin de terre à me prêter. Et c’est au jardin, moi je lui demandais des conseils et on échangeait. J’ai appris à le connaître en entendant des histoires plus délirantes les unes que les autres au regard du fait que, à priori, la cinquantaine arrivée, il se présentait devant moi comme quelqu’un de sérieusement mal-voyant. Ça m’interpellait à fond. Il avait eu mille vies. Il guidait des visites dans la ville du Havre mais aussi dans de petits villages autour de chez nous. Je l’ai accompagné dans ces visites. Il faisait des cours de cuisine et il avait par le passé tenu un restaurant. Il me raconté avoir fait du ski, du vélo. Et puis il y avait le potager. Et moi au milieu de tout ça, j’y allait avec des pincettes, plein d’appréhension, de chercher comment ne pas être indélicat avec le « handicap ». Chaque fois que je disais tu vois, je me disais merde fais gaffe à ce que tu dis. Chemin faisant, dans la relation et l’échange, je m’apercevais qu’il le disait encore plus que moi, tu vois. On peut dire qu’il voit.

Quand j’avais candidaté à l’atelier j’avais le projet d’un portrait à travers différentes facettes de son existence. Mais en même temps la question qui pointait c’était, vivant là à Etretat qui est un petit village de 1200 habitants au recensement, et plutôt 800 l’hiver, mais 1 million 500 000 visiteurs annuels de 65 nationalités différentes. Et j’observais ça comme quand tu vas au Louvre dans la salle de la Joconde, tu observes plus l’attroupement, le comportement, les traits de tes contemporains que l’œuvre elle-même. A Étretat c’était pareil. Qu’est-ce qu’on vient faire, quand on vient parfois qu’une demi-heure et qu’on repart après avoir fait deux photos, éventuellement être monté en haut d’une falaise. Il y avait là quelque chose de très visuel, en gardant une photo, alors que cette photo par ailleurs, ce paysage que tu photographies tu en trouves des images, picturales ou photographiques, en 2 secondes sur le web. Il y en a tant et tant, et du coup c’est quoi la beauté ?  Et puis un questionnement sur le tourisme de masse. C’est quoi ça aussi. Du coup je voyais aussi Christophe et sa compagne Virginie, et leurs amis à travers l’association qu’ils avaient montée, que j’avais intégrée, Les Étincelles, il me semblait vivre une vie, comment dire, à la fois simple, et à la fois punk, à la fois douce, à la fois lumineuse. Tout d’un coup je me disais, presque d’un point de vue politique, là ils incarnent quelque chose de la beauté, puisque c’est un truc quotidien, partagé, et lui, finalement, Christophe, n’ayant pas le même rapport à la vue, que moi ou que nous, il a accès à quelque chose et il vit de cette manière singulière que moi m’apparaît hyper belle. Et donc je suis allé vers lui au départ avec ces questions-là aussi. Qu’est-ce que c’est la beauté pour toi qui est mal-voyant profond, dans ce site, là où tu vis. Cette question nous a amenés à parler longtemps du tourisme de masse. Ce qui d’ailleurs a fait évoluer mon regard, d’un truc un peu tranché, théorique, ça a densifié, complexifié ça pour moi. Et en même temps, c’était pas exactement de ça que Christophe avait envie de parler. Il avait un peu tendance à me dire, au fur et à mesure des échangez, la pêche, la pêche, la pêche. Moi la pêche j’y connais que dalle. Il m’a dit viens, c’est pour ça que je te propose de t’emmener. Et donc je l’ai accompagné derrière la falaise, je me suis dit, on s’est dit, parce que c’était une fabrication aussi, une impulsion collective, dans le cadre de cet atelier, avec d’autres réalisatrices et réalisateurs, Chantal, Jean-Marie, Benoit, on s’est dit, oui il y a une vie, sa vie, qui peut se raconter, de rocher en rocher, de trou en trou, avec cette possibilité de prendre le passage de la falaise comme un passage derrière l’image d’Epinal. On irait derrière la falaise avec lui comme on irait derrière l’image que je pourrais capter si j’étais touriste. Il y avait cette proposition d’aller vers quelque chose de plus sensoriel, une pratique du paysage, une manière de l’habiter, de faire corps avec.

Le tournage a-t-il pris beaucoup de temps ? Tu es allé beaucoup à la pêche…

Quand il s’est avéré clair que le film allait se passer essentiellement à la pêche, je me suis dit ce sera pour l’an prochain, aux vues de la saison où on était, aux vues de là où j’en étais du développement du projet. J’avais besoin de trouver des solutions techniques, de faire quelques choix artistiques. Et puis le film n’était pas financé, je me suis dit ce sera l’an prochain. En même temps il y avait une urgence dans le sens où le rythme dans lequel on échangeait avec Christophe me laissait pas sentir que le film allait se faire dans 5 ans. C’était un peu maintenant ou jamais. Il fallait attendre un an. J’avais encore besoin de peaufiner certaines choses. La première année je l’ai accompagné en repérage, peut-être 6, 8 fois. Histoire de garder le contact et puis en même temps garder une forme se fraicheur. Ne pas avoir tout déjà découvert, tout vécu. En garder le plus possible sous le pied. Dans un premier temps, c’était assez marrant, on se croise au jardin un jour. Il me dit tiens je vais à la pêche demain, tu viens avec ta caméra ? C’était début mars cette année-là. Je l’avais vu Christophe, j’avais vu l’accoutrement dans lequel il se rendait à la pêche, comme il a dans le film, sa caisse, son bâton de bambou. Moi je vais mettre un jean, une polaire, une petite veste, une paire de basket. Et en fait, au bout d’une demi-heure les jambes dans la flotte, j’arrivais plus à penser, plus à me servir de mes doigts. Et puis je manquais de me casser la gueule. J’avais la caméra, les micros. C’était hyper merdique quoi ! Je suis ressorti de là, oh la la, c’était mission impossible. Plus tard je me suis dit qu’il y avait deux options. Soit, j’avais envie qu’il transparaisse quelque chose de la relation et de l’amitié entre nous dans le film. Soit je tiens aussi à faire sentir ce que c’est pour moi que de pratiquer cet espace-là, c’est-à-dire on t’entend au son, pendant la prise de vue, à travers tes réactions, ton acclimatation et tout, soit il n’y aura pas ça mais peut-être j’aurais plus de possibilités de le suivre au long court. Clairement j’ai choisi la deuxième option et je suis allé m’équiper. C’est-à-dire un pantalon de plongé molletonné et puis j’ai accumulé les couches, histoire de pouvoir l’accompagné dès le début de la saison. Effectivement, l’année d’après, quand on a commencé le tournage, début mars, l’eau était hyper froide. On a tourné jusqu’au 5 décembre. Je l’accompagne sur une saison, sans obligation de faire toutes les pêches. Je pense qu’à la fois il y avait une forme d’envie de l’accompagner autant que possible. De rien rater. Il y avait aussi un peu d’anxiété pour moi. C’était la première fois que j’assumais tout seul l’image, le son, la réalisation. Je crois qu’il n’y avait qu’une pêche, sur toutes celles qu’il a fait cette année -là, où j’étais absent Il a peut-être fait pêche cette année-là Entre deux pêches, je retournais sur place pour essayer de mentaliser un peu son parcours Pour savoir la fois d’après où me placer, à trouver le cadre, pour faire des sons seuls, pour faire des ambiances Au début c’était hyper dur Les rapports à priori s’inversent En ville on aurait plutôt tendance de donner le bras à Christophe pour le guider. Là, c’est l’inverse. On a l’envie de s’accrocher à son bras pour qu’il nous guide. En fait ça ne se passe pas comme ça. Lui, comme il le dit, il a l’impression de s’envoler. Effectivement, s’il n’a pas d’ailes, il te met 100 mètres dans la vue. T’as pas eu le temps de voir venir. Et quand t’as envie de filmer, c’est laborieux parce que tu peux avoir l’impression que le personnage t’échappe. J’ai vécu ça. J’avais une image première et elle m’échappe. J’ai aussi persévéré à rien lâcher, parce que j’avais cette sensation, ce labeur du tournage, et au moment du montage, avec Ariane Doublet, quand on a commencé à dérusher, on a passé 15 jours, on avait 100 heures. Ça a été 15 jours où tu revis 6 mois laborieux. Tout est concentré. On se dit Mon Dieu, il n’y aura jamais de film. Et en fait là-dedans Ariane c’était pas la première, mais c’était une relation de travail. Elle me disait, Martin, c’est pas grave si ton image elle est branlante, elle est merdique, elle est crapouille, écoutons. Et effectivement on a écouté et le film s’est construit un peu comme ça. Et c’est marrant, au début du travail d’écriture c’était la même chose. Il s’est agit d’aller faire du son avec Christophe, avant de le filmer. C’est une espèce de primauté du son et de la parole.

E COMME ENTRETIEN – Martin Benoist 1

Première partie. Les années formation : devenir cinéaste, en fin de compte.

J’ai un parcours un peu bigarré. J’ai fait un bac S au lycée. Après j’ai initié un parcours en sciences et technique des activités physiques et sportives. Puis j’ai pris un peu de temps. J’ai voyagé en Afrique, fais du théâtre là-bas. J’ai organisé avec une fédération étudiante un cycle de conférences-débats au moment de la présidentielle 2007 pour essayer d’inciter à parler des origines, des racines de l’extrême droite et faire barrage à l’époque puisqu’on était cinq ans après l’accession de Le Pen et du Front national au second tour. Après cette année de césure, j’ai repris mon cursus en sociologie-anthropologie qui était quelque chose qui m’attirait, m’intéressé beaucoup, parce que à mon arrivée à l’université, bien que j’étais dans un cursus sportif, j’ai fait la rencontre d’enseignants, des chercheurs, qui fabriquaient collectivement une revue, qui tous avaient un cursus dans ces disciples-là, avec une vision pluridisciplinaire. Ça m’a complètement fat bifurquer et donc j’ai fait une licence en socio-anthropo, à Caen et j’ai entrepris un master 1 au bout duquel je ne suis jamais allé, avec un projet de rédaction de mémoire dont j’ai jamais su me dépatouiller et qui finalement m’a amené à chercher ma voie en passant différents concours, sans me sentir bien épanoui. Chemin faisant je suis arrivé plutôt du côté des livres. J’ai fait un DU à Bordeaux en technique et médiation documentaire. Il y avait à la clé une compétence technique qui permettait de monnayer ton diplôme contre un job. Mais il s’est trouvé à ce moment-là que, en parallèle à mes études je faisais des tonnes de boulots alimentaires très différents les uns des autres, notamment sans diplôme j’étais partie prenante d’une équipe qui organisait des séjours de vacances, avec la ville de Bobigny en Seine-Saint-Denis, pour des enfants de 3 à 6 ans. Chaque année on menait une expérimentation, qui donnait lieu à un petit quelque chose à la fin, par exemple un texte dans Vers l’Education nouvelle. Une année on a décidé de réfléchir à la question de la séparation, l’enjeu de la séparation dans ce type de séjour qui était des séjours encore à l’ancienne, assez long, 3 semaines en l’occurrence, et pour des enfants de 3 à 6 ans c’était pas rien. En outre, pour les parents ça doit être quelque chose aussi. Alors on s’est dit on a envie de travailler cette question-là. Ça faisait quelques années qu’on bossait la même équipe. A la fois on savait que c’était probablement la dernière colo qu’on faisait ensemble. Et en même temps on avait aussi le projet de mettre sur pied un séjour où il n’y aurait plus de séparation entre les personnels dits éducatifs et les personnels dits techniques. Grosso modo il y a des étudiants d’un côté qui ont le savoir, les études, qui donc sont habilités à s’occuper des gamins, et de l’autre, essentiellement des femmes à qui sont dévolues des tâches de ménage, de cuisine. On avait cette espèce d’utopie de rêver à un séjour où les postes soient tournants. Cet été-là j’avais envie d’apprendre un peu plus la cuisine. Je suis allé travailler en cuisine dans un autre séjour de vacances. Il s’est trouvé que l’ami qui dirigeait la colo, en accord avec les autres copines et copains, m’ont dit Martin, je te verrais bien à la caméra. Pourquoi pas. Ça me parle, allons-y. Et puis voilà, le temps de faire un dossier auprès de la commission européenne pour un dispositif du genre projet européen Jeunes en action. On avait récupéré une petite enveloppe, acheté une caméra, un ordinateur pour faire le montage, un micro, un trépied. C’était une somme forfaitaire donc on allouait l’argent comme on voulait. Pour être le plus égalitaire possible, on allait me rétribuer comme les animateurs. On était tous sur le même pied. Il restait trois sous à la fin, on a acheté une cabane pour les gamins, et se faire une bouffe… Au milieu de tout ça, moi j’ai filmé pendant trois semaines et moi qui me cherché je me suis dit ça peut être ça travailler. Il y a du désir, du plaisir, il y a une forme de recherche de beauté aussi. Et tout d’un coup, s’il y a quelque chose qui t’interpelle tu peux t’en saisir. On a monté tout seul ce film, qui était un premier film, un peu fragile, un peu bancal et plein d’énergie.

Il s’appelle comment ?

Cette colo là .

Evidemment il n’a pas eu un destin très visible, mais néanmoins, à ce moment-là, la petite équipe qu’on était, on a eu la chance de pouvoir le partager, le présenter, pour des séances en cinéma avec des associations – ça pouvait être les Francas, les Ceméa – à l’université en sciences de l’éducation, dans des temps de formation, dans différents endroits et pendant un an on a fait une dizaine de projections, 1500 ou 2000 spectateurs, mais c’était hyper nourrissant, hyper réjouissant. C’était ça mon parcours. Dans le DU que je suivais j’avais des stages à faire, et j’ai eu la chance de pouvoir choisir ces stages. Il y avait une directrice de la BU lettres à Bordeaux qui m’avait parlé l’année d’avant, en entretien, de reprendre l’organisation du mois du doc. Elle était très sympathique cette personne. Tout de suite je lui avais envoyé une candidature. Et l’année suivante j’étais pris dans cette formation. Je me suis retourné vers elle et elle m’a fait confiance et m’a créé un poste. Donc je l’ai secondé pour cette orga du mois du doc à l’université en Aquitaine. Par l’entremise de ce premier stage, j’ai rencontré Daniela de Felice. Ce qui est drôle, c’est que Daniela avec son compagnon, compère de cinéma, Matthieu Chatellier, ils avaient réalisé quelques années auparavant, un film (G)rève général(e) qui traitait de l’université de Caen à un moment où pour moi tout allait changer. On avait beaucoup échangé. Probablement je manifestais beaucoup d’envies. Elle était contente du boulot que j’avais fait pour l’accueil de son film, Casa, qui était sublime. Et elle m’a dit tiens tu as un stage à faire, Martin, je te conseillerais d’envoyer une candidature à la BPI, ils cherchent des stagiaires pour Cinéma du réel. Ça m’a paru intéressant. Et à nouveau je me suis retrouvé en stage, sur la partie rencontres professionnelles, avec une toute petite mission mais avec des choses super intéressantes. Et un regard plus sur la partie institutionnelle et industrie du cinéma. Après ça j’ai fait d’autres stages, en relation un peu moins directe avec le cinéma. J’ai eu mon diplôme. Tout s’est enchainé. J’ai eu une petite fille. On a déménagé. C’était une belle période aussi. Il a fallu bosser aussi, remplir le frigo. Je me disais naïvement que là où j’étais, au Havre, il y avait une rénovation de la grande bibliothèque, et je me disais que j’allais peut-être trouver un job là-bas. J’avais un CV un peu nourri. Mais ça n’a rien donné. Quand j’étais étudiant j’avais été pion. Et je me suis dit le rectorat prend des profs contractuels. J’ai envoyé un CV et une lettre de motivation. J’ai appelé quelques jours après. La secrétaire m’a dit : vous êtes où ? A Etretat. Fécamp c’est loin de chez vous ? 17 km. Parce qu’il y a un poste.

Après un entretien, je me suis retrouvé 6 mois documentaliste dans un lycée de Fécamp. C’était pas hyper joyeux comme expérience professionnelle.

Il y avait quand même le contact avec les élèves ?

Oui, mais la titulaire que je remplaçais avait déjà mis en place tout l’aspect pédagogique. J’étais pas non plus rompu aux techniques d’enseignement. Je ne bénéficiais pas d’une formation de la part du rectorat. J’étais parachuté là. Mais après on m’a proposé un autre poste dans un collège. J’avais la responsabilité du CDI en accompagnant les projets des collègues de toutes les disciplines. Ça a été une belle expérience. Mais à la fin, je me suis dit est-ce que j’ai envie de continuer comme ça ? Les alternatives c’était de passer le concours. Mais il y a très peu de postes, nationalement. Si tu as la chance d’être admis, il y a 80ù de chance que tu sois admis dans une autre région que celle où tu vis. Avec un salaire de prof tu peux pas envisager de vivre dans deux lieux. J’avais droit à un peu d’indemnisation, en chômage. Je me suis dit, j’ai envie de tenter, de saisir ce temps pour écrire, développer des projets. Mon premier projet était ce qui est devenu Comme Xavière, pour lequel on a eu de l’ex-région Haute-Normandie, en 2015, une bourse première œuvre, qui était un genre d’aide à la production pour des premiers projets. Ce qui nous a permis de rencontrer dans la foulée, de manière beaucoup plus sérieuse et décisive des producteurs et de faire le choix de travailler avec Pays des miroirs et Tel me film, avec Eric Jarno. On a fait le choix de ne pas tourner tout de suite avec la petite subvention dont on disposait, mais de réécrire pour pouvoir déposer un dossier à des commissions, financer le film et le faire de manière professionnelle. Sauf qu’on savait pas écrire. On a du déposer 12, 15, 16 fois le dossier. Pas qu’à des commissions type CNC, on est allé à plein de guichets différents. On s’est fait recaler quasiment partout. Personne veut de ton truc nulle part. T’as pas les codes quoi. C’est comme ça pour plein de gens je pense. On savait pas écrire pour le cinéma. Et néanmoins on a eu la possibilité de tourner. Après ce tournage, il nous fallait encore trouver des sous pour réaliser la post production. Là je me suis dit, ça va être long, ça va être super long, le calendrier des aides étant ce qu’il est. Et du coup il y avait un peu de place en moi pour aspirer à d’autres réalisations. Ça coïncidait un peu avec le moment où j’avais rencontré Christophe quelques mois auparavant.

A suivre

A COMME ABECEDAIRE – Agostino Ferrente

Adolescents

Les Belles Choses

Amitié

Selfie

Drogue

Selfie

Italie

Selfie

Mario fait son cinéma

Minorité

L’Orchestra di Piazza Vittorio

Musique

L’Orchestra di Piazza Vittorio

Naples

Selfie

Les Belles Choses

Orchestre

L’Orchestra di Piazza Vittorio

Pauvreté

Mario fait son cinéma

Portrait

Les Belles Choses

Mario fait son cinéma

Rome

L’Orchestra di Piazza Vittorio

Téléphone portable

Selfie

Temps

Les Belles Choses

S COMME SELFIE

Selfie. Agostino Ferrente, France-Italie,  2019, 77 minutes.

Tourner un film uniquement avec un téléphone portable, ce n’est plus aujourd’hui une chose si rare que cela. Le réaliser entièrement sous la forme du selfie, voila qui est beaucoup plus original. C’est tout à fait possible, comme le démontre avec brio le film de Agostino Ferrente, intitulé justement Selfie, ce qui supprime toute interrogation – ou tout doute – sur son mode de tournage

Pour concrétiser son projet, Ferrente va confier le rôle de réalisateur à deux amis, Pietro et Allessandrto, deux jeunes habitants du quartier populaire de Traiano à Naples qui, prenant leur tâche particulièrement au sérieux, vont filmer leur vie quotidienne avec une constance sans égal. De quoi déboucher sur un portrait haut en couleurs de ce quartier où les jeunes n’ont pas de travail, ni d’activités, à moins de devenir dealer.

Mais en même temps, comme il le dit dans l’incipit du film, Ferrente est attiré dans ce quartier pour enquêter sur un fait divers dramatique. Davide, 15 ans, a été tué par la police, dans une course poursuite qui aurait pu rester banale sans ce coup de feu qui a endeuillé tout le quartier. Pietro et Alessandro étaient des amis de Davide. Ils ne peuvent l’oublier.

Le croisement de ces deux orientations débouche sur un film à forte portée sociologique mais toujours chargé d’émotions. Des tranches de vie filmées de l’intérieur, sans effets narratifs, par les protagonistes eux-mêmes. Nous sommes à l’opposé absolu de la fiction.

Ce procédé du selfie donne bien sûr aux images une facture particulière. Tenant le téléphone à bout de bras, l’un ou l’autre des deux apprentis cinéastes sont presque toujours dans le cadre. Les gros plans – ou les plans poitrines – dominent. Mais, l’expérience aidant, la composition de l’image devient de plus en plus variée et subtile. Décalant leur présence sur le bord de l’image, ces nouveaux cadreurs réussissent souvent à introduire une profondeur de champ révélant des pans entiers du quartier et ses habitants qui constituent leur entourage immédiat. Ces images sont le plus souvent stables, mais il arrive qu’elles se mettent à trembler (la fatigue du bras sans doute). Elles basculent même entièrement lorsque, pour la même raison, l’appareil passe de l’un à l’autre. Ils pensent bien à le poser, mais visiblement ils préfèrent en garder l’usage direct. Les regards caméra sont évidemment très fréquents, ce qui renforce le côté non professionnel du filmage. Mais justement, que le cadre ne soit pas fait par des pros, c’est ici le gage d’une spontanéité inégalable. Et ce n’est pas l’introduction d’images issues de caméra de surveillance comme plans de coupe, qui la contredira.

La vie d’un quartier donc, comme on l’a rarement montrée. Une vie souvent agitée, avec le traumatisme collectif de la mort de Davide. Mais la banalité du quotidien est tout aussi présente, avec les shampoings et les coupes de cheveux, les réveils tardifs et les séances de farniente sur la plage. Une vie sous le signe de l’amitié aussi, une amitié que Pedro et Alessandro se jurent éternelle. Des jeunes dont on sent bien qu’avoir vécu cette expérience unique les aura profondément transformés, et pas seulement en leur faisant aimer le cinéma.

E COMME ENTRETIEN – Alain Bertrand.

Quand on a que l’enfance est donc ton premier film…

C’est mon premier film en tant que réalisateur. Avant je faisais de la production, essentiellement de courts métrages et des films de société. Je suis passé à la réalisation sur le tard.

D’où vient l’idée du film Quand on a que l’enfance ?

L’idée, c’est un de mes amis, qui est assistant social et que est coordinateur dans un centre d’accueil pour enfants en difficulté. Il y a 30 ans qu’on se connait. On a beaucoup discuté ensemble. Avant que l’idée de faire ce film germe, je l’ai entendu parler de son métier et je trouvais ça passionnant. Ce qui est mis en place globalement pour aider les jeunes qui en ont besoin.

Tu as toi-même écrit le scénario…

Comme dans beaucoup de documentaires, il y a relativement peu de scénario. Il y a une idée de départ, avoir envie de montrer comment ces jeunes vivent et surtout dépoussiérer l’idée qu’on a, tout, de ces institutions. On a le sentiment que ce sont de petites prisons et que ce sont des gardiens de prison qui s’occupent d’eux. Et c’est pas du tout ça. Ce sont des endroits le plus humain possible.

On voit des enfants souvent joyeux, malgré leurs difficultés.

Globalement, l’accueil est le mieux possible. Bien sûr il y a des bémols. Il y a des choses qui vont pas. Il y a des éducateurs moins bien que d’autres. Il y a des parents moins bien que d’autres aussi. Je trouvais important de montrer l’envers du décor, ce qui se passe derrière les murs d’endroits qu’on ne connait pas. Du moins en Belgique. Comment ça se passe, ce qu’on appelle communément les enfants du juge. Il y a un côté négatif. C’était donc l’envie de dépoussiérer tout ça, de montrer la réalité.

La production. Tu as assuré toi-même la production ?

J’ai assuré moi-même la production. J’ai fait des demandes d’aide en Belgique, à la commission du film mais qui n’ont pas été acceptées

Comment ça se passe pendant le tournage. Avec les enfants, avec les éducateurs. Comment as-tu été accueilli ?

Le coordinateur du centre voyait d’un bon œil l’idée de faire un documentaire. Il m’a présenté à son équipe. Et je suis devenu assez rapidement, pas l’un des leurs, ce serait un peu prétentieux, mais accepté dans l’équipe. Pour moi c’était un plaisir d’être là. Ma présence est rapidement devenue normale, si je peux dire. Dans ces cas-là la caméra disparait.

Tu présente le film du début à la fin d’une année scolaire. Au début du film on est au début d’une journée, le réveil des petits, le petit déjeuner… et après ça suit son cours sur la journée et sur l’année. Avec des moments très émouvants, comme la remise des prix à la fin du film.

Oui, ces enfants ont beau traverser des moments très difficiles dans leur vie, ce sont très heureusement des enfants comme les autres

C’est effectivement la grande leçon du film. Dans ce monde où il y a tant de regards presque haineux sur la différence…

Oui on étiquète et on stigmatise beaucoup. L’envie d’enlever ces étiquettes est vraiment une des bases du film.

Et les parents. Tu as rencontré beaucoup de parents ?

Pas beaucoup. Mais j’ai rencontré trois quatre parents. Il y a beaucoup, à dire par rapport aux parents. Si la société s’arrangeait pour qu’il y ait moins de laissés pour compte, il y aurait moins besoin de centres d’accueil. Alors bien sûr il y a des parents toxicomanes, des choses comme ça, mais la majorité c’est pas ça. La majorité, c’est des gens désœuvrés, des gens qui n’ont pas de boulet, qui n’ont pas les moyens, qui courent derrière des moyens de subsistance et qui n’ont pas du coup le temps de s’occuper de leurs enfants correctement. C’est malheureusement un fait de société. Et il faut aller contre. Il faut essayer d’équilibrer tout ça. Ce sera pas possible à 100 pour 100…Mais s’il y avait moins de laissés pour compte, il y aurait moins d’enfants dans les centres.

On voit un père qui vient chercher ses enfants, qui les emmène en train. Il ne donne pas l’impression d’être vraiment cassé par la vie.

Et pourtant. Il a un fils de 10 ans qu’il ne voit plus, d’une précédente union. Les enfants qu’il vient chercher là ne sont pas les siens. Il est le beau-père mais il assume les enfants. Il n’est plus avec la maman. Tout cela est horriblement compliqué. Ce sont des familles décomposées et recomposées, et rerecomposées. J’ai vu une Maman, elle a déjà 5 enfants, qui sont tous les 5 placés, avec 3 pères différents. Elle attend un sixième enfant d’un quatrième père et qui sera probablement placé aussi. Qu’est-ce qu’on peut faire ? On peut rien faire pour l’empêcher d’avoir des enfants. Et en même temps on a envie de lui dire, arrête de faire des enfants les une après les autres et de les placer parce que tu n’est pas capable de t’en occuper. Cette femme ne se rend pas compte, je pense. C’est hallucinant quand on voit ça.

Comment elle vit le placement ? Comme un soulagement de ne pas avoir à s’occuper de ses enfants ?

Une presque normalité. Elle est même donneuse de leçon avec les éducateurs, en leur disant, je viens surveiller ce que vous faites avec mes enfants. Et les éducateurs lui laissent avoir cette place là pour que les enfants aient un contact avec elle. C’est terriblement complexe tout ça. C’est pour cela qu’il faut que les centres d’accueil soient humains. Pour les enfants ça devient leur maison, leur maison principale. La maison familiale compte toujours, pour ceux d’entre eux qui en ont une, mais le foyer devient vraiment la maison principale.

Il y a un passage très intéressant, c’est l’interview de l’éducateur par un enfant du centre.

Oui, l’enfant m’avait chipé la caméra, j’avais laissé faire. C’est très naturel.

Tu suis plus particulièrement deux ou trois éducateurs…

Ceci dit, il y a un turn over très important chez les éducateurs. Il y en a beaucoup qui changent de métier, parce que c’est très prenant. L’équipe telle qu’on la voit dans le film elle n’a pas complètement changé, mais elle a pas mal changé depuis que le film a été terminée, et c’est le lot de toutes les institutions. Il y a des moments heureux dans une institution, avec une bonne équipe, un bon équilibre, une bonne dynamique, et puis ça se casse la gueule. L’équipe est moins rodée, ça se passe moins bien. C’est un cycle vraiment. Et puis ça se redresse et ça repart positivement. Il faut pas croire que l’institution telle qu’on la voit dans le film soit quelque chose de stable dans le temps. Tout est toujours à recommencer. La motivation des éducateurs est toujours à mettre en cause. Dans le film on les voit très humains et très motivés et puis si ça se trouve, six mois un an après, on a affaire à une équipe complètement désœuvrée, ne sachant plus où elle va. Il faut remettre l’ouvrage sur le métier et redynamiser. Il est important de savoir – c’est pas dans le film- que rien n’est éternel. Tout tient aussi à la personnalité du coordinateur, qui est terriblement importante. Et qui change. On ne peut pas demander à un coordinateur de passer 40 ans de métier dans la même institution. Ils peuvent rester coordinateur un certain nombre d’années et puis un jour ils s’en vont, ils vont faire autre chose. Toujours dans le domaine social en général. C’est normal de ne pas faire la même chose toute sa vie. Mais le moment où le coordinateur s’en va, il y a généralement une baisse de régime et il faut remettre une nouvelle dynamique.

Le film a été diffusé en Belgique à la télévision.

Oui, à la RTB

Tu as eu des retours ?

Oui. Le film a fait 60 000 téléspectateurs, ce qui m’a-t-on dit, est un record.  Il est passé aussi au Festival International du Film Francophone de Namur. On attend d’autres réponses de festival et celle de la chaîne parlementaire (LCP). Il fait aussi un parcours dans les écoles d’éducateurs, d’assistantes sociales et aussi j’espère dans les écoles en général. Pour les enfants, il faut leur montrer que ça existe.

En Belgique, c’est un milieu très vivant le documentaire ?

Oui, j’ai découvert au FiFF à Namur, notamment le CBA (le Centre Bruxellois d’Audiovisuel) qui est là pour soutenir les documentaristes, le Wip à Liège. Oui, il y a toute une synergie et pas mal de choses qui se passent.

Comment est venu l’idée de ce film. Un très beau titre…

Je suis un grand passionné et un grand admirateur de Brel. Je cherchais un titre dans plusieurs directions. Et puis ça a fait tilt. C’est celui-là. Pas la peine de chercher plus loin.

Tu as des projets cinématographiques ?

Toujours en documentaire. Je me suis ouvert au documentaire il n’y a pas si longtemps. Je le considérais à tord comme le parent pauvre du cinéma. Et c’est il y a quelques années en étant en contact assez étroit avec quelqu’un que je connaissais peu au départ et qui est réalisateur de documentaires et je me suis dit, ce machin que je considérais comme du sous-cinéma. Pas du tout. Il y a un côté rencontres et surtout, pas du tout le côté paillettes qu’il y a dans la fiction, avec le star système. Aucun regret par rapport à la fiction. Que je ferai peut-être un jour…

Les différents projets que j’ai sont toujours proches de l’enfance. S’il y a un métier que j’aurais aimé faire c’est instituteur.

L’enfance, un des thèmes privilégiés du film d’éducation. On espère donc te revoir très bientôt à Evreux.

Entretien réalisé au Festival International du Film d’Education à Evreux.

S COMME SANKARA

Sankara n’est pas mort. Lucie Viver, 2019, 110 minutes.

Un voyage à travers un pays d’Afrique, le Burkina Faso. Un voyage à pied, sac à dos. Un voyage poétique, le voyage d’un poète, Bikontine. Une errance plutôt. Un voyage en apparence sans but. Un voyage voué à l’improvisation, à l’impulsion du moment. Un voyage qui pourrait bien ne pas avoir de fin.

Un voyage de découvertes. Des Paysages. Extrêmement variés au long du film. Mais toujours éclatants de lumière. Même la sécheresse.

Un voyage de rencontres. Rencontres des habitants de ce pays. Des rencontres faites au hasard. Mais toujours surprenantes. Riches d’enseignements. Parfois improbables. Mais aussi banales. Un enfant, ici comme partout.

Un voyage, une errance. A la recherche de la solitude. La solitude nécessaire pour écrire. Le film de ce voyage sera donc jalonné de poèmes, dit par le poète voyageur.

Le film est-il un hommage à Thomas Sankara, le président assassiné qui avait su faire renaître l’espoir dans ce pays si pauvre, l’espoir de sortir de la misère. Sa mémoire reste bien vivante dans le pays.

La cinéaste nous propose un choix d’images d’archive de Sankara président. Un président simple, mais déterminé. Comme cela ressort de cette parabole du cycliste qu’il convoque pour rendre compte de sa mission.

Il se compare à un cycliste qui grimpe une côte bordée des deux côtés par des précipices. S’il s’arrête de pédaler il tombe. Alors il continue, jusqu’au bout. Toujours aller de l’avant…

Un film aux couleurs de l’Afrique. Un film d’espoir, malgré tout.

A COMME ABECEDAIRE – Boris Lehman

Il est né en Suisse, à Lausanne. Il vit et travaille à Bruxelles

Ses films sont essentiellement autobiographiques et beaucoup sont des autoportraits.

Amitié

Retouches et Réparations

Un peintre sous surveillance

Une belle croisière

Lettre à mes amis restés en Belgique

Album 1 – Je filme et je suis filmé

Amour

Une histoire d’amour

 Couple, Regards, Positions (le mariage de l’eau avec le feu)

Antisémitisme

Symphonie (Soliloque)

Arche de Noé

Une belle croisière

Arié Mandelbaum

Un peintre sous surveillance

Portrait du peintre dans son atelier

Autobiographie

Une histoire d’amour

Funérailles (de l’art de mourir)

Mes sept lieux

Choses qui me rattachent aux êtres

Histoire de ma vie racontée par mes photographies

Lettre à mes amis restés en Belgique

À la recherche du lieu de ma naissance

Autoportrait

Before the Beginning

Histoire de mes cheveux – De la brièveté de la vie

Tentatives de se décrire

Homme portant (son film le plus lourd)

Album 1 – Je filme et je suis filmé

Aventure

Mes sept lieux

Benjamin Walter

L’Art de s’égarer – ou l’image du bonheur

Bible

Une belle croisière

Bruxelles

La Dernière (S)cène

Magnum Begynasium Bruxellense

Cinéma

Une histoire d’amour

Funérailles (de l’art de mourir)

Before the Beginning

L’Art de s’égarer – ou l’image du bonheur

Mes sept lieux

Tentatives de se décrire

Homme portant (son film le plus lourd)

Mes entretiens filmés

Lettre à mes amis restés en Belgique

Album 1 – Je filme et je suis filmé

Conte

A comme Adrienne

Conversation

Mes entretiens filmés

Corps

Histoire de mes cheveux – De la brièveté de la vie

Education

Le Centre et la Classe

Enfance

À la recherche du lieu de ma naissance

Le Centre et la Classe

Femme

A comme Adrienne

Couple, Regards, Positions (le mariage de l’eau avec le feu)

Guerre

Symphonie (Soliloque)

Image

Homme portant (son film le plus lourd)

Iran

A comme Adrienne

Judaïsme

Muet comme une carpe

Lausanne

À la recherche du lieu de ma naissance

Mariage

Une histoire d’amour

Mémoire

Histoire de ma vie racontée par mes photographies

À la recherche du lieu de ma naissance

Mort

Funérailles (de l’art de mourir)

Multimédia

Homme portant (son film le plus lourd)

Musique

Portrait du peintre dans son atelier

Objets

Choses qui me rattachent aux êtres

Pauvreté

Magnum Begynasium Bruxellense

Peinture

Un peintre sous surveillance

Portrait du peintre dans son atelier

Philosophie

L’Art de s’égarer – ou l’image du bonheur

Leçon de vie

Photographie

Retouches et Réparations

Histoire de ma vie racontée par mes photographies

Poésie

Leçon de vie

Pologne

Retouches et Réparations

Portrait

A comme Adrienne

Mes entretiens filmés

Poisson

Muet comme une carpe

Rituel

Muet comme une carpe

Ruralité

Leçon de vie

Suicide

L’Art de s’égarer – ou l’image du bonheur

Suisse

À la recherche du lieu de ma naissance

Testament

Funérailles (de l’art de mourir)

Urbanisme

La Dernière (S)cène

Ville

Lettre à mes amis restés en Belgique

Magnum Begynasium Bruxellense

A COMME ABECEDAIRE – José Vieira

José Vieira est né au Portugal en 1957. Il est arrivé en France dans les années 60, à l’âge de deux ans.

La majorité de ses films explore la question des migrations, en particulier l’émigration des Portugais en France dans les années 1960.

Son dernier film, Nous sommes venus a obtenu le Grand prix Traces de vie en 2021.

Agriculture

Le Pain que le diable a pétri

Argent

Sport en jeu

Artisanat

Le Mystère du papier amoureux

Auvergne

Chronique de la renaissance d’un village

Banlieue

Souvenirs d’un futur radieux

Bidonville

Souvenirs d’un futur radieux

Dictature

Le Printemps de l’exil

Le Pays où l’on ne revient jamais

Exclusion

Souvenirs d’un futur radieux

Le Bateau en carton

Europe

Chroniques cosmopolites

Exil

Nous sommes venus

Le Pays où l’on ne revient jamais

Frontière

Nous sommes venus

Gravure

Le Mystère du papier amoureux

Histoire

La Photo déchirée – Chronique d’une émigration clandestine

Intégration

Chronique de la renaissance d’un village

Mai 68

Le Printemps de l’exil

Drôle de mai – Chronique des années de boue

Manifestation

Drôle de mai – Chronique des années de boue

Mémoire

Nous sommes venus

Migration

Nous sommes venus

Souvenirs d’un futur radieux

Chronique de la renaissance d’un village

Le Printemps de l’exil

Le Bateau en carton

Les Émigrés

Drôle de mai – Chronique des années de boue

Le Pays où l’on ne revient jamais

La Photo déchirée – Chronique d’une émigration clandestine

Chroniques cosmopolites

Misère

Souvenirs d’un futur radieux

Le Pain que le diable a pétri

Pacifisme

Clairvivre, enquête sur une utopie

Périgord

Clairvivre, enquête sur une utopie

Portugais

Nous sommes venus

Chronique de la renaissance d’un village

Portugal

Souvenirs d’un futur radieux

Le Pain que le diable a pétri

Le Printemps de l’exil

Le Pays où l’on ne revient jamais

La Photo déchirée – Chronique d’une émigration clandestine

Racisme

Le Bateau en carton

Roumanie

Souvenirs d’un futur radieux

Roms

Souvenirs d’un futur radieux

Le Bateau en carton

Ruralité

Le Pain que le diable a pétri

Les Émigrés

Solidarité

Drôle de mai – Chronique des années de boue

Sport

Sport en jeu

Train

Nous sommes venus

Travail

Le Mystère du papier amoureux

Urbanisme

Clairvivre, enquête sur une utopie

Village

Le Pain que le diable a pétri

Chronique de la renaissance d’un village

Voyage

Chroniques cosmopolites

%d blogueurs aiment cette page :