M COMME MEDELLIN

Medellin, la deuxième ville de Colombie, est une ville impressionnante, et pas seulement pour sa réputation de « ville la plus dangereuse du monde ». C’est une ville tout en hauteur, ce qui rappelle la Valparaiso filmée par Joris Ivens, les escaliers en moins. Car ici, dans le film en tout cas, on grimpe sur les sommets de la ville en télécabine, le métrocable comme ils l’appellent. D’en haut la vue dominant la ville nous révèle une multitude de maisons, qui semblent se chevaucher, un amas informe dans lequel on se demande comment il est possible de se retrouver. Et comment il est possible d’y circuler ! Des construction souvent en bois, sujettes aux incendies qui se propagent on ne peut plus rapidement. Un court passage du film nous en montre un. L’incendie est filmé de loin. Plusieurs maisons sont concernés. La fumée est épaisse. Le danger finit par être circonscrit. Une simple péripétie dans une ville en proie à bien d’autres maux.

Medellin a-t-elle changé ? Est-il possible maintenant d’y vivre en paix ? Sans que chacun des habitants y soit sous la menace d’un meurtre, d’un règlement de compte, d’une vengeance, dont les intéressés mêmes ne connaissent pas toujours l’origine ? La « nouvelle » Medellin, ce serait alors une ville comme les autres. Pas forcément une ville où il fait bon vivre. Il ne faut pas trop en demander. Mais une ville où il est possible de vivre, tout simplement. Ce serait déjà beaucoup.

Le film de Catalina Villar part à la recherche de la concrétisation de cet espoir de paix. Une aspiration tellement forte chez tous ces habitants, jeunes ou moins jeunes, que la réalisatrice a rencontrés. Elle filme plus particulièrement quelques personnages qui deviennent les symboles de ce qui est en tout premier lieu une lutte contre la résignation.

Les parents de Juan Carlos, d’abord, un de ces jeunes qui a été assassiné, dont on ne sait par trop au juste pour quelles raisons. Ils entreprennent des démarches administratifs pour obtenir une reconnaissance officielle de meurtre qui leur ouvrirait le droit à une compensation financière. L’entreprise est ardue. La démarche longue et incertaine. Leur dossier a déjà été rejeté , mais ils ne renoncent pas. Et lorsqu’ils obtiennent enfin gain de cause, leur joie et celle de leur proche est immense.

Le deuxième personnage récurent dans le film est Manuel, un ami de Juan Carlos. Il milite pour la communauté de quartier. Des actions au quotidien de proximité comme on dit, qui ne visent pas à révolutionner du jour au lendemain le monde, mais qui peuvent aider ceux qui habitent là à redonner un peu de sens à leur vie. La route semble pourtant bien longue avant que la réalisation de cette « nouvelle Medellin », soit vraiment effective dans la totalité de la ville.

Catalina Villar avait filmé Juan Carlos quelques années avant son assassinat. Il écrivait des poèmes dont il fait la lecture pour sa mère et pour la cinéaste. Des poèmes où la mort est omniprésente. Une poésie en prise directe avec la réalité d’une ville et d’une jeunesse, première victime de l’omniprésence de la violence. Mais c’est bien sur cette jeunesse, comme le montre l’exemple de Manuel, que repose l’espoir du changement, une véritable renaissance de la ville et de ses habitants.

La Nueva Medellin de Catalina Villar, 2016, 85 minutes.

Présenté au festival Cinéma du réel, compétition française

C COMME CONGO (République démocratique du Congo)

Le Congo a son cinéaste : Thierry Michel. Le Congo, un pays aux noms multiples, changeants au fil de l’histoire. Congo belge, il est devenu Zaïre du temps du règne de Mobutu, puis à la chute du dictateur, République Démocratique du Congo, Une histoire mouvementée où souvent domine la démesure, jusque dans la répression et l’horreur des guerres.

Thierry Michel est un cinéaste engagé. Son regard sur le Congo n’est jamais neutre. Qu’il dénonce sans cesse les méfaits du colonialisme où la dérive autoritaire de Mobutu, la corruption généralisé du régime, son incompétence économique. Son cinéma est un cinéma de révolte et de dénonciation. Ce qu’illustre parfaitement son dernier film, Un homme qui répare les femmes, dont le sous-titre, la colère d’Hippocrate, dit bien la teneur du propos. La pratique du viol comme arme de guerre est devenue quasi généralisée dans l’est du Congo. La colère ne suffit sans doute pas à faire cesser ces massacres. Mais elle peut mobiliser pour que l’inacceptable soit de moins en moins accepté. Le docteur Mukwebe auquel est consacré le film est devenu le porte drapeau de cette lutte. Dans son pays où, depuis la création de l’hôpital Panzi en 1999 il ne cesse de soigner physiquement et psychologiquement les femmes victimes, Dans le monde entier aussi où il intervient à l’ONU ou à la tribune du parlement européen lors de la remise en 2014 du prix Sakharov. Une vie d’action exemplaire.

Les films « congolais » de Thierry Michel sont souvent des portraits. Le portrait du docteur Mukebe est d’abord un hommage. Un hommage au courage où la force des convictions l’emporte sur le danger et les menaces. En 2012 il échappe de justesse à une tentative d’assassinat dans sa propre maison. Il décide alors de partir en exil en France pour protéger sa famille. Mais l’appel pressant des femmes de son pays (elles se cotisent pour acheter un billet d’avion) précipite son retour dès 2013. Le film nous le montre alors poursuivant son action sous la protection de soldats de l’ONU. Et les femmes, et même des hommes, sont de plus en plus nombreuses à répondre à son appel et à se mobiliser pour réclamer que justice soit faite.

Le film consacré à Mobutu (Mobutu roi du Zaïre, 1999) n’est pas un hommage. Le cinéaste ne ménage pas celui qui n’est qu’un dictateur ne se maintenant au pouvoir qu’en développant la répression. Un portrait sans concession, et sans complaisance, où le commentaire prend souvent la forme d’un procès à charge. Les images d’archives sont aussi des éléments de la démonstration de la dimension dictatoriale du régime, surtout lorsque les manifestations qui lui sont hostiles se heurtent violemment aux forces de l’ordre. Mais le cinéaste nous montre aussi Mobutu dans l’intimité de sa famille, dans la solitude de la maladie à la fin de son règne. Une manière de nuancer la critique virulente de l’action politique, sans portant chercher à l’excuser. Le film se termine sur les interrogations inévitables concernant l’&près Mobutu. Le pays réussira-t-il sa transition démocratique ? Sera-t-il assez fort pour échapper au chaos des guerres civiles ?

Troisième portrait dans l’ouvre de Thierry Michel, celui du gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi (L’Irrésistible ascension de Moïse Katumbi, 2013). Un portrait beaucoup plus ambivalent que les deux précédent. Elu en 2006, lors des premières élections libres depuis l’indépendance, Moïse Katumbi se présente en sauveteur de la province. Pour cela il faut combattre la corruption et la misère en donnant du travail à tous grâce au développement de l’exploitation des ressources minières considérables. Et dans l’immédiat, aider les plus pauvres et les handicapés à coup de dons, petites sommes d’argent de la main à la main ou signature de gros chèques à des associations et œuvres de charité.Un programme qui a du mal à cacher sa nature populiste. Le nouveau gouverneur s’engage personnellement sur tous les fronts, contrôlant lui-même le travail de la douane aux frontières ou discutant sur les chantiers avec les ouvriers en grève demandant des augmentations de salaires. Un messie auquel le peuple voue un véritable culte, que l’intéressé sait parfaitement entretenir, avec des espèces sonnantes et trébuchantes si besoin est. La fin du film est là aussi très ouverte. Le charme du gouverneur continuera-t-il d’opérer lorsqu’il prend des mesures pour défendre ses propres intérêts plutôt que ceux de la population. Sont ainsi fortement soulignées la collusion entre les affaires publiques et les intérêts privés et surtout les promesses non tenues, en particulier celles faites aux mineurs ou aux ouvriers lorsqu’il s’agit de ne pas s’opposer aux investisseurs et aux multinationales. La dérive autoritaire est aussi nettement pointée à propos du saccage de la résidence du principal opposant par une foule mobilisée et encadrée par une milice privée Un personnage complexe donc, dont le film s’efforce de prendre en compte les différentes facettes. Un portrait plus que nuancé en définitive.

Si le travail cinématographique de Michel est ainsi essentiellement celui d’un historique, menant des e,quête précise et toujours fort documentées sur le passé du pays ou sur son présent immédiat, il faut aussi souligner que ce travail est aussi celui d’un amoureux du Congo et de l’Afrique. Dans son grand film, Congo River (2006) ce regard plein de sympathie et d’amour pour le pays et ses habitants se manifeste ouvertement. Le film est une longue remontée du fleuve Congo, ce fleuve mythique pour toute l’Afrique. Une aventure tout à fait extraordinaire par la variété des événements que les passagers vont connaître. Il y a ces aléas du voyage lui-même, l’annonce par le capitaine de la naissance de son troisième fils (il offrira à boire à tous les passagers), l’arrivée sur les lieux du naufrage d’une barge (les corps des 400 victimes sont encore sur la berge) ou cette autre barge échouée sur un banc de sable, surchargée de bois et de passagers et qu’il sera impossible de remorquer (elle restera trois mois dans cet état, attendant que les eaux du fleuve veuillent bien remonter). Avant la fin du voyage, un terrible orage éclate, inondant l’embarcation. Mais tous ces tracas n’empêchent pas la présence continue de la musique, des chants et des danses, sur les bateaux ou sur les rives. La bande son du film est ainsi particulièrement riche en chants traditionnels. Mais dans ce regard émerveillé par la beauté des paysages, les préoccupations politiques et historiques ne disparaissent jamais. Le voyage sur le fleuve ne peut éviter de rencontrer les effets de la guerre civile, les hôpitaux où se pressent les femmes violées et mutilées. Grâce à ses ressources minières, le Congo pourrait être un pays riche, Et pourtant une grande partie de sa population vit dans la misère. Les congolais pourraient être un peuple heureux, mais son histoire est celle des guerres et de la domination de la violence. Le cinéma de Thierry Michel peut bien contenir quelques germes d’espoir, mais l’optimisme ne résiste pas toujours au contact de la réalité.

T COMME TZIGANES

Roméo et Kristina, deux jeunes tziganes ballottés entre Marseille et la Roumanie. A Marseille, dès la première séquences du film, ils font les poubelles, y trouvant parfois leur bonheur, comme cette paire de chaussures à sa taille à elle. Ils dorment avec tout un campement sous un pont, près de la gare. Ils en seront chassés par la police municipale. On les retrouvera dans un parc où ils ont monté des tentes. Ils en seront aussi expulsés. Et ainsi de suite, pourrait-on dire. Une fuite sans fin. D’ailleurs ils font sans cesse des aller-retour en Roumanie, dans un village où ils retrouvent leur famille. Sans transition nous passons du soleil et des orages de Provence à la neige de la campagne roumaine. Sans transition ? Nous ne voyons jamais les voyages, ni dans un sens, ni dans l’autre. Nous ne sommes pas dans un film d’errance, même si nous voyons bien que nos deux jeunes héros n’ont plus vraiment de racines. Ici ou ailleurs, sans travail, sans ressources, la vie n’est-elle pas toujours la même ?

La première fois que nous les retrouvons en Roumanie, c’est à l’occasion des fêtes de Noël. Nous ne verrons que la famille de Roméo. Ont-ils rompu ? La mère de Roméo le souhaite fortement. Elle n’aime pas du tout Kristina et fait tout pour que son fils ne la voit plus. De retour à Marseille, ils seront bien toujours ensemble et d’ailleurs le film se termine alors que Kristina est sur le point d’accoucher de leur premier enfant. On ne peut alors éviter de s’interroger sur l’avenir de cet enfant. Le film ne nous donne pas d’indice. Mais peut-on être optimiste, malgré tout ?

Roméo et Kristina , un film de Nicolas Hans Martin, 2016, 97 minutes,

Présenté au festival Cinéma du réel 2016, en compétition française.

P COMME PAUVRETÉ

La pauvreté existe aux États-Unis, jusqu’en Californie, Si certains ne le savaient pas, ou voulaient l’oublier, ou faire comme si ce n’était qu’une vague idée inconsistante, le cinéma documentaire est là pour nous le rappeler. Avec force.

La pauvreté, c’est d’abord le manque d’argent, cette « nouvelle forme d’esclavage ». Sans argent, on n’est rien, même pas un « citoyen normal », peut-être même pas un être humain. Mais la pauvreté c’est aussi le manque de logement, et le manque de travail. Le plus souvent, ceux qui sont présents dans le film vivent en foyer d’accueil pour SDF. Ou dorment dans leur voiture, lorsque c’est la dernière chose qu’il leur reste. Pas très pratique pour trouver un emploi. Lors d’un entretien, quelle adresse donner pour avoir la réponse ?

L’argent, ils en parlent tous comme ce qui manque le plus. Sans argent ils ne peuvent rien faire. Se loger, s’habiller, se nourrir. La faim existe aussi dans le pays le plus riche du monde. Pour les plus jeunes, élever ses enfants devient alors particulièrement difficile. Mais tous ceux qui nous parlent ici, de tout âge et de toute couleur, ont tous les mêmes problèmes. Comment survivre en n’ayant rien, à côté de ceux qui eux ne manquent de rien ? Deux monde qui vivent l’un à côté de l’autre, de chaque côté d’une même rue parfois, mais qui n’ont aucun contact, aucune relation. Deux mondes qui s’ignorent totalement. Les riches n’ont pas à exclure les pauvres. Ils sont exclus par la force des choses, automatiquement. D’ailleurs certains avouent s’être livrés à des trafics, la drogue surtout. Et avoir fait de la prison. Un milieu auquel ils voudraient ne plus avoir affaire. Mais dans les quartiers où ils vivent, les gangs sont partout, la violence est omniprésente, les meurtres quotidiens. Il faut s’estimer heureux dit un homme, de pouvoir rentrer chez soi sans avoir été la cible de coups de feu.

Tout ceci, cette vie de déchéance où il faut constamment lutter pour ne pas sombrer totalement, ceux que le film a rencontré en parlent sans colère, sans haine, sans révolte. Ils n’accusent personne, pas même le destin. On a l’impression que parler à la caméra leur fait quand même du bien, les aide à exister, à être encore quelqu’un . Ici ils peuvent encore sourire.

Le film ne nous présente pas ces prises de parole de façon classique, comme une suite d’interviews ou de fragments d’entretiens, se succédant à l’écran de façon indépendante. La cinéaste met au point un dispositif original, en apparence tout simple, mais qui se révèle au fond particulièrement élaboré. Il s’agit d’une sirte de diaporama où des photos sont affichées sur fond noir, des vignettes où les personnes sont toutes cadrées de façon identique, vue frontale en plan poitrine. Les photos apparaissent et disparaissent souvent rapidement, parfois elles restent affichées plus longtemps. Elles sont toujours alignées, une ligne horizontale où elles figurent plus ou moins nombreuses, Lorsque la ligne est complète, il y a jusqu’à douze photos. Mais à d’autres moments, la ligne peut être réduite à deux images, ou même une seule. La tailles des vignettes varie alors en fonction de leur nombre à l’écran. Dans le cas où il y a une seule photo, plus grande donc, et ainsi une seule personne à l’écran, celle-ci se présente, décline son nom et son âge et ses passe-temps favoris. Lorsque nous sont présentées plusieurs photos simultanément, les prises de parole ne sont jamais continues. Le montage fait se succéder des fragments de discours, petites phrases, expressions ou même de simples mots, mais qui peuvent se répéter d’un interlocuteur à l’autre. Il ne s’agit nullement d’un dialogue, mais ces fragments se répondent, se complètent, pour former un seul discours, un discours polyphonique où parfois d’ailleurs les mêmes mots sont prononcés simultanément par plusieurs personnes. Des mots importants, les plus importants sans doute. Le film élabore ainsi un discours unique dont l’auteur est pluriel, l’ensemble des personnes dont les photos apparaissent à l’écran. Un seul corps souffrant, aux visages multiples mais intégrés, fondus, dans une seule totalité. La pauvreté ainsi n’est plus un concept abstrait, ine idée générale. Et la cinéaste n’a pas besoin de la définir. Il suffit que ceux qui la connaissent si bien l’expriment telle qu’ils la vivent.

Long Story short de Natalie Bookchin, États-Unis, 2016, 45 minutes.

Présenté en compétition internationale au festival du cinéma du réel 38° édition, ce film a obtenu le Grand prix du cinéma du réel.

M COMME MINE

Une exploitation minière perdue dans la montagne bolivienne. Une petite concession qu’on pourrait dire artisanale. Il n’y a aucun équipement particulier. Les hommes descendent au fond tant bien que mal, en rampant, parfois en glissant le long d’une corde. Au début du film le travail n’est pas mécanisé. Il faut creuser sans l’aide de marteaux piqueurs. Ils ne viendront qu’ensuite, lorsqu’on aura réussi à hisser en haut de la montagne le compresseur. Un travail dur, pénible et surtout dangereux. Le film évoque constamment la présence de la mort. Comme si la montagne se vengeait, selon une croyance tenace, en gardant dans la mine les âmes des hommes qui y ont péri.

Le film nous offre des images d’une grande beauté. Les cimes des montagnes enneigées, ou émergeant difficilement de la brume. Le contraste est fort bien sûr avec l’obscurité des galeries souterraines, uniquement éclairées par les lampes frontales des mineurs. Des images réalisées au plus près des hommes, de leur travail, de leur courage, en prenant quasiment les mêmes risques qu’eux.

La mine est la possession d’une famille dans l’intimité de laquelle nous pénétrons peu à peu. Les conditions de vie sont précaires, mais si on a la chance de tomber dans la mine sur un bon filon, alors la vie quotidienne pourra s’améliorer. L’avenir pourtant n’est nullement assuré. Pourra-t-on continuer l’exploitation alors que c’est toute la montagne qui risque de s’effondrer ? Déjà des concessions similaires ont été fermées par les autorités. Les enfants pourront-ils poursuivre le travail de leur père ?

Reveka est un film d’hommes. Pourtant une séquence donne la parole à une femme de mineur. Que fera-t-elle si son mari ne revient pas du travail ? Comment abordera-t-elle la peine, le deuil ? Une confession très émouvante.

Reveka de Benjamin Colaux et Christopher Yates, Belgique, 2015, 75 minutes,

Ce film a été présenté au festival Cinéma du réel en mars 2016, compétition internationale premiers films.

A COMME AUTOBIOGRAPHIE (Eric Pauwels)

Après Lettre d’un cinéaste à sa fille et Les Films rêvés, La Deuxième nuit clôt le triptyque autobiographique d’Eric Pauwels. Le récit d’une vie qui est pourtant loin d’âtre achevée, un récit tourné vers le passé, fait d’évocation de souvenirs, et qui pourtant est présenté au présent, On y retrouve la marque de fabrique de l’auteur. La même voix, qui n’est pas off puisqu’on ne voit jamais le cinéaste à l’image, Une voix over donc, qui accompagne les images, sans en être le commentaire, Ou plutôt qui constitue un récit parallèle aux images, mais un parallèle qui n’exclut pas les croisements. Une voix donc qui rebondit sur les images, ou les provoque ou, par moment, les laisse simplement s’exprimer. Des interactions subtiles qu’il faudrait suivre minutieusement à la lettre pour pouvoir en rendre compte. Et cette voix a toujours la même tonalité, plutôt grave, et le même rythme, posé, sans excès, ni lenteur ni rapidité, non pas monocorde, mais équilibrée. Et les mêmes lieux, la cabane au fond du jardin d’où partent tous les voyages du cinéaste. Les mêmes objets et jusqu’à l’araignée qui tisse toujours sa toile.

La deuxième nuit est le film du rapport à la mère, Commencé lorsqu’elle était vieillissante, se rapprochant doucement, chaque jour un peu plus, de la mort, Mais achevé après sa disparition, lorsqu’il n’est plus possible de lui parler, de la regarder respirer. C’est donc le film de la séparation. Une séparation inévitable , comme celle qui a déjà eu lieu à la naissance, lorsque le bébé expulsé du ventre de sa mère, se retrouve seul dans un monde inconnu. C’est cette solitude que le cinéaste revit après le décès de sa mère, un décès qui ne peut être vécu que dans un sentiment d’abandon. Pourquoi m’as-tu abandonné ? Comment puis-je vivre sans toi ? Sans ta présence, ta chaleur, ton souffle…

Dans ce qui devient alors une dialectique de la présence et de l’absence, le film est à la lettre la tentative d’effacer la perte. Non pas de la rendre supportable, elle reste pour toujours une douleur qui s’alimente à la vie de celui qui reste, mais pour la vivifier par la résurgence des souvenirs d’une part, et par la construction d’une figure mythique, oscillant de la mère nourricière à la mère œdipienne, de la chaleur au contact peau à peau des premiers moments de la vie au froid du caveau enfermant le cercueil. Si avoir des enfants est une manière de vaincre la mort, faire un film sur sa mère est pour un cinéaste la seule façon de continuer à filmer lorsqu’elle n’est plus là.

Le film s’ouvre sur une série de déclaration de professionnels de santé (médecin , accoucheur, sage femme, infirmière…) évoquant la signification de la deuxième nuit de la vie de l’enfant, celle où il n’a plus qu’à pleurer la perte de la mère, seul dans son berceau, dans le froid de la solitude. Toute sa vie sera marquée par cette seconde nuit, jusqu’au jour où l’enfant définitivement orphelin de celle qui l’a mis au monde devra se demander s’il peut continuer à vivre. Ce qui signifie, pour un cinéaste, faire un nouveau film qui, alors ne serait peut-être pas autobiographique.

La deuxième nuit, Eric Pauwels, Belgique, 2016, 80 minutes.

Ce film a été présenté au festival Cinéma du réel 2016, en compétition internationale.

P COMME PROTHÈSE

La mécanique des corps, un film de Matthieu Chatellier, 2016, 78 minutes. Présenté en compétition française au festival Cinéma du réel, 38E édition.

Des personnes amputées, d’un bras, d’une jambe, d’une main, des personnes de tout âge et des deux sexes, jeunes, moins jeunes, de personnes âgées aussi. Toutes vont faire l’expérience d’un nouveau départ dans la vie, dans les activités de la vie, grâce à une prothèse.

Le film nous montre la fabrication de ces membres mécaniques articulés faits sur mesure. Un travail de précision, particulièrement minutieux puisqu’il faut ajuster chaque partie au millimètre. Et la démonstration du fonctionnement d’une main « artificielle » où tous les doigts peuvent bouger séparément à volonté est impressionnante. Le problème est de savoir s’en servir…

Il nous montre aussi, et surtout, le travail de rééducation nécessaire, en particulier l’apprentissage spécifique de la marche avec une jambe mécanique, « On va faire comme les bébés, dit une jeune fille, apprendre à marcher ». Mais rien n’est simple. Il y faut patience et persévérance. Et surtout il faut être motivé, vouloir passer tout ce temps à arpenter, quelques pas seulement, ce petit chemin entre deux barres, répéter ces courts déplacements, presque infiniment, pour permettre au spécialiste qui observe de modifier un petit détail. Et surtout, ne pas se laisser aller au découragement, malgré les moments de doute, inévitables sans doute, pour surmonter la souffrance. Mais quelle preuve d’optimisme que de voir cet adolescent régler lui-même sa prothèse et sauter littéralement de joie pour s’élancer dans un court sprint dans le couloir du centre de rééducation ! On le retrouvera à la fin du film courir plus longuement sur la terrasse du centre. Des images particulièrement réconfortantes…

Le film suit plus particulièrement quelques personnes, comme cette jeune fille, amputée d’une jambe à la suite d’une maladie des os. Le film commence par le récit de cette maladie, en voix off, pendant qu’elle dessine des membres inférieurs. Ou bien cet homme plus âgé, amputé lui des deux membres inférieurs et qui arrive à se déplacer avec ses deux nouvelles jambes mécaniques. Malgré la longueur des séances, il persévère. « J’en n’ai jamais marre » dit-il.

Un film sur la précision et les progrès de la médecine et de la technologie, Mais surtout un film sur la patience et la volonté nécessaire pour réussir. Comme dans tout apprentissage pourrai-on dire. Une belle leçon d’éducation.

M COMME MARIAGE

Le mariage proprement dit, c’est-à-dire la cérémonie, à la mairie et à l’Église, avec les officiels et les deux familles réunies, nous ne le verrons pas, Le film s’arrête en chemin, Dans la voiture qui y conduit le marié. Tout se limite donc à la préparation de l’événement. Une préparation qui pose bien des problèmes à la famille réunie pour l’occasion dans la maison de campagne où se déroulera la fête, le film n’est donc pas vraiment une réflexion sur la signification sociale ou même personnelle ( au niveau des sentiments) du mariage, Par contre, c’est une exploration en profondeur de la famille, une institution qui a fait l’objet de tant de critiques et de remises en cause qu’on aurait tendance à la considéré comme un archaïsme n’intéressant plus grand monde. Or ici, se plonger, s’immerger, dans sa propre famille comme le fait la cinéaste, c’est montrer qu’elle reste une valeur indépassable de notre culture.

La famille de Checco, celui qui se marie, est certes une famille plutôt non-conventionnelle. Apparemment, les sœurs du marié ne s’encombre pas vraiment des contraintes de la tradition et du poids des relations sociales. Ce qui nous est présenté ici, c’est le théâtre des relations collectives au sein de cette famille tout entière mobilisée par la préparation du mariage, un événement qui fonctionne comme le révélateur des sentiments et des relations que chacun entretien avec les autres,

Si Checco se marie à l’Église, c’est pratiquement pour faire plaisir à sa fiancée dont la famille est pratiquante. La relation entre les deux familles, qu’on perçoit comme étant bien différente l’une de l’autre, n’est pas non plus abordé dans le film. Il faut être deux pour se marier, mais ici on reste d’un seul côté, pour mieux en montrer la complexité, toute la richesse. Car bien sûr, rien ne va vraiment de soi pour que la fête soit réussie. Il n’est pas question de mettre des nappes à carreaux sur les tables qui serviront au cocktail. Mais il est tout aussi impensable d’utiliser des nappes brodées puisque la réception se déroule à la campagne, Un détail bien trivial que cette histoire de nappe. Mais si la cinéaste s’y arrête avec une certaine insistance, c’est bien que ce détail si futile soit-il permet d’éviter les vrais problèmes, les questions d’argent par exemple (qui surgiront pourtant au moment où on ne les attendait pas) et la question de l’amour. Car en suivant les remarques faites par les uns ou les autres, des remarques anodines faites comme en passant, celles du marié lui-même ou celles de ses sœurs, on peut se demander pourquoi au fond il se marie alors qu’il a déjà la quarantaine et qu’il ne cache pas avoir vécu pas mal d’aventures féminines. Alors, si ce mariage n’est pas une obligation sociale, est-il un mariage d’amour ? Le film ne pose pas ouvertement la question et donc ne donne pas de réponse. La question de l’amour est le hors-champ du film, comme la mariée elle-même qui reste absente pour n’apparaître, presque comme un fantasme, que dans un dernier plan, qui est d’ailleurs situé hors film. Alors, quelle importance a le mariage pour la famille ? On sent bien que pour celle qui est filmée, il n’en constitue pas un élément fondateur. Alors peut-être simplement n’est-il que l’occasion de faire un film, c’est-à-dire de proposer au spectateur un moment de plaisir.

Il matrimonio (le mariage), de Paola Salerno, Italie, 2016, 84′, présenté au festival Cinéma du réel 2016, en compétition internationale premiers films.

A COMME AUTOBIOGRAPHIE (et militantisme)

Autobiographie et militantisme dans le cinéma documentaire

Un exemple :

Les Carpes remontent les fleuves avec courage et persévérance

Un film de Florence Mary. France, 2011, 53 minutes

La maternité doit-elle être réservée aux couples hétérosexuels ? Le film de Florence Mary milite ouvertement en faveur d’une évolution de la législation française, prisonnière des traditions et donc bien loin des aspirations de tant de couples homosexuels et des évolutions qu’ont su réaliser de nombreux pays à travers le monde. En France le mariage homosexuel n’existe pas et l’homoparentalité est le plus souvent regardée comme une anomalie. Un couple de femmes qui décide d’avoir recours à l’insémination artificielle n’a donc pas d’autre solution que de partir à l’étranger, à Bruxelles ou Amsterdam, ce qui non seulement pose des problèmes financiers évidents, mais aussi accroît considérablement la pénurie de donneur dans ces pays.

Si Les Carpes… est ainsi un film militant, c’est avant tout un regard introspectif sur une situation personnelle, le récit autobiographique de cette quête de maternité de deux femmes qui décident de réaliser leur désir d’enfant quel qu’en soit le coût, et les difficultés innombrables qui se dressent devant elles. Mais le titre nous le dit dès le début, la persévérance finit toujours par être couronnée de succès. Et ce que la médecine peut permettre n’a pas de raison d’être contrarié par les préjugés sociaux.

Florence, parce qu’elle est cinéaste, filme donc son couple, la décision que ce soit sa compagne qui portera l’enfant, les relations que l’une est l’autre entretiennent avec leur famille respective, leur mère en particulier, les moments d’intimité avant et pendant la grossesse, et jusqu’à l’accouchement. Aucun exhibitionnisme dans tout cela, mais un récit de vie plein de pudeur, et une réflexion sur la signification culturelle et sociale de l’homoparentalité. Sur un tel sujet, la réalisatrice aurait pu faire un documentaire classique, rencontrant les femmes, et les hommes, pour qui la position juridique française est vécue comme une injustice, donnant à connaître sous forme d’interviews le point de vue de la médecine, mais aussi pourquoi pas, les opposants, les critiques mobilisant les préjugés et les stéréotypes. Le film aurait pu être ouvertement militant, revendicateur et donc dénonciateur. Il aurait pu être un acte politique. En fait c’est bien un acte politique, fondamentalement porteur de convictions. Le choix de l’implication autobiographique n’est pas une facilité, surtout pas une complaisance. C’est le choix de l’authenticité, mettant en évidence la force nécessaire pour surmonter les peurs, les hésitations, le risque de céder devant les difficultés. Et surtout, c’est la mise en œuvre d’une réflexion de fond sur le cinéma. Ce que nous dit ici la réalisatrice, c’est qu’être cinéaste c’est se demander sans cesse pourquoi l’on filme, pourquoi filmer telle scène, tel moment de vie, telle situation, telle rencontre…C’est montrer la nécessité de chaque plan, de chaque cadrage, de chaque raccord. C’est dire que rien ne doit être gratuit lorsque l’on décide de montrer des images. Il serait facile de filmer la Gay Pride et d’en faire un spectacle. Il serait facile de filmer un enfant de l’homoparentalité et de jouer sur l’émotion que peut provoquer son évocation de ses deux mamans. La Gay Pride et cet enfant sont bien présents dans le film, mais sans rien de spectaculaire ou de pathétique. Ce sont simplement des éléments de contextualisation du vécu de Florence et Sabine. C’est précisément parce que le film est un itinéraire personnel qu’il n’enferme pas le spectateur dans un discours clos. L’itinéraire autobiographique n’est jamais dogmatique. Il ne peut pas être dogmatique. Et tout particulièrement lorsqu’il n’est pas linéaire. Le point d’arrivée, l’aboutissement de la quête, n’est pas fixé d’avance. Florence et Sandrine pourraient très bien ne pas réussir dans leur projet d’avoir un enfant. Elles pourraient renoncer, ou être trahie par la médecine, par défaut de donneur. Florence pourrait à chaque instant arrêter de filmer, ne pas aller jusqu’au bout de son travail cinématographique. Bien sûr en voyant le film nous savons qu’il n’en a rien été. Mais cet achèvement n’a rien d’aléatoire. Si le film n’a pas été abandonné, c’est parce que les deux protagonistes n’ont pas renoncé à leur projet, à leur désir, à leur vie. L’autobiographie cinématographique manifeste la nécessité profonde du cinéma : ne plus filmer ce serait ne plus vivre.

H COMME HISTOIRE (Comolli)

L’histoire du cinéma documentaire reste à faire. Une entreprise colossale à n’en pas douter, un travail de longue haleine, indispensable. Celui (ou ceux) qui l’entreprendra bénéficie cependant d’une aide inestimable, plus qu’une esquisse de cette histoire si riche et si diverse, une première partie presque. Il s’agit du film de Jean-Louis Comolli intitulé Cinéma documentaire. Fragments d’une histoire édité sous forme de DVD dans Les collections particulières de Documentaire sur grand écran.

         Ces fragments sont le résultat d’un choix personnel de l’auteur, mais tous ont leur justification, leur nécessité. Ils recouvrent une longue période allant des origines du cinéma (le premier film de Louis Lumière en 1895) jusqu’en 1975, moment où, nous dit Comolli, «  la vidéo et les télévisions changent les règles du jeu ». S’il y a au-delà de cette date une modernité du cinéma documentaire, elle reste à appréhender, même si quelques essais ont commencé à y contribuer (par exemple l’ouvrage de Marie-Jo Pierron-Moinel, Modernité et documentaires. Une mise en cause de la représentation. L’Harmattan, 2010).

Puisqu’il s’agit d’un film, le travail de Comolli repose essentiellement sur des extraits choisis qui ne sont pas présentés par ordre chronologique strict mais dans le « désordre de mes souvenirs ». Une somme d’images dont la pertinence est indiscutable tant il s’agit de « classiques » comme on dit. Et le petit jeu qui consisterait à trouver des manques ou des oublis ici n’a vraiment aucun sens. Chaque film présent est non seulement significatif de l’œuvre de son auteur, mais surtout sert à identifier un enjeu cinématographique d’une époque, significatif alors du contexte technique, esthétique, social et politique de la Grande Histoire. Aux images, Comolli ajoute un commentaire en voix over (sa propre voix), de façon tout à fait traditionnelle. Mais le cinéaste qu’est Comolli n’en reste pas là. Il introduit une véritable mise en scène de son commentaire, en filmant sa main écrivant sur un carnet quelques-unes des phrases qui le composent. Le rythme de la voix est alors très différent, beaucoup plus lent, et saccadé pour suivre la progression de l’écriture. Une façon aussi de laisser au spectateur-auditeur le temps de la compréhension et de la mémorisation. Un procédé très pédagogique en somme (Comolli a beaucoup enseigné en Université).

         Tout commence (Chez Comolli) en soulignant l’importance du regard. Mais puisque nous sommes au cinéma, le regard ce sera ce que la caméra nous donne à voir, une caméra qui selon Vertov est plus pertinente, plus pénétrante, que l’œil humain. « Il faut filmer pour voir » disait Vertov et Comolli ajoute en écho « le cinéma a inventé l’articulation entre le visible et le non-visible, le champ et le hors-champ ». Et pour nous, le plaisir de revoir l’étonnante séquence de L’Homme à la caméra intitulée L’Eveil de la femme, où après sa rapide toilette elle regarde les fleurs à travers les persiennes de la fenêtre de sa chambre en clignant des yeux, éblouie par le soleil. Et le montage nous donne à voir concrètement ce clignement des paupières.

         Le premier film de l’histoire du cinéma est un film documentaire ! La sortie de l’usine de Louis Lumière. Un plan fixe, en noir et blanc et non sonore, de moins d’une minute puisque le magasin de l’appareil de prise de vue ne peut aller au-delà. Comolli nous en montre deux versions. Dans la première on n’a pas eu le temps de refermer les portes derrières les derniers ouvriers. Il faut recommencer. Une lumineuse démonstration du fait que tout le cinéma est mise en scène.

         Les séquences qui suivent visent à identifier les moments clés de l’histoire du cinéma documentaire, ceux qui font bouger la façon de faire du cinéma et donc aussi de le recevoir en tant que spectateur. Jusqu’en 1975, c’est sans doute le politique qui domine avec le cinéma de propagande d’abord. Comolli oppose Vertov (Enthousiasme ou la symphonie du Donbass) à Leni Reifenstahl (Le Triomphe de la volonté), comme s’opposent communisme et nazisme mais aussi dans le jeu des formes le désordre et l’ordre. Le politique nous le retrouvons tout autant dans le cinéma provocateur de Buñuel (Terre sans pain), que dans les films réalisés pendant la seconde guerre mondiale pour en montrer les combats. « Le faux est devenu l’archive du vrai » dit Comolli à propos de Desert Victory de Roy Boulting. Sur place il était impossible de filmer la bataille dans la mesure où elle s’est déroulée de nuit. Qu’à cela ne tienne, le cinéaste la reconstituera en studio ce qui permettra d’ailleurs de multiplier les gros plans particulièrement saisissant sur les visages des soldats.

         1968 voit émerger des films militants, ceux des groupes Madvedkin, à Besançon et Sochaux. Aidés par des cinéastes comme Chris Marker, ce sont les ouvriers eux-mêmes qui vont filmer leurs luttes et se servir de ces films pour les populariser.

         Grâce aux caméras de plus en plus légères et maniables (qui peuvent donc être portées à l’épaule) et à la possibilité d’enregistrer le son synchrone, c’est « un nouvel âge des représentations » qui émerge. Le cinéma sort des studios et va à la rencontre du monde et des gens. L’équipe de Robert Drew filme la campagne électorale de Kennedy en étant avec lui dans la foule  (Primary) ; Jean Rouch et Edgar Morin filment l’intimité de jeunes parisiennes dans Chronique d’un été et Pierre Perrault et Michel Brault participent de l’intérieur à la résurrection de la pèche au marsouin dans Pour la suite du monde. Des films, avec ceux de Mario Ruspoli en particulier (c’est à lui que l’on doit l’expression de cinéma direct) marquent un véritable tournant dans le cinéma documentaire et même dans l’histoire du cinéma dans son ensemble.

Dans ses fragments, Comolli retient bien d’autres films, des plus attendus (Nanouk l’esquimau de Robert Flaherty, Moi un noir et La Chasse au lion à l’arc de Jean Rouch) aux plus surprenants (L’Amour existe de Maurice Pialat, la Société du spectacle de Guy Debord ou Histoire du Japon racontée par une hôtesse de bar de Shohei Imamura). Tout cela est particulièrement agréable à regarder et toujours fort instructif.

Reste à écrire la suite pour pouvoir cerner l’apport de cinéastes aussi différents que l’américain Wiseman, le Chinois Wang Bing ou les français Depardon et Agnès Varda !

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E COMME ENTRETIEN (Médiapart)

Entretien avec Jean-Pierre Carrier, auteur du «Dictionnaire du cinéma documentaire»

Jean-Pierre Carrier signera son livre à la Librairie du Cinéma du Panthéon le 19 mars durant le festival « Cinéma du réel » qui aura lieu du 18 au 27 mars au Centre Pompidou à Paris.

Cédric Lepine : Quels étaient vos critères pour sélectionner les films et les réalisateurs qui figurent dans votre dictionnaire ?

Jean-Pierre Carrier : Pour les films, mon critère premier, c’est le plaisir et l’émotion éprouvés en voyant le film. Je crois qu’on ne parle bien que de ce que l’on aime. Sur les 460 que contient le dictionnaire, il y en a très peu qui au fond m’ont déplu, ou ennuyé. Ceci dit il y a dans l’histoire du cinéma des cinéastes et des films qui se sont imposés immédiatement, ceux qui appartiennent au patrimoine cinématographique, de Vertov et Flaherty dès les années 1920, puis en vrac, parmi ceux qui me viennent spontanément à l’esprit, Marker, Van der Keuken, Philibert, Gheebrant, Depardon, Wiseman ou Wang Bing et d’autres sans doute. Je suis aussi particulièrement sensible à ces cinéastes qui ont fait une carrière double en quelque sorte, qui ont su faire tout aussi bien de la fiction que du documentaire, sans privilégier l’un par rapport à l’autre. C’est le cas d’Agnès Varda en tout premier lieu mais aussi de Louis Malle qui déclarait « le documentaire est la partie la plus importante de mon travail », ou des cinéastes importants comme Wenders et Herzog.

Mais bien évidemment ce dictionnaire reste incomplet et je ne prétends nullement avoir été exhaustif, ni pour les films du passé, ni surtout pour ceux du présent. Le cinéma documentaire est bien vivant et foisonne d’œuvres, bien au-delà de ce qui sort en salles. Et j’espère que mon travail donnera envie de voir des documentaires, même s’ils ne sont pas présents dans mon dictionnaire.

 

C. L. : Quel est le rapport au réel qui définit le cinéma documentaire à la différence, schématiquement, du reportage télévision et du film de fiction de genre ?

J-P. C. : Un de mes choix de départ a été d’écarter, ou de ne pas tenir compte, de la télévision. Ce qui bien sûr est contestable et d’ailleurs plutôt arbitraire. Il y a des films de cinéma qui passent à la télévision et inversement des films faits pour la télévision qui accèdent aux salles de cinéma, même si c’est assez rare. Ceci dit, il y a quand même des différences fondamentales entre ce qui est fait pour la télé et le documentaire de cinéma, ce qu’on désigne généralement comme cinéma d’auteur ou documentaire de création, voire documentaire expérimental. La télé fonctionne avec des grilles, et c’est une banalité de dire que du coup elle formate les produits puisqu’il faut qu’ils rentrent dans une case. En outre tout le monde sait que la télé fonctionne à l’audimat et que son but est de plaire au plus grand nombre. Le cinéma connaît aussi des contraintes, surtout économiques, et il serait faux de dire que les cinéastes peuvent jouir d’une liberté de création absolue. Mais ils revendiquent toujours cette liberté et les plus grands savent parfaitement s’affranchir suffisamment des contraintes pour ne pas brider leur créativité. Ce qui compte alors c’est cette volonté de faire une œuvre personnelle, de développer un point de vue cohérent dans lequel le cinéaste s’implique totalement. C’est pour cela essentiellement que le documentaire n’a rien à voir avec le reportage, et ce n’est pas seulement une affaire de durée, ni même de prise de distance, comme quand on dit que le reportage c’est l’immédiateté alors que le documentaire c’est la réflexion, l’analyse. Cela est assez vrai, mais ce n’est pas à mon sens l’essentiel. Ce qui compte c’est que le documentaire « d’auteur » n’est jamais une commande, qu’il n’est pas imposé par l’actualité, et qu’il tire sa nécessité de la vie et de la pensée de son auteur. C’est pourquoi tant de documentaires sont des œuvres engagées, c’est-à-dire des œuvres de résistance. Ces documentaires ne prennent pas le réel tel quel, comme il se donne dans son immédiateté ou son apparence première. Si le documentaire est créatif, c’est qu’il résiste au réel. Ce que la fiction peut faire elle aussi. Mais elle le fait d’une façon toujours plus ou moins détournée, d’une façon qui souvent n’est pas directe et donc n’est pas toujours très franche. Vertov disait que la fiction c’est toujours plus ou moins du mensonge, ou du moins qu’il y a toujours une part de mensonge, on devrait d’ailleurs plutôt dire une part d’affabulation, dans les histoires que l’on invente, même si on prétend le faire à partir d’une « histoire vraie ».

 

C. L. : Selon vous, le cinéma documentaire serait-il un moyen plutôt qu’une fin ?

J-P. C. : Je dirai dans la ligne de ce que je viens de dire que le documentaire de création n’est pas un moyen au service d’une cause ou d’un parti, mais qu’il est tout entier dans la cause qui est la sienne. On n’en est plus aujourd’hui, fort heureusement, au temps des films de propagande et le cinéma engagé n’est plus à proprement parler militant. Il n’en a que plus de force dans ses engagements.

 

C. L. : Fiction, documentaire : un faux débat ?

J-P. C. : Le documentaire a longtemps été défini de façon uniquement négative. Le documentaire, ce n’est pas de la fiction. Cela est sans doute suffisant pour la majorité des spectateurs qui ne se trompent pas quand ils vont au cinéma. Presque toujours ils savent que s’ils vont voir un documentaire, un film identifié comme tel d’ailleurs dans la presse, ils savent très bien qu’ils ne verront pas un film comme ils ont l’habitude d’en voir. La distinction documentaire-fiction n’a à mon sens pas d’autre raison d’être que cette dimension pragmatique. Dans le fond, la relation documentaire-fiction est autrement plus intéressante. Un des aspects le plus remarquable de beaucoup de documentaires aujourd’hui, c’est qu’ils rendent cette vieille distinction quasiment caduque. Beaucoup de ces films peuvent être qualifiés d’œuvres hybrides. Ce sont des documentaires mais qui ne renoncent pas à la fiction ! Déjà une cinéaste comme Agnès Varda en particulier avait beaucoup travaillé à faire sauter la barrière entre documentaire et fiction. Non seulement parce qu’elle a réalisé aussi bien des documentaires que des fictions, mais aussi parce qu’elle a su utiliser des formes documentaires dans ses œuvres de fiction, dans La Pointe courte, son premier film par exemple, et surtout dans Sans toit ni loi, qui est une enquête sur la mort d’une jeune fille. Inversement Les Glaneurs et la glaneuse, qui est incontestablement un documentaire qui enquête sur la réalité des pratiques de « récupération » aujourd’hui est construit comme un récit fictionnel d’un voyage dans la France des années 2000. Et c’est ce que nous retrouvons dans des films récents, comme Toto et ses sœurs ou Pauline s’arrache qui se déroulent comme s’il s’agissait de l’histoire du personnage titre. Mais tout l’intérêt de ces films c’est justement qu’ils ne nous racontent pas une histoire. Ils nous plongent dans la vie de ces personnages, ils nous la font partager, ils nous la font vivre de l’intérieur. Ce sont des films qui ont très bien compris les enjeux du cinéma aujourd’hui !

 

C. L. : L’enjeu de votre ouvrage est ambitieux car à la fois colossal et complexe : comment aborde-t-on la notion de cinéma documentaire, avec une idée précise de sa définition ?

J-P. C. : Je ne suis pas parti d’une définition du documentaire et aujourd’hui encore j’hésite toujours à en donner une. Je cite en exergue la phrase de Chris Marker qui dit que les documentaires sont des films « pas tout à fait comme les autres ». J’aime bien cette idée. Elle est très gratifiante pour qui travaille sur le documentaire ! L’intérêt des plus grands documentaires, c’est bien de sortir des sentiers battus, d’arriver à nous surprendre, à nous sortir de l’inertie ou de la torpeur dans laquelle la télé et aussi bien des films de fiction nous plongent trop souvent (pas tous heureusement !). Il y a très longtemps que je regarde des documentaires, bien avant d’avoir entrepris ce dictionnaire, même si comme tout le monde sans doute, j’ai découvert le cinéma uniquement dans la fiction. Et j’en suis peu à peu arrivé à la conviction que si le cinéma est un art, un art qui compte dans le monde, un art qui fait bouger, qui bouscule, il le doit en grande partie au documentaire.

 

C. L. : À partir de ce panorama mondial, avez-vous l’impression que le documentaire est le genre de cinéma le plus communément partagé d’un pays à un autre, que le pays ait une industrie développée ou non ?

J-P. C. : Oui, je crois que partout où il y a des gens qui luttent, qui résistent, le documentaire trouve naturellement sa place dans ces luttes. Et ce n’est pas un hasard si ce sont des documentaires qui rendent le mieux compte de ces situations. C’est au sein de ces luttes qu’il trouve son universalité. C’est ce que montre l’accueil unanimement favorable que reçoit un film comme Homeland d’Abbas Fahdel dans les festivals du monde entier. Et l’on pourrait citer bien des films qui s’enracinent dans les conflits et les bouleversements que connaît notre planète. En Palestine par exemple, où un film réalisé conjointement par un Palestinien et un Israélien, 5 caméras brisées d’Emad Burnat et Guy Davidi, montre bien les conditions de vie d’une communauté villageoise dans un pays occupé et comment la volonté de filmer cette situation ne peut pas être réduite au silence par l’armée d’occupation. En France, les films de Sylvain George sur les immigrés, comme Qu’ils reposent en révolte, montrant les conditions de vie inacceptables qui leur sont faites par les institutions. Ce cinéma de résistance n’a pas de frontière !

Je rajouterai à cela une simple question. Est-ce que l’histoire d’un couple qui hésite à se séparer et vivant à Manhattan ou dans les beaux quartiers de Paris peut concerner les migrants de la jungle de Calais ?

 

C. L. : À quoi sont dues les grandes évolutions de l’histoire du cinéma documentaire selon vous : évolution technique, sociologique, historique, économique… ?

J-P. C. : Une des plus importantes évolutions du cinéma dans son ensemble se situe dans les années 1960 dans ce qu’on a appelé le « cinéma direct », ce qui n’est pas une école d’ailleurs dans la mesure où cette désignation peut s’appliquer à des cinéastes aussi différents que Robert Drew et Richard Leacock (Primary 1960) aux États-Unis, Jean Rouch (Chronique d’un été, réalisé en collaboration avec Edgar Morin en 1961) et Mario Ruspoli (Les Inconnus de la Terre, 1961 et Regard sur la folie, 1962) pour la France, Pierre Perrault et Michel Brault (Pour la suite du monde, 1963) au Canada. Cette « révolution » a été rendue possible par des innovations techniques fondamentales, avec l’utilisation du 16 mm. Les caméras, comme la célèbre Éclair-Coutant, deviennent de moins en moins encombrantes et de moins en moins bruyantes. Elles peuvent être portées à l’épaule et le cinéaste peut ainsi être très près de ceux qu’il filme en se faisant oublier, d’autant plus que les nouvelles pellicules ne nécessitent plus un dispositif d’éclairage important. En même temps, la prise de son synchrone devient possible et il n’est plus nécessaire d’avoir recourt uniquement à la postsynchronisation. Du coup la suppression du commentaire off et de la musique additionnelle deviendra une marque de fabrique d’un cinéma de plus en plus « simple » à réaliser, ce qui anticipe ce qui est en train de se passer aujourd’hui avec l’utilisation des petites caméras numériques.

Mais cette révolution technique n’a de sens que parce qu’elle s’accompagne de choix esthétiques de la part des cinéastes. Le cinéma direct est un cinéma qui va dans le monde, à la rencontre des gens, quelle que soit leur condition sociale. C’est un cinéma empathique, qui peut simplement être « vrai » lorsque le regard du cinéaste est un regard authentique, non déformé par l’idéologie ou le dogmatisme. Ces idées auront une influence considérable sur le cinéma documentaire et restent aujourd’hui encore très présentes chez beaucoup de réalisateurs.

 

C. L. : Pour quelle(s) raison(s) vous êtes-vous lancé dans l’écriture de ce livre ? Est-ce parce que le cinéma documentaire est souvent trop considéré comme le mal aimé de l’industrie du cinéma et qu’il faut d’autant le défendre qu’il est globalement encore mal connu ?

J-P. C. : Le cinéma documentaire est aujourd’hui dans une situation paradoxale. D’un côté, il connaît indéniablement de grandes difficultés de production et de diffusion. Les chaînes de télévision, Arte au premier chef, soutiennent de moins en moins financièrement la création documentaire. Et les cinéastes documentaristes sont de plus en plus obligés d’accompagner les projections de leurs films lors de séances spéciales pour qu’ils rencontrent leur public. Mais en même temps le documentaire est de plus en plus créatif. Les cinéastes documentaristes sont de plus en plus actifs. Ils s’organisent en associations qui soutiennent la production et la diffusion (comme l’Addoc ou Documentaire sur Grand Écran), de nouveaux modes de financement apparaissent comme le financement participatif (crowdfunding), et on peut aussi souligner cette initiative particulièrement originale que représente la création de la plateforme Tënk par Jean-Marie Barbe, infatigable animateur des États Généraux du Documentaire de Lussas.

Alors je crois que le moment est venu de contribuer à donner au cinéma documentaire toute la place qu’il mérite dans notre culture. D’où le projet de faire le point sur les grands défis, surtout esthétiques, qui se posent au cinéma. Oui cela passe par un combat contre la domination hégémonique des grandes productions de type hollywoodien. Et cela passe aussi sur la mise en valeur du patrimoine inestimable que représente l’histoire du cinéma documentaire. Pour l’actualité, c’est à la critique de cinéma de jouer ce rôle, ce que mon dictionnaire ne peut pas faire.

 

C. L. : Quelle est la place actuelle du cinéma documentaire au sein des nouveaux médias de diffusion : télévision, Internet, téléphone mobile, etc. ?

J-P. C. : Apparemment, car il est bien difficile de suivre ce qui se passe sur Internet ou sur les smartphones, il me semble que ces nouveaux écrans concernent surtout les conditions de réception des produits culturels. Il y a sans doute là de nouvelles possibilités pour les cinéastes documentaristes de trouver un public, surtout parmi les jeunes. Et je crois que la réalisation de films avec des téléphones portables va petit à petit dépasser la phase expérimentale dans laquelle elle se situe actuellement. Le problème est alors de savoir si ceux qui œuvrent dans ce sens seront capables de créer de nouvelles formes esthétiques correspondant à la particularité de l’outil de réalisation et des conditions de réceptions.

 

C. L. : Il y a une entrée pour le « webdocumentaire » dans votre dictionnaire : quelle évolution peut-on envisager de ce type de documentaire ?

J-P. C. : Diffusé sur Internet, le webdocumentaire permet de s’affranchir des conditions de réceptions imposées par la télévision, c’est-à-dire la programmation dans une grille. Sur le web, on visionne à volonté et à son propre rythme. Le forum met en contact les spectateurs.Twitter de son côté peut relayer les critiques et les commentaires. Et Facebook offre la possibilité d’une page où chacun peut s’exprimer et ajouter tout document complémentaire jugé utile. Il semble qu’avec ce qu’on appelle le transmédia, une nouvelle ère s’ouvre où tous les moyens de diffusion seront utilisés conjointement. Par exemple, le webdocumentaire Sarcellopolis de Sébastien Daycard-Heid et Bertrand Dévé qui a été couronné d’un Visa d’Or au dernier festival Visa pour l’image de Perpignan a fait l’objet d’un documentaire « traditionnel » réalisé pour la télévision et bien sûr il en existe aussi des prolongements sur les réseaux sociaux. Chaque support est utilisé dans sa spécificité, mais il ne se comprend qu’en interaction avec les autres. Mais le plus important c’est le développement de nouvelles modalités d’écriture. Les points les plus visibles en sont la non-linéarité de la présentation du contenu et l’utilisation de l’interactivité qui permet au récepteur d’être beaucoup plus actif que devant un spectacle traditionnel. Il s’agit bien sûr de faire participer le spectateur, de lui offrir des choix multiples lui permettant de construire sa propre découverte de l’œuvre, de réaliser son propre agencement des éléments qui sont à sa disposition. Si les premiers webdocs ont surtout été l’œuvre de journalistes et de photographes et prenaient souvent la forme du reportage, je crois qu’on s’oriente aujourd’hui vers des productions dont la dimension documentaire sera plus évidente.

 

C. L. : Pourquoi existe-t-il encore si peu de place pour le cinéma documentaire dans les sélections des grands festivals comme Cannes notamment, à la différence de Berlin et Venise qui ont mis en valeur encore récemment le travail de Gianfranco Rosi, par exemple. Peut-on parler de discrimination à l’égard du documentaire ? Quelles en sont les causes ?

J-P. C. : Le cinéma documentaire n’a obtenu que deux Palmes d’or dans toute la longue histoire du Festival de Cannes :Le Monde du silence du Commandant Cousteau et Louis Malle et Fahrenheit 9/11 de Michael Moore. C’est bien peu. Les autres grands festivals, Venise et Berlin, malgré le Lion d’or et l’Ours d’or obtenu successivement par Gianfranco Rosi, ne semblent pas aller dans une direction bien différente. La plupart des documentaires qui y sont programmés le sont dans des sections parallèles et non dans la compétition officielle. Je ne parlerais pas de mon côté de discrimination, mais il faut bien reconnaître que le documentaire souffre dans ces festivals de l’hégémonie du cinéma de fiction. La création d’un prix spécial lors de la dernière édition du festival de Cannes, l’œil d’or [décerné à Allende mon grand-père de Marcia Tambutti Allende], destiné à récompenser un documentaire diffusé pendant le festival dans l’une ou l’autre de ses nombreuses sections est sans doute un point positif, d’autant plus que le jury de ce prix est présidé par de grands documentaristes (Nicolas Philibert et Rithy Panh l’année dernière et Gianfranco Rosi cette année). Mais encore faudrait-il que le film couronné connaisse en France une véritable diffusion et ne soit pas confiné à une ou deux salles parisiennes.

Mais si le documentaire est encore trop peu présent dans les grands festivals généralistes, il faut souligner le succès grandissant, notamment au niveau du public, des festivals spécialisés dans le documentaire, et en particulier Cinéma du réel qui se tiendra très prochainement à Paris au centre Pompidou. La diversité des films que l’on peut y voir, en compétition ou non, montre bien la vitalité du cinéma documentaire.

 

 

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Dictionnaire du cinéma documentaire

de Jean-Pierre Carrier

Nombre de pages : 564

Date de sortie (France) : 3 mars 2016

Éditeur : Éditions Vendémiaire

Collection : Cinéma

C COMME CHINE

Dans le cinéma le plus récent, ce sont les évolutions, surtout économiques, que connaît le pays, avec les transformations du paysage mais aussi et surtout les conséquences dramatiques pour la population, les ouvriers en particulier, qui intéressent le plus les cinéastes, à l’image de Wang Bing qui consacre un film de plus de 9 heures pour rendre compte du phénomène (A l’ouest des rails).

Voir : 24 City de Jia Zhang-Ke (2008), À l’ouest des rails de Wang Bing (2003), L’Argent du charbon de Wang Bing (2009), Paysages manufacturés de Jennifer Baichwal (2007), Useless de Jia Zhang-Ke (2007), Trois sœurs du Yunnan de Wang Bing (2012), Sud eau nord déplacer d’Antoine Boutet (2014)

La Chine nouvelle est aussi scrutée à travers des films sur le fonctionnement de la police et de la justice (Crime et Châtiment de Zhao Liang, 2007, et du même, Pétition, la cour des plaignants, 2009)

Wang Bing nous donne une vision particulièrement forte de l’hôpital psychiatrique qui enferme aussi bien les opposants que les malades mentaux : A la folie (2013)

L’art est abordé dans sa dimension contestatrice et la répression qui en résulte (Ai Weiwei, never sorry de Alison Klayman, 2012).

Le problème de l’usage de la drogue chez les jeunes oisifs fait l’objet d’un film de Zhao Liang, Paper Airplane (2001)

Le commerce international (la Chine est de plus en plus omniprésente en Occident) est abordée par la cinéaste française Ariane Doublet qui consacre un film sur les transactions entre les agriculteurs normands producteurs de lin et l’industrie chinoise du textile (La Pluie et le beau temps, 2011))

D’un point de vue historique on peut revoir les « classiques » que sont devenus les films réalisés par des occidentaux sur la Révolution culturelle et la Chine de Mao :

Comment Yukong déplaça les montagnes de Joris Ivens et Marceline Loridan (1976), La Chine de Michelangelo Antonioni (1972), Dimanche à Pékin de Chris Marker (1956).

Dans le cinéma chinois, la dénonciation des crimes commis à cette époque est encore rare, mais d’autant plus percutante :

Fengming. Chronique d’une femme chinoise de Wang Bing (2007)

         A signaler enfin, ce film tout à fait inclassable : L’Homme sans nom de Wang Bing (2009)

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S COMME SERIE (Ivens)

Comment Yukong déplaça les montagnes.

 12 films de Joris Ivens et Marceline Loridan. 1976. 808 minutes.

 Si chaque film est autonome et peut être vu séparément, il est quand même important de voir l’ensemble de la série, ne serait-ce que pour appréhender la diversité de la vision que nous proposent les cinéastes de la Chine de la Révolution culturelle. D’une durée inégale, situés dans différentes régions de la Chine, pour ne pas en rester à Pékin ou Shanghai, ils participent chacun à sa façon au même projet, pénétrer dans la réalité de la vie chinoise, rencontrer pour cela des Chinois et les filmer dans leurs activités quotidiennes. La révolution culturelle qui est quand même bien présente puisqu’elle constitue le contexte nettement identifiable des films, est pourtant presque reléguée en arrière-plan, (au second plan devrait-on dire ?). Aujourd’hui en tout cas cette série monumentale a plus d’intérêt pour ce qu’elle nous montre de la Chine et des chinois que pour son engagement révolutionnaire.

             Les titres et les synopsis des 12 films nous renseignent précisément sur le projet global et ses contenus.

         Histoire d’un ballon,  le Lycée n° 31 à Pékin. Dans un lycée à Pékin, le geste d’un élève est jugé déplacé : à la fin de la récréation, il a envoyé un ballon en direction d’un professeur. En classe on discute collectivement du problème, de la responsabilité de chacun, de l’idéologie et de la politique.

        La pharmacie N°3 : Shangai. 1h19. C’est une pharmacie autogérée, et tous ceux qui travaillent ici se disent, comme l’affirme le slogan à l’époque, « Au service du peuple. »

Une femme, une famille. Le portrait d’une famille ordinaire dans la périphérie de Pékin. Le film suit la vie quotidienne de cette femme et de sa famille ?

Le village de pêcheurs. Ici ce sont des femmes qui travaillent comme marins pêcheurs. Prennent-elles la place des hommes ?

Autour du pétrole. Le plus américain des films, Le film raconte l’influence de la découverte et de l’exploitation du pétrole dans une petite ville du nord.

L’usine de générateurs. Comment les ouvriers d’une usine de dynamo près de Shanghai sont impliqués dans son fonctionnement et sa gestion.

Une caserne. La vie quotidienne dans une caserne de l’armée chinoise près de Nankin. Les soldats travaillent aussi dans les champs et dans les usines.

Impression d’une ville : Shanghai. Portrait d’une grande ville.

Le professeur Tsien. Les relations entre un professeur d’Université, ses étudiants et les gardes rouges, pendant la Révolution Culturelle.

Une répétition à l’ Opéra de Pékin. La répétition d’un spectacle de l’opéra de Pékin.

Entraînement au cirque de Pékin. La préparation d’un spectacle de cirque.

Les Artisans. Le travail artisanal traditionnel chinois.

 

 

 

D COMME DUREE

Peut-on rester plus de quatre heures dans une salle de cinéma ? Même pour un film passionnant ? Les contraintes de la vie s’y opposent souvent. Pourtant, il y a des cinéastes qui relèvent le défi. Le plus connu dans le cadre du cinéma documentaire est Frederik Wiseman. Sa méthode de travail (filmer beaucoup et trouver au montage le bon rythme et donc la bonne durée) implique de prendre son temps, de laisser les choses (les paroles et les actions) aller à leur terme. D’où des films d’une longueur inhabituelle, (Near Death en 1988 fait 335 minutes) même si les plus récents (At Berkeley et National Gallery ) semblent d’une durée relativement plus raisonnable (respectivement 244 et 174 minutes)

         Devant le problème, certains cinéastes, ou les distributeurs, ont choisi la solution de la série, de fragmenter donc leur film en épisodes, ou de moins en parties, qui seront diffusés séparément, successivement. Mais alors, de nouveaux problèmes se posent.

         Est-il possible de voir certains épisodes seulement, ou de voir la série sans respecter l’ordre de succession voulu par l’auteur. Voir la partie 2 avant la partie 1 a-t-il du sens ? Voilà pour le côté spectateur.

En ce qui concerne la réalisation, il est important de se demander comment les différentes parties sont agencées, comment on passe de l’une à l’autre, quels sont les éléments récurrents et comment l’intérêt du spectateur est entretenu, car il faut bien essayer de faire qu’il vienne voir la suite. Bref, dans le cas de ces documentaires dont la longue durée est fragmentée, il importe de comprendre comment fonctionne cette mise en série. S’agit-il d’une sérialité identique à celle qui triomphe à la télévision ? Mais puisque nous nous situons dans le domaine du cinéma, nous pouvons sans doute anticiper qu’il s’agit de bien autre chose.

Mafrouza

D’Emmanuelle Demoris, 2011, 746 minutes

Une longue immersion dans cet univers particulier, un quartier d’Alexandrie, près du port, un bidonville destiné à la destruction tant les conditions de vie y semblent précaires. Pourtant aucun de ceux que l’on rencontre ne se plaint, aucun ne semble vouloir partir d’ici. Mafrouza, c’est tout à la fois la pauvreté extrême, la saleté partout évidente, l’exiguïté des habitations, de simples pièces dans lesquelles toute la famille doit vivre, les gravats qui s’accumulent et l’eau qui remonte du sol et qu’il est impossible d’arrêter. On ne vit pas à Mafrouza. Tout au plus on essaie d’y survivre. Et pourtant, les habitants savent encore rire, danser, chanter, faire la fête à l’occasion d’un mariage, ou simplement lors d’une sortie dans les rues de la ville.

Le film est divisé en 5 parties, avec chacune un titre spécifique (1 Oh la nuit ! 2 Cœur, 3 Que faire, 4 La main du papillon, 5 Paraboles) qui évoque sa dimension propre. Mais elles ne sont pas vraiment autonomes puisqu’elles s’enchainent au fil du temps dans une chronologie qui respecte la succession des saisons. Si l’on peut les voir séparément, on perdrait beaucoup à n’en voir qu’une partie. Mafrouza tient un peu du feuilleton par la présence de personnages récurrents, le Cheikh Kattab, Adel et Ghada le jeune couple qui aura leur premier enfant en cours de film, ou Abu Hosny, vieil employé du port, dont la maison est continuellement inondée par de l’eau remontant du sol. Alors, méthodiquement, il remplit des seaux qu’il vide à l’extérieur. Cela n’a aucune efficacité, mais que faire d’autre ? A quelques mètres de sa maison, dans une sorte de cour jonchée de toutes sortes de détritus (car chacun vide ses poubelles au plus près de chez lui), Om Bassiouni prépare le pain qu’elle veut cuire dans son four improvisé. Mais la pluie empêche un temps au feu de prendre ce qui aura le don de la mettre hors d’elle-même. Nous nous retrouvons aussi, comme les habitants du quartier, dans l’épicerie de Mohamed qui viennent ici faire quelques achats mais surtout prendre le thé et commenter ce film qui est en train de se faire. Et Hassan, que l’on peut considérer comme le personnage central du film, celui qui nous guide dans le dédale des ruelles si étroites qu’on ne peut s’y croiser. Dans le deuxième épisode, il évoque sa « fiancée décédée ». Il garde précieusement des souvenirs d’elle. Des cartes par exemple, en forme de cœur. Des cartes musicales bien sûr, car Hassan est chanteur. Nous l’avons vu officier dans les deux mariages du premier épisode. Quand nous le retrouvons, il fait son service militaire, quatre mois sur les trois ans qu’il doit effectuer. Toutes les semaines, il vient en permission, l’occasion de participer aux fêtes. Un jour, dans une bagarre, il a la joue tailladée à la lame de rasoir. Il ne rejoint pas la caserne et se retrouvera en prison. Nous le suivons chez le médecin qui lui enlève les points. Il gardera une cicatrice sur le visage. Hassan est le personnage central de Cœur. Il fréquente la plage où il se baigne parmi une foule où domine les enfants.

         Toute une foule de petits ou de grands événements de la vie de cette communauté, naissance, fiançailles, mariage, séparation, fête. La fin du film ne montre pas la destruction du quartier, mais on sent bien qu’il ne peut s’achever que par la dispersion de la communauté elle-même tant les liens qui existent entre ses membres sont forts, comme ceux que la cinéaste a tissé avec eux tout au long des deux années qu’a duré le tournage.

A l’ouest des rails.

De Wang Bing, 2003, 551 minutes.

Une Chine en profonde mutation, avec une industrie sinistrée ce qui, ici comme ailleurs, ici plus qu’ailleurs peut-être, ne va pas sans dommage pour la population. La sidérurgie coûte trop cher, et si elle produit encore, ce n’est qu’au ralenti. L’explosion économique de la Chine ne profite visiblement pas à tous les chinois

Le film est un long voyage, en train, longeant les usines désaffectées le long des voies ou en cours d’arrêt. Lorsqu’on s’arrête c’est pour rencontrer les habitants de ces régions froides où l’on dirait que l’hiver ne finit jamais. Ou bien l’on passe du temps avec les cheminots et les conducteurs des trains qui eux ont encore du travail, mais pour combien de temps ?

Wang Bing nous propose trois films, Rouilles, Vestiges et Rails, trois épisodes d’une même enquête certes, mais nous ne sommes pas vraiment dans un feuilleton. Les trois parties sont relativement autonomes et peuvent très bien être vues séparément. Il n’y a pas de personnage récurent. Il n’y a que les voies ferrées et les trains qui avancent lentement dans la neige qui leur semblent communs. La longue durée ici est rendue nécessaire par cet écoulement particulièrement lent du voyage comme de la vie de ces ouvriers laissés pour compte du développement à la chinoise.

Rouilles est centré sur les ouvriers. Dans les fonderies ils occupent leur temps comme ils peuvent, en jouant aux cartes, au billard ou au mah-jong. De toute façon, pendant les opérations de maintenance et les réparations annuelles effectuées par des saisonniers, ils sont nécessairement au repos. Dans la fonderie de zinc, une longue séquence montre le travail de saisonniers qui déchargent un wagon de matières brutes. Un travail harassant dans la poussière. Mais personne ne songe à se plaindre. Tant qu’on a du travail. L’usine de placage de cuivre est une des dernières à fermer. Son personnel a droit une dernière fois aux soins prodigués tous les quatre mois à l’hôpital pour éliminer les matières toxiques dans le sang.

Vestiges, la deuxième partie est tournée dans le quartier Arc-en-ciel, un bidonville destiné à être détruit. Wang Bing filme particulièrement un groupe de jeunes, Bobo et ses amis qui ont autour de 17 ans. La mère de Bobo tient une boutique où les jeunes se retrouvent. Les clients semblent par contre assez rares. Le film débute sur le champ de foire municipal où la foule est surtout attirée par le stand de la loterie dont le gros lot est une voiture. Au micro, le speaker n’hésite pas à flatter la fibre nationaliste. « Investir dans la loterie de Chine, c’est investir pour soi et pour son pays ». « Dépenser son argent pour le développement de son pays, qu’y a-t-il de mieux ? » L’insistance de Wang Bing sur ces propos ne manque pas d’humour. La suite du film aura un tout autre ton. Dès la première réunion portant sur la démolition du quartier, on sent bien que la fête est finie. Les maisons appartenant aux usines étaient gratuite. Dorénavant il faudra payer un loyer ce qui ne sera pas évident pour ceux qui sont au chômage. Les locataires tentent de discuter de la superficie de l’appartement qu’on va leur attribuer. Personne ne porte les promoteurs dans son cœur. Certains essaient de faire de la résistance. Ils ne partiront pas tant qu’ils n’auront pas de certitudes quant aux conditions de relogement. D’autres veulent partir le plus vite possible, pour avoir un choix plus grand. Tous veulent se débarrasser des vieilleries inutiles. Les ventes sauvages dans les rues prolifèrent. On essaie aussi de récupérer des matériaux dans les chantiers de démolition. « Le quartier va me manquer », entend-on dire.

Avec la troisième partie, Rails, nous retrouvons le train et les activités ferroviaires. Le voyage reprend. Pour se rendre où ? Aucun but n’est mentionné. La caméra placée dans la locomotive avale les rails devant elle, lentement, indéfiniment. Le train passe devant les usines à l’abandon. Il n’y a plus de travail, plus d’activité, plus de vie.

Wang Bing - A L'ouest des rails

F COMME FEMME (portraits)

Des portraits de femmes, le cinéma documentaire en propose beaucoup, et bien sûr ils sont extrêmement variés, souvent sans aucun point commun. Mais justement, c’est cette variété qui est importante.

Voici quelques exemples, parmi tant d’autres possibles.

 Le portrait d’une femme brisée par la révolution culturelle (Chine)

Fengming. Chronique d’une femme chinoise

De Wang Bing, 2007

A 17 ans, He Fengming rencontre la Révolution. Avec l’enthousiasme de la jeunesse, elle s’engage à son côté, renonçant à entrer à l’université où elle vient d’être admise après son bac. Si sa vie bascule avec ce premier choix, elle ne dira jamais qu’elle le regrette, malgré cette suite qui lui parut si longtemps incompréhensible. Devenue journaliste elle met son travail, toute la force de son travail, au service de la Révolution. Et puis arrive la campagne antidroitière de 1957, l’accusation de son mari pour avoir écrit trois articles reprenant les thèses officielles soutenues par Mao mais mal acceptés par les cadres locaux qui y voit un danger pour eux-mêmes. Epouse d’un droitier, elle sera elle-même considérée comme droitière. Hé Fengming décrit alors minutieusement les pratiques d’accusation, au jour le jour, n’oubliant aucun détail, les « séances de lutte » où elle est insultée, humiliée, poussée à bout au point qu’elle pensera à se suicider malgré son amour pour ses enfants. La dictature qui se met en place est impitoyable, l’accusation, la séparation d’avec son mari, l’envoi en camp de travail, la souffrance, la faim, la mort du mari, Hé Fengming a de tout cela une mémoire extrêmement précise, décrivant les comportements des gardes, les déclarations des cadres du parti. Elle est encore capable de dire quelle était la quantité de nourriture qui leur était attribuée et les moyens qu’avec ses compagnes de misère elles mettent en œuvre pour trouver le peu de nourriture supplémentaire pour ne pas mourir de faim.

Le portrait d’une révolutionnaire noire (USA)

Free Angela Davis and all political prisoners

De Shola Lynch, 2011

Originaire d’Alabama, elle fait des études de philosophie à New York et surtout en Allemagne, ce qui lui permet d’obtenir un poste d’enseignante à l’université de Californie. Son adhésion au parti communiste est connue et dérange. Une femme, noire, communiste, peut-elle être acceptée dans cette fonction d’enseignant, d’autant plus que son chartisme attire une foule de plus en plus nombreuse d’étudiants. Son exclusion de l’université la rendra encore plus célèbre et sera l’occasion de manifestations de soutien qui préfigureront celles qui marqueront son procès. Accusée d’avoir acheté les armes qui ont été utilisées lors d’une tentative d’évasion de prison des Frères de Soledad, elle encourt trois fois la mort. La mobilisation nationale et internationale importante pèsera sans doute dans le verdict : elle sera acquittée.

Le portrait d’une traductrice (Allemagne)

La Femme aux 5 éléphants

De Vadim Jendreyko, 2009.

Une femme déjà âgée, toute voutée, qui a passé toute sa vie dans les livres, la littérature russe surtout, puisque c’est son pays d’origine, et qu’elle traduit en allemand, son pays et sa langue .d’adoption. Ses cinq éléphants : Crime et châtiment, L’Idiot, Les Démons, L’Adolescent et Les Frères Karamazov. Toute une vie pour devenir « la voix de Dostoïevski ». Mais la traduction n’a rien d’une science exacte. Et puis, il y a Pouchkine. Intraduisible ? « On comprend chaque mot, mais on ignore de quoi il s’agit ». La traduction, un travail de longue haleine, jamais achevé, tant il faut revoir, relire et corriger.

Une femme toute simple, que l’on suit faire son marché, qui fait la cuisine, qui boit beaucoup de thé. Divorcée, elle vit seule, mais ses enfants et petits-enfants viennent souvent la voir. De belles réunions de famille.

Le portrait d’une jeune fille juive sous l’occupation (France)

Hélène Berr, une jeune fille dans Paris occupé

De Jérôme Prieur, 2013.

Une jeune fille promise à un brillant avenir. Sauf qu’elle est juive. Son avenir immédiat sera fait de discriminations de plus en plus importantes dans Paris occupé. En 1944, elle est arrêtée avec ses parents et déportée à Auschwitz. Elle mourra à Bergen-Belsen quelques jours avant la libération du camp.

Le film retrace sa vie dans cette période troublée. L’humiliation de devoir porter l’étoile jaune. La révolte et le refus initial. Puis l’acceptation par solidarité avec ceux qui la portent. Elle évoque alors les regards blessants dans la rue et les quelques manifestations de fugace sympathie dans le métro. Rien de la tragédie de la guerre ne lui est épargné, l’arrestation de son père à Drancy, la répétition des rafles, la connaissance de l’existence des chambres à gaz.

Portrait d’une toxicomane (Portugal)

Dans la chambre de Wanda

De Pedro Costa, 2001.

Wanda habite dans le quartier capverdien de Lisbonne, Fontainhas, qui est en cours de démolition au moment de la réalisation du film. Peu importe pour elle, elle ne sort pratiquement pas de sa chambre, dans laquelle elle reçoit quelques visites, de junkies. Comme elle. Elle prétend essayer de les aider, mais bien sûr ils ne peuvent pas se passer de la drogue. Elle non plus. Le film nous enferme avec elle dans cet espace confiné de la chambre. Pas de recul pour élargir le plan. Le spectateur, comme les drogués, est condamné à l’enfermement.

A COMME ANIMAL (l’abattoir)

Peut-on filmer la mort de l’animal ? Pas la mort naturelle, mais celle programmée des animaux destinés à finir dans notre assiette, en passant par la boucherie et l’abattoir, le lieu de leur mise à mort. Peut-on la filmer sans montrer le sang qui coule, ou la cruauté de l’abattage et la difficulté extrême du travail qui consiste à tuer, à dépecer, découper, emballer…Un travail à la chaîne des plus pénible, l’odeur du sang et la présence de la mort en plus.

Trois films documentaires en particulier nous font entrer dans l’abattoir pour nous y montrer la même chose, le rapport professionnel à la mort de l’animal. Mais en dehors des particularités liées aux pays (Etats-Unis, France, Algérie) il s’agit en fait de projets cinématographiques bien différents.

 

Meat de Frederick Wiseman 1976.

Il s’agit d’un parcours, d’un trajet dans lequel rien n’est laissé de côté, depuis les vertes prairies (même si le film est en noir et blanc les prairies américaines sont vertes) jusqu’à l’assiette du consommateur non végétarien. A l’abattoir on assiste à toutes les phases du travail des ouvriers. Comme dans toutes les usines où l’on travaille à la chaîne on a affaire aux mêmes cadences rapides, à la même répétition à l’infini du même geste, au même bruit. Et en plus, ici il doit y avoir des odeurs pas toujours agréables.

Le film de Wiseman en fait ne cherche nullement à nous apitoyer sur le sort des moutons ou des vaches. Ni sur celui des bouchers. Il ne prend nullement parti dans un sens ou dans l’autre. La filière de la viande qu’il filme de bout en bout est une institution comme une autre pourrait-on dire. En plus son poids économique et social est loin d’être négligeable. Alors pourquoi se fermer les yeux. Et tous ceux qui mangent de la viande ne peuvent pas ignorer le point de départ, l’animal, et son passage par l’abattoir, si désagréable que peut en être la vue.

Entrée du personnel de Manuela Frésil, 2013

Ici le propos est nettement de dénonciation. Voir mourir devant soi une vache toutes les minutes, ça donne des cauchemars. Répéter toute la journée le même geste, ça peut vous démolir complètement les poignets, ou le dos. Ici, le travail c’est la souffrance. L’usine, beaucoup y sont entrés avec l’idée d’en sortir un jour. Mais la plus part y restent. A moins d’être licenciés pour cause de maladie ou de contestation. Il n’y a guère d’autre solution.

L’abattoir est le lieu du travail le plus pénible, le plus destructeur, physiquement et mentalement. Au point où les ouvriers deviennent quasiment des robots, bien plus tristes que le Charlot des Temps modernes, capables de répéter les gestes qu’ils effectuent à longueur de journée, de les répéter inlassablement, dans toutes les conditions, à chaque instant de leur vie, et même devant une caméra. Et le film nous les montre mimant ces gestes devant leur usine, sans un mot, sans une expression du visage, dans un ballet particulièrement dérangeant. Ces ouvriers ont été totalement déshumanisés.

 

Dans ma tête un rond-point de Hassen Ferhani, 2015.

C’est aussi un film sur l’Algérie, sur la vie en Algérie, sur les Algériens. Ceux qui sont filmés ici travaillent dans le plus grand abattoir d’Alger, mais ils sont surtout présents dans le film parce qu’ils travaillent à Alger et qu’ils ont des choses à dire sur l’Algérie.

Ici la mort des animaux n’est pas vraiment montrée, même si elle reste présente dans tout le film, et pas seulement dans les quelques plans nous montrant une carcasse de bœuf ou des pâtes de mouton que l’on découpe. En fait ces plans sont rares. Mais les images ont toutes la couleur du sang. La presque totalité du film est consacrée aux hommes, certes qui travaillent à l’abattoir, mais qui en quelques sortes font une pose pour s’entretenir avec le cinéaste, pour parler à la caméra. Leur ton est en général plutôt désabusé. Attendent-ils encore quelque chose de la vie ? Ont-ils encore de l’espoir ? D’une vie meilleure ? D’une autre vie ? Où ils pourraient échapper à leur routine, à la morosité ? Le film ne donne pas vraiment de réponse. Mais il est quand même un appel. Ces hommes peuvent-ils encore longtemps vivre la même vie ? Un rond-point, un carrefour ? Y-a-t-il plusieurs issues possibles ? Traverser la Méditerranée ou se suicider ? Quoi d’autre ?

entrée du personnel

 

A COMME AUTOBIOGRAPHIE (Chantal Akerman)

Autobiographiques, les films de Chantal Akerman le sont surement, mais certains plus que d’autres, surtout les documentaires. Et parmi eux ceux où la cinéaste se met en scène, filme ce qu’elle est en train de vivre et ses relations avec le monde, la ville (New-York ou Tel Aviv) et une personne en particulier, sa mère.

News from home, 1976

Une mère écrit à sa fille, partie loin de la maison. « Ma chère petite fille… Comment vas-tu ? Ici tout va bien…Ecris-moi plus souvent… J’attends tes lettres…Continue à bien te porter. » Un discours d’amour, de séparation, d’attente du retour, espéré mais improbable dans l’immédiat, d’attente du courrier, d’inquiétude et d’angoisse lorsque les nouvelles se font attendre. Un discours répétitif. Il ne s’est rien passé, ou si peu de choses, insignifiantes, depuis le départ de la fille.

         En regardant le film de Chantal Akerman aujourd’hui nous savons que c’est à elle partie en Amérique que les lettres sont adressées par sa mère. Nous savons qu’elle est cinéaste et qu’elle filme New-York sa nouvelle ville de résidence. Et nous savons que c’est elle qui lit les lettres de sa mère en voix off dans son film.

         Le film nous montre donc New-York. Les rues et les avenues d’abord. Avec les voitures. Une circulation parfois dense, mais pas toujours. La caméra peut être placée au milieu de la chaussée et les véhicules viennent alors vers nous. Ou bien, plutôt d’avoir une vue avec profondeur de champ, elle nous montre un carrefour et les voitures circulent de gauche à droite du cadre, ou de droite à gauche ; elles entrent et sortent du champ, plus ou moins rapidement. Mais on a toujours le temps de les distinguer, de repérer par exemple les taxis jaunes. Dans tous les cas, le plan est fixe. Au début du film il y a peu de personnes dans le cadre, en dehors des voitures. Plus tard, nous aurons des plans avec une foule dense sur les trottoirs, ou qui traverse la rue, empêchant presque les voiture de passer. Et puis il y a des plans de métro. Pas dans une station, dans une rame. Là aussi il y a deux cadrages qui se succèdent. Soit nous voyons en quasi gros plan la porte du wagon qui s’ouvre et se referme à chaque arrêt en station. Une silhouette de femme se reflète sur la vitre. Ou bien, c’est l’ensemble du wagon qui est filmé dans sa longueur, ce qui permet de voir les passagers assis à gauche et à droite, et de voir à chaque arrêt les voyageurs qui descendent ou qui montent dans la rame. Dans les deux cas nous avons aussi affaire à des plans fixes. Jamais nous ne voyons les quais des stations. Nous sommes embarqués dans un voyage en métro. Enfin, toujours dans un plan fixe, toujours dans un plan d’une durée importante, la caméra est placée sur une embarcation (un bateau sans doute) qui s’éloigne lentement de la rive. Nous pouvons alors voir la ligne des gratte-ciel du sud de Manhattan, reconnaissable en particulier aux tours jumelles du World Trade Center.

Quelle rapport y a –t-il entre la ville de New-York et les lettres d’une mère adressée à sa fille, en dehors du fait que la fille réside à New-York. Les lettres ne parlent pas de la ville. Et les plans qui nous sont proposés de New-York n’évoquent en rien la mère de la cinéaste. Nous avons là sans doute un bon exemple de ce que Gilles Deleuze appelle la distorsion entre le sonore et le visuel. Cette distorsion n’est cependant pas complète puisque les plans de rue et de métro, et même le plan final sur l’eau, comportent une bande son in, avec ses bruits enregistrés comme en direct. Mais l’ajout de la voix off (qui est d’ailleurs plutôt une vois over, même si ce n’est certainement pas un commentaire de l’image) introduit une distanciation absolue dans le filmage de la ville. Elle crée un effet de rupture par rapport aux images. La lecture des lettres introduit dans le film une dimension autobiographique, qui d’ailleurs n’est aucunement reniée. à aucun moment. Mais l’autobiographie, la relation à la mère, tend à se fondre en quelque sorte dans les images de la ville, dans la distance entre celle qui a écrit la lettre et celle qui en fait la lecture, dans la séparation entre la mère et la fille.

Là-bas, 2006

Un séjour dans une ville au bord de la mer. Une ville en Israël. Tel Aviv. Dans un appartement proche de la mer. Quelques jours, une ou deux semaines tout au plus, on ne sait pas très bien. La cinéaste, en voix off raconte ce séjour où il ne se passe rien, ou pas grand-chose. Sauf qu’elle a été malade. Une sorte de gastro-quelque chose, comme elle dit, Pour avoir mangé des salades. Maintenant elle en est réduite aux carottes et au riz. Dans l’appartement, Chantal reçoit des coups de téléphone. On lui demande comment elle va. Elle rassure ses interlocuteurs. Elle reçoit aussi la visite d’un universitaire local. Le reste du temps, elle lit, des livres « difficiles » sur les juifs, elle prend des notes, elle essaie d’écrire. Elle fait le récit de son arrivée en Israël, le policier qui lui demande à l’aéroport si elle veut bien qu’il tamponne son passeport. Oui, elle ne veut pas cacher son séjour dans le pays. « Ce n’est pas l’étoile jaune dit-elle. L’étoile jaune, je la porte en moi. » Elle évoque le souvenir de ses deux tantes qui se sont suicidées. L’une à Jérusalem, l’autre à Bruxelles. Elle raconte comment son père avait voulu partir en Palestine pendant la guerre, mais en avait été dissuadé par un ami qui en revenait. « Il n’y a que du sable ; du sable qui s’infiltre partout ». C’est comme cela qu’elle a passé son enfance en Belgique.

No home movie, 2015.

La cinéaste a vieilli. Sa mère surtout a vieilli. A la fin du film elle semble passer ses journées à dormir. C’est peut-être parce que leurs vies se rapprochent inexorablement de leur terme, que ce film existe. Un film qui n’est pourtant pas le bilan d’une vie, de deux vies. Un film qui se penche quand même sur le passé, même s’il est filmé au présent. Parlant avec sa mère, dans son appartement de Bruxelles, la cinéaste évoque, une fois encore, la judaïté et Auschwitz. Un passé ineffaçable. Quand elle est loin, aux Etats-Unis, à New-York, elle appelle sa mère non pas au téléphone, mais sur Skipe. Et le monde, comme elle dit, devient petit. Filmer l’ordinateur n’est pourtant pas facile, et le cadrage devient hésitant, presque amateur, alors que dans tous ses films ils sont si rigoureux, surtout lorsqu’il s’agit de filmer une pièce, avec ses fenêtres ou une grande baie vitrée. L’extérieur, à Tel Aviv, c’était l’immeuble d’en face. A Bruxelles, c’est la rue d’un côté, et de l’autre un jardin au gazon verdoyant avec la chaise longue bleue qui semble abandonnée.

         Au moment de sa réalisation, Chantal Akerman savait-elle que ce film, son dernier film, ne serait vu que comme un film posthume ? Il s’ouvre sur le plan d’un arbre secoué par un vent violent avec, en fond, un désert rocailleux où l’on distingue une route sinueuse dans la profondeur de champ. Un plan très long, absolument fixe. Plusieurs fois par la suite, nous retrouverons ce paysage désertique. Deux longs travellings en particulier, filmés depuis un véhicule dont la vitesse de déplacement semble importante. Un désert où il n’y a rien, rien d’important, rien de remarquable, simplement de la terre et quelques herbes éparses.

akerman

P COMME PHILOSOPHIE

Est-il possible de faire de la philosophie au cinéma ? C’est-à-dire, non pas de faire un film philosophique, un film qui aurait une teneur ou une portée philosophique, comme certaines fictions pourraient le prétendre, mais un film qui soit de la philosophie, fait par un philosophe bien sûr, faisant partie intégrante de sa pensée et de son œuvre. La télévision nous propose bien sûr des portraits. Les principaux penseurs du XX° siècle, de Sartre à Ricœur en passant par Aron, Edgar Morin ou Lévi-Strauss, se sont livrés à l’exercice de la série d’interviews devant la caméra, ou ont fait l’objet d’un film portrait « la vie et l’œuvre de… ». Ces films portent presque exclusivement sur des penseurs connus et reconnus, la célébrité, ici comme ailleurs, devenant la garantie du succès auprès du public. Serait-il donc si difficile de sortir des sentiers battus et de se lancer dans l’aventure de la découverte, tout autant philosophique que cinématographique ?

Toutes les tentatives ne sont pas des réussites. Philosophes, encore un effort pour devenir cinéastes !

L’Abécédaire de Gilles Deleuze de Pierre-André Boutang (1988)

.Un film tout à fait original, il ne s’agit ni d’un portrait ou d’un itinéraire du philosophe, encore moins d’un cours filmé ou d’une conférence. Dialoguant avec Claire Parnet, Deleuze philosophe. Il ne nous offre pas alors uniquement de la philosophie filmée, mais du cinéma-philosophie.

Ce n’est qu’un début de Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier (2010)

            La philosophie n’est plus réserver aux élèves de terminale des lycées qui doivent apprendre à faire une dissertation pour passer le bac. Bien sûr en maternelle, il ne s’agit pas d’étudier Platon ni de réciter l’impératif catégorique. Mais le film vise à montrer qu’un atelier de réflexion peut être mis en place avec des enfants de cinq ans et donner ainsi tout son sens à la portée éducative et formatrice de l’école maternelle.

Derrida de Kirby Dick et Amy Ziering Kofman (2003)

Un portrait non conventionnel, où le philosophe s’efforce concrètement de « déconstruire » la pratique de l’interview. On lui pose des questions. Soit. Il ne refuse pas de répondre, il ne réfute pas la question comme étant une fausse question, une question sans intérêt, mais il montre que les réponses qui peuvent être faites ne peuvent être que des non-réponses. Par exemple, il en est ainsi de la question sur l’amour ou sur les conditions de sa rencontre avec sa femme, présente à côté de lui sur le canapé de leur salon. Cette dernière question ne peut appeler que des réponses factuelles et contient donc en elle-même une part inévitable de dissimulation. Quant à la question de l’amour, elle est si générale qu’elle n’appelle qu’une réponse générale, ce qui est étranger au mode de pensée du philosophe.

 

Notre monde de Thomas Lacoste (2012)

Entre le vieux monde (Cours plus vite, camarade…mais le slogan est passé de mode) et le nouveau monde (pouvons-nous encore faire de grandes découvertes ?), notre monde est-il condamné ? Pour tous ceux qui interviennent dans le film il existe des solutions. Ponctuelles ou globales, et chaque intervenant, dans son domaine spécifique, a des propositions à faire, des mesures présentées comme simples, évidentes même et qui, chacune à sa façon, peut résoudre un problème particulier. L’éducation, la santé, la justice, l’immigration, le travail, l’entreprise, la culture, la finance, l’Europe, la démocratie, rien n’est laissé dans l’ombre. Il s’agit surtout de vulgariser des développements théoriques complexes. Mais la vulgarisation est-elle compatible avec la pensée ?

 

V comme Ville

 

La ville dans le cinéma documentaire.

Des capitales surtout. Des Mégalopoles. Pour la foule dans les rues ou les transports, et la hauteur des immeubles. Mais aussi des villes plus petites, plus humaines, ou souvent on prend le temps de vivre, dans des quartiers où on retrouve une vie de village. Dans les bidonvilles aussi.

Odessa.

L’homme à la caméra de Dziga Vertov

Berlin.

Berlin, symphonie d’une grande ville de Walter Ruttmann

Nice.

À propos de Nice de Jean Vigo

Valparaiso.

À Valparaiso de Joris Ivens

Savador Allende de patricio Guzman.

Amsterdam.

Amsterdam, global village de Johan van der Keuken

Paris

Amour rue de Lappe de Denis Gheerbrant

Daguerréotypes d’Agnès Varda

Paris de Raymond Depardon

Carnet de notes sur vêtements et villes de Wim Wenders

Jaurès et Bonne-Nouvelle de Vincent Dieutre / 

Géographie humaine de Claire Simon

Buenos Aires

Avenue Rivadavia de Christine Seghezzi

 Después de la revolucíon de Vincent Dieutre

Calcutta

Calcutta  de Louis Malle

Pékin

Dimanche à Pékin de Chris Marker

Comment Yukon déplaça les montagnes de Joris Ivens et Marceline Loridan

Marseille

La République Marseille de Denis Gheerbrant

Marseille contre Marseille de Jean-Louis Comolli

Barcelone

En construcción de  José Luis Guerin

Lisbonne

Dans la chambre de Vanda de Pedro Cost

Rome

Rome désolée de Vincent Dieutre

Sacro Gra de Gianfranco Rosi

New York

Taxiway d’Alicia Harrison

Tel Aviv

Là-bas de Chantal Akerman

Alexandrie

Mafrouza d’Emmanuelle Demoris

Sarajevo

Sarajeviens de Damien Fritsch

La Nouvelle Orléans

 Tchoupitoulas de Bill et Turner Ross

I COMME IMAGE

Il y a des images qui résument à elles seules tout un film. Bien plus que des affiches, elles sont le film.

Voici ma sélection dans le cinéma documentaire.

Nanouk l’esquimau de Robert Flaherty

Nanouk l'Esquimau

L’Homme à la caméra de Dziga Vertov

L'Homme à la caméra

Sans Soleil de Chris Marker

Sans Soleil

Shoah de Claude Lanzmann

Shoah

Titicut follies de Frederick Wiseman

titicut1

Les plages d’Agnès d’Agnès Varda

Les Plages d'Agnès

Récréations de Claire Simon

Récréations

Le Filmeur Alain Cavalier

Le filmeur

10° chambre de Raymond Depardon

10° Chambre

Nuit et Brouillard d’Alain Resnais

Nuit et brouillard